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MYSTERES
INÉDITS.
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MYSTERES
INÉDITS
DU OUINZIÉME SIÉCLE,
3Dct f/tutDiitotian kc JH. le 0iiii«i[t bt CSnMiudJDn pnhtiqut,
ACHILLE JUBINAL,
LE MS3. USIQDB DE
L» BIBLIOTHÉQUR STE.-CEHUIé™.
TOME
PREMIER.
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PARIS,
TÉCHENER, PLACE DU LOUVRE, 12
ET HOB DE SEINE, SS, AU BUHEAU DES AMCIENNES
H DCCC XXXVII.
7
St.
IMPRIMERIE DE BÉTHUNE ET PLOW ,
36 , Ruc de Yaugirard.
é€
\
PREFACE.
Dans la préfeoe cl'une de mes publications intitulée :
La Complainte et le Jeu de Pierre de la Brosse ,
cJiambellan de Philippe-le-Hardi , qui fut pendu
le Zo juin 1278 (Paris, Téchener, i835; d'aprés le
manuscrit unique de la Bibliothéque du Roi), je me
suis énoncé ainsi, pages iget 20 : « Selon moi^ lanais-
sance de notre théåtre ne date^ ni des mystéresrepré-
sentés pour la premiére fois , en 1 402 , dans 1'hötel de
la Trinité par les confréres de la Passion ; ni des ré-
jouissances qui eurent lieu, en iSSg, ä l'entrée de la
reine Isabeau de Baviére dans Paris; ni méme des di-
vertissemens mimiques donnés, en i3i3, aux fetes de
la Pentecöte par ordre de Philippe-le-Bel , en présence
d'Édouard II , roi d'Angleterre , pour célébrer la re-
ception, comme chevalier, du jeune Louis, alors roi
de Navarre ^ et depuis roi de France sous le nom de
le Hutin.
Je me trompe fort , ou , quelle qu'ait été sa forme ,
VI PRfcFACE.
queiles que soient les modifications qu'il ait subies, Té-
lément dramatique n'a jamais cessé d'exister ; il n'y a
jamais pu avoir solution de continuitc compictc dans la
marchedc rintelligencehumaine, etc. (i).»
La véritc de cette opinion , que le peu d'espace ac-
(1) Les fréres Parfait, qui attribueiit [Ilistoire du Thcalrt fran-
cais, vol. i, p. 32) rintroduction des mystéres, diez iious, « aux
pélerins qui, reveiiaiit de la Terre-Saiiilc et autres lieux de
piété , coinposaieiit des c<mtiques sur leurs voyages, et y mélaient
le récit de la vie et de la mört du fils de Dieu , » ajoutent ce-
pendant ce qui suit : »Quoique ce soit ici la véritable origine de
res spectacles pieux , on ne laissait pourtaut pas d'eo avoir quel-
qu'idée bien avaut le régne de Charles M. En voici la preuve
tirée du Hvre II de VJhstoire de la viiie de Paris , p. 525 :
M En Tannée iS15, le roi Philippe-le-Bel donna dans Paris une fétc
tf.des plus somptueuses que Ton edi vue depuis long-temps en
« France. Le roi d'Angleterre Édouard IL, qu'il y avait invite, passa
«( la mer exprés avcc la reine sa (emme, Isabeau de France, et un
X grand cortége de noblesse. Tout y brilla par la magnificence des
M habits, la varieté des divertisscmens et la somptuosité des festins.
u Pendaut huit jours enliers les seigneurs et les princes cbangeaient
M jusqu^å trois fois d'babits dans un seuljour; et le peuple de son cöle
« représenlait divers spectacles , tantöt la gloire des bienheureux et
« tantöt la peine des damnés; et puis diverses sortes d^animaux, et
« ce dernier spectacle fut appelé la procession du rcnard,»
Godefroy de Paris , riinear contemporain , nous a conservé dan»
sa chronique , impriniée par M. Buchou , le dctail en vers de cette
soleiinité. L'abbé Yelly, dans son Histoire de France, t. vii, p. 477,
édtt. in-12 , a traduit le récit de Godefroy en langage du quinziéme
siécle; et M. Monmerqué, dans les observations préliminaires de son
excellente edition du Jeu de Robin et Marion, faite pour la Sociétc
des bibliophiles , a donné le texte méme du poéte chroniqueur *, je
Tai également rcproduit dans mes notes du Jeu de Pierre de in
Brosse, et M. Chabaille ena parlé dans son avant-propos du Mjrs-
tére de sainl Crepin, (Paris , Sylvestre , 1856.)
PRÉPACE. VII
cordé k ma publication m^empécha de développer , a
été trés-bien démontrée , a partir de l^cre chrétienne
jusqu'au dix-dcptiéme siécle , dans une serie de le^ODs
professées k la Sorbonne, en 1 834 et 1 835^ par Pun des
plus érudits archéologucs de ce temps , M. Charles
Magnin , k la scicnce et å Tamitié duquel je me plais å
rendre hommage (i).
Je n'y reviendrai donc pas, laissant au savant et spe-
cial historien du théåtre möderne en Europé , le soin
de prouver la justesse de mon assertion , qui est aussi
la sienne. Je dirai seulement avec lui que les repre-
sentations théåtrales se rattachent immédiatement
pour nous , par une chaine non interrompue , ä la
civilisation romaine. Dés le premier siécle de Fére
chrétienne , nous voyons en efTet paraitre dans l'É-
glise les jigapes^ qui plus tärd se convertiront en fétes
hiératiques, et produiront les fetes dos fouset autres
célébrations boufTonnes. L'époque qui suit nous of-
frirait^ d^Ezéchiel le tragique , un drame qui est
en méme temps une espéce de chronique sans bomes
de temps ni de lieu ( la vie de Moise) , et le Christ
seuffrant de saint Jean-Chrysostöme, composition
plus érudite. Postérieurement nous trouverons le
Querolus^ sorte de mysanthrope taillé sur le patron
de VAululaire de Téren^ , et le Ludus septemsa- i^l^nt^
(i) Ces le^^oiM, revues avec soin par M. Magnin, vont étre tres-
procbaineineDt publiées : elles formeront quatre volumes in-S», froit
de quioze années de recherches et de travaux, que nous croyonsdes-
tinés å Diodifier beaucoup (fidées regues rclativenient å rhistoire
(hi^AtraU.
VIII PUéFACE.
pientium d'Au3one. Le ciiiquiéme siécle se présente,
lui, avec son cortége de fetes religieuses durant les-
queiles on mime, on figure dans 1'église l'adoration des
mages, les noces de Cana, ia mört du Sauveur , etc,
avec ses processions ou Ton proniéne des gargouilles ,
des anioiauxfabuieux, des monstres de toiiles formes.
Dans la période qui vicnt apres, c'est>å-dire du
sixiéme siécle a la fin du neuviéme, nous rencontrons
VOcipuSj comédie allégorique dont les acteurs sont :
la Goutte, un médecin, la Douleur et un chccur de
goutteux ; le Jugement de Vulcain qu'on a rangé k
tort, durant long-temps, parmi les églogues ; quelques
fragmens d'une tragédie de Clytemneslre ; un dialogue
inter Terentium et delusorem; un autre composé
pour les funérailles d'Hathumolda , abbesse de Gander-
saen, entré Corbie de France et Corbie de Saxe, etc.
Enfin, au dixiéme siécle, un fait unique, anormal,
dont 1'ensemble conslituii un véritable monument lit-
téraire^ se produit subitement : c'est le Thédtre de
Hroswita (littéralement Rose blanche)^ abbesse du
méme monastére de Gandersaen dont nous venons de
parler (i). Ge tbéåtre, qui se compose de six comédies,
savoir: la Conversion de Gallicaruts^Dulcitius^ Cal
limaque^ Abraham^ Paphnuce et un petit drame allé-
^^%^%iS g^^*4"® intitulé la Foiy VEspérance et la Charité ^
(i) On pourrait aussi comprcndre dans les compositions dramati-
ques de ce siécle, le dialogue ou coUoquium de Théodulus, entrc
AlittUa^ representant le christianisme, et Pseustis, qui défend le pa-
ganisme. Cest une églogue fort rcoiarquablc qui dut étre lue ou
chantce dans quelque repas de grand seigneur ou d'évéquc.
PREFACE. IX
forme, a dit M. Magnin dans une notice sur Hroswita et
sur la comédie å^ Abraham insérée daus le Tfiédtre
Européerij deuxiéme livraison, « fundeschaiiions, le
plus brillant, peut-étre, et le plus pur de cette serie non
interrompue d'ceuvres dramatiques , jusqu'ici trop peu
étudiées, qui lien t le théåtre pålen, expirant vers le cin-
quiénnie siécle , au théåtre möderne , renaissant dans
prcsque toutes les contrées de PEurope vers la fin du
treiziéme siécle (i). »
Le onziéme siécle ouvre une route nouvelle pour
Fart dramatique, ou mieux, pour Tesprit humain. A
cette époque, en eflfet, les langues vulgaires se montrent
å 1'horizon. Ce n'est d^abord qu'un fant6me qui appa-
rait, qu'un enfant qui bégaie et cherche å échapper aux
långes dont Tenveloppe le latin ; mais bient6t elles
progressent au détriment de 1'art hiératique, elles font
invasion dans l'Église qu'elles doivent détréner deux
*
siécles plus tärd, et donnent naissance aux Epitres
farcies (JEpistolce farsitce) , ou chants alternatifs du
peuple et du clergé, lesquels s'exprimaient Tun en la-
tin, l'autre en langue vulgaire (3).
(1) Hroswitha a laissé aussiun poétnesur les Ollions, dontM. St-
Marc^Girardin, dans son coars sur rAllemagne, a fort bien fait sen-
tir rimportance å la fois polilique et littérairc.
(2) Les épltres farcies les plus nombreuses qui nous soient restées,
sontcellesqui ont pour objella passion de saintÉtienne. Celatient ä ce
qa*aa neuviéme siécle Charlemagneayantintroduit le rite romain qui
défend, pendant la messe, d'autres lectures que celle des passages de
rÉcritnre sainte, on n'exécuta pas cette interdiction å Fégard de
tfaiatÉtienne, dont le martyre se truuvant rapporté dans les Actcs
PREFACE.
Le onziéme siécle nous fournit plusieurs monumens
des apötres, mettait par cela méme les épitres ((ui y étaient relatives
hors de la prescriptiou du rice roinaiii.
Don Marlene {Z^c antiquls ecclcsice ritibus , t. I, p. 281), cite,
d^aprés un mauuscrit de St-Gratiea de Tour , le fragment suivant
d'un planctus sancti Stephani, ou épilre farcic de saint Estéve :
Por amor Deii, vos pri sai^os barun,
Se ce vos duit escoter la le^iin
De saiot Esteuve le glorieus barriin,
£scotet-le par bonc entcntion,
Qui a ce jor rccu la passion, etc.
M. Raynouard a publié unc autre épttre farcie de saint Étienne ,
dans son Choix de poésies des Troubadours, t. II, p. 144; le ma-
nuscrit de U Bibliothéque royale , cöté R , 7595 {bis) , ancien ma-
uuscrit de fonds de Bigot, contient au fol. 121, v* et suivants , une
épttre farcie de Saint-Étienne , ou Tauteur se nomme lui-méme
dans ce vers :
Cil qui Tescript Lucas out iion ;
enfin , nous-mémes en avons inséré une 5" dans les notes du pre-
sent volume. En voici une 4« tirée du Mss. 6987, fol 555 v°, oCi elle
est notée en musique.
DE SAINT ESTEVENE.
Entendés tot a cesl scrmoii ,
Et clerc et lai tot environ :
Conter volons la passion
De saint Estevene le baron ;
Couinent et par qael mesproisoii
Le lapidérent Ii félon
Pour Jhésucrist et pour son nom
J*alorres dire en la le^oo.
Lee tio actuumapostoiorum.
Ccstc Icron c'on ci voui» liät,
Sains Lus Tapelc que la iist :
1>BKPAGB. XI
dramatiques importans : c'est d'abor(l un mystére des
Fals des apostles Jhésucrist :
Sains Espérités Ii aprist.
In diebus illis.
Ce fu és jours de pieté
£1 tans de (j^rasse et de iN)nlé,
Que Dieu par sa grant carité
Rc^ut mört pour crestieulé.
£ii itel tans ])on euré
Li apostle Ii Dieu amé
Otat saint Estevcne ordené
Pour prééciei foi et verté.
StephoFius plenus gracid et fortitudinc^faciebat prodigia et signa
magna in populo,
Saint Estevene dont je votis ^ant,
Plains de grasse et de vertu grant,
' Faisoit el pule mescreant
Grans miracles Dieu prééchant ,
Et crestienlé es8au9ant.
Surrexerunt {uttern quideun de Synagoga qui appellabantur liberä^
norum et Cyrenentiorum et Aiexandrinorum, tt eorum guiä Ci-
iicid etAsiåy (sous-entendu : venerant)disputantes cum Stephano.
Li pharisien Dieu renoiié
Qui åfi la loi sont plus prisié
Vers le martyr sont adrecié :
A lui deputent tot irié.
£i non poterant resistere saptentias et spiritui qui loquebantur ,
Sains Estevenes point ne doutoil ,
Car li fieus Dieu le confortoit,
Et Sains-Espirs en lui parloit,
Qui con qu'il dist li ensignoit.
XII PREFAGE.
vierges folies et des vierges sages, écrit entrois bn-
Al grant sens k*en liii espiroit
Nus d'els contrester nel' pooit.
ndentes autem hoc dissecrabantur cordibus suis , ei siridcbant
dentibus in cum,
Quant che voient les putes gens
De duel en ont les cuers sanglans :
Tant les sourportoit maltalens,
Qu'ensanle croissoient lor dens.
Cum autem esset Stephanus plenus Spiritu Sancio, intendcris in
cceium, vidit gloriam Dei^ et ail ••
Qr entendés del* saint martir
Cum il fu plains del' Saint Espir.
Regarde en haut et voit partir
Les cieuls sour lui et aouvrir \
Et la gloire Dieu avenir
Dont a parlé, ne pot taisir.
nEcce video ccelos apertoSy etjilium homirUs slantcm a dextris Dei. »
« La gloire voi nostre Signour
Et Jhésucrist mon Salveour
A la destre mon Créatour,
Or ai grant joie sans dolour ;
Car je voi ce quc jou aour,
Qui est loiiers de ma labour. »
Exclamantes autem voce mogna continuerunt aures suas^ et
impetumfccerunt unanimiter in eum.
Quant del fil' Dieu oent parler
Dont commencent å foursener,
Leurs orelles a estouper
Car mais nel' puéent escolter.
En tals Ii font pour lui tuer.
Ii les atent com gentix ber;
PRÉFACE. XIII
gues, en latin, en fran^ais et en proven^al (Mst. ii 39
Bien puet sofriretendurer
Qu'il voit Dieu qui le veut sauver.
Et ejicUntes eum extra cwitatem lapidabant.
Debon les mun de la cité
Ont le martir trait et jeté.
U rönt Ii félon lapidé
Conques n'en eurent piété.
Et testes deposuerunl vestimenta sua secus pedes adoleseeniis qui
uocabatur Saidus.
Pour miex férir délivrement
Ont despouillié lor vestiment
As piés d*un vallet innocent.
Ce fut Saulus qui tant tourment
Fist puiB å chrestiene gent.
Dieus le rapela docement ,
Puis fut sains Paus tout vraiement.
Ei lapidabant Stephanum innocenlem et dicentem t
Defor Ii font mult grant assaut.
Il le lapident , lui n'en caut ,
Tentses mains et ses iez en haut ,
Proie k Dieu qui as siens ne faut.
R Domine Jhesucristt , suscipe spiritum meum. »
« Sire Jhesucrist , mon désir ,
Qui m*a8 fait les tormens sofrir »
Des or re^ois le mien espir ;
Car je voel å toi parvenir. »
Positis autem genibus, clamavit voce ma^nå dicens t
Lués saint de grant amistié ,
Ses anemis fait semblant lié.
Ses genous ploie par pitié
XIV PREPACE
de la Bibliothéque du roi ; fonds Saint-Martuil, deLi-
moges) (i), et dont M. Raynouard a dit au lome ii de
son Choix depoésies originales des troubadours '
Et pour cls tous å Dieu proiié.
« Domine , ne statuas illis hoc peccatum. «
« Sire, fait*il en qui main sont
Li juste et tout cil qui mesfont ,
Pardone leur, pére del mont ,
Cas il ne sevent que il font. »
Elcum lioc dixissctf obdormivit in Domino.
Quant il a dit tot son plaisir,
Samblant fait qu'il voelle dormir,
Clot ses iex, si rent son espir ,
Dieu le rechut é lui servir.
Or prions tout le saint martir
Qu'il nous puist salver et garir .
K'enssi puissons-nous tuit morir,
Et al regne Dieu parvenir.
Amen.
(1) M. Émile Morice,daii8 son Histoire de la inise en scéne de-
pois les Mystéres jusqa'au Cid^ insérée dans la Revue de Paris , a
commis, a Pégard de ce manuscrit , de singuUéres méprises. « Vers
le milieu du méme siécle, dit-il, parurent un certain nombre de
tragédies en rimes latines. Dans Tune d'elles, dont le héros est sainr
Martial de Limoges, Virgile, associé aux prophétes, vient avec eu\
åTadoration du Messie, etc.» D'abord, saint Martial n'est pas le moins
du monde le héros de la piéce. Il n'y est pas méme qucstion de lui.
LeMss. provient tout simplement de TAbbaye qui portait ä Limoges
le nom de ce saint, d*oi!i Terreur de M. Charles Morice ; ensuite ce
Mss. n'est pas du douziéme siécle, mais du onziéme; enfin, il ne
fallait pas mettre cette piéce au nombre des tragédies écrites en la-
tin , d^abord parce que le mot tragédie , emprunté ä Tabbe Lebeuf,
est impropre pour designer les mystéres de Saint -Benolt-sur-Loire,
dont je crois qu'on a voulu parler ; ensuite, parce que le mystérc
des Vierges folies est écrit plutöt en proven^l qu'en latin.
pniaACE XV
<( Cet ouvrage présentc Ics élémens et la marcbe
d^undrame, c'est-a^irc, qu'il a une exposition, un
Dceud et un dénouement ; » ensuite un mystére de la
Nativité tiré du méme manuscrit ; et , enfin , quatre
mystéres latins, conserves dans un manuscrit de Saint-
Benoit-sur-Loire, qui en contient six autres dont noiis
parierons tout a l'heure. De ces quatre mystéres, deux
(oelui des Trois Mages et celui du Massacre des Inno-
cens) paraissent avoir été composés pour les fetes de
Noél , les deux autres (celui de la Résurrection et ce-
lui de TApparition de Jesus ä ses disciples, a Emmaus)
semblent avoir été écrits pour les fetes de Päques.
Ces dix mystéres ont été édités avec le plus grand toin
par M. Monmerqué, pour la société des bibliophiles.
Le dotkziéme siécle n'est pas moins riche, que celui
qui le précéde , en monumens dramatiques. L^Orient
Dous odre, en effet, dans cette période, deux drames, le
premier (V jimitié bannie du monde), dö a Théodore
Prodrome, le second du ä Plochyre. Quant a l'Occident,
nous y assistons a la naissance des fetes des änes et des
fous, et nous y trouvons d'abord les six Mystéres du
Mss. de Saint-Bcnoir-sur-Loire, puls troIs drames hié-
ratiquesen languevulgaire. L'un, qui est allégorique,a
pour auteur Guillaume Hermann, poéte anglo-normand
qui vivait de 112'^ a i f^/o; Tautre est dA a Étienne
de Langton, cvéque de Cantorbéry, et le3%quiconsiste
en un fragment du Mjrstere de la Résurrection que j'ai
moi-méme publié^ avec une traduction en regard (Pa-
ris, Técbener, i834), est anonyme (i). Enfin, Bernard
(1) M. Chabaille , pag. 7 de rAvant-Propos du Mystérc de wiut
XVI PREFACE.
Péze, dans son Thesaurus anecdotorum novissimus,
tome II, troisiéinepartie,p. 1 86, a publié un Luduspas-
chaliSj intitulé : De adventu et interitu Antechristiy
composé pour l'einpereur Frédéric Barberousse, el
joué probablement devant lui, oii le pape se trouve
désigné sous le nom de PAntechrist, et ou paraissaient
1'einpereur, les rois de Francc, d'Allcmagne, etc. Ma-
thieu Paris, danssa Yie des vingt-trois abbés de Saint-
Alban, fait mention aussi d'un jeu de sainte Catherine,
composé å Dunstaple, parGeftVoy, qui devint plus tärd
abbé de Saint-AIban, et mouruten 1 147. Ce jeu offrit
ceci de remarquable qu'il fut joucpardes séculiers,et
qu'on emprunta pour sa representation , au sacristain
de Saint-Alban , les chapes et les autrcs ornemens de
l'abbaye. De lä å la dépossession des clercs par les laics
il n'y avaitqu'un pas : il s'opcra au siécle suivant (1).
Le treiziéme siécle, en eftet, nous montre le génie
dramatique complétement éinancipé de Tinfluence ec-
Grépin , avance , contrairement å notre opinion , que ce fragment est
da treiziéme siécle. Nous nous rendrions avec piaisir äux fort bonnes
raisons qu'il allégue , si Técriture du manuscrit qui contient le mys-
tére de la Bésurrection ne dénotait évidemment le douziéme siécle.
(1) M. Roquefort fait remonter Tärt dramatique parmi nous jus-
qu^aa douziéme siécle. Il cousidére le fabliau d'Aucassin et de Nico-
lette comme le premier essai de ce genre. Nous croyons cependant
impossible de placer ce joli fabliau au nombre des piéces de théåtre.
Il consiste dans unc narration toucliante faite par un roéiiestrel qui
la suspend par intervalles , tandis que son compagnon chante sur un
luth des morceaux de poésie. On n'y trouve ni dialogue, ni action ,
ni mise en scéue , rien de ce qui constitue Tébauche la plus impar-
faite d*une piécc dramatique. On peut en dire nutant des jeux partis
et par conséquent du fabliau des deux Bordeors ribmuls que M.Ko*
PRKFACE. Wll
clésiastique. Des piéccs qui nous sont parvcnues de
cette époque , aucune^ si ce n'est le Miracle de Theo-
phile , n'a trait aux choses religieuses ; encore ce Mi-
tncle fut-il composé par un laic , et par un laic passa-
blement incrédule^ dont le plus grand plaisir était de
semoquer du clergé; (Voy. ma Notice sur Rutebeuf^
son auteur; Paris, 1 834, Téchener.)Maisiciy du moins,
tout 06 que nous possédons est en langue vulgaire , ä
Texception d'un inystcre latin indiquc a l'année 1398,
dans une chronique du Frioul, citée par Muratori (dis-
sertation 39*) , et intitulé : a Representatio ludi
Ckristij videlicet Resurrectionis , adventus Spiri-
tus Sancti et ad ventus Christi ad judicium.n Co
mystére, si Ton s'en rapporte au chroniqucur , auratt
élé repi'ésenté uvec succés par des clercs dans la cour
du patriarche. Les autres piéces qui nous restent de
cette époque sont toutes de la seconde moitié du siécle,
quefort regarde aussr comme une esquisse théåtrale. Ges piéces n'of-
freut point de dialogue : ce sont deux discours , et , pour ainsi
dire , deux plaidoyers qui se succédent Tun å l^autre.
(Observ.prél. dujeu de Robin et Marion, par M. Monmerqué.)
TaTOiie que cesconclusions, pour justes qu^elles soient ä i^éganl
des deux Bordeors ribauds , me paraisscnt bien sévéres relative-
nient au febliau d^Aucassin et de Nicolette. Ne serait-il donc pas pos-
sible de regarder cette gracieuse com position comme le type de To-
péra-coroique chez nous ? — I^ roanque d^action qu'on remarque en
élle ne ferait, en ce cas, que la rapprocher du genre auquel elle ap-
partieiidrait , car depuis cette fameuseparole de Beaumarchais : « i.>
qo*oii ne peot parler , on le chante , » qui est-ce qui s'est jamais
inflémé s'il y avait dans nn opéra-comiqne un» action . un n(riid ,
une |iéripétii*:^
XVIII PRIiFACL.
etdurent étre rcpréscntces par des séculiers (i). Elles
sont au nombre de cinq, savoir : lejeu du Pélerin
et lejeu de Robin et de Marion y donnés, en 1822,
par M. Monmerqué pour la société des bibliophi-
les; le jeu du Mariage ou de la Feuillée\ lejeu de
S. Nicolas , et cclui de Pierre de la Broce qui
dispute ä Fortune par-devant Raison, Je ne com-
prends pas , dans les oeuvres théåtrales de cette épo-
(1) En Espagne, la representation des Mystéres remonte peut-étre
au-delå du treiziéme siécle , puisqiril en est parlé dans la loi 54 ,
tit. VI, de la partida prima, Cette loi défend aux clercs de faire des
representations scéniques dans les églises, et méme d'y assister
quand d*autres les font. «« Pourtant , ajoute In loi , il est telle repre-
sentation qui est permise aux clercs, comme celle de la Naissance de
notre Seigneur annoncéeaux pasteurs par un ange, on quand on ex-
posé TAdoration des rois mages , le Crucifiement du Sauveur et la Ré-
sarrection au troisiéme jour , etc. De telsspectacles excitent rhomme
k bien faire et rafferroissent sa foi. »» (Origen^ epocas y progrcsos del
teatro tspanol^ etc. , par Manuel Garcia de Yillanueva Hugaldo y
Perra , en Madrid , 1802. ) De ces cxpressions de la loi, Thistorien
dnthéåtre espagnol conclut: 1» que, des le milieu du treiziéme siécle,
il existait, en Espagne, des piéces religieuses; 2<> qu'elles avaient
lieu dans les églises et ailleurs; 5» que les acteurs étaient des Xvit^
oa des clercs å volonté , etc.
(Råynouard, Journal des Savans^ 1856, p. 56f .)
Il est ä croire qu'au treiziéme siécle les Mystéres étaient austi re-
présentés depnis long-tcmps en Italie, puisque Villani, lib. ¥iii,
ch. 70, rapporte qu'eii 1504 il arriva å Florence un accident funeste
ä propos d'un théåtre qui, ayaiit été élevé sur un pont ,* s'écroala
sous la multilude des spectateurs, dont un grand nombre périt. 11
faut enoutre rcmarquer qnc Yiil.uii ne raconte pas cet accident pour
indiquer Texistcnce des Mystéres, en Italie, å Tépoque dont il ptrie
(fait qu'avec son exactitnde ordinaire il eOt cependant mentiooné $*il
edi été récent alors), ma is seulement pour faire conoattre le malheur
arrivé en cette occasion.
PEKFACE. XIX
que, la disputoison du croisé et du descroisé par
BuUåeufj qu'y range Legrand dCAussy, parce qu'il n\
a dans octte piéce aucun jeu de scéne, qu'elle n^est
qu'un dialogue entré deux personnages, une églogue
aur UD sqjet con temporam, et que, si l'on admettait
Topinion du savant traducteur de nos fabliaux , il fiiu-
drait ranger aussi dans la catégorie des oeuvres dra-
matiques la Disputoison de Charlot et du barbitr
dt Melon , celle de Sjrnagogue et de Sainte Église;
les fabliaux intitulés la Chasse du Cerf ^ Margutt
convertie^ etc. Je préférerais de beaucoup y compren-
dre FHerberie Butebeuf^ spirituelle parade de foires et
detréteaux que je ne puis mieux comparerqu'aux chan-
sons bouflfonnes de Plantade , et qui serait alors une
composition beaucoup plus incontestablementdramati-
que, bien qu'ellen'ait ni dialogue, ni action,etqu'ellc
soitrécitéepar un seul homme. Tel est, d'aprés toutes
les découvertes faites jusqu^ä nos jours, Tinventaire ri*
goureusement exact des productions dramatiques chez
nous, au xni'siécle. On a doutc long-temps qu'aucune
d'eUes e6t été jamais représentée , et peut-étre a-t-on
eu raison, si Ton a voulii entendre ce mot dans le sens
despectacle public, sedonuantdans les villeså certains
jourset å certaines heures, ainsi que cela se pratiqueau-
jourd^hui; mais, comme, d'aprés leur contexturc, leur
jeu de scéne, leur prologue méme(Voy. surtout celui
du jeu de S. Nicolas)^ ces piéces étaient évidem-
ment destinéesåune representation quelconque^ il fau-
dra bien en conclure que , si les villes n^étaient point
assez richespour entreteiiir des troupes de ménétriers,
b.
XX PREFACE.
pour avoir des lieux propres aux representations et sub-
venir aux dépenses qu'eiles nécessitaient, tout porte ä
croireque les princes et les grands seigneurs, qui
avaient, eux , des ménestrels attachés ä leurs person-
nes, que les abbés, qui disposaient des vastes salles
des cloitres, en usérent pour faire represen ter des mi-
racles ou des jeuoc (i). Cest ainsi que nous pouvons
supposer que la charmante et fraiche pastorale de Ka-
bin et Marioriy dxie au trouvére Adam de la Halle, qui
avait suivi Charles d'Anjou en Italie, fut représentée å
Naples devant ia cour de ce prince, qui était toute frän-
^aise ; que le miracle de Théophile et \ejeu de S.
Nicolas étaient réservés aux clercs, et que \cjeu de
Pierre de la Broce ful représenté dans la demeure de
quelque famille seigneuriale ennemie de ce ministre
et satisfaite de sa chute.
Mais, si nous avons quelques rcnseignemcnts sur le
fonds et si la conservation des monura;.-nts nous auto-
rise a prononcer affirmativement sur le fait de la re-
presentation , nous sommes loin d'étre aussi avancés
sur lesdétails. Comment répondre, en effet, aux ques-
(1) Sur ces dénominations de jeu on de miracU , voici ce qae je
pense. L' esprit du temps avait fait imagiuer et écrire beaucoup de
Yies de Saints en vers. Ces ouvrages étaient faits pour étre décla-
més, et on leur avait donné le beau nom de iragedies. Pcu ä peu Tärt
se perfectionnant par Tinstinct , on resserra ce cadre trop väste. On
s^astreignit å un fait particulier (ordinairement c^était un miracle)-^
on le mit en action , et , comme ces nouvelles piéces furent jouees^
et qu^elles étaient failes pour Tétre , on les nomma jeux , afin de
les distinguer des iragedies qui n'étaient que déclamées. ( Legrand
d'Aussy, Contes et Fabliaux, t. II, p. 174 , édit. Reno|iard.)
PRKFACC. XM
tioos qu^on nous pourrait faire sur le théåtre et sa pa-
rure , sur les costumes , les décorations , les acteurs ,
les machines , les apparitions diaboliques, etc, etc.?
Nous avouons qu'ici tout nousmanqueä la fbis, et que
Dous ne pouvons méme raisonner de Paccessoire théÅ-
tral du XIII' siécle que nous ne connaissons pas , par
analogie aveccelui du xv* que nous connaissons ; car
la difTérence entré ces deux époques fut si grande
queceserait nousexposer k tirer de faussesinductions.
Une chose qu il faut bien remarquer au xiii* siécle,
c'est que le théåtre, qui, chez nous aux époques précé-
dentes, avait été presqu'exclusivement religieux , de-
Yient tout-å-coup profane avec le jeu de Robin et Ma-
rion , celui de Pierre de la Broce , etc. Gette circon-
stance qui tient å une transformation sociale impor-
tante, mérite qu'on s'y arréte. La féodalité, cet Age de
fer qui s'était allié si intimement au sacerdoce , avait
cédé une partiede sa puissance au clergé. Les barons,
a i'aide de leurs cuirasses ^ de leurs gantelets d'acier
et de leurs hommes d 'armes, étaient en possession de
la force; TÉglise, avec son glaive spirituel, avec ses in-
timidations religieuses , son long usage et sa culture
de tout ce qui avait trait h Fintelligence, était la reine
des idées. La noblesse et le clergé marchaient donc
en s'appuyant l'un sur l'autre : c'étaicht deux fréres
juroeaux dont la vie, commencéeau méme instant, de-
vait se terminer ä la méme heure.
Gette derniére conformité de destince ne leur faillit
pas.
Le systcme feodal, si puissant durant plus de deux
Wll PRÉFAGb.
siécles, tut miné sourdement vers la fin du xii% par
UD pouvoir, humble d'abo^d, rival ensuite et bientöt
dominateur , qui , en politique y devint le fondement
d'une organisation nouvelle , la commune , et fit pas-
ser, pour ce qui a rapport å Tärt dramatique, la puis-
sance cléricale aux mains des confréres laJcs : ce nou-
veau pouvoir^qui devaitådaterdecetteépoque devenir
envahisseur et puis inaUi*e, étai t tout simplement le </e/*,f-
eta/yc'e8t*å-dire le peuple, qui avait jusqu'alorsrelevé
de toutyCt duquel, au contraire, tout releva plus tärd.
Au XII' siécle , les confréries composées de laics fu-
rent établies dans un but de piété et de charité. EUes
étaient sérieuses, sévéres, et ne songeaient pas å åtta*
quer TÉglise. Au xiii', elles la dépossédérent en parlie
de son influence , malgré la résistance du clergé , qui
chercha ä les combattre par Tétablissement des ordres
mendiants, et au xiv' elles la remplacérent compléte-
ment. Aipsi en 1^43 on joue un mystére en plein air
ä Padouehors de Téglise, et en 1364 il se forme dans
cette ville une société qui represen te la passion durant
la semaine sainte. Presqu'en méme temps nait cbez
nous (en 1^85 selon les uns , en i3o3 selon les au-
tres) la confrérie bouflonne de la Basoche^ et d'aprés
lerécitde Geoflroy de Paris, nous voyons en i3i3,
lors de la célébration des fetes données par Philippe-
le-Bely les tisserands représenter :
Adam et Éve,
Et Pilate qiii ses mains leve , etc.
tandis que les corroyeurs contrefont la vie de Renard,
qu'ils montrent aux spectateurs habillé en évéque et
PREFACE. XXIfl
en archevéque. En i38o apparait la corporation des
EnFants sans-souci; en i38i celle de la Mére folie de
Dijon et la société des Fous de Cléves, etc, qui toutes
se livrentavec iUreur aux amusements du théåtre (i).
Cest ici le lieu de placer une observation d'un grand
intérét pour notre histoire littéraire. Le xiv* siécle ,
qui en proseconipte plusieurs ccrivains remarquables,
est cbez nous en poésie d'une extreme pauvreté. Se-
rait-ce qu 'apres le siécle de Saint-Louis, qui fut pour
la langue romane ce que fut celui de l^ouis XIV pour
la langue frau^aise , la facuité poétique se serait éteinte
subitement ? Est-ce donc comme Fa écrit un critique
du siécle dernier, u qu'inépuisable, et toujours la méme
dans ses productions physiques, la nature serait bor-
née dans son énergie morale , et n'aurait en ce genre
qu'une fécondité passagére qui la condamnerait ensuite
ä une longue stérilité?» Loin de lä; mais les évé-
nements qui semérent la France a cette époque de
désolation et de ruines, savoir : les revers et la cap-
tivité du roi Jean, la conquéte d'une partie du royaume
par les Anglais, la folie de Charles VI, etc., restreigni-
rent de beaucoup le sentiment poétique et durent je
ter dans toutes les åmes une profonde tristesse. La
langue- romane, en outre, entrait alors, quoique d^une
(1) Selon M. Tabbe de La Rue [Essais historiques sur les bardesy
iesjongUurs et les trouvéres normands et anglo- normands) , des
représentatious de Myste res auraient eu lieu chez les Normands et
les Aiiglo-Noniiands, long temps avant qu'elles eussent lieu å Pa-
ris. U cite ä Tappui de cette opinion le Mystére de la Peniecoie ,
joué, selon lui, å Ghester en 1527, et celui de la Naissanct de Jesus-
Chrisiy représenté i Bayeux en IMO.
XXIV PHEFACE,
maniére pcu sensible, dans sa premiére période de dé-
cadence. Ce serait donc une chosc étonnanle que nous
eussions conservé un assez grand nombre de morceaux
draaiatiques remontant ä cette époque, s'ils ne se trou-
vaient lous compris dans le méme recueil, et s'ils n'a-
vaiont été probablement coniposés pour la méme com-
frérie, peut-étre par le méme auteur. Ce recueil, coté
parmi les Mss. de la Bibliothéque du roi sous le n"
7208, gr. in-4**, est intituléil//rac/e^ de Notre-Dame.
L'écriturc en est, ainsi que les vignettes , de la fin du
m
xiv*ou ducommencement du xv'siéclc; il se composc
de deux voluraes contenant, le premier v ingt-deux mi-
racles, et le sccond dix-huit(i).
(1) Un de ces miracUs, celui de Rober t-U-Diable^ a été imprimé
å Roaen en 1856 , chez M. Édouard Frére, libraire de la Bibliothé-
que et de la ville, auquel les amateurs de uotre vieille langue sont
déjå redevables de Timpression du Roman du Rou , du Roman du
Brut , etc. Depuis^ , j^ai fait copier pour Thonorable M. Langlois,
directenr de TAcadémie de peinture de la méme ville , un autre de
ces miracles, celui de la Reine Bautheuch , qu'il se propose de pu-
blier. Cette derniére circonstance m'engage a donner ici le catalogue
exact de tous ceux que contient le manuscrit. Peut-étre , dans cette
longue serie de monuments, s'en trouvera-t-il qui auront trait, pour
plusiéurs de nos érudits, ä des sujets de prédilection. Puisse, dans
ce cas, cette mentiou engager queiqu'un d'eux a les mettre au jour!
TABLE DES MIRACLES DU 1'^ VOL. MSS. DE LA BIBLIOTHisQUEDUROI,
COTÉ 7308 A, ET ACHETÉ 100 FR. PAR CANGÉ.
Fol. 1. Miracle de N. D. au sujet d'ua enfant qui fut donné au
diable quant il fut engendré.
Fol. 14. Cement N. D. délivra une abesse qui estoit grosse.de son
clerc.
Fol. S4. DeTévesque que Tarchediacre ametrit pour estre évesque
aprte sa mört.
Fol. 34. La fame du roy de Portugal tua le séneschal du roy et sa
PREFACE. X\V
MatDtenant , ces miracles étaient-ils joués par des
coofréres? Tout portek le croire; mais il est possible.
propre cousine; elle fut condamiiée k ardoir, et N. D. Ten guarantit.
Fol. 46. Salomié qui ne croioitpas que IS. D. eut eojTanté virgina-
lemeDt sans oeavre d'home perdi les mains pour ce qu'elle le voulut
esprouver ; elle se repentit , mit ses maiDS sur N. S. , et elles luy
forent rendaes.
Fol. 56. Un roy fit couper les poinls å sainct Jean ChrisosUioines,
et N. D. lay refit une nouvellc main.
Fol. 69. D*une none qui laissa son abaye pour s'en aler avec uu
clievalier qui Téponsa , et depuis qu'ils orent eus de biaus enfans ,
N. D. s'aparat a elle , dont elle retouma dans son abaye , et le che-
▼alier se rendit moyne.
Fol. 79. D'un pape qui , par sa convoitise , vendit le basme dont
servoit deux lampes dans la cbapelle St-Pierre ; sainct Pierre s*apa-
nit å luy et luy dit qu'ii seroit damné, et depuis , par sa bone rcpen-
tence, N. D. le fit absoudre.
Fol. 90. De sainct Guillaume-du-Désert , duc d'Aquitaine , que
les diables batirent tant qu'ils le cuidérent laisser mört , pource qu'il
ne vouloit retoumer au monde, dont N. D. le vint reconforter et le
guérir(l).
Fol. 101 . D'un évesque ä qui N. D. aparut et lui dona un jouel d'or
auquel avoit du lait de ses mamelles.
Fol. 109. Coment M. D. guarantit de mört un marcbant (qui
longtcmps Tavoit servie decbapiaux) d'un larron qui Tespioit, et
conment elle s'aparut au larron et au marcbant , et puis de vint le
larron hermite.
Fol. 1 1 6. La marquise de la Gaudine , par Taccusement de Toncle
de son mary , fu condamnée å ardoir. Antbenoy , par le comande-
ment de K. D. , s*en combatit a Toncle et le déconfit en cbamp.
Fol. 127. De Tempereur Julien que sainct Mercure tua par le co-
mandement ^. D., et Libanius, son sénescbal, qui cela vit en vision,
se åt baptiserå St-Basile, et devint hermite, et pour voir N. D. en
sa biauté , soufrit qu*on luy crevast les yeux , et le renlumina N. D.
(1) M. Thomassy» ancien éléve de Vécole des Cbartes , qui se pro-
pose de publier prochainement le roman å*Aytneri dt Narbonne^ va
noosdonnerbientdt ce Miracie^ qui se lie accessoirement au sujet du
poéme.
XXVI PRBFACE.
comme ces mystéres sont sérieux, que des ecclésiasti-
ques aient pris part ä leur representation en méme
Fol. 139. N. D. , å la requeste de salnt Prist , délivre un prévost
du purgatoire.
Fol. 151. Commenl un enfant resuscita entré les brås de sa mére que
Ton vouloil ardoir , pource qu'e]le Favoit noyé.
Fol. 165. De la mére d'un pape qui tant 8*enorgueilli pour son
fils pape et ses deux autres fils cardinaux, qu'elle se reputa greigneur
que N. D.
Fol. 179. D'uii paroissien cxcomenié que N. D. absolu sur la re-
queste du bon fol d' Alexandrie.
Fol. 197. Une femme, nomée Théodora, pour son péchié se met en
habit d'home , vi pour sa penance faire devint moyne et fu tenu pour
homme jusqu'aprés sa mört.
Fol. 211. D*un chanoine qui , par Tennortement de ses amis , se
maria , puls laissa sa fame servir N. D.
Fol. 223. De sainct Sevestre et de Tempereur Constantin qu*il
converti.
Fol. 235. De Barlaam, maistre d'hostel du roy Avennir, qui con-
vertit Josaphat, le fils duroy, et depuis*, Josaphat convertit son
pére et tous ses gens.
Fol. 250. De sainct Panthaléon que un empereur fit décoler avcc
Hermolaiis et ses deux compaignons qui Tavoient baptisé.
DBUXIEME VOLUME, COTÉ 7208, B.
Fol. 1 . Gy commence un miracle de Notre-Dame, d'Anii8 et d'A-
mille, lequel Amille tua ses .ui. enfantspour garir Amis» soacom-
paignon , qui estoit mesel , et depuis les resuscita Notre-Dame.
Fol. 15. Cy commence un miracle de sainct Ignace.
Fol. 28. Cy commence un miracle de sainct Valentin que un em-
pereur fist décoler devant sa tablc , et lantost s'étrangla Tempereur
d*nn os qui lui traversa la gorge , et dyables l*emportérent.
Fol. 39. Cy commence un miracle de Motre-Dame, commeat elle
gärda une femme d*estre arse.
Fol. 53. Cy commence un miracle de Notre-Dame, de Temperear
de Rome que le frére de Tempereur accusa pour la fére destruire,
pour ce qu'elle n*avoit volu faire sa vonlente, et depuis devint mesel ,
et la dame le garit quant il ot regehy son mesfait.
Fol. 69. Cy commence un miracle de Notre-Dame, comment
Östes, roy d*t)spaingne, perdi sa terrc par gagier contre Bérengier
PREPAGE. XXVII
temps que des séculiers : nous retrouvona plus tärd
des exeinples de ce iiiélange.
qui le tray et Ii fist faux entendre de sa femme , en la bonté de la-
quelle Ostcs se fioit , et depuis le dcstruit Östes en chimp de ba«
taiUc.
Fol. 84. Cy commence un miracle de Notre-Dame , comment la
fiUe du roi de Uongrie se copa la main pour ce que son frére la vou*
loit espouser, et un esturgon la gärda .vii. ans en sa molette.
Fol. 103. Cy commence un miracle de Notre-Dame, de sainct.
Jchan le Paulu , hermite , qui , par temptacion d'ennemi « occist la
ftlle d'iin roy et la jetta en un puiz , et depuis , par sa penance , la
resuscita Notre-Dame.
Fol. 117. Cy commence un miracle de Notre-Dame, de Berthe,
feme du roy Pepin , et qui ly fu changée , et puis la retrouva.
Fol. 1 39. Cy commence un miracle de Notre-Dame » du roy
Thierry å qui sa mére iist entendant que Osane , sa femme , avoit eu
.m. chiens, et eile avoit eu .iii. iils , dont il la condampna å mört, et
cciii qui la durent pugnir la mirent en mer , et depuis troura le roy,
set enfants et sa femme.
Fol. 167. Cy commence un miracle de Notre-Dame , de Robert-lc-
Dyable, fils du duc de Normendie , h qui il fu enjoint, pour ses mes-
CutSy que il feist le fol sans parler ; et depuis ot notre Seigneur mercy
de ly , et eqpousa la Alle de Tempereur.
Fol. 173. Cy commence un miracle de Notre-Dame et de saincte
Bantheuch , femme du roy Clodoveus , qui , pour la rébellion de ses
dem eaianf , leur fist cuire les jambes , dont depuis se revertirent
et devinrent religieux.
Fol. 192. Cy commence un miracle de Notre-Dame, comment N. S.
icsaMigna que un marchant , qui avoit emprunté argent d'un Juif k
paier å jour nommé , Tavoit bien et deuement paié , combien qtie le
Juif lui reniast , et pour ce se fist le Juif crestienner.
Fol. 306. Cy commence un miracle de Notre-Dame, d'un marchaot
nommé Pierre^le-Changeur , qui , par lonc temps , avoit vesqui de
mauvaise vie, qui fu si målade que il cuidoit morir ; et en sa makdie,
vit CD avision les dyables qui le vouloient emporter, et N. D. Ten
farentiä la priére d'un ange qui le gardoit , et depuis vint å santé et
ist tantde bien qa*il converti un Sarrasin.
Fol. 221. Cy commence un miracle de Notre-Dame, de la filled'un
roy qui ic parti d'avec son pere pour ce que il la vouloit espouser , e(
XXVIII PRÉFACE.
Le xiv! aiéde nous fournit encore , mais en Italie
et écrites en latin, par un homme (Albertino Mussato)
qui fut ä la fois ambassadeur , grand politique , grand
poete, vaiilant soldat , bon ciloyen , et honoré å Pa-
doue, sa patrie, du méme triomphe et de la méme
couronne littéraire que d'autres villes décernérent
plus tärd ä Pétrarque et au Tasse, deux tragédies
publiéesen i636, äVenise, par Villani, et qui n'ont
jamais été traduites en fran^ais. Ges productions dra-
matiques ont cela d'extraordinairectd'anorinal qu'elles
sont empruntées, Tune (^Ui Mört d^Achille)\i Homére,
dont la mythologie sommeiliait depuis plusieurs sié-
cles, l'autre (Eccelino lyran de Padoue ) å Tun de
ces sujets contemporalns, si lugubres, si sombres^
qu'ils ont flatté de nos jours Timagination d'un grand
poéte et lui ont fourni le type d^Angelo.
Le XIV* siécle offre encore quelque cliose de fort
remarquable et du plus grand intérét pour l'histoire
dramatique. Je veux parler de Pétablissement des Coh-
laifisa habit de femme , et se mainteint com chevalier et fu sodoierde
Fempereur de Constantinoble , et depuis fu sa femme.
Fol. 246. Cy commence un miracle de Notre-Dame , de sainct
Lorens quc Dacien fist morir , et Philippe Tempereur fist-ii morir
pour estre emperiére.
Fol. 262. Gy commence un miracle de Notre-Dame , coment le roy
Glovit ae fist crestienner a la requeste de Clotilde , sa fen^me , pour
une batailie que il avoit contre Alemans et Seves , dont il ot la victoire;
et en le crestiennant envoia Dieu la saincte Ämpole.
Fol. 280. Cy commence un miracle de Notre-Dame , de sainct
Alexis qui laissa sa femme le jour qu il Tot espousée, pour aler estre
povre par le pais , pour Tamour de Dieu , et gärder sa virginité. Et
depuis revint chiez son pére , et lä morut soubz un degré et ne le
cognut i*en devant qu'il fu mört.
PREFACE. XXIX
/réres de la Passion. Tout le monde sait que leur
premierc résidence fut ä Saint-Maur-des-Fossés , prés
VinceDnes, alors lieu favori de pélerinage et de plai-
sir pour les Parisiens, et que lä se fit, en 1 398, le pre-
mier essai de leurs representations, imitées des chants
et descantiques que psalmodiaient oumimaient, en
llioniieur des saints et des martyrs, les pélerins
qui se trouvaient rassemblés en ce lieu. Le prévdt de
Paris s'étant imaginé d'y apporter obstacle , å cause ,
discDt les fréres Parfait , (( de la liberté que ces bour-
geois prenaient de jouer dans un lieu renfermé, ou peat-
étre ils exigérent de Pargent des spectateurs, » ces pieut
acteurs érigérent leur société en confrérie, sous le titre
de la Passion de Notre-Seigneur , et se pourvurent
devaot lacour. Charles VI, ayant assisté ä quelques-unes
de leurs representations, en fut sisatisfaitqu'ilaccorda
auz confréres, le 4 décembre 1402, des lettres palentes,
proToquées par une requéte de Jehan Aubry , Jeban
Diipin et Pierre d^Oisemont , maistres et gouverneurs
de la confrairie de la Passion et Résurrection de
Nostre-SeigneuPyfondée en Véglise de la Trinité y
par lesquelles il les autorisait ä transférer leur théåtrc
ä Paris, a jouer dans cette ville des comédies pieuses,
dites Moralités et Mystéres,* et ä se montrer dans les
mes vétus de leur costume théåtral. (Ord. du Louvre,
t. VIII, p. 555; Rec. gén. des anc. lois frang., t. vii,
p. 4^5 Hist. du Tbéåtre frän?., t. 1.) (i).
(1) Peut-étre faudrait-il aussi attribuer rétablissement des Con-
frires de la Passion , non å rimitation des chants ou des jeux de
Pélerins , qne Boilean, sans rapporter aucunc autorité , fait , daiis
XXX PREFACE.
Mais Ik j en ce siécle , ne s^étaient pas bornées les
innovations dramatiques. Il y avait eu le drame muet,
c'est-ii-dire les divertissementsnon dialoguésque nous
retrouvons fort usités et en grande faveur jusqu'au
XVI' siécle inclusivement , ä Pentrée des rois et des
reines ; puis les entremetSy espéces d'actions théåtrales
qui avaient lieu dans les festins , la plupart du temps å
l'aide de machines.
On avait oiéme eu un exemple de ces derniers dés
le siécle précédent. En 1237 , au rapport d'Albéric*
des-trois-Fontaines , lors du mariagc de Mahaut de
Brabant , fiUe ainée du duc Henri II , avec Robert ,
comte d^ArtoiSy frére de saint Louis , des gens montés
sur des boeufs vétus d'écarlate firent combattre ces
aniinaux entré chaque service , et un autre Bt courir
un chevai en l'air sur la corde (i).
son Art poetigue, ch. in, monter eux - mémes sur le théåtre ;
mais , linsi que Ta remarqué avec raison M. Taillandiet dans nnc
excellente notice sur les Confréres- de la Passion insérée dans la
Bevue rtlrosptctive^ n^ 12 , « å une association d'un tout autiT
genre et pureinent profane , qul se forma vers la fin du régne de
saint Louis, quand des jongleurs et des jonglcresses de profession se
retirérent dans une rue qui prit d'abord leur nom , et qui depuis ,
en 1351 y fut appelée rue de St-Julien<des-Ménétriers, apres que Té-
glise de St-Julien eut été fondée par deux jongleurs, Jacques Grure
etHugues-lc-Lorrain.» Les Confréres de ta Passion n'auraient été
(« que les suecesseurs immédiats et perfectionnés de ces jongleurs
qui se contentaient de chanter les Mystéres, tandis que les confréres
cherchaient ä les transformer en actions mimiques plus propres å
frapper Fattention du public.» (Yoyez aussi sur ce sujet, i'Hist. litt.
de la France, t. xvi, p. 243.)
(1) Ibi) sicut dicinitur, usque ad ccnlum quadraginta milites, et
PREFACE. X\XI
Ce genre de drame, si i'on peut parlerainsi, ne s^ar-
réta point h cet essai ^ et fut accueilli avec la plus
grande faveur. En iS^S, Charles V,ayant donné au Pa-
lats de justice un grand festin a i'enipereur Charles IV,
son oncle,y fit représenter un en^reme^^endeux parties.
Lesujetétait la conquéte de Jerusalem par Godefroy de
Bouillon. Au premier acte on vit un vaisseau peint de
mille couleurs , ajant Chatel des^ant et derriére ,
representant la flotte des croisés» å la tete desquels
on remarquait Pierre Fhermite en habit de moine. A
l'aidede machines cachées dans Tintérieur, oe vaisseau
parvint ä se mouvoir et ä passer du coté droit de la
salle au c6té gauche , ou était figurée Jerusalem ,
ayant ses tours , son temple et ses murailles garnis de
Sarrasins que les chrétiens assaillirent. On pense bien
que la victoire ne demeura pas aux premiers.
Quant aux dramcs qui se jouérent aux entrées des
rois, voici ce que nous savons. En i38o, Charles VI,
a son entrée dans Paris, trouva (Voy . VHist. de la ville
de Paris , liv. XIV, p. 687 et 688) les rues omées de
ricbcs tapisseries , de chceurs de musique, de fontaines
qui jetaient du lait, du vin , etc.; il y eut aussi sur
son passage des representations pieusesäpersonnages.
En 1385, lors de Fentrée dlsabeau deBaviére,
femme de Charles VI, dans la capitale, il y eut de gran-
des réjouissances. (( Dessoubs le monstier de la Trinité,
Uti qui dicuolur ministelli in spectaculis vanitatis multa ibi fece-
niot, sicut ill6 qui in equo super clKirdam iu aere equilavit, et sicut
iUi qoi duos bo?et de scarlata vestitos eqnitabant , ooniieantes ad
MngaUfercola qac apponebanUir .
XXXil PREFACE.
dit Froissard , sur la rue, avoit ung eschafault , et sur
l'escha&ult ung chastel , et lä, au long de rcschafault
estoit ordonné le pas du rov Salhadin , et tous fais de
personnages , les Chrestiens d'une part et les Sarrazins
de Tautre , et lä estoient par personnages tous les sei-
gneurs de nom qui jadis au pas Salhadin furent , etc.
Et quant la roync de France fut amenée ci-avant en sa
lictiére que devant PeschaFault ces ordonnances
estoient , le roy Ricbart se départit de ses compaignons
et s'en vint au roy de France et demanda congié pour
aller assaillir les Sarrazins et le roy lui donna. Ce
congié prins, le roy Richart s'en retourna devers ses
XII. compaignons, et alors se mirent en ordonnances,
et allérent incontinen t assaillir au roy Salhadin et ses
Sarrazins, et la y eut par esbatement grant bataille*
et dura une bonne espace , et tout fut veu moull
voulentiers '. »
(1) n existe dans le Mss. de la Bibliothéque du roi, n^ 198 {Olim^
ai-5, N. D.)t une piéce intitulée .- « Cy commence le pas Salhadin,»
qni est le récit en vers du xiiret peutétre m(>me du xir siécle , du
fait raconté par Froissard. Gette piéce a été publiéepar M. G. S. Tré-
butien (Paris, Sylvestre, 1856, in-S^). En voici le commencement -.
Del recorder est grans solas
De cheaus qui gardérent le pas
Contre le roy Salehadin ,
Des douzes princes Palasin
Qui tant furent de grant renon.
En mainte sale les point-on , etc.
M. Trébutien fait rcmarquer avec raison que ce dernier vers , qui
nous apprend que le pas Salhadin était peint dans les salles des
vieux chåteaax , prouve que Taction qui y avait donné lieu jouissait «
an moyen ågc , d'uno grando célébrité.
PRÉFAGE. XXXIIT
En outre ^ 1'histoire nous apprend que, pour cette
méme entrée^ les rues étaient tendues de tapisscries ;
que le vin ^ ainsi que d'autres liqueurs^ coulaient des
fontaines; que sur diflerens théåtres on avait placé
des choeurs de musique, des orgues, etc.^ et que des
jeuoes gens j représentaient (voyez les fréres Parfait)
diverses histoires de V jincien-Testament^ etc, etc.
Au siécle suivant , les spectacles qu'on donnait aux
entrées des princes et les entremets prirent un déve-
loppement prodigieux, qui dans certains cas tient pres-
que de la fable. Monstrelet, dans ses Chroniques (t. II,
p. 77 et 78 , édit. deMétayer), ä proposde Tentrée å
Paris de Henri VI d'Angleterre , alors ågé de dix ans,
qui occupait au préjudice de Charles VI une partie
du royaume , rapporte ce qui suit : — ((Si avoit au
poncelet St.-Denys ung eschafl&ut sur lequel estoit
comme unemaniére debois, ou estoient trois bommes
sauvageset une femme qui ne cesserent decombattre
Fun contre Tautre 'y tant que le roy et les seigneurs
fussent passez, et avoit dessoubz le dit eschail&ult une
fontaine jettant hypocras et trois seraines dedans... Et
depuis le poncelet en tirant vers la seconde por te de la
rue St.-Denys , avoit personnages sans parter^ de la
JVatmté N. D.y de sonmariage et de radoration
des trois rojrs , des innocens y et du bonhomme qui
semoit son bledy et furent ces personnages tres bien
jouez. Et sur la porte St. Deny3 fut jouée la légende
de S. DenySy qui fut volontiers véue des Anglois. En
outre devant les Innocens y y avoit un cerf vif , etquand
le roy passa devant , on feit courre ledit cerf et des
XXXIV PnEFACF..
chiens et veneurs. Apres fut graod piéce chasaé å force
et se vint rendre emprés les pieds du cheval du roy ,
Icquel roy luy feit sauver la vie. »
Nousvoyons également dans unefestin donné le 17
décembre de la méme année pour le sacre du méone
roi au Palais : « Que quatre entremets fuvent pré-
senlez åeyznl la table ; c' est a savoir le premier d'une
image de N.D.etunpetitrof couronnée emprés;
— le second d'unejleur de Ijs couronnée d'or tenue
par deux anges ; — le tiers d'une dame et un paon;
— le quart d'une dame et un singe.,. Et pareille-
mentfutjoué de plusieurs instrumens de musique ;
et le lendemain en suivant furen t faites de beles joustes
en rhötel St. Pol. »
Olivier de la Marche, dans ses Mémoires toucliant
les souveraines maisons pour la plupart d*'Au'
tric/ie , Bourgogne , Prance , etc. , a consigné les
détails d'un grand nombre d^entremets. Cest ainsi
qu^en i453 , le duc de Bourgogne byant donné ä Lille
un banquet pour y faire prononcer des voeux de croi-
sade contre les Tures, on vit paraitre dansce festin les
divertissements quisuivent, qu'on pourraitappelerdes
enivemeis monstreSj et que le chroniqueur dit ayec rai-
son étre å^un outrageux excés. (( En ceste salle , écrit
Olivier de la Marche , avoit trois tables couvertes, Tune
moyenne , Fautre grande , et Tautre petite. £t sur la
moyenne avoit une église croisée, verrée et &icte de
gente fa^on , ou il y avoit une cloche sonnante et qua-
tre chantres. Il y avoit une au tre entremetz d'un petit
cnfnnt tout nu , suruneroche, qui pissoit eaue rose
PREFAGE. XXXV
continuellement. Uo autre entremetz y avoit,d'une
caraque ancrée, garnie de toute marchandise et de per-
sonnages de mariniers. . . Un autre d'une moult belle,
fontabe , dont une partie estoit de verre et Tautre de
plomb de tres nouvel ouvrage... La seconde table,
qui estoit la plus longue, avoit premiérement un pasté,
dedans lequel avoit vingt huit personnages jouans de
divers instrumens , chacun quand leur tour ve-
noit , etc., etc. Quand chacun (ut assis en Téglise (qui
fut le premier entremets), sur la principale table,
sonna une cloche tres haut , et apres la cloche cessée
trois petits enfans chantérent une tres douce chan-
son; et lorsquUlz l'eurent accomplie, au pasté (qui
estoit le premier entremetz de la longue table comme
dessus) y un berger joua d'une musette moult nou-
vellement. Apres ce, ne demoura guéres que par
la porte de Pentrée de la salle entra un cheval å
reculons, richement couvert de soye vermeille sur
lequel avoit deux trompettes , assis dos contre dos ,
et sans selle, vestudejournades de soye grise et noire,
chapeau en leur teste et faux visages nus. Et les mena
et les remmena ledict cheval tout au long de la sale
k reculons, et tandisilz jouérent une batture de leurs
trompettes, et y avoit å conduire cest entremetz, seize
chevaliers. Cest entremetz acompli, en Téglise fut
jooé des orgues, et au pasté (ut joué d'un cometd'Ale-
maigne moult estrangement ; et lors entra en la sale
un luyton, ou un monstre tres defiguré.... Il avoit
estrange barbe et visage ; il portoit en ses mains deux
dards et nne targe , il avoit sur la teste un homme , les
c.
XXXVl PRÉFACE.
piés dessus , qui se soustenoit ^r ses deux mains sur
les espaules du monstre, et le diet monstre estoit montc
sur un sanglier , couvert richement de soye verde ,
et quand il eust faict son tour parmy la sale , il s'en
retourna par ou il estoit venu, et cessa ce misthre
pour ceste fois. Apres ce mistere furent joué des or-
gues de Féglise. . . . , ot cntra dans la salie un art mer-
veilleusement grand et beau, lequel estoit tout blanc.
Tels furent les entremetz mondains do cette feste.
Le méme siécle vit encore quelques spcctacles d^en*
trées non moins singuliers. La chroniquescandaleuse,
par exemple, racontequ'å Tcntrée de Louis XI, il y avoit
ä la porte St*Denys, ((une moult bellenef en figure d'ar-
gent... dedans laquelle estoient les trois estats;etanx
chåteaux de devant et derriére d'icelle nef , estoient
Justice et Équi té, qui avoient personnages pour cea eux
ordonnez , et ä la hune du mast de la neF, qui estoit en
fagon d^un lis , yssoit un roy habilié en habit royal ,
que deux anges conduisoient. »
L'allégorie, comme on voit, était flatteuse; mais
ce qui suit n'élait pas ti*op honnéte. Au rapport,
en effet , de Jean de Troyes , greffier de Thétel-
de-ville : « Un peu avant dans ladite ville, estoient
ä U foDtaine du Ponceau, hemmes et femmes sau-
vages, qui se combattoient et faisoient plusieurs
contenaoces, et si y avoit encore trois belles filles falsans
personnages de seraines toutes nues , et kw^ s^oit^
09h le beau tétin , droit y sépiiré , rond et duf\ qui
estoit chose bien plaisante , et disoient de petits
mötets et bergerettes.... et un peu au-dessous dudit
PREFACE. XXXVII
EH>noeau, å rendroitde la Trinilé,^ avoit une pas-
sion par personnages et sans parter ^ Dteu estendu
en la croix et les deux larrons ä dexlre et å senestre. Et
plus avant å la porte aux peintres avoit autres person-
nages moult richement habillez ; et a la fontaine Saint-
Innocent y avoit aussi personnages de chasseurs qui
accueillirent une bische illec estant, qui iaisoient moult
grant bruit de chiens et de trompes de chasses, et ä la
boucherie de Paris y avoit eschadaut figurez ä la bas-
tille de Dieppe; et quand le roy passa , il se livra illec
uierveilleux assaut degensduroy ä l'entour des Anglois
estans dedans ladite bastide, qui furent pris et gan-
gniez, et eurent tous Les gorges coupées. Et contre la
porte du chastellet y avoit de moult beaux person-
nages y etc. »
Quelquefois ces personnages reprcsentaient une bis*
toire suivie. Äinsi Alain Charlier nous apprend dans
son Histoirede Charles VII, qu'ä Tentrée de ce prince,
u tout au long de la grande rue St.-Denys, auprés
d'an jet de pierre Tun de l'autre, estoient faits eschauf-
faubc bien et richement tendus , ou estoient faicts par
personnages, l'Annonciation N. D. , la Nativité de
N. S., la Résurrection et Pentecoste, et lejugement. »
Mais comme souvent l'action n'ctait pas facilc å dc-
méler, au milieu de cette succession d'événemens, on
crut devoir y ajouter un personnagc chargé de donner
rexfdication du sujet. Cest ce que Ton vit ä Teiitrée
d'Anne de Bretagne, ou il y eut unjeit des trois JRois,
des cinq Annes de Técriturc, et aultres mjrstei^es
faicts par les frippkvs .
XXXVIII PREFACE.
Laissant lå . maintenant ce genre de tableaux^qui
n'a rien de littéraire et ne ticnt au drame qu'acces-
soirement, nous compléterons le coup-d'c£iI que nous
▼enons de jeter sur notre ancien théätre en poursui-
vant rapidement l'histoire des confréres de la passion
et celle des sociétés rivales qui ne tardérent pas ä ele-
ver un autel contre le leur.
La premiére qui s'ofTre å nous est celle des Clercs
de la Basoche^ confrério antérieure ä celle de la Pas-
sion, puisqu'elle date de Philippe-le-Bel, mais qui ne
de vint une association drama tique que plus tärd. On la
trouve pourtant déjä en 1 44^ ^^ possession de jouer
des Moralitez, des Farces et des Sotties ; mais cela
seulement trois fois l'an. Gette société, dont les piéoes
étaient la plupart du temps de virulentes satires dirigées
contre des personnages du temps, vit ses productions
accueillies avec la plus grande iaveur par tout le monde,
jusqu^au mois de mai 1 476 , qu'un arrét du parlement
défendit ä chacun de ses membres de donner des re-
presentations , sous peine de bannissement et d'étre
battus de verges. Gette suspension dura jusqu'en i497-
Louis XII , (( a(in que la vérité pCit parvenir jusqu'å
lui » , dit Guillaume Bouchet dans ses Sérées, permtt
aux Basochiens de rouvrir leur théåtre, et de le dres-
ser, lorsqu'ils joueraient, sur la fameuse table de
marbre du Palais. Leurs representations ne cessérent
que sous Fran^ois T', qui les avait d'abord permises.
Les seconds concurrens des Confréres de la Pas-
sion dans la charge d^amuser et d'intéresser nos péres
iuvcnl\c^ Enfaus soiis-souci. Gette confrcrie, for-
PREFAGE. XXXIX
mée au commenoement du régne de Charles VI , se
composait de quelquesjeunesgens de famille, qui, sup-
posant un royaume établi sur les défauts et les Tices
du genre humain , le nommérent Royaume de la Sot-
tise, et élurent un chef qu'ils nommérent Prince des
Sois. Plus tärd , les Enfans-sans-souci se réunirent
aux Confréres de la Passion , dont le public commen-
fait ä se lasser , et Louis XII, qui assistait quelquefois
sous les piliers des hålles a leurs representations , fit
pour eux, de son régne, une époque briliante.
Il y eut bien encore quelques sociétés qui se rap-
procbérentde celles dont nous venons de parler , telles,
par exemple , que la sociétc ou Confrérie des Cor-
nords ou Connards d'Évreux , dont un vieux re-
gistre du présidial de cette ville dit, vers 14^0, « que
c^est une confrérie de gens de justice et autres , qui ,
le jour de la Saint-Barnabé , commettent plusieurs ex-
oés et mal fasons au déshonneur et a irrévérence de
Dieu notre créaleur , de saint Barnabé et de saintc
Église; » cellc de la Mere Folie de Dijorij des Fous
de Cléi^eSy etc. ; mais, en general , elles furent plutdt
des associations bachiques et joyeuses que des confré-
ries dramatiques. Voilå pourquoi nous ne nous en oc-
cuperons point.
Nous ne rappellerons de méme que pour mémoire
les processions bouflbnnes, instituées dans un grand
nombre de villcs^ et qui n'étaient qu^une dérivation
des ancienncs fetes des j4nes et des Fous.
Tout le XV' siéclc »'ccoula dans ce mélangc de gro-
tcsque, de profane el <lc sacré. On öcnl que los tenips
XL PREFACE.
plastique5 et sérieux sont passés pour le théåtre , et
qu'une nouvelle ére va poindre. En effet, l'åpre et sa-
tirique époque de Luther et de Mélanchton approche.
La réforme , avant d'attaquer le dogme religieux et
de le miner dans sa base, jette sa licence d^expression
et de pensée dans les arts et dans les moeurs : la
sculpture moqueuse de ce temps séme de caricatures
les belles boiseries en chéne de nos cathédrales(i); la
peinture devient railleuse ; le théåtre au lieu de con-
tinuer a étre une chronique, devient une satire , sinon
personnelle, du moins générale ; bi*eF, Rabelais et la
satire Ménippée , ces Nuées de la ligue , percent déjä.
Parvenus a ce point ou fart dramatique, quittant les
sentiers qu'il avait suivis jusqu'alors , va se régulariscr
désormais^ et se prendre, avec la renaissance, ä Pimita-
tion de la forme antique,jetons un dernier coup-d'oeil,
non point sur la valeur des monumens laissés par lui, et
quiy appartenant ä un autre ordre social que lendtre, ä
une période artistique non encore perfectionnée, å des
croyances et a des idées tout-ä-fait opposées aux idées
et aux croyances actuelles, seraient peut-étre d'une
appréciation plus dilBcilc qu^on ne le pense , mais sim-
plement sur la disposition matérielle et thédtnUe.
D'abord, avant Pétablissement des théätres fcr-
(1) Le chceur de Téglise St.-SerDin de Toulouse , par exemple, oou-
tient sculpté sur une des maguiflques ställes qui le décoreut, un gros
porc , recouvert d^une robe de moine, et qiii préche en rase cam-
|iagne. Au-dessous est écrit en gothique : « Caivin-le^Porc pres-
chant. » Ceci pourrait passer pour une réponse å cette faneuse épi-
gramme de Luther, qui s*en allait crayonnant avec un chaii>on sur
les murailles de Worms : Le pnpc est un ane, le pape est un äne.
PRÉFAGE. XLl
mes, de quoi était composée la scéne? La plupart du
temps, elle se formait de västes échafauds, dressés
au milieu d'une place publiquc, ou d'une colline qui
s^élerait a l'extréinité d'une piaine. Quelquefois la chose
se présentait d'une fa^on encore plus pittoresque.
Lassay (Histoire duBerrj) nousapprend qu'å Bourges,
par exemple, en i436, on fit, pour représenter le
M ystére des Actes des Apötres , sur le circuit de Tan*
cien amphithéåtre ou fossé des vieiltes arénes ro-
maioes, a un amphithéåtre å deux etages, surpassant
la sommtté des degres, couvert et voilé par-dessus,
pour gärder les spectateurs de Tintempérie et ardeur
du soleil. » Quant a la disposition de la scéne, comme
il D'y avait pas de changemens å vue , on divisait cc
théätre en etages, dont chacun représentait une ville,
uneprovinoe, etc ; et cesétablies , en se subdivisant, re-
présentaient ä leur tour diverses localités. L'ensemble
de la scéne se nommait I' Eschafaulty le Jeu ou le Par-
loir. On pla^ait au sommetlc paradis, au bas rcnfer,
au milieu le purgatoire , et pour simulcr la colére ou la
joie divine, on avait soin de poser dans le paradis une
orgue , qui servait en méme temps ä accompagner le
cboeur des anges. Au bas des écha&uds, et non sur
le théåtre, on voyait s'ouvrir et se refermer successi-
vement la gueule d'un dragon , qui donnait entrée aux
diables sur la scéne ou les recevaitå leur sortie. Cela
figurait l'infernal abimc. A la rigueur^ on e6t pu s'y
tromper et prendre ce lieu pour un arsenal , car on y
trouvait des cöulevrines, des arbalétcs et méme des
csLnons^pour/aire not se et iempeste.
\LII PREFACE
Quant au purgatoire, voici ce que nous en a trans-
mis le mystere de la résurrection : a Notez que le
limbe dött estre... en une habitation en la fasson
d'unc grosse tour quarrée, environnée de retz et
de filetz ou d^autre chose cicre, afin que panni
les assistans on puisse voir los ämes qui y seront;
etderriére la dicte tour, en ung entretien, doit avoir
plusieurs gens crians et gullans horriblement tous å
une voix ensemble , et Tung d^eux qui aura bonne
voix et grosse parlera pour lui et les austres åmes damp-
nées de sa compaignie. » Quelquefois les diverses lo-
calitésdont nous venons de parler, ainsi que toutes
celles dont on pouvait avoir besoin , étaient désignées
pardesécriteaux sur lesquels leursnoms étaient plaoés.
11 est probable que les Confréres de la Passion ne
donnatent pas leurs representations tous les jours, mais
seulement les jours de fete. Comme leur théätre était
térmé , peu leur importait le temps et la saison ; mais
dans les villes de province , comme la scéne avait lieu
en plein vcnt , on n^exécutait les Mystéres que durant
Vété. La representation d'un Mystere était toujours
précédée d'un cr/y qui avait lieu en grande pompe,
dans le but d'annoncer et de trouver des acteurs de
bonne volönté ; car,dans ces representations ou la
moitié d'une ville amusait Pautre, tout se faisait gra-
tuitement, et pour la plus grande gloire de Dieu.
Les fonctions des acteurs n*étaient quelquefois pas
sans danger. Comme dans les mystéres Dieu ou le
diable 'intcrviennent a cliaque instant, il fallait fré-
(|ucmmcnl , selon le v6\v qiroii jouait , élre précipité
PREFACE. XLIll
en enFer ou enlevé au ciel. Or, Tärt du niachiniste
D^était point poussé a un si haut point que ces difTé-
rentes evolutions n^entrainassent avec elles quelque
péril. Ces t ainst que la chronique de Metz rapporte
que le curé de Saint-Yictor de cette ville faillit périr
en croix , dans un mystére de la Passion , ou il repré-
sentait Jésus-Christ , et que l'acteur qui rcprésentait
Judas s'étrangla presque en se pendant.
Les mystéres duraient souvent plusieurs jours, et
étaient, a cause de cela, divisés enjournées. Ils com-
menfaient souvent par une symphonie, et finissaient
presque toujours par un Te Deum ou un rondcL Quel-
quefois il y avait un épilogue , dans lequel on annon^ait
la representation du lendemain. Les Mystéres, en pro-
vince , avaient lieu trés-probablement aux frais de la
Confrérie qui les montait, molns le produit des quétes,
qu'on ne manquait pas de faire pour les couvrir. Quel-
quefois aussi on payait a Tentrée , et il est probable
qu'å Paris cela avait toujours lieu.
Du reste , nous trouvons parmi les acteurs des Mys-
téres des gens de condition relevée et des artisans ,
des laics et des séculiers. La piéce suivante, qui se
trouve dans le manuscrit de la bibliothéque du roi ,
n"* 5i , fonds de Lavalliére, et qui n'a jamais été pu-
bliée, confirmera la plupart des assertions précé-
dentes :
A la louenge, gloire, honneur et exaltacion de Oieu , de la Yierge
>larie et du trés-glorieux patron de ceste ville de Seure (i), Mon-
fl; Aiicicnnc ville de la pro\iiice de l3ourgof;nc , celebre par se»
XLIV PREFACE.
Migneor saint Martin, Tan mil quatre cens quatre-vingts et seize ,
le oeufiesme jour du moys de maj ^ avant-veille de rAsceneion , se
assemblérent en la chambre maistre Andrieu dilaVigxe (i)f'natif
de La Rochelle , facteur du roy, vénérable et discréle pertooBe ,
Messiee Oudet Gobillon, vicquaire de l'égUse Saint-Martm du-
dit Seure , honorables persoimes Aubert Dcplys, Pierre Loise-
LEUR , Pierre Goillot , George Tasote , Pierre Gravieixe,
dit Bdtevilfe, bourgeois, et inaistre Pierre Masoye, recteur desee-
colles pour lorsdiidit Seurre, lesquelz marchandérent deleur faire et
compoier ung registre, ouquelseroit couchée etdeclairéepar person-
naiges, lavieMonseigneur saint Martin, en fa^on que a la voirjouer,
le commun peuplc pour rott voirel entcndrtfacUlemtnlcomnunt le
noble patron dudit Seurre^ en son vivant, a vescu saintement et de-
vostemeni (2) i lequel registre fut fait et composé ainsi qu*U appert
einq eepmaynes apres ledit jour ; et eust esté jouée la dicte vie å la
saint Martin ensuivant , se n*eust esté le bruyt de guerre et Taboa-
dancede gendarmes qui survindrent audit Seurre , dont fut la chose
prolongée jusqucs au temps ; et y donc pour ce faire si furent faitz
et louez par ledit maistre Andrieu les parsonnages. Et pour iceolx
bailler et livrer å gens suffisans de les jouer, furent commis honnou-
rables personnes, sire Guyot Berbis pour lors maire de Seurre;
sire GuÉRiN Druet, Robin Jouqueur et Pierre Loiseleor,
bourgeoia dudit Seurre, lesquelz par bonne et raehwé délibératipn
furent délivrez les ditz parsonnages ä cliacun selon Texigence du
(»s , prcnant et recevant le sermeut desdits joueurs en tel oas requis
pour estre déliberez de jouer si tost que le temps viendroit k propos.
Depuis ce fait , chacun en droit soy mist payne d^estudier son par-
sonnaige, et de se rendrc au moustier mondit sieur saint Martin ou
å saint Michiel quand besoing en estoit pour aller voir cérymonyet ,
et fasons de faire lorsqu'ilz joueroient publiquement. Laquelle chose
ue fust possible de faire pour l'cmpeschement defant dit , si tost
qu*ilz eussent bieii volu ; mais quand ilz eurent tant actendo qae
foires. F.Ue est comprise anjourd'hui dans le departement de k Gdte*
d*Or, et n'a pas m(^mc unc sous-préfccture.
(i) André ou Andrieu de la Vigne, poéie du rot, comme on disait
alors, noiis a laissé le Fergier dhonneur. Il fut coUaborateur de St-
Gelais. Anne de Bretagne le nomma son sccrétaire. U moiinit ver&
I&S7.
(2) On voit par ce passage que les Mystércs étaient joués grave-
ment, m^me å cctte époque, et dans un biitde piétc.
PRÉFAGE. XLV
plm ne poroient, féant le temps pour ce fiire passer, conclurent et
déliberércDt les dessusditz qirils joueroient le dymanche prochain
aprét la foire de Sur, dont chacun fit ses préparatifi. Touteffois de
rediicf pour aulcones malles nouvelles de guerre couram en icelle
foire ne ftil possible de jouer le dit jour; et la sepmaioe ensuivant
se oommancérent vendanges de tous costez, pourquoy force fut d'ac-
tendre ipi^tUes fussent faictes, aultrement il 7 eust heu peu de gens.
Aprtt tootes ces choses pour parfaire le dit mistöre ne fut le bon
pUiir dcsditz joueurs perdu ; mals s^assemblérent lesdits maistres
goureraeuTS et joueurs en ladite église, et conclurent entiérement
qnUlz féroient lenrs monstres le mardi .iiir jour dumoys d'octobre,
eC joueroient le dymandie ensuivaut, jour desaint Denys. La qnelle
conclDsion ainsi prise , lesdits joueurs Arent leordebvoir de quérir
acouttrement et habillemens honnestcs. Mon dit sieur le maire eust
la cliarge de faire achever les eschaffaulx qu'il aroit fait encommen-
cer ådreeerdés devant ladite foire de Sur, le quel y print une nier-
▼eilleiMe sollicitude et grand deligence. Le maistre des secretz
nommé maistre Germain Jacquet, fut envoyé quérir å Ostun, et
loy Tenn par le devant dit Pierre Goillot , receveur des denyers
dndit mistöre, luy fut délivré toutes choses å luy nécessaires pour
tare let ydoiles , secretz et autres choses. Quand ledit jour pour
fltire les monstres fut Tenu, on fit crier å son de trompete que
loaCet gens ayans parsonnages du dit mistére s^assemblassent å
Feure de mydi en Lombardie (i) chacun acoustré selon son parson-
nage. Apres lequel cry fait se rendirent les ditz joueurs au dit lieu,
et ftirent mys en ordre Tun apres Tautre, monstré, acooitré, arme
el appoincté si tré»-bien, qu'il estoit impossible de mieulx. Et est
asnmr qu*ilz estoient si grand train que quant Dieu et ses angrs
sortirent du dit lieu cheraulchant apres les autres, les déables es-
toient desjå onltre la tour de la prison , prés la porte du chevaut
bknc, prenant leur tour par devers chelz Perrenet db Poirroux,
an kmg du marché aox chevaulx, devant ä la maison Moiisikur i.e
Marqois par auprés des murailles, et de lå tout le long de la grant
me jusqnes au lieu que dit est, et n'y avoit de distance de cheval ä
aoltre deux pielz et demy, et se montoyent bien å cnviron neuf
vingts chevanlx. La ditte monstre faicte, chacun pensa de soy et fu-
(1) Gette exprcssion désigne probohlcmcnt une espéce de balle 011
deqoarlierde marché dans leqiiel se tcnaicnt les marchandslomlMirds,
qui tiors oceupaient , dans le commerce des viou\ vétemens , le rdle
det Juifs aujonrd'hui.
XLVI PRÉFACE.
rcntbaillées les loges levenrendi ensuivant aux joueura pour les Tour-
nir de tapisserie et celles des villes prochaynes de Seurrc. Pouripioy
le samedi tout le monde par le beau temps qu'il faisoit mist payne
d*acoii8trer les ditz eschaffaulx. La quelle cbose faicte n^estoit en
inémoire d*oinine d*aToir jainais veu plus beaux eschafEaulx mieolx
compassez , acoustrez en tapisserie ne mieulx propordonnez qaHlz
estoient. Le lendemain qui fut dyinanche matin qoant on cayda aller
jouer, la pluye vint si habondamment qu'il ne fat possible de rien
foire; et dura sans cesser depuis trois heures du matin justfues å trois
heures le disgner, sans faillir, qui fut chose fort griesve aux joueurs
et aux autres. Et de fait , ceux qui estoient venus des villes circun-
voisines se déliberérent d'eulx en aller, quant ils virent le dit temps
ainsi changé. Gecy venu ä la cognoissance de mondit sieur le maire
et autres^ fiit conclud quant on vit venir le beau temps, qn^on yroit
jQuer une farce sur le parc pour les contenter et aprester. Pourqncn
la trompecte ilt le cry que tous joueurs se rendissent incontinant hfr-
billez de leurs habitz, en la maison Monsieur le Marquis» et tous les
aultres allassent sur les eschaffaulx.
Le dit cry fait d'une part et d^aultre, chacuu fit son debvoir. Lon
00 mist les joueurs en ordre, et yssirent de chelz mondit sieor le
marquis les ungs apres les aultres, si honnorablement que quant ib
ftirent sur le parc, tout le monde en fut fort esbahy ; ils firent leor
tour comme il appartient, et se retira cbacun en sa loge, et ne dt-
meura sur ce dit parc que les personnages dt la Faret du Munyiar^
^i devant écripte. Laquelle fut si bien jooée que cfaacuns^en oontentit
entiérement et ne (tit fait anltre chose pour celuy joor. Au partir dn
du parc, Umh les dits joueurs se myreut en arroy chacun sekMi
ordre, et åaons de trompetet, cJerons, roénestriers, haolxet baéi
tnimens, s^en vindrent en la dicte église Monsieur sainct Martin devant
notre Dame, chanter un salut moult dévostement, affin qoe le bean
tenpavtnt pour exécuter leur bonne et dévoste entencion,el Tentre*
prise du dit mystcre. La quelle chose Dieu leor octroya ; car le lende-
main qoi fUt londi, le beau temps se mist dessos, dont commande-
ment (iit fait å son de trompete par mes dessosdits sieors let maire
et eechevins du dit Seurre, que tout le monde cloyst bon, et que nol
oe Aist si osé ne hardy de faire ouvre moequamque eo la dite vilk,
Tfspace de troys jours ensuivant, és queb on debvoit joutf le mistére
(:^) La Faret du Mtumer, ainsi qne la Motalitt dt fm^ettfiie ti dm
Mitux^ se Iroovent en efftt dans le mannscrit que det ralHret
nonbreuaes porlcnt a regardcr conunc aiito^^npbe.
PREFACE. XLVIl
de la vit Monstigneur saint Martin^ et que tons joueurs se rendis-
sent ao moustier do dit Seurre. Incontinent le moode se retira aux
eacfaafbulx, les dits joueurs aussi ou ils debvoient, et puis fiirent
mys en ordre par le dit maistre Andrieu selon le registre, et mar •
choient avant å sons de trompetes, clerons, busslnes, orgues, harpes,
tabourins et aultres bas et hanix instruioens, jouans de tous costez,
juMiiMS sur le dit parc, faisant leur teur comme en tel cas est requis,
qui esåoil tme si gorrine et si tres sumptueuse besongne , quil n'est
pa% passibie ' ä entendement domme de le savoir eseripre , tant
estoiC la chose belle et magniffique. Ce falct chacun se retira å son
emeigne ; et commancérent les deux messagiers å ouTrir le jeu ainsi
qoeau derant de ce present registre est escript ; pois apres commen^a
k parter Luciffer^ pendant lequel parlement celuy qui jonoit le
penKmnaige de Sathan ainsi quUl volut sortir de son secret par des-
soubi terre, U feu se prist a son habit autour desfesses, tellement
qa'il ftit fort bnislé ; mais il fut si soubdaynement secouru, deTestu
et rabillé, que sans faire semblant de rien, vint jouer son person-
naige ; puis se retira en sa inaison. De ccste chosc furent moult fort
csporentez les dits joueurs ; car ils pensoyent que puisque au com-
mepcement incontinent les assailloit, que la fin s'en ensuivroit. Tou-
tefob moyennant Tayde de mondit seigneur saint Martin, qui prist
la ooDdayte de la matiére en ses mains , tes choses allérent trpp
ndeiilx cent foys que Ton ne pensoit. Apres ces choses le pére , la
mére saint Martin avecques leurs gens marchérent oudit parc, et fi-
rent ang commancement si tres veyf, que tout le nionde tant les
joueurs que les assistans furent moult esbahis et defait. £n abolissant
U cremeur devant dicte, lesdit joueurs prindrent une telle hardiesse
el audasse en eulx, quonques Ijron en sa tajrnyére ne meurtrier en
IM boy* ne furent jamats plus fiers ne mieulx atsurez quUls es-
toieni quanl ilz jouoient.
Oo commen^ ceste matinée entré sept et huit heuresdu matin, et
fiuisl-oa entré nnze et douze. Pour le comniencement de Taprés dis-
née» qui fut å une benre, le dit Sathan revint jouer son personnage,
et pour son excuse dist ä Luciffer :
Malle mört te puisse avortcr,
Paillart, fils de putain coqqvl,
Pour il mal faire fen ortf r
Je me suis tout brålé le cul .
et puis parfist son parsonnage pour celle clause et les autres joueurs,
fn<iii?ant chascun selon son ofBce. Puis firent pau-e pour aller
XLVm PREFACE.
souper tntre ciaq et six heures , tousjours jouaos et exploitant le
tempt aa mieulx qu*ilz pouvoient. Et puis å Fissue du parc, lesdits
jouears te mirent en ordre comme dit est en venant jusqaes å la dite
église monseigneiir lainct Martin dire etchanter dévoatement en ren
dant graces å Dieu ung Salvt regina. Le landemaiu qui fut mardy et
mercredy en suivant entrérent et yssirent oudit parc és benres de-
vant dictes. Ainsi doncques comme ^y-devant est escript ftit joué
ledit mistére du glorieux amy de Dieu monseigneur sainct Martin,
patron de Seurre, si irynmphaument^ auUtntiquemtnt^ tt mofpuffi'-
guemeni, sansfaulte qucUc qiCtllcfusi au monde qu'il n'est poinct
en la poisibillite d'homme vivant sur la ter re le scavoyr si bien
rediger par escript quil fut rxtcuié par effect le .xii*. jour du
iDoys d*octobre , Tan de nostre Seigneur mil quatre cens quatre
vingts et teize.
Ce procés- verbal, signé cfAisDRiEu de la Vigne, est
suivi dans le manuscrit de la liste des personnes
qui ont joué le myste re. Il n'y en a pas moins de deuac-
cents et quelques^ sans compter les figurans. La plu-
part , ä en juger par ieurs noms, étaient probablement
des artisans ou de bons bourgeois , transformés en
acteurs pour cette soiennité. Åinsi, Jean Loiseleur,
remplit un personnage de messager ; Messire Oudet
GoRiLLON, en sa quaiité de vicaire, figure le pére de
saint Martin ; Jean de Pouthoux est chargé de re-
presenter le saint lui-méme, etc. Quant aux autres
personnages^ Ieurs r6ies sont joués, savoir : celui
de l'empereur, par Pierre l'Oiseleur ; du prince
d^Antioche, par Pierre Goillot; du connétable,
par Jean Reullier ; du duc de Falaise , par Jac-
ques Perrestot ; du duc de Yilleboreau, par Jehan
Beuffart ; du comte de Carnelles, par Jehan Pielltbr ;
du marquis d'0strie5 par Philibert Gon ; de saint Mi-
chel, par Jehan Bbrtrand fils; de Rapliaél , par Gi-
PnÉFACE. XLI\
RARD DupiN le nis; de Dieu, par Philibebt Ber-
TIIELLET.
La Di\BLERiE, comme dit l'auteur du procés-ver-
bal, n^est guére niieux traitce. Pierre Druot repre-
senle le Grand-Ture; Gu\ot Mouciibt , le roi de Bar-
barie; Jehan-le-Gueux , un tyran; Amye Oudot,
Lucifer ; Symphorien Poincenot , Satan ; Pierre Bel-
LEviLLE , Burgibus; Messire Ponsot , Proserpine;
Robert Tordis , Bérith, etc. , etc.
Un fait remarquabie , dans cette liste , c'est qu'on y
trouve la preuve que le théålre, qui d'abord avait cté
exclusivement entré les mains du clergé, lorsqu^on
jouait les noystéres dans les nefs et sur le jubé des ca-
thédralcs, avait passé non-seulement presque tout en-
tieraux hucs; mais encore que \esclercs en étaient
réduitsä yenir se joindre ä ces derniers. Ainsi, noiis
voyons dans le mystere de saint Martin , Frére Pierre
Gaillot, Frére Jehan Vexanel, Frére Guenighot ,
Frére Claude , Frére Guienot de la Faye, remplir ,
le premier , le r6le de Tév^que des Ariens ; les autres ,
ceux de maäres et de sécrétain (sacristain).
En réfléchissant un peu a ce singulier théåtre, a cette
singuliérc composition , a ces étranges acteurs , ä ces
personnagcs plus éti*anges encore , quelles reflexions
n'est-on pas porté a faire ? Comment une société qui
poussait la foi jusque-Iå en est-elle arrivée, en moins
d'an siécle, au protestantisme? Comment , enfin , de
töus ces gar^ons bouchers ou corrojeurs qui , au mi*
lieudes ténébresdu moyen-äge, composaient et jouaient
cliez nous des, f^^ies de Saints , ou représentaient eii
d
L VREtACb.
actioii le Roman du Refiard , n'est-il pas sorä quel-
que William Schakspeare, dont le génie, ou du
moins les écbirs de génie pussent arréter un moment ,
a rhorizon^ l'oeil du spectateur , avant que le Grand
CoRNEiLLE apparat comme un foyer lumineux^ au-de»-
sus de la coUine dramatique? Cest , nous Tavouöns ,
ce quUI nous est ditTicile de comprcndre.
Quoi qu^il en soit, nous arréterons ici notre examen.
Avec la renaissance , apparait dans Tärt dramatique
une forme nouvelle. Larivey , Hardy i Jodelie , Gar-
nier remettent le théåtre sur les voies qu'il avait déja
parcourues dans 1'antiquité, et celui-ci , une fois
remis dans ses antiques sentiers , s'éloignant coinme
d Vn seul bond des souvenirs du moyeu-äge , parvient
si proraptement ä son apogée qu'aprés moins de deux
siécles de durée , il clot chez nous sa carriére pour
lopg-temps, nous le craignons du moins, par Tapparr-
tion de ces deux modéics si pleins d'une inimitablc
pcrfection : — Phédre et le Misantbrope.
Je terminerai cette préface en donnant quelques
renseignemens bibliographiques sur les mystéres qui
en ont étc Toccasion. On lit a la page 36 du
r^ vol. de la BibliotbéqueduThéåtrefrancais, impri-
mé aDrcsde, chez Michel Groell, M. DGC. LXVIII ,
sans nom d'auteur (on sait que nous devou&cet ou-
vrage au duc de la Valliére) , la liste des mystéres qui
seront contenus dans notre recueil. A cette uomencia*
ture, le duc de la Valliére a joint les réilexions que voici :
■■ — « Ces neuf invsleres, inconnus a messieurs Parfail
et. do Bcauchamps, sunt ccrits sur papicr , et de la
PRKFACE. Ll
mémc maiii, vers le miiieu du xv' siécle^ Ilssootvrai-
sembiablement du méme auteur , et soiit rassemblés
dans un seul volume in-folio. Ce manuserit unique
est Fun des plus précietuc que Von piusse voir. Je
ne donnerai point d'extraits des cinq premiers, en
ayant déjä parlé, ou devant en parler; je me conteo
terai de donner celui des quatre demiers , qui ne sont
connlis que dans oe manuserit: »
Le duc de la Valliére entré alors dans un examen de
ciaeun de ces mjstéres, dont il Édt quelques cltatiönsi
et doht il ezplique le sujet, mais aans donner sonavts
sur la valeur littéraire d'aucun d'eux.
Cetle riiention , imprimée ^ est la aoule que nous
trouvionsdu manuserit qui contient nosmysteres. Elle
a été ,en partie, reproduite sur le feuillet de garde du
raanusmty le 119 jnin 1791 , par l'abbé Merder^ abbé
de Saint-L^r , de Soissons, qui a ajooté, en parlant
de ce recueil : « Ce volume est un des cinq qui avaisnl
reste hng-Umps (fÅc) chez le duc de la Valliére, et
qui y apres sa mört , ont été rendus , ä ma sollicitation ,
par madame la duchesse de Cbåtillon , sa fille , pour
étre replacés dans la bibliothéque Sainte-Geneviéve. »
A la fin du manuserit, on lit sur le dernier feuillet
les paroles suivantes, dont j'ai cru devoir donner un
fac-simile : a Aimoul Le docte, demourant a Con-
penreez^confesse (woir regu cestujr present Iwre
de messire Jehan Le docte , relligieux de Vabaye
1 1 cfnis^ent de Saincte-Genneviefve de Paris ^ son
oncUj dont le dit Arnoul requier que se d^aucune
nventiire le dit livré estoit pardu ou prins pm^ lar-
r.ll PREFACE.
recirtj éjfiic ie premier qui le tt^oitvera ou qui sura
le ditnon et led i t sfillage^ sy lui plait de le rapportéy
^olentiers et de bon cuer lui domiera le vin. Fait
le mardjr, wx'' jour dejuilletmilcinq cens et deux ;
tesmoing nion seing manuel cjr mis I' un et jour
desstis dit. »
Ii ne me reste plus maintenant qu'å remercier
M. Guizot d'avoir bien voulu, en saqualitédeMini$D*e
de iTnstruction piibiique, m'autoriser ä emporter chez
inoi ie Mss. de nos Mystéres, pour en prendre copie ,
et å remercier MM. les Conservaleurs de la biblio-
ttiéque 8 te. -G ene v 16 ve, el spécialement M. Robert,
d^avoir bien vouiu prolonger, aussi iong-temps que
besoin en a été , le temps de prét fixé par M. le Mi-
nistre. Cest avec un vit* plaisir que je témoigne ici å
ces Messieurs ma gralitude pour ces actes de bienveil-
iance qui les lionorcnt et qui ont de t)eaucoup facilito
mon travaii.
Achille JuBiN\L.
Cg gant Uff KtQvégtnUietans
l^f6 maxtxxtB eatnt (tstxtnne^ Mint phe et
MXtA pol rt eatnt Benx^^ tt it^ mixacUs
malranu eainte (6metxh>(^ ttanAattt^
proprnnnjt tt urainnent Ire latin m
fran(oi0 rinu^ ä la jglmrr rt
l)onnnir Ire SKeit et dr ere
6atn6 ^ doit rt an
pronfit Irr no^
åmf0;
rtr-
LaudaU Dominum in santis (i) ejus.
Dieu Pére et Filz et Saint Esperit (2)
Sauve et gart ceste compaignie !
Vous savez qu'onques ne périt
Qui servist la vierge Marie ;
Gar grant joye a et grant délit
Quant de bon cuer on la déprie.
Sy pry que chascun s^umiiit
En disant une Avs Marie.
(1) Si c au Mst.
[%) n paratt qu'å Fépoquc oii ces mystéres ont été composés on ne
tiisait pas scntir Ve de Esperit ; autrcment tous Ics vers oÄ ce mot se
tnmre auraient uno syllabe de trop.
I. «
%
LE MARTYRE DE S. ETIEN?IE.
Cy dicl ä genous : Ave Maria.
Ltoudate Dominum in snrUis ejiis (ubi supra).
Doulces gens (i), un pou escoutez
PesiUefnent sans noise (aire :
MaiDS de paine arez y nedoubtez,
S'ii Tous plaist k .i. pou tous taire
Que se tous l'un l'autre boutez
Ou &icte5 ennuy et contraire;
Or vous sées et acoutez
Et oiez sen que vueil retraire.
Je suppose que bien croiez
Les .XII. artides de la foy
Et que bien entroduis soiez
£s coouoandenaens de la loy :
Sy ne &ult fors que guerroiez
Contre pechié par bon conroy
Et que votre temps cnploiez
En bonnes euvres sans desroy.
La maniére de guerroier
La char, le monde et ies diables
Et de son temps bien emploier
En bonnes cBuvres proufitables ,
Nous ont monstré sans forvoier ,
Par exemplaires convenables ,
Les sainz qui des cieulx le loier
Ont aquis par meurs honourables ;
(i) Le mot gtnt est sauté dans le Mst.
LE MARTYRE DE S. ITIBNNE.
Et pouT ce 8eul-€n réciter (i)
Les vies des sainz et des saintes
Pour les boDiies gens inciter
A bonnes euvres non pas faintcB ,
Et pour leurs cuers habiliter
Envers Dieu pair douloes complaintes^
Afin qui (2) les daigne habiter
Par quoy sauTez sont mains et maintcs.
Vous savez la créacion
Et comment les Anges périrent;
Vous savez la tranagression
D'Éve et d'Adam comme ilz chéirent,
Dont eub et leur succes»oln
Fussent péris, tant se forfirent,
Se ne fust l'incarnation
Da filz Dieu par qui revesquirent.
XII. apostres quist quant 1\ pleut
Qui avecques lui conversérent
Et d'autres disciples esleut
Qui sa sainte loy annoncérent.
Des quielx . vii. diacres y eut
Que les Apostres ordenérent.
Saint Estiene le premier fut
Que les faulx Juifz lapidérent.
Apres ce le doulz Jhesucrist
Gonvertit monseigneur saint Pol
(i) Seul-en. A^t-on cofrtome ; de toUrt.
(2) Qui, pour qu*il.
1.
LE MARTYRE DE S. ÉTIBNNE.
Qui tant prescha et tant escrivist (i)
Qu'on le tenoit por .i. vray fol.
En Grece ala et lä conquist
Saint Denis qu'il fist cIquIz et mol :
A Romme vint, Néron le quist,
Néron ly fist couper le col.
Néron fist en crois par grant yre
Crucefier saint Pierre å tort ;
Néron sa mére fist occire,
Néron mourut de male mört ;
Néron apres son grant empire
A perdurable desconfort :
Les Apostres par grief martire
Ont perdurable reconfort.
Qui voura fioer aus Apostres, vois€ de cy å cdc danse qni
ensuit : La Sovcraine. (2)
Saint Denis qui moult désiroit
Sa vie avecques eulz fenir
Le sceut, sy dist qu'ä Bomme yroit
Por martire et morl soustenir
Avecques eulz s'ä Dieu plaisoit ,
Mais il ne peut ä temps venir.
Lieutenant lessa qui faisoit
La loy de Dieu croire et tenir;
(i) Od remarquera que dans re vei*s il y a une élision entré le mot
pfcscha et le mot et.
(2) Ces deux möts förment le cemroeucement d'un vers qii'on trou-
vera plus loin.
LB MABTYUE DE S. ÉTIEBINE.
Puis vint å Romme el apostole
Trouva monseigneur saint Clénniefit
Qui le retint de sod esöole,
Et ly pria moult doulcement
Que par son sen et sa parole
Vousist enseigner saintement
Les gens Fran^ois qui maint ydole
Aouroient lors folement.
A sa requeste, k sa priérc
Monseigneur saint Denis en Prance
Avecques Rustjque et Eletithére
Et plusieurs de son alliance
Vint pour la gent ä Dieu attrarrc,
Et Dieu ly donna tel puissance
Que le peuple d'erreur retfaii-e
Fist et tenir vraye créance.
L'emperére Domicien
Le sceut, tantoä y eavoya
Fescennin .i. prevostpaien
Qui volentiers tout s'emploia
A tourmenter roaint crestien.
Mercy Dieu niil ne desvoia :
Il eurent tourment terrien
Et Dieu ses.biens leur octroia.
Sus tous Monseigneur saint Denis
Fust desrompu et tourmenté ,
En four chaut mis, sus greil rostis y
Au bestes sauvages jeté,
Crucefié, en cbartre mis.
Lä fut il de Dieu visitc;
LE MiiaTYRB I>B S. ÉTIENNB.
Voiaiit melsmes ses anemis
A converchié et conforté.
Illec ly donna Dieu le don
Que quiconques le requerroit ,
•
Fust de pechié avoir pardon
Ou d'angoisse qu'il soufferroit j
Se par bonne dévocion
En son propos pecsévéroit y
Sa juste supplicacion
Nostre seigneur essanceroit.
Apres iut mis hors des prisons ,
Batus fut, la teste ot coupée!
Aussy eurent ses compaignons:
Sa teste porta k Letrée :
En mélodieuses chan^ons
Ont les anges joye menée.
Larcie les tirans félons
Reprenoit , sy iut decolée.
Le prevost Fescednin manda
Qu'en les alast geter en Saine.
Catulle tendis vianda
Les menistres å pance plaine.
Et la yérite leur demanda(i);
n Ii distrent k quelque paine.
Lors k ses varlés commanda
Qu'on les portast en son demaine.
(1) La ve'rite. Au quinziéme siécle on nepronon^ait probablement
pas Vt final de ce mot, sans quoi notre vers actuel el tous eeox od il
se rencontre seraient faux.
LE MARTYRE BE S. ÉTlENttEj
Bien tost la persécudon
Des félons et mauvés paieoa
Cessa et la dévocion
Moutepliades crestiens.
Lors fisl des corps sainz uflion
Catulle avec ses adhérens
Et leur r^réseotacion
En tombeau bel et reverens.
Depuis y fut faicte ä l'instance
Madame sainte Geneviéve
Ou temps Childéric roy de France
Une église en espace briéve.
Combien que por la défaillance
De chaux la chose fu moult gricve;
Mais Dieu Fen fist noble chevance
Qui tout bien comence et achieve.
La souveraine majesté (i)
De Dieu loer ne cesse nulz
Qui tel grace aus sains a presté
Qu'en vraie foy se sont tenuz.
Loer devons sa poesté
Et hault et bas, et sus et jus.
Pour ce vous ay dit : — Laudate
Dominum in sant is ejus.
Je ne vous vueil plus sarmonner.
Benoist soit-il qui se tera
Et je pry Dieu que pardonner
(I) Yoyezla noted, p. 4.
8 LE MARTYRE DE S. ÉTIENNE.
Vueilie ä coliuy qui pais &ira
Ses péchiez , et grace donner
Tant comme en ce monde sera ,
£t paradis abandonner
Quant de cest siécle finera!
Amen! Ainssjr soit-ifl etc.
CY COMMENCE
LE MARTIRE S. ESTIENE
!■>■ • m
S. Pierre die å S. Estiene.
Doulces gens, un pou de silence!
Vous qui cy estes en présence
Savez comment nostre Seigneur
De tous les plus grans le greigneur (i)
Nou8 a esleus et envoiez
Pour ayoier les desvoiez ,
Pour prescher la foy catholique
Et par escriptur^ ententique
La prouver et par yrais miracles ,
En garissant démoniacles
Et quelconque autre maladie^
Et en rendan t aus mors la vie.
Par nostre labeur et estude
Croist chascun jour la multitude
(i) Grandior , et daiis ce cas* ci maximus.
lO LE MARTYBE DE S. ÉTIENNE.
Des croians; mercy nostre sire,
Sy ayons fait au pucple cslire
VII. diacres pour nous aidier.
Gy parle é S. Estiene.
Esticne vous estes premier.
Par divine ordinacion
Nous approuTons rélection :
Sy vouions que soiés de nous
Bénéis; alez ä genous
Dicu le vcult, frére, obéissez.
S. ESTIENE.
Saintpére dont me bénéissez.
Lors voise 6. Estiene å genous, et S. Pere ti mete la main sus la
testc en disant :
Le Saint Esperit vueille descendre
En ton åme , par quoy entendre
Puisses å faire ton oflice
Saintement , såna mal et sans vice!
In Nomint Patris, et Filii^ et Spiritus sancti.
S. ESTIl^NE.
Amen! — Dieu doiot qu'ii soit aiossy
Lors se lieve et voise an Juife en disant:
Doulz Jhesucrist puis qu'ainssy est
Qu'å vous, Sire, et au pueple il plaist
Que je soye .i. de vos diacres,
A vous rens loenges et graces
Eo vous suppiiant humbiemcn(
LK MABTYRfc DE 8. ÉTIBNNB. 11
Que ne me ieasiez nulement
Cheoir en péchié n'en négtigenoe;
Mais TueiUics qu'ä grant diligence
Face m'offioe aans erreur
A nostre bien^ å rostre honneur.
Lon die aus Pharisiens.
Seigneurs, salut en Jfaésucrist
Qui le monde forma et fist
Comme vray pieu et filz de Dieu ,
Qui par vous en ce present lieu
Mourut selonc l'umanité
Que prinse aroit par charité
En la douice vierge Marie ^
Puis reyint-il de mört ä vie,
Et au tiers jour resuscita,
Et hors d'enfer les siens geta.
Apres monta voians nos jeulz
Au quarentieme jour au cteuls,
Et en tel (brme proprement
S'en va au jour du jugement
Rendre k ehascun juste loier!
ANNAS» évesque.
Tés toy, c'0D te puisse noier!
Ce sont trestoutes tromperies
Et erreurs et forsseneries.
Dy moy, oix treuve tu que Dieu
Puisse estre comprins en .i. lieu ?
Comment pourras tu soustenir :f.
12 LE MARTYRE D£ S, ÉTIENNE.
Que Dieu peust homme devenir ?
Et se horn Alt, par quel maniére (i)
Le peut eoEinter vierge entiére
Sans avoir d'omine compaignie?
S. ESTIENE.
Sire, le prophete Ysaye
Respont de plain sans fiction
A vostre tripie question.
Ysaye (vir* capitalo) : EcceFirgo concipiet etpariet Filiuniy et
vocqbitur nomen ejus Emmanuel.
Ycy povez veoir clérement
Qu'il dit qu'il sera vrayemcnt
Une vierge qui concevra
1. filz et vierge enfantera
Qui sera vray Dieu et vrai home.
ANNAS.
Qui me tientque je ne t'assoinine)
% Meschant trubert, coquin moquart?
Or me respon ä cc broquart !
Dy, ne fu pas Joseph le pére
A ton Dieu Jhésus, etsa mére
Marie la Rousse nommée?
S. ESTIENE.
Vous portez lai>gue enveuimée^
Et l'anemy (3) sy vous estraint
(i) J'ai rectifié ce vers , qui est ainsi au manuscrit :
Et se homme fu par quelque maniére,
(2) Le demon, expression tres commune dans les treiziéme et qua-
torziéme siécbs.
LB MARTYRE DE S. ÉTIENNE. 1 3
Que vraye foy en vous estaint.
Marie saintement conceut
N'oneque8 homme ne la cogneut,
Car le St.-Esperit la ombra
Qui du pur sang d'elle fourma
[. corps précieux, digne et tendre
Que ly filz Dieu voult en soy prendre
Avesques Påme précieuse.
Sy fti par euvre merveillieuse
Et Dieu et homnne une personne ;
Sy (iit sers cil qui tout bien donne
Et qui partout a seigneurie.
Sy fut mortel qui donne vie ,
Sy fut contenu qui contient
Et soustenu qui tout sousdent
Et qui sans temps est temporel.
CAIPUAS.
Mengier te puist chevau morel!
Ou as tu ce sy bourbeté?
Cest .1. cas de nouvelleté:
Oncques mais u'oy tel merveille.
S. ESTIENE.
Voir c'est merveille sans pareille,
Merveille trestoute nouvelle
A merveilles et bonne et belle.
En Jérémie la quérez
Et tantost vous Vy trouverez.
JéRÉMiE (xxxi« aiio capitulo) : Creavit Dominus hominem super
Urram. ^-Malier circondabiivirum. (sic)
1 4 LB MARTYRE DE S. ÉTIENNE.
GAIPHAS.
Tu veulz nagier sans aviron:
Preuve ä droit sans nous encbanter
Comme elle puet vierge enfanter
Et non pas par vaine logique
Ne par argument sophistique,
Mais par les dis de nostre loy !
S. ESTIENE.
Je le vous preuve sans délay.
Moyses sy vit .i. buisson
Tout emfranbé sans nulie arssure :
Tout aussy nous regéisson
Que Marie out filz sans lédure.
La vierge Aaron sans contineure
Fleury, foilly, et fruit porta :
Nostre vierge sans entameure
Conceut, porta et enfanta ;
Et ausst comme Dieu fourma
Adam de terre nete et pure y
Aussy quand il nous refourma
Print corps bumain sans nulle ordure.
ALEXANDER.
Or regardez comme il applique
Trestout ä sa foy catholique !
Ne 1'aron point par dysputer;
Mais s'il y a qui imputer
L'y vueille aucun crime ou bla&rde
Lieve soy sus et plus ne tärde
Et nous orrons qu'il vourra dire I
LE PREMIER FAULX TESMOING.
LE HARTYRE DE S. ÉTIBNNE; 1 5
J'ay trop de cas contre ly, sire ;
Il a dit, c'est chose notoire,
De Moyse et Dieu de gloire
iDJures granz et vilenies
Et ranposnes et flafemies (i)
Qui est cbo6e laide et horrible;
Et.TOus sayez selonc la Bible
Que tout homme qui est blaflféme
Doit morir de mört dure et pesme :
Par quoy il est digne de mört.
ANNAS.
Vecy .1. point qui bien te mört :
Respon tosl sans faire lonc songe.
8. BSTIENB.
Tout quant qu'il a dit est mensonge :
De Dieu n'ay dit nulle blafTarde.
Cest cil qui tout fist et tout garde,
Dieu de gloire .i. en trinité
Et triple en une déité ,
Qui aparut å nos sains péres
En leur révélant ses mistéres.
Moyses fut son saint prophete
Qui sa gent qui estoit subjecte
Au roy d'Egipte délivra :
Diex une yérge Ii livra
Dont la roage mer fist cesser
Et le pueple ä pié cec passer.
Par le désert les conduisoit ,
(1) Sic; probwUemcnt p^ur blafémies.
1 6 LE MARTYRE DE S. ÉTIENNE.
Riens fors péchié ne leur nuisoit.
Dieu tout puissant, Adonav,
En la montaigne Synay
Les commandeicens de la lov
•i
Ly batlla escriptz de son doy,
Et moult de signes par Moyse
Fist Dieu, comme Tescript devise,
De quoy je me tés ä present.
Sy puet veoir qui vérité sent
Que je n'ay dit ne ne diz mie
De Dieu ne des siens vilenie,
Ne de chose qu'ait ordenée.
LE SECOND TESMOIMG.
Certes sy &is, hergne pelée!
Faulz apostat, ytel cs tu;
Sire, ce maleureus testu
A dit que Jhésus son beau Dieu
Nostre temple, nostre saint lieu,
Nos sacrefices destruiroit ;
De la loy Moyse osteroit
Tous les poins cérimoniauls.
caIphas.
Par foy ce sont cas criminauls
Et par raison doit mal fenir
Qui telz erreurs veult soustenir :
C'est droite diablie, c'est råge.
ANNAS.
Or, avant Dammasque le sagel
Cy ne sarez vous que remordre?
Responnez a ces poins par ordre
LB MAKTYRE DB S. ÉTIBNEtB. 1 7
Et nous donnez response bonneste.
S. ESTIBNB.
Gens felons, gens de dure teste.
Gens de dur cuer et obstiné , >
Tous jors avez vous mastiné
Les saintes gens et contredit
Et resisté au Saint Esperit.
Refusé avez benéisson ,
Sy venra sus vous maleicon :
Vous mesmes vous y commandastes
Quant Jhésus ä mört condampnastes (i)
Dont le péchié sus vous prensistes
Et vous et vos en&ns maudistes.
Ii mourut) mais vueilliez ou non^
II vit ; sy responsen son nom
Que faussement vous m'acusez
Et de mes dis trop mésusez.
Dieu fist, pas ne dis le contraire,
Et temple et tabemacle &ire;
Mais le temple et le Jtabemacle
Figure furent et synacle
Que de Jhésu Tumanité
Fut temple de la déité ,
Le quel temple vous destruisistes
Quant mauvaisement 1'occisistes;
Mais Dieu qui dedens habita
(1) Voici le yers tei qall est au Mst. :
Quant Jhésucrist å inort y condampnastes.
I. . 2
I B LB MÅRTYRE »E S. ÉtlENNB.
Au tiers jour le re^scita.
Sy fut le temple lors retatt
Qu'avie2 maisement deiFait.
De la loy dont fiiictes querelie
Je dy qu'elle fii bonne et bello ;.
Mais mout y a oérimonies
Qui sont ou temps present fénie».
De uostre loy (urent figure
Et par toute yostre escripturo
Est la loy Jhésucrist trouirée
Des sains prophetes approuTée^
De Moyse et de Daniel ,
De David et d'Ézéchiel ,
D'Abacuc, d'Amos^ d'Isaye,
De Baruc et de Jérémie,
Et de moult d'autres ä foison ,
És quels en plusieurs liex lison
Le mistére de nostre loy
ALEXANDER.
II yst hors du seqs; liez Foy.
Faulx renoiez, &ulx apostat,
Nous te mestrons en tel estat
Que ly diables t^enporteront.
S. BSTIENE.
Non feront, tirant, non feront,
Mais ainfois les anges des cielx,
Car je voy jä, loé soit Diex ,
Le ciel ouvert å veue clére
Et ä la destre Dieu le pére
Jhésucrist le sauteur du monde.
Llr HARTTRE DV S« ÉtlEm^B. l^
▲N MAS, en gregnant les dens ét flii estoupant ses oreilles.
Ahay, glouton^ Dieu te confonde!
Seigneurs, estoupez tos oréilies,
Ge forilkult dtt fines merveiUeft.
Lcvez sus, Juifz, levez sus ,
Liez, ferez, (rapez dessus,
Froissez la teste el la cervete,
Rompez les os et la boueie |
Hors de la ville ä grosses pierres
Me lapidez ce sanglant Herres :
Il nous veult pervertir trestous.
LES .II. TESMOINS ET .II. AUTRES.
Par le grant Dieu, sy ferons nous.
LE MUMIBB, enférantdapokig.
Passé ävant, brigant forssené;
Ly diables t^i ont amené :
Or, tien , ronge moy ce lopin !
LE SECOND, en férant.
Truant puant , tire lopin ,
Passé avant en male estraine.
LE TIÉRS, en férant.
Meschant, tu as puante aléine;
Avale mOy ceste ciboule :
LE QUART , en férant.
Li as tu donné une boule?
Tu Ii as Éut venir la boee.
Tien , vibio , tien ceste beU)cc
Afin que le cuer ne le iaille.
a.
20 LE MARTYRE DE S. ETIENNB.
SAULUS.
Que faictes-vous &usse merdaille ?
Pour quoy le servez vous de lobes?
Despouilliez moy toutes voz robes ;
Sy fraperez miex au ddlivre.
LE PREMIER.
Par le grant Dieu , tu n'es pas yvre!
Or sus, despoullons nous tous .iiii.
LES AUTRES III.
Volentiers, sire, por miex batre.
Lon se despouillent et baillent leurs vestemens å Saaliti, en disant
Saulet, garde nos vestemens.
SAULUS.
Avant, avant , feulx garnemens;
Ne l^espargniez plus qu'un viez chien.
LE PREMIER.
Il ara assez tost du mien
Ou de Fautruy, que je ne mente.
Sa , ribaut, tu as fiévre lente;
Lie ce brief dessus ta testo.
En férant d'ane pelote emplie ou toullier de sanc.
Tu es seigm^ ä jour de feste.
Le second , en frapant oömme Fautre, die en férant :
Tien , mengeue ceste chaste loigne.
LE TIERS , en férant
Pren ceste aumone de Bourgoigne.
LE PREMIER ■, m férant.
Met en ton sac, por te ä ton Dieu.
LE MARTYRE DC S. ETIENNE. 21
LE QUART.
Tu Tas féru en mauvais lieu.
Regarde comme il £ut la lipe !
Il Ii fault .1. morsael de tripc :
Por ce fait-il sv maise chiérc.
Ca, vilain, ten ta gibcciére.
En férant.
Tien, roinge cl ne gruméle mie.
s. £STiEME,.ågenoux.
Doulz Jhésucrist, né de I^larie,
Pour ceuU qui ainssy me tourmentent,
Qui ne scevent p^s ne ne sen ten t
Qu'il font, vous supplie humblement
Que leur donnez avisement,
Et tout leur vueilliez pardonner,
£t mon espérit couronner
Lassus en la gloire des cielx.
A vous le rend , beau sire Diex ,
Et en vos mains le recommande.
Lors 86 lesBe chéoir å terre.
LE PRI^MIER.
Je vueit vestir ma houpelande ;
Alon en , qu'il en est sué.
S'il n'est inort sy est il tué :
Lesspns le cy aus chiens menger.
Cy 86 reY68tent.
SAULUS.
Son Jhésus qui si bicn venger
Le dcvoit, oii est il alc ?
22 I^E MIRTYRE DE 8. ÉTIBIiH^.
LE SECOND.
Il n'est CDCore pas deyalé
Des nués ou U est , ce dit,
LB TlEItS.
Espoir qu'il est entredit ,
Sy n'03e aler ne 9a, ne \h.
LB <^ART.
Je cuide quand ii Tappela
Qu'il faisoit 011 ven ou corbeille.
LÉ PREMIER;
Voire , ou il fist la sourde oreille ^
Car il ne se peut remuer.
Alons en , iessons le suer .
m
Lors 8'en voiseut tous ensemble,
GIMALIEL.
Helas, chétis! com deschiré
Et desrompu et martiré
Est cel preudomroes S, Estiepe^.
Encore par droite malice
L'ont-il lessié comme une biche
Aus oiseaulx , aus chiens et aux chiennes }
Mais Die?^ qui seult gärder les siens
A garde d'oisiaux et de chiens
Sa char que point ne Font atainte*.
Sy vous pry pour Famor de Dieu
Mes amis qu'alons sus le lieu
Sy Penterrons en terrc sainte.
ABIBAS) åGamaliel.
Mon chier seigneur et mon doulz pére ,
^
LS M^RTYRE DE 9. iS^TtfiNNE. ^3
Depuis la mört ma douké mérö
Je n'eu au cuer doaleof gréiglieuf ;
Mes puisque Dieu Ta ordené
Soit ensevelis et mené
En voslre ville mon Seigneur.
NIGH0DEMU5.
Gamaliei , mon oncle chier,
Lcs maistres tous vis despechier
Nous feront si le vont savant;
Sy alons tant com la nuit durc
Et le mettons en sépulture
Ain^ois qu'il soit jour Diex avant.
GAMALIEL.
Mon filz, et vous Nichodemus,
Pater nosUr et oremus
Disons k Dieu por la siene äme.
Alons nous trois tout coiement
L'enterrer en mon monument.
Or alon de par Nostre Dame.
Lon le portent hors du champ.
Qui lejeu S. Estiene s^ourraycjfiner
Com sy prks est escript le por ra terminer
La fin du jeu.
NICHODEMUS.
Sire, (ait-il å martir injure
Qui d'onner por martir préntcure;
Gar Tame vole és ciex lassus
Sy que partie est du corps.
24 I^E MARTYRE DE S. ÉTIENNE,
Sy chantona tous foibles et fors
En hault : Te Deum laudamus.
Qui lejeu cy ne finera
Ceste clause sy laissera.
' CoDtiaue ainssy.
LA
CONVERCION S. POL
SAULUS ET SES GOMPAIGNONS.
Dieu gart les maistrcs de la loy !
LES PHARISIEN3.
Bien veigniez, amis, par fby.
SAULUS.
Mes seigneurs , sachiez que Damasce
De folz crestiens a grant masse
Qui nostre loy du tout confondent
Et une loy nouvele fondent
Qui nostre loy confondra toute
Qui tost n'y pourverra sans doubte.
Nous avons .i. de leurs prescherrea
Tué et lapidé ä pierres.
Les autres plus en doubteront :
S'en les tiont court ilz cesseront« .
26 LA CONVERSION DE S. PAUL.
« ■ ■ ■
Sy me bailliez s'il vous plaist lettre
Que je lier les puisse et mectre
En vos prisons sans conlredit.
ANNAS, CAIPIIAS, ALEXANDER.
Benoist soit-il qui a ce dit !
ANNAS.
Sau|et, Saulety mon 6ls, 9a vien!
Tu es taillé ä faire bien.
£n baillant une lettre.
Je te donne commission
D'aler par ceste region
En cerchier ces faulz crestiens.
Tien, va les metre en fors liens
Et les amaine en nos prisons.
SAULUS.
Sire, sll y a jä prins boms
A ran9on que je ne le face
Lier ou mourir en la placc,
Je prie k Dieu qu'oD me puist pendre.
ANNAS.
Va, le grant Dieo te ptrist deflfendre!
Lors Saulus monteå cheval en disant :
A cheval, k cbeval toot homme!
N0U8 ne valofis pa» une pomme
SMl y a nulz qur nona eschape.
Se je ne les vous met aoulz trape
Sy me cporonnez d^un trepié.
hk COMYERSION DB S. PAUL, 2^
SES GOMPAIGNONS.
Cbevauchiez , nous jrom de pié.
Lors voisent en passant ptr deasoalz Paradis.
SAULU8, en alant.
Alon en ä Damas bon eire.
Le cuer d'ire ou ventre me serre
De oe que ces Taulz crestiens,
Ces &ulz bougres, cez ruRiens,
Sy vont nostre loy defttruisant.
Certes je leur seray nuysant
Dore-en-avant quenque porray;
Ou ilz mourront ou je morray.
Brief et court n'en faut plus parler.
SES GOMPAIGNONS.
Or to^, t08t^ penssons de Paler.
Ijotb ay oömme Saulna passera par dessoulx Paradis , Jbésus
prengne .1. hraadon ardant , et gete ras ly, et lors il se
lesMohéoiriterre.
JHÉSUS die :
Saulé, Saulé, tropt es testu.
Dy pour quoy me guerroies tu?
SAULUS.
Qui es tu qui es cy venus?
JHESUS.
Je suis Jhesus Nazarethus
Que tu poursuisy quant guerroiani
Vas ceAJlz qui en moy voot croiant.
Tu fais que fol et que félon
Pe regibercontreaguillon.
2S LA GONVERSION DE S. PAUL.
SAULUS.
Sire , que veult tu que je fece ?
JHESUS.
Lieve sus , va t'en å Damasce ;
Sy orras que tu de vrås &ire.
Lon Saulus se hére comme aveogle et die å ses eompaignons
Mes chiers amis, vueillez moy traire
Par la main, car je ne voy goute;
Et sy veulz qu^en vostre route
A Damas bientost me menez.
SES COMP41GNONS.
Sa , la main y sire , car venez.
Lors le meinent aveugle å Damas qui soit en costé Paradis.
JHESUS 9 sans soy bougier , die :
Ananie, plus ne sommeille.
Lieve sus, tost sy t'apareille.
Va en en la rue qu'on dit Recle.
Lä trouveras de nostre secte
En oraison Saulet de Tharsse.
Toutd malice est en lui arsse ,
En ly n'a que bien et doctrine :
Va et les yeulz ly renlumine
Et le baptise en nostre nom.
ANANIAS.
Ah'doulz Dieux! Il a le renon
D'estre .i. félon mauvéstirant
Qui va vostre gen t martirant
En tous Ics lieus ou il la treuve.
hk GONYERSION DE S. PAUL. 2^
JHESUS.
Va seurement, va si espreuve
Comme il est doulz et débonnaire.
Je Tai esleu å tout bien &ire,
Et ly monstreray que por moy
Souffrir devra et por ma lov.
Devant roys et princes yra
Et plusieurs en convertira;
Partout aus champs et k la ville
Preschera la sainte Évangile
Qu'en8eigné je ly ay toute
Par ces .111. jours qu^il n'a veu goute.
Va tost ä ly, car ii me plaist.
ANANIAS.
Monseigneur je suis tout prest.
Lors voise ä S. Pol et die :
Saulé, frére, Dieu te benéie!
Jhésus qui fu né de Marie ,
Qui t'a aparu en la voye
Tout maintenant h toy m'envoye
Le sainl baptesme te donner
Et ta véue renluminer.
Ou nom de Dieu triple en personne ,
Baptesme et la véue te donne ,
In nomine Patris et Filii et Spiritus sancti.
Amen,
En le baptisant.
Frére, vousesles crestien.
3o LA. GONVBRSION DE S. PAUL.
Dieu vous a osté du lien
De pechié et sa grace avez.
La sainte Escripture savez :
Honnourez Dieu , sa loj preschiez ,
Le peuple d^erreur dépeschiez.
Pol vostre propre nom sera :
Faites bien , Dieu vous aidera.
Lors se voise séoir S. Pol en alant å Damas.
Loé soit Dieu qui m^a geté
Hors d'erreur et de feusseté ,
Qui m^a ä sa grace apellé^
Qui m'a ses secrez revelé ,
Qui en moy a tout mal sechié j
Qui m'a k tout bien alechté ,
Qui m'a en doulz aignel changié
De lou sauvasge et enragié ,
Qui m^a de persécucion
Esleu ä prédicacion ,
Qui m'a mis i salvacion
De voie de dampnation!
Je n'aray pas sa grace en vain.
Je vueil tout metre soubz sa main ,
Je vueil avant huy que demain
Sa loj preschier h mon prochain.
Lon voise aus Juils de Damas, et die :
Seigneurs , ä vous pren mon prologue
Que je voy en la sinagogue.
A vous doit on premiérensent
hk GONVEKSION DE S. PJlUL. 3 1
Preschier le nouvcl testament.
Vous savQs oömme Dieu permist
Que Mesyas , c*est (Jhésucrist),
Nestroit de lignée royal.
Du roy David saint et loyah,
Qui sus le fust mortsouflerroit
Et son pueple déliverroit ,
Qui les gens de diversse loy
Ausneroit å une foy ;
Ceste promesse est acomplie :
Nez est de la vierge Marie,
En la crois mört et tormenlé ,
Resuscité , aus cteulz monté.
Croiez en ly , perseverez
En s'aiiior et sauvez seréz.
LE PREMIKR JUIP DE DAMAS.
Qui estce fbl qui lä parole ?
£s-ce ore histoire ou parabole
Dont il va ainssy sermonnant?
LE SECOND.
Sachiez c'est .i. fol christicote
Qui a pr ios le9on å Tescole
DoDt il va ainssy gergonnant.
LE TIERS.
Sire, la dmr de moy soit arsse
Se ce n'est Saulotin de Tharsse
Qui est yssu hors de son sens
Ou il est espoir eodaatnté ;
Gar il c'estoit trop fort ranté
De tourmenter les crestiens.
32 LA CONYERSION DB S. P4UL.
LE PREMIER.
Hé le grant Dieu ! ce crucefix
Met le pére contre le filz
Et la inére contre la fille.
Il nous destruit, il nous essille ,
Il pert, il confont nostre loy.
* Ne metton la chose en délay.
S'en lesse croistre le meSchief,
Nous ne porrons venir ä chief.
Il est homme de grant courage;
Puis qu'il commance il fera råge :
Alons le monstrer au prévost.
LES AUTRES.
Trop demourons, alons y tost.
Lors voisent au prévost de Damas :
LE PREMIER.
Monseigneur, pour Dieu mercy
Il est venu depuis hier cy
.1. jeune homme de male part,
Plus fier, plus félon qu'un liépart,
Qui vostre loy, sire, et la nostre
Veult destruii^ et ce iait apostre
D'un fol que nostre gent fist pendre.
Plaise vous, sire, k y entendre !
Tous ensemble vous en pripns.
LE PREVOST.
Je voy bien vos péticions.
Prenez le moy sans plus tarder
Et faites les portes gärder.
S'en ly trouvons nul maléfice.
LA CONVERSION DE S. PAUL. 33
Nous vous ferons tantost justice.
Alez le prendre sans plus dire.
LES JUIFZ.
Le grant Dieu, Sire, le vous mire!
Lors voisent oä ils yourront.
ANANIAS.
Frére Pol, Dieu vous croisse honneur!
Les faulz Juifz grant et meneur
Qui demeurent en ceste ville
De vous tuer ont prins concile :
Por Dieu alez-en , n'y tardez !
S. POL.
Se vous dictes bien , resgardcz
Qu'au premier assault je m'enruie,
Qui ne doy doubter vent ne pluie ,
Roys ne princes , ne duc ne conte :
Sire, ce seroit trop grant honte
Et estande pour les enfermes.
ANANrAS.
Bien scay , frére , qu'estes sy fermes
Que vous ne doubtez point mourir ;
Mais, pour Dieu , vueilliez secourir
Au monde qui est en erreur!
Ce n'est estande ne horreur
S'un pou vostre mört diiférez;
Més grant bien et grant sen ferez
Por mielx en la fov labourer.
Et Jhésucrist plus honnourer
Qui a en vous sa grace mise
I. 3
Nous TOe hr[^ a
Alez k [nwrc ^
Ii- -
Le gmK Ikrs- "^
:ivoir joye
i bacheler
•ov et en voye
it renouveler.
MATIIIEU.
IV tre ce puet céler :
34 l-A CONVERSION DE S. PAUL.
Et vous a fait de sainte Églisc
Noble docteur et son apostre.
S. POL.
Dites donc voslre Pater noslrc
Por moy et a Dieu soiez vous.
1.ors voise .i. pou avant, puis se sicc å terre.
ANANUS.
A Dieu , frére , priez pour nous.
s. BAn?iABÉ, aus Apostres.
Or entendez-vous , mes seigneurs ,
Que nostre sire a voulu fairc?
Saulet qui tant maulz et douleurs
Et engoisse nous a fait traire,
Jhésucrist Ta vouiu attraire
Et apeller å son servise.
Sy est aus faulz Juifz contraire
Et vray docteur de sainte Égiise.
S. PIERRE.
Doulz Dieu, vous soiez mercic
De sy noble con version !
Vostre nom soit glorefic
D'ayoir esleu tel champion !
S. ANDRIEU.
Cest .1, vessel de éleccion.
J'en regracie Dieu le pérc
Qui tous a en dileccion :
Por ce est fol qui se désespere.
S. JAQUES LE GRANT.
Hc! sainte Eglise, nostre mcrc,
L^ CONVERSION DE S. PAUL. 35
Bien dois grant joye clémener
Quant celuy presche ton mistére
Qui te souIcMt sy mal mener !
S. JEHAK.
•
Bien scet Jhésucrist asener
Quant d^anemy feit amy chicr;
Por ce se doit chascun pener
De son cuer en Dieu tant fichier.
S. THOMAS.
Or, a Dieu .i. bon chevalier :
Il n'a pas (ail\j a eslire.
Celuy fait traire a son colier
Qui ne le fesoit que despire.
S. JAQUES LE MfiNDRE.
Jhésucrist scct bien sa gent duire,
Qui d'un lou a fait .i. aignel ,
Quant &it å luy servir déduire
Son tres grant anemy mortel.
S. PHELIPPE.
Nostre sire fait son chastel;
Il ne chaut de quelque monnoye
Quant son anemy fait a tel
Qu'å luy servir du lout s'employe.
S. BARTUOLOMEU.
Bien doit sainte Église avoir joye
Quant voit son nouveau bacheler
Se mettre en convoy et en voye
Du monde tout renouveler.
S. MATHIEU.
Vraye amour ne ce puet céler :
3.
36 LA C0>V£RSI03( DE S. PAUL.
Sy ardans est en cbarité
Que le dos se fait marteler
Souvent pour soustenir vérité.
S. SYMON.
llé Diex, benoiste Trinité !
Tant est ceste euvre glorieuse
Bicn est vostre bénignité
A tout le monde gråcieuse.
S. JUDE.
Voslre sagesce vertueuse,
Doulz Dieu , vostre bénivolence ,
. En ceste euvre sy merveilleuse
Se monstrent bien par exellencc.
S. MATHIAS.
Loons k Dieu a grant révérance
Qui nulle åme ne veult périr.
Volentiers le veisse en présence
S^aucune åme Falast quérir.
S. BARNABÉ.
En l'eure le feray venir,
Enclinaht.
Congié et bénéi^ron, Saint Pére.
S. PIERRE , en le seignant.
Bien aler et bien revenir
Vous doitit , nostre beau frére !
Cy voise S. Baraabé ä S. Pol.
Frére Pol, Dieu vous doint s'amour !
S. POL.
Sire, Dieu vous doint benoist jour !
LA GONVERSION DE S. PAUL. 87
S. BARNABÉ.
Frére , mes seigneurs et les vostres ,
Saint Pére et les autres apostres,
Ont de vos fais oy conter :
Tel joye ont que nul raconter
Nel'saroit en nulle maniére.
A cuer joieus, k liée chiére
Vous verroient volentiers, Sirc.
S. POL.
Helas! c'est queoque je désire,
Sire 5 pour Dieu car m'y menez.
S. BA^NABl^.
Je le vueil , biau frére, venez.
Lors voisent et S. Bamabé die :
Vecy Pol que je vous ameine.
S. POL.
Jbésus qui pour nous souffirit paine ,
Mes seigneurs, vous doint bonne vie!'
LES APOSTRES.
Bien veigne celle conpaignie !
S. PIERRE.
Mon frére et mon amy loyal ,
Mon conpaignon espécial ,
Mon confort^ m^amour, mon soulas.
Por vous avons estc tous las;
Mais Jhésucrist nostre tristesce
Nous a muée en grant léesce
Quant mué a vostre courage
Et vostre fol propos en sage .
38 LA CONVERSION DE S. PAUL;
Quant vous a sy enluminé
Que par vous sera doctriné
En vraye foy trestout le monde ,
Quant noblement sa grace abonde
Ou abondoit iniquité.
Gloire a la Sainte Trinité!
Venez besier moy et mez fréres.
S. POL.
Volentiers et de cuer, sains péres.
Lors les baise tons.
Qui voudra joindre ceste convercion avec le jeuS. Estiene, pourra
finer ici endroit tout ensemble, en ceste forme qui ensuit:
S. PIERRE.
Fréres, ceste convercion
Est des anges solennisée;
Gar par divine éleccion
A esté £iilte et ordenée.
Sy vouloDs qu'etle soit célébrée
Dignement par dévocion
En sainte Église longue et lée;
Et pour ce chantons : Te Deum.
Gette ciause ne soit point diete ou oas qu'on ne voudroit fairc åu
icy endroit. Le jeu dessus dit Gontinue ainssy.
S. Pére die quant S. Pol les ara besiez :
Mes chiers fréres et mes amis ,
Nos tre Sauveur sy nous a mis
En son lieu pour sa loy preschicr ,
Pour convertir el baptister
L\ CONVERSION DE S. PAUL. lic)
Le pueple et pour l'eiidcx:triner.
Sy nous (ault trestous chemtner ;
Mais alons ain^ois , je vous prie ,
Savoir h la Yicrge Marie
SePnous vourra rions commander.
LBS AP06TRES.
Nous nous voulons recommaDder ,
Sire , en sa grace, c'est raison :
Alons la veoir en sa maison.
Lon Yoisent å Nostre Dame qui soit prez d^illecqiies, et $ve agenoulleiit
et dient :
yls^e, Dame de grace plaine.
S. PIEBRE.
Dame 9 frérc Pol vous amaiuc
Le vostre nouvel serviteur,
Que nostre sire a fait docteur ,
Et son apostre comme nous.
A jointes matns et a genous
Vous voulons, Dame, déprier
Que Dieu vneilliez por nous prier ;
Car ii nous iauk de cy par tir
Pour* le pueple aler oonvertir.
Vostre filz, le doixh JhétMicrist ,
Quant éft cielx moiita Le nous dist,
Doulce dame, bien le aavez.
I90STKE DAME.
Frére Pierre , bien dit avoz
Et bien veigniez ore trcslous.
Frére Pol , mon amy tres douU , ^
*
i.
4o LA CONVERSION Dli S. PAIJL.
Jhésucrist, monseigncur mon filz,
Yous a osté de grans périlz
Et grant grace vous a donnéc-
Qui est en vous bien assignée;
Gar ly et moy honnourerez
Et la foy moult essaucerez.
J'en mercie nostre Seigneur
Qui vous fera honneur greigneur
Quant és cieulz vous couronnera
Et sa gloire vous donnera.
Mes fréres, moult me soulaciez ;
Nient meins je vueil que cc faciez
Que Diex le pére vous manda,
Que DIeu le filz vous commanda,
Qui vous gart en corps et en åme.
LES APOSTRES5 ensoylevant.
Amen, et a Dieu soiez, Dame!
s. PIERRE 5 ausApostres.
Chiers fréres, par nous convient
Et départir , car de Dieu vicnt.
Le doulz Jhcsucrist nostre maistre
Qui de pure vierge voult nestre
Vueille par nous tout mal destruirc
Et le pueple en sa loy instruire ,
Sa grace sy mouteplier
Que par tout puist fructefier
A sa loenge et a sa gloire !
Aions Tun de Taulre mémoire :
Dieu nous maintiegne en charilr
hk CONYERSIO?! DE S. PAUL. 4^
Et en vraye fraternité !
A Dieu soiez et ä sa mére.
LES APOSTRES , fors S. Pol.
A Dieu vous commandons S. Pére.
Lors YoLse S. Pére ä Romme et S. Pul ä Atliiénes , et les antres oii
ils vouiTOiit ; mais qui Toura faire de S. Pére et de S. Pol , et
laissier S. Denis , sy voisent S. Pére et S. Pol å Romme et
parlent anx Roamains en la maniére qu'il est convenu apres la
oonversion S. Denis en la rubrique qui se commence :
Seigneurs Roumains, etc.
Qni tout voura faire par ordre sy continue le jcu sy comme il est
escriipt cy dessoubz.
CY ENSUIT
LA CON VERSION S. DENIS
s. POL, aus pliilosophes.
Seigneurs, Jhésucrist vous amant
Qui fist et teirc et firmamenl,
Qui pour noslre rédempcion
Printhumaine incarnacion,
Nasquy, mouru, resuscita
EtDiex et homme és cielx monta
Puis venra-il en sa majestc
Juger toiiz ceulz qui ont esté
Et ceulz qui sont et qui seront !
LE PREMIER PHILOSOPHE.
Les morsdont resusciteront?
S. POL.
Resusciteront voirement.
LE PREMIER.
En åmc ou en corps, ou commcnl
7
hk CONVERS10N DE S. DRNIS 4^
S. POL.
En åme et en corps ne doubtez.
LE fiHEMIER.
Escoutez, seigneurs, escoutez
Que dit ce semeur de frivoles ;
Vecy nouvelles paraboles !
Gest anole cy nous entroingne
Que depuis que nostre charoigne
Sera aniente et pourrie,
Et que de vers sera mengie
Tout en Festat qu'il est ou miex ,
Son crucefix , son noavel Diex
La fera de mört retourner.
Il veult natare bestoumer;
Cest forssennerie, c'est råge.
Tous ly diables Tönt fait sy sage
Plus qu^Aristx>te ne que Platon ,
Que Socrates ne que Chaton.
Il est yvre; sy dit tempeste.
Par nos Diet il seroit bien bestc
Qu'il nul arguement feroit oire
Contre fausseté sy notoire ;
Et pour ce je m'en vueil aler.
De male mört puisse-il baler
Qui en Gréce Ta attroté I
Lors se trestourne.
PUBLIL*S le second phUosopbe , ä S. Pol.
Iloms, boms, vous estes assotc.
Dictes, seront vaches et vcaulz,
44 LA CONVERSION DE S. DENIS.
Brebis, chevaulz, truies, pourciaulz,
Bestes, oysiaulx , resuscitez?
S. POL.
Bien quérez grans absurditez !
Doit-on faire comparaison
De beste qui est sans raison
A homme qui a sentement
Et raison et entendement ?
L'åme de beste est sensitive :
L^åme d'omme est intellective.
L'ånie de beste, sans ressort,
Est morte quant ie corps est morl ;
Mais Tame d'omme desseurée
Du corps ne sera jå finée
Combien qu'ait encommancement;
Et quant vendra au jugement,
Nostre Seigneur qui la créa
Dedens son corps la remetra ,
Qui fist homme pour ly servir
Et pour> sa gloire desservir
Par euvres bonnes et honnestes.
Il ne fist pas les mues bestes
Pour tel félicité avoir.
s. DEN IS, le tiers philosophe.
Biau sire, vous devez savoir
Qu'il ne souffist pas entré elers
Dire : mez diz sont vrays et elers ;
Aincois il les convient prouvcr
LA CONVERSION DE S. DENIS. 4^
Par vive raison pour trouver
Saine et vraye conclusion.
Pour ce la résurreccion
Que vous prcschiez sy haultement ,
Prouvez par raison ; autrcment
Jamais ne la pourrions croire.
S. POL.
Maistre Denis , le roy de gloire
Qui créa toute créature
Et ordena toute iiature,
De quant que fist , fait et fera,
A son plaisir ordenera
Par-sus entendement humain ;
Car il est seur tout souverain.
Ce doncques qu'il a de néant fait
Puet refeire quant est défait.
Sy est folie ä bomme en terre
Des secrez de Dieu trop enquerre
Et ä la loy Dieu fait injure
Qui la veult soubzmetre ä nature.
Ne mérite aussy n'y aroit
Qui par sen humain la saroit.
Simplement sy fault assentir,
Car celuy qui ne puet mcntir
La nous a bailliée et monstrée
Et par plusieurs vertus prouvée
Ou iliailloit nature taire.
Doncques ä tout sen qui veult faire
Quant il le puet et il le dit
Doit-on croire sans contredit.
46 LA CONVKRSION DE S. DfiMS.
Car il est puissance et vérité,
Et sy est justice et bonté
Qu'il nul bien ne lesse périr
Ne nul mal aussy sans punir.
Por ce honnoure-il ceulz qui le servent
Et punist ceulz qui le déservent.
Or voit-on souvent que les bons
Sont des mauvaizet des félons,
Grevez, troublez et tourmentez.
Les mauvaiz font leur volentcz
Et en ce monde cy florissent
Et les bonnes gens y languissent.
Les maulz n'y sont pas tous punis,
Les biens n'y sont pas tous méris ,
Or fault-il de nécessité
Qu'ilz le soient par équité;
Gar Dieu sy feroit injustice
S'il ne £aisoit partout justice.
Injustice faire ne puet :
Pour ce raison contraint et muet
A mettre autre vie et espace
Ou Dieu a tous justice &ce
Et quant å Tame et quant au corps.
La résurreccion des mors
Convient doncques croire par droit,
Ou åme et corps comme orendroit
Sans plus mourir rassembleront
Et ensemble jugiez seront.
Les bons yront en beneurté
Et les mauvaiz en maleurté.
hk GONYERSION DE $. DENIS. 4?
En paine horrible et en misere.
8. DENIS.
Moult est plaine de grant mistére,
Sire Pol , vostre loy nouvele.
8. POL.
Maistre Denis, la loy est tele
Que sans elle n'a nul remédc ;
Mais avant que oultre procéde
Qui son t ces auteis que je voy?
En moDslraiit da doy.
S. DENIS.
Sire, il sont aulz Diex de la loy
Que nos ancestres concivoient.
En cest autel cy aouroient
En monstrant les auteis.
Joves , Mercure et Priapus
Et en cestuy Mars et Venus
Et Hercules en cestuy-^k.
S. POL.
Et qui edt ore cest auteMä
Qui est ainssy Ik reculé
Que vous avez intitulé
L'autél de Dieu non pas congneu ?
S. DENIS.
Il est d'un Dieu qu'on n'a point veu.
S. POL.
L'avez-vous ou songy ou leu ?
4b i^A omv££i»iaK u: h. iioo^.
6. UESIS.
Sii*e. ovta cammeot je Tar soeu.
^^uaut fu tsD Egipte å I^ssoole^
En b cité Eliopole,
Le bcrfdil exnriroD midr
ÉdipfiSi a .J. veodredj.
^^uatorzieme estcMt lors la lune :
St oe p(n oit par voje Dtille
Öster du cK>ldl b lumiére.
L^édipse fut toute plénlére :
Earirou .iii. heuresdura :
Nature se desnaUira.
Sy conclusysiDes par aoort
Que le Dieu de nature , å tort ,
Souffroit mortele passion.
Sy en eurent compassion
Ijf» ellemens trestous ensemble.
S. POL.
Maistre Denis, que tous en semble?
Est-ce bomme, ou espérit, on quoy?
S. DENIS.
Sire Pol , jc tien ferme et croy
Qu'il est et vrais bons et vrais Diex ;
Mais sa demeure est sus les cielx.
Il n'a mestier de biens mondains
Ne de sacreBces bumains ;
Ne requiert que dévocions
Et bumbles supplicacions.
Le monde renouvelera,
Partout en tout temps régnera ;
LA CO.WLRblOM Dli S. DE.NIS. 49
Mais (le sa sagece el puissanca
N'a pas fait encor démonstrance ;
Or ne scay-je voir qui Tenpesche.
S. POL.
Maistre , c'est le Dieu que je presche,
Le gréateur de toutjle mondc
Qui de une Vierge pure et monde,
Comme soléil parmy ^oirriére
Passé et adés demeure entiére ,
Nasquit sans peine en Béthléem,
Puis mourut lez Jhérusalem.
S'åme descendit en enfer
Pour les siens d'illecques öster,
Et au tiers jour son corps reprint
Et de raort k vie revint.
A ses desciples se mönstra ,
Pories closes k eulz entra,
Puis sy monta voians leurs yeulz
Sur toute créature és cieuis,
Et leur dist que ainssy revenroit
Quant le monde jugier venrroit.
Puis le- Saint-Esperit leur tramist
En langues de fea qui les fist
Preus et hardis et forset sages,
Et bien parlans en tous langages.
Ceste loy preschonset disons,
Et ceulz qui croient baptisons ;
Car par nuUe voye autrement
Ne puentnul avöir sauvement.
Par Socrates et par Platon ,
I. ^
5o L\ CON VERSION DE S. DBNIS.
Par Sébiile, Ovic(e et Varron,
Par philosophes, par prophétes
Et par pluseurs de vos poétes
Trouverez ces choses escriptes.
S. DENIS.
Sire Pol , gardez que vous dites.
Par voz dis nature divine
Ne commence ne ne termine :
Diex est inpassible , inmortel.
Pour quoy et comment fut or tel
Qu'ilnasquit, souflrit, tei*mina,
Qui commencement né fin n'a?
Je ne le puis veoir bonnement.
s. VOh,
Maistre, quant au commencement
Le créateur créa les anges
Aus queiz donna volentez franches
En leor eslre espirituel
Sans avoir corps pesant, charnel,
Ne anemy ne enconbrier
Qui les enclinast h pechief ,
Pour ce, quant contre Dieu péchérent ,
A tousjours mais ilz trébuchércnt ;
Mais afin que tout fast parfait
Le nombre que Diex avoit falt,
Nostre Seigneur fist homme et fa me
Qui franche vdeti té ä Fåme
Donna afin qu'il peust eslire
Le bonchemin, lessier le pire.
Sy avint qu'ilz furent temptez :
hk GONVLHSION DE S. DENfS. 5 1
Lors de leur propres volerlt^z
Le commandement Dieu enfraindrent
Et grace et bien en eulz estaindrent,
Et par eulz toute leur llgnée
Fut å mört d'6Tifer obligéc ,
Nod pas itréparablement;
Mais homme de soy nullement
Satefier sy n^eti povoit
Et nul autre ne le devoit.
DoDcques failloil:-il qui y eust
Et qui le péust et qui le deust;
Et pMf ce Dieu par sa pitié
Nous mODStm si grant amistié
Qu'il voulut homme devenir
Et nos miséres soustenir ,
Pour satefier par droiture
De la susdicte forfaiture,
Par droiture voire voluntaire ,
Car autrement Teust peu bion faire^
Mais maniére plus convenable ^
Plus chéritaUe et resonnable
Ne saroit nalz ymaginer.
S. DENIS.
Il me &ult par force endiner
A sy exelleiite raison.
Je voiz ^i. loQr en ma maison :
Sy pensseray å oes artides;
Priez Dieu q'uD de ses deséipks
Il me fatce par sa bonté
Se vous m'aves( dit et conté
4
52 LA G05TEBSI05 DE S. DEMS.
La Térité pure sans fidace.
Lori Toue aa logot n En^e et le feeond plulosophe areeqncs luy.
S. POL.
Maistrc Denis, Dieu par sa gräoe
Vous doint choisir le droit sentier
Et bon propos sain et entier,
Sy vrayement comme le voir
Je Yous ay dit sans decevoir.
l'avbugle.
Au povre homme qui ne voit goute
Faictes bien, pour Dieu, car sans doobtc
Il est trop povres qui ne voit.
Las! se .c. soubz on ly devoit
Sy ly porroit-en baillier blans
En lieu de moutons ou de frans.
Pour Dieu, donnez-moy cuisse ou elle.
Vecy bien dure kiriele :
Je croy que les bonnes gens dorroent
Ou que les oreilles leur cornent ,
Car de moi ne tiennent-il contel
Trut! trut I povre bomme n'a que lionle,
Male meschance et maise chiére :
Cest sa droite rente fonssiére ;
Toutes heures la liéve ek prent^
Nuit et jor nul ne Ten reprent
Ne nulz, sMl devoit enragier,
Ne la puet vendre n^engagier,
Tant a povre boms de prévilége I
Helas! bonne3 gens, que feray-je?
L\ CONVfcRSION DE S. DENIS. 53
■«■■
DoDDCz-moy pour Dieu quelque cbose
— Parlez bas^ madame repose,
— Au moins me tendez vostre matn.
— Oil , oil , c'est å demain :^
Il sera jeilme samedy .
S. POL.
Bon bomnie , veulz-tu cen médy
Avoir veue fresche et nou velie.
lVveugle.
Halas! vou&la me bail|iez bellb,
Sire; il &it mal cfui me ramposne.
Donez-moy pounDieu .i. aumosne; .
Car certes il ne pourroit estre
Que jamais veiteeJiuis ne fenestre
Ne par art nul, ne par nature.
S. POL.
Bons boms, tu as dit vérité pure;
Mais ä Dieu est tout ce possible-
Qui ä nature est impossible.
Aiez en Jbésucrist fiance.
Et en sa loy vFaye créancer
Jbésucrist qui Diex est et bomme^
Qui de mére vierge qu'on nomme
Marie nasquit sans douleur,
Et qui jeta de tbénébreur
Celuy qui fut aveugle né ^
Et qui en la crois (u pené ,
Resuscita, monta és cieuls,
Te vueille enluminer les yeulz!
In nomine Patrts^ et Filii , et Spiritus snncti
54 L^ CONVERSION DE S. DBNIS.
l'aveugle.
Amen! sire, Di«x le vous rende!
De moy-mesmes vous foiz oflrende
Prest et appareillié de croire
En Jbésucrist le roy de gloire
Par qui je voy aler ma voye,
Qui me donne veoir ä grand joye
A mes yeulz le ciel et la terre.
s. POt.
Or, me va maistre Denis querre
Et ly dy qui ne tärde mie
Accroire en Dieu le filz Marie
Et qu'å moy veigne sans demeure.
L^AVEUGLfi.
Sirc , j'y vols trestout en l'eure.
Sy voise å S. Denis et die :
Maistre, monsetgneur Pol vous mande.
S. DM^IS.
Es-tu celuy , je te demande ,
Qui oncques noais n'avoit veu goute?
L^AVEUGLE.
Mon chier seigneur, oil sans doubte.
S, UENIS.
Dy-moy, et comment as-tu veu?
l'aveuglb.
Monseigneur et maistre, il a pleu
A sire Pol son Dieu ourer,
Et en Teure, sans demourer,
Jc receu veue belle cl cléi^e.
LA COISVERSION DE S. DBNIS. 55
S. DENI6. ,
o le vray Dieux! quel mistére!
Tel chose oncques mais ne fut veue
Qu'oDs né aveugle réust sa yeue.
Il est Dieu, pour voir, qui ce £iit,
Qui les def&iz ainssy refl^t.
En parlant å sa.fenune..
Rcsgardes, ma suer Damaris,
Commant cest aveugle est gari$;
Est-ce biau miracle et apert?
DAMARis , fame S. Denb.
Monseigneur, clérement apert
Que cil a puissancc dhrine
Qui les areigles enlumine.
Oncques mez ne vy tel merveille :
Alons ä luy, je le conseille,
Et y menons nostre mesgniée
Pour estre en la foy enseignée
Et baptisiez avecques nous.
.II. ENFAIHS.
Volentiers yrons avec vous.
Lors Yoisent ä S. Pol S. Denis et sa fåme et sa famdille et k seoond
phUofloplie et Taveugle ; et tons ensemble dieat :
TOUS ENSEMRLE.
Sire, JDiex vous doint bonne vie!
S. POL.
Bien veigne ceste conpaignie !
Me voulez-vous riens commander?
S. DENIS.
11 vous a pleu å nous mander
/
56 LA CONVKnSIOX DE S, ORMS.
Et véez-nous cy tous prés , chier sirc ,
De &ire quanque vourrez dire
Sans vous jå contredire en riens.
€y voisent ä genous.
S. POL.
Loé soit Diex de tous cez biens!
Mez amis , croiez fermement
Qu'il n'est q'un Dieu tant seulement ,
Triple personne en unité,
Une substance en trinité ,
Pére et Fiiz et Saint-Espérts,
Qui doit estre amez et chéris
Sur tout teinps et en tout lieu ;
Non pas .iii. Diex, mais .i. seul Dieu
Sans comniancement et sans fin,
Qui homme ama tant de cuer fin
Qu'å s'yniage propre le fist ;
Mez pour ce que homme se forfist
Et que mortelemen t ofTendit,
Le filz Dieu vray Dieu descendit
Qui print nostre nature humaine
En Marie de gräce plaine
Qui fut et vierge et fille et mére,
Et il fut son filz et son pére.
Le créateur fut créature :
Ce fut euvre par sus nature;
Ainssy le voulut peut et sceul.
Depuis, le baptesme receut,
Non pas pour ces péchicz moiiclcr ,
Mais pour le saci ement fonder
Lå CONVERSION DE S. DE!fIS. 5j
Du baptesme de sainte Églisc.
Apostres quist å sa devise
Les quielz ä sa grace apella
Et ses secrez leur révéla.
Les mors de mört resuscitoit
Et touz målades garissoit,
Et moult de grans merveilles fist
Que pur homme jamais ne feist ;
Puis fust en crois mört et fénis ,
Et Tous mönstra maistre Denis ,
Par sa grace , la grant durté
Qu'ä tort souRroit, en Tobscurté
Que l'air et la terre soustindrent,
Et és miracles qui avindrei^ t ^
Son åme en enfer dévala
Qui les siens délivrer ala.
Le corps en sépulcre se tint ;
Mais au tiers jour lä y revint
Et resuscita noblemen t
Vray Dicu, vray homme, vrayomeul;
Puis monta és cieulz å grant joye
En disant que par aulel voye
Vendroit bons et mauvais juger
Et rendre ä chascun son loyer.
Le croiez-YOUS corde mondo ?
Dites cliascun : Credo.
TOUS.
Credo.
S. POL.
Que rcquérez, dictes ? baptésme ?
58 LA CONVEnSION DE S. DENIS.
TOUZ ENSEMBLE.
Baptesme et unction de cresme.
S. POL.
Le Youlez-Yous sine dolo ?
Responnez-moy volo.
TOUZ.
Volo.
S. POL.
Doncques : Ego vos baptiso
In nomine Patris et Filii et Spiritus sancti
TOUS.
AmenX
$. POL.
Denis, vous estes crestien
Et sage théologien ,
Prcmierain en pbilosophie,
Souverain en toutc ciergie.
La grace Dieu avez en main :
Ne prenez pas sa grace en vain.
Preschiez la foy et amitiez
Et le pueple convertissiez.
Je vous en donne auctorité ,
Évesque de ceste cité,
Et en Gréce dés maintenant
Vous ordeirie mon lieutenant.
En ly baillant.
Tenez anel et croce et mllre;
Faictes euvre de bon menistre :
Tout lo pais vous baille en garde.
hk CONVBRSION DE S. DENIS. 5cf
Lors die ä Damaris.
Et Yous, belle suer et amie ,
En estat de samctimonie
Vivez desormés chastement.
DAMARIS.
Dieu le m'octroit sy vraycment
Comme du cuer je le désire!
Cy se met oömme bégaine.
S. DENU.
S'il vous plaisoit , chier maistre et sire ,
Que avecques vous je in'en alassc
Et ma Yie avec vous finasse ,
Moult Teusse chier et agrcable.
S. POL.
Mieulx sera et plus proQtable ,
Biau frére, que vous demoui ez
Et diligaument labourez
A convertir les non crcans;
Car vous y cstes bien seans.
En pluseurs contrées yrez ,
Et plusieurs gens convertirez
Et retrairez d'ydolatrie ,
Par example de bonne vie
Et par doctrine bonne et saine.
Moult arez d'ennuy et de paine ,
Mais Jhésucrist vous aidera
Qui touz jours vous confortera.
Je vous commande ä Dieu trestous.
TOUS.
Biau pére, et a Dieu soyez-vous!
6o L\ COXVEr.STON DE S. DENIS.
s. D^Nis, äsafame.
AJez-en k Dieu , belle suer :
Åmez Dieu de tout vostre cuer ,
Gouvernez bien vostre (amille ;
Preschier me convient Teuvangiie
Et la loy du doulz Jhésucrist.
Celuy qui vous forma et fist
Vous doint å tous grace et honneur !
SA FABIE , L^AYEUGLE, LES ENFANS.
jimen! et ä vou8, monseigneur.
Lores^en voisent;
S. DENIS.
Graces te rend , Diex^ humblemenl
Qui m'as par gråcé purement
A ta sainte loy appelé
Et tes grans secrés révélé.
Dieu , donne-moy ce bénéfice
Que dignement face m'office.
Maintenant k ton honneur, sire,
Dieter vueil .i. livré et escriprc ,
Nommé de triple ihérarchie ,
Et autres de théologie ,
Pour lon saint nom gloreder,
Et mon prochain édifier.
Lors se siée et fait sanblant de escripre.
Qui 8c ieu vourra continuer sans faire le martire des Apostics, tourne
.v. fueilles et voise å la dause oA S. Ricule parte å S. Denis qui se
commence :
CmER SIRB, JHÉSUCRIST, VOUS, CtC.
Qui tout voudra faire par ordre sy continue comme cy-aprés est
escript :
CY ENSUTT COMM£NT
S. PÉRE ET S. POL
ALERENT A ROMMB
ET COMMENT ILZ FURENT MARTIREZ.
s. l^ÉRE, ans Ilommains.
Seigneurs Rommains, qui de noblesce.
De sen , d'onneur et de prouesce
Estes nommez puissaument
En tous pais généraument ,
Bien déussiez celuy aourer
Et concivoir et honnourer
Plus que nuUe autre nascion ,
Qui sur tous dominacion
Vous a donoée et grant puissance^
Et tenir du tout sa créance.
Cest Dieu du oiel dont bien vient,
Qui tout goutverne et tout soustient^
02 LE MARTYRE
Qui de néent le monde créa,
Qui homme ä s^ymage fourma
Le quel ä Dieu désobéit,
Par quoy en misére chéit
Ly et ses hoirs , et quant morroient
Trostuit en enfer descendoirat ;
Mais Dieu en out pitié , sy print
Corps humain et la mört soustint
Pour les siéns hoirs d'enfer jecter ,
Resuscita et voult monter
En paradis, vray Dieu, vray home.
MARCEL, bourgoys:
Bons horns, plus a de bien a Romme
Que tout le remenant du monde;
Tout sen, tout bien ä Romme habondc
Sy iaictes que trop fol, vilains,
D'ensengnier les sages Rommains.
Les Rommains ne sont pas sv nices
Que les diex qui leur sont propices
Ilz ne sachent bien aourer.
S. PIERRE.
Frére, les Rommains labourer
Scevent trop bien en vanité.
Leur bien est plain d^iniquité
Et leur sen est plain de folie.
Qui est plus grant forssennerie
Que d'aouTer ces ymagetes
Que Toas faites ou faire feltes
Qui ne parlent ne ne cheminent?.
DE S. PIBRRE ET DE S. PAUL. 63
LE SEGOND BOURGOYS.
ISauf vostre grace, ain^ois devinent
Tout quen qu'en iait, comixient qoe soit.^
S. PIERRE.
Cest l^anemy qui vous de^oit
Qui en vos ydoles se boute
Pour estaindre en vos cuers trestoute
La lumiére de vraye foy
Et sain entendemen t , par quoy
II vous hit sans cesser péchier
Et vostre créateur leissier,
Et ymages de créatures
Plaines de pécfaiez et d^ordure
Aourer comme fu Venus,
Joves, Mercure et Priapus,
Et en plusieurs ydolatryes
Par diverses mélencolies
Fait chéoir le monde auques ä bout
Pour le mectre ä dampnement lout.
Pour pe Jhéaus qui est lumiére
Du monde, aporta la maniére
De pourchacier son sauvement ,
Laquelle y mönstra dérement
Par sainte vie et par signades,
Par escriptiiré et par miracles ,
* En suscitant les trespassez
Et en férant vertus assez ;
Car il le povoitct savoit.
8. CLÉHEHT y escoUer.
Or, est tout nient; car s'il avoit
64 l^E MARTYRS
Celie puissance qu'avez dite
Il eust esté de la mört quite ;
Car, par quelle voye mourroit
Qui Dieu seroit, qui tout pourroit?
Voir, sMl mourut et trespassa ,
La mört sa déité quassa ,
Et son povoir ly fu tollu.
S. PIERRE.
Mon bel amy , s'il eust voullu
Bieri se feust garde de mourir ;
Mais a nostre mört secourir
Nostre sire usa par sagesce
De merveillieuse soutillesce
Gon tre la cruele malice
De Tanemy plain d^injustice ;
Gar il voult homme devenir
Et nos miséres soustenir ,
A celle fin que 1'anemis
Qui homme avoit souz le pié mis
Sy fust par homme sourmonté ,
Et sa mauvestié par bonté,
Et mört par mört ä mört livrée ;
Et se Påme fu desseurée
Du corps selonc Tumanité,
Nient mains avoit la déité ;
Tout povoit inmutablement
Qui les rassembla dignement
Et resuscita home et Dieux ,
Puis monta puissaument au cieux.
Lä, en åmc et en corps yront
DB S, PIBRRB ET DE S. PAUL. 65
Ceulz qui de cuer le serviront
En joye, en doulceur, en seurté,
En pardurable béneurté ;
Mais ceulz qui en ly ne croiront
Ou qui son vouloir ne feroiit
Yront en tourmcnt pardurable.
SYHON l'£NCHANTEUR.
Seigneurs Rommains , c'est bourde et fable
Quant que ce vilain va disant.
Croirez-vous q'un povre paisant
Qui fut pendu puisse estre Diex?
En vous devroit crever les yeulz.
Moy^ iBoy , par qui honneur avez,
Qui &!& Yertus , vous le savez,
Devez aourer et in'obéir.
S. PI9RRE.
SymOD , mais on te doit héir
Qui fals injure et vilénie
A celuy qui te donna vie ;
Mais tu es tout plain de péchié :
Sy n^ist de toy fors mauvestié.
Tes diz sont envenimemens ,
Tes £iis ne sont que enchantemens.
Ta vie actrait la maise mört.
MÄRGEL.
Seigneur, vecy .i. honune mört.
Resuscités-le, sy verrons
Lequel dit voir; sy croirons
Que celuy soit Diex en vérité
Par qui sera resuscité ;
66 LE MARTYEE
Se non tous .11. le conparrez.
SYMOlf.
Tout en Feure vif le venrez.
Lon die anemie nen ao mört en roreiHe et le inort renitie la tes^e
sans soy bougier.
LE 5EC01ID BOURGOYS.
Esgar, il remue la teste;
Pierres, vous mourez comme beste.
N0U8 vouliez-YOus déceYoir?
S. PIERRE.
Attendez , yous sarez de voir
Se le mört ara mört ou Yie.
SYM ON .
Sanglant Yilain y fol plain d'enYie,
Ne Tas- tu pas veu rcmuer ?
S. PIERRE. .
II ne fault plus contrarguer :
S^il vit, boive et menjusse et Yoise.
SYMON.
Pierres, tu quiers tousjours la noyse;
Tu t'en pourras bien repentir :
Chascun puet et veoir et sentir
Que homme mört ne se puet bougier.
S'il ne puet boire ne mengier
Puis qu*il se muet qu'en ay-je k falre?
s. PIERRE, aubourgoys.
Seigneurs, faictes lay en sus traire;
Sy verra-on s'il yra point.
S. CLÉMENT.
Or vient bien cet débat å point.
DE S. PIBRRB ET DE S. PAUL. 67
■ ' ' ■ ■ ■ - ■ ■
Maistre Symon, traieab-vous arriére :
N0U8 coQcluoDS par tel maniére
Que s^ilne va, Pierres, sachiez
II convient qu^aler le £aiciez
Ou autrement vous y mourez.
S. PISKRE.
Et se aler puet que me donrez?
Vous ne me prometés que paine. ^
8. GLÉMSNT.
Vostre créance toute plaine
Tout pleinement, sire, croirons
Et maistre Symon punirons
Ainssy qu'il veult qu'en tous punisse.
S. PIERRE.
Lemort boug-il janbe ne cuisse?
Regardez comment il se porte.
MÄRCEL y en le tastant.
Par Mahoounet, sa teste est morte ;
II n'ot, il ne muit n'il ne rit.
S. PIERRE.
Or pert-il bien que malvez espérit
Vous a &it une illusion.
Ainssy meine ä confiision ,
Ainssy detient, ainssy enlace
Ceulz ä qui Dieu soutrait sa grace
Par leur péchié et desmérites.
LE SECOMD BOURGOYS.
S'il est ainssy comme vous dites
Faictes tost revivre ce mört.
5.
ti8 L.E MARTYRS
s. Pi£RRE, å genous.
Doulz Dieu qui de l'ainére mört
D'enfer geslåtes homme et feme ;
Vueilliez remeltre en ce corps Tame,
A la gloire de vostre dom
Et k la loenge et renpm
De vostre espouse sainfe Église.
LE MORT TiERS BOURGOis, en soy levant.
Dieu qui m'avez 1-äme remise
Au corps par vostre grant pulssance^
Vostre lov et vostre créance
Doit tout homme croire et tenir
S'il ne veult ses jours mal fenir;
D'ore en avant vueil en vous croire.
MARCEL.
Vecy beau miracle et notoire :
Regardez, le mört parle et vit.
Qui oncques mais tel chose vit?
Maistre Symons, maistre Symons ,
Plus n'irez en terres n'en lymons.
Avant, avant, suz ly , Rommains!
Cy mettent la main ä ly.
S. PIERRE.
Pour Dieu, seigneurs, ostezvos mains:
On ne doit pas mal pour mal rendre.
MÄRGEL.
Il vous eust volentiers fait pendre
Sire, sire, lessiez-nous faire.
DB S. PIERRE BT DE S. PAUL. 69
S. PIERRE.
Diex le sära bien å chief traire.
Lessiez-le; pacience est bonne,
Pacience victoire donne ,
Pacience donne tous biens.
SYMON.
En despit de toy et des tiens ,
A ton grant ineschief, frére Pierre ,
Je ne demouray plus en terre :
Maintenant monteray és cieulz ;
Sy verrez se je seray Dieulz.
Lors monte un pou hault et appelle les Diablas en dkant
Béthagon, Bérith , Astaroth,
Baal , Baalum , Béhémoth ,
Béelézebub, Léviathan,
Béeléphégor, Moloch , Sathan !
LE PREMIER DYABLE.
Os-tu , dy , maistre Symon braire ?
LE SECOND DYABLE.
Je l^os bien ly re le grammaire :
Alons ä ly; il nous appelle.
LE PREMIER.
Romp-ly la teste ä une pellc
Tant Gomme il est en mais cstat.
LE SECOND.
Mais lessons-le vivre en restat
Pour nuire plus au crestiens.
LE PREMIER.
Et s'il yst hors de nos liens
^O LB MARTYRE
Nous serons trompés lourdement.
LE SEGOND.
N'en doubte , il mourra maisement;
Car il est maudit du Saint Pére.
LE PREMIER.
Cest bien fait; alons-en, compére.
Gy Toisent å Symon et dient *.
Que voulas-YOus, maistre S3rinons?
SYMOK.
Sans limonnier et sans lymons,
Pour crestiens faire afoler
Haut en 1'air me fiiites Yoler.
Or y perra que vous ferez.
LES DIABLBS.
Montez sus nous, sy volerez.
Lon moDte suz eulz et ib le portent bellement sur leum espaules.
LB SBCOND BOURGOYS.
Ha hayl regardez quel merveille!
Oncques mais ne vit sa pareille
Homme yiyant, ne Jhésucrist
Oncques tel merveille ne fist.
Vez-vous comme il vole par Pair !
MÄRGEL.
De tel fait n'oy-je oncques parler !
S. PIERRE.
Pol, mon cher firére, regardez.
S. POL.
Sire, pour Dieu, plus ne tardcz^
Mettez le pueple hors d'erreur.
DE S. PIERRE ET DE S. PAUL. 'J i
s. PIERRE , å genous.
Doulz Jhésucrist qui en l'orreur
Et en la thénébrcur dfénfer
Féistes trébuchier Lucifer
Pour son orgueil et s^ourcuidancc ,
Cestuy qui tant a d^arrpgance
VueiUiez que vistz trébuche et chie
En recognoissant sa folie.
Lon se lidve el die en seignant les anemis :
Ennemis , trop fetictes d'escande ,
Lessiez-le chéoir , Dieu le commande
Par moy qui suis son apostole.
Lois le leaent efaeoir en disant -.
Or va, Symon, va, vole, vole !
SYMON.
Ahay, Jhésucrist! trop es fort;
Gontre toy ne vault nul efibrt.
Tu in'as trop lourdement coyssy :
Je suis tout ronps et tout froyssy.
Je ne puls aler ne courir,
De male mört me &ult mourir ,
Ou feu d^enfer m'en fault aler.
Gy CBkcelemort.
LE PRBMliSR DIABLB.
Ha ha! Symon, or du baler,
Maistre Symon , sire Symon ,
Yostre corps qui est de limon
Vouloit voler lassus au ciel !
73 LE MARTYRE
Il desplaisoit k dan Michiel.
Sy estes trebuchié k honte ;
Car bas doit chéoir qui trop hault monte.
Ou puis d'enfer vous porteron.
LE SECOND.
Ta, ta! Symon , Tamy Néron,
Ton orgueil , ton enchanterie ,
Ta mauvestié y ta simonie,
Te seront bien tost chier vendus !
Passé ! tu es nostre rendus.
Gy Temportent bon du champ en uslant.
S. CLÉMENT.
Chier sires, or véons-nous bien
Que nostre loy sy ne vault rien.
Sy la voulons du tout lessier .
S. PIERRE.
Il vous fault doncques baptisier.
S. CLÉMENT.
Et que vault tel baptisement ?
S. PIERRE.
' Beau frére , par Parousement
Qu'en feit d'yaue par dehors
En la getant desus le corps ,
De tout péchié soit véniel ,
Ou mortel, ou originel ,
Dieu par dedens Påme netoye
Et grace ly donne et octroie,
En tant que se Tomnie mouroit
En tel estat s'åme en iroit
DE S. PIERRE ET DE S. PAUL. 'jZ
Sans painc et sans (aire séjour,
Plus clére et plus belle que jour,
En la joye de Paradis.
S. CLÉMENT ET LBS AUTRES.
Ne soyez, sire, plus tardis;
En Dieu croions, baptisiez-nous.
S. PIERRE.
Or alez trestous ii genous.
Cy voisent å genous.
Lors les baptise ai disant :
En la fourroe de sainte Église,
Mes bons amis j je vous baptise ,
In nomine Patris, et Filii^ et Spiritus sfincti.
Amen.
s. PIERRE , k S. element
element, nostre chier filz en Dieu ,
Vous tendrez apres moy mon lieu.
Dés maintenant vous y ordene,
Et pour Dieu , chier filz, metez paine ,
De faire ä Dieu plaisant servise.
Preschiez la loy de sainte Église,
Les non croians convertissiéz
Et les non sages enseigniez ,
Aux saintes gens honneur portez
Et les imparfais supportcz ;
Soiez de tout bien examplaire.
S. CLÉMENT.
Saint Pére, je suis prest de faire
74 ^^ MARTYRE
La Dieu volenté et la vostre.
s. PIERRE , en ly metant la main sus la teste.
Et du poYoir Dieu et du nostre
Vous donnoDs papal dignité
Et nostre plaine auctorité.
Le Saint Espérit sy vous parface
En tout bien et en toute grace.
In nomine Patris, et Filii et Spiritus sancti.
Amen>
Lors se siéent å terre S. Pierre et S. Pol. Titus et Lucas et
S. Glément et les bourgois voisent en leur logeis.
L^EHPERIÉRE NÉRON.
Princes, barons, ducs, chevaliers,
Il est venu .11. gondaliers
En la noble cité de Romme
Qui ne prisent pas une pomme
Nos sacrefices ne nos dieux,
Et sy ont £iit voler les yeux
A nostre amy , maistre Symon.
Par eulz est ä confusion
Et la divine poesté
Et nostre royal majesté;
Ilz devisent péres et méres ,
Filz et fiUes et suers et fréres ,
Seigneurs , varlés , pucelles , dames ,
Et les mariz d'avec leurs fames.
Il font entré eulz Dieu d'un bri&ult :
Nostre auctorité point n'y fault,
Ce vont-il preschant en leur prone.
DE S. PIERRE ET DE S. PAUL. 7 5
Foy que nous devons nostre thröne ,
Il nous en desplaist grandement.
PAULIN9 sénateur.
Sire emperiére, isnelement ^
Leur rendez selon leur mérites.
DOMICIEN.
Telz bougres, sire^ et teiz hérites,
Par mon conseil vous destruirez.
NÉROIf.
Prévost Agrippe, que direz?
Seroit-ce bien? que vous en semble ?
AGRIPPE.
Selon coustume et droit ensemble ,
Sire, gens de cuer desloyal
Qui ä la majesté ropl
Et ä la foy désobéissent ^
Qui le proufBtconunun honnissent,
Perdre doivent et corps et biens.
NÉRON.
Alez , tuez , jetez auls chiens ,
Délivrez-nous de tel merdaille.
PAULm BT AGRIPPE.
Nous le ferons, sire , sans £aille.
TITUS.
Chier seigneur et maistre S. Pére,
Sachiez que N&ron 1'emperiére
A prins consel de vous tuer :
Sire, vueilliez vous remuer
Et vous trestourner de sa voye.
Nous arions soulas et joye
76 LE MAKTYRB
Perduz, se perdus estiez.
S. LUC.
Las ! sire , se vouz mouriez
Que pourroit faire sainte Église?
S. PIERRE.
Fréres, ce n'esl pas nostre guise
De fuir pour mört ne pour paine'^
Car la turbacion mondaine
Donne le repos pardurable.
Sy seroit chose profitable
A vous et ä moy que mourusse ,
Et qu'avecques Jhésucrist fusse
Qui sans moy bien vous garderoit
Et plus grant povoir me donrroit
En 1'autre monde qu'en cestuy.
S. GLÉMENT.
Nous savons bien n'i a celuy
Sire j que paradis arez ;
Mais nous serons tous esgarez
Se sy tost ainssy nous lessiez.
Sire j pour Dieu, obéissiez
Un pou ä nostre infirmité.
Gest fuite est de charité ,
Non pas de doubte de la mqrt.
S. PIERRE.
Je voy bien ce seroit trop fort
Que de légier fust dépecie
Corde de trois cordons bastie :
Je suis seul et vous estes trois.
DE S. PIERRE ET DE S. PAUL.
77
PuisquMI vous plaist donc je m'en vois.
Lon 8'en voise et Jhésus ly veigne å l'encoiitre.
Pierres, bien soies-tii venu!
s. PIERRE ägenoulz.
Sire JhésDS , et oii vas-tu?
JHÉSUS.
Pierres, Pierres, ä Rommc vois
Pour mourir de rechief en crois.
Lore s'en retourne Jhésus sans plus dire.
s. PIERRE ägenoulz.
Je in'en revois ; pardon , chier sire ,
J'aper;ois bien que voulez dire.
Lors 8'eD revoist å ses conpaignons et die :
Chiers firéres , quant je m'en aloie
Jhésucrist trouvé en ma voye
A qui demandé ou aloit ;
II me dit qu'ä Romme venoit
Pour estre encore en crois pendu.
A ces mos ay bien entendu
Qu'il vouloit que je retournasse
Et que ma vie en crois finasse :
Sy ne l'osay oncques desdire.
TITUS, LUCAS, CLÉMENS.
Sa volonté soit faicte , sire !
Lors se siéent å terre.
AGRIPPE.
Masquebignet , Hapelopin
•yS LE MARTYRE
Humebrouet, Menjumatin,
Maubué , Gastenin , RifHars ,
Alez nous querre ces viellars ,
Qu'on appelle Pierres et Pol.
MASQUEBIGNET.
Sire , on me pende parmy le col
A corde de chanvre ou de lin,
Se toutaussi comme .i. helin
Ne les vous amaine en présence !
PAULIN.
S'il se metent ä la deffence
Faites que la force soit vostre.
LES SERGENS.
Penssez des corps, la robe est nostre.
Lon les voisent querre, et en les regardant de loing le
premier die :
MASQUEBIGNET.
Esgar! Mahon les puist confondre !
Or resgardez, ilz veulent pondre :
Véez comme ilz sent ä croupetons.
RAPELOPIN.
Ge sont, ce croy, sages Bretons
Qui font illec leur caquehan.
HUMEBROUET.
Foy que doy mon Dieu Tervagan y
Je croy qu'ils euvrent de maiz art.
MENJUMATIN, å S. Pierre.
Or suz , or sus, sanglant vieillart
Qui tenez illec vostre escole !
Mez regardez quel apostole!
DE 8. PTEBBB ET DB S. PAUL. 79
II est tondu comme a. foI.
MAOBUÉ.
Levez sus aussi, maistre Pol,
Qui estes sy enlengagié.
Vous estes fol ou enragié,
Foy que je doy Mars et Venus.
S. POL.
Seigneurs, vous soyez bien venus :
Jhésucrist vous gart de mal faire!
GASTBNIN.
Le dyable ait part en cest aflaire :
Cetuy-cy veult jä sermonner.
S. PIBBBE.
Seigneurs , Jhésucrist pardonner
Vous vucille trestous voz mef&is!
BIFFLABS.
Hen! Pierre, je soye defEatis
Se vous n^avez .i. tien sans mouHle.
En ie frapant
Mais regardez de cest escouffle
Comme il nous veult prendre ä ses griz.
MASQUEBIGNBT , en le férant.
Il convient quMl soit amesgriz :
Il a trop grace la ventraillc.
LES AUTBES, en férant.
Passez avant, passez , merdaille.
Lon les mainnent å Néron.
MASQUEBIGNBT.
Vive Temperiére Nérons ,
80 LE MARTYBB
Les sénateurs et les barons!
Vécy les .11. grans ruiBens,
Capitaines des chrestiens.
Faites leur véoir dedans la pance
Quel foy, quel loy, queile créance
Ilz maintiennent , et quel estat!
NERON.
Tu es Pierre ly apostat
Qui fortrais ceulz que nous amon ,
Qui nos tre amy , maistre Symon ^
As fait mourir de maise mört,
Et qui nous &is d'un home mört,
D'un pendu en crois .1. Dieu sains.
Sans Tauctorité des Rommains
Tu sépares les mariages,
Tu iais merveilles, tu fais råges ^
Tu es tout plain de maléficeft*
Sy fault faire de toy justice ;
Raison, les drois, les loys le veulent.
S. PIERRE.
Raison ^ ne drois ne loys ne veulent
Que ceulz qui tehir vérité seulent ,
En cuer , en bouche , en meurs , en vie,
Aient ne mal ne vilénie ;
Mais ceulz qui aiment fausseté
Doivent avoir meschanceté ,
Comme Symon , vostre enchanteur,
Faulz , renoié et fol vanteur ,
Qui Dieu tout puissans se fesoit ,
Qui és cieulx voloit, ce disoit ,
DE S. PIBRRE ET DE S. PAUL. 8 1
Mais non feM>it ; pour voir estoient
Dyables d^enfer qui le portoient
Qui malgré eulz cbeoir le lessérent
Tout vif) et les os Ij froissérent
Quant il pleust k Dieu qui tout puet,
Qui tout gouverne , qui tout muet ,
Qui n'eut oncques commencemerit
Ne ja u'ara définement.
Bien est voir qu'en temps et en lieu
Par sa grant doulceur , le vray Dteu
Pour sauver home.devint homme,
Et en la crois laide et honteuse
SouHrit mört dure et engoisseuse
Toute vois bonne et profitable.
NÉRON.
Tés-toy, yilain, ce n'est que fablé.
Et toy, Pol , que vas-tu lisant?
S. POL.
Sirc , je vois tout ce disant
Que saint Pére a cy récité ,
Et sy dy que Tauctorité
Des Rommains n'est point néoessaire
Pour auctoriser ne pour faire
Appreuvement que Jhésucrist
Soit Dieu , car il est et tout fist ;
Vueilliez ou non , et nous et vous
Le devons servir a genous,
Sur tout amer et obéir,
Et pour ly en fuiant héir
Parens et amis quelz quUlz^oient
I. 6
3^ LE MARTYBB
Qui de ly servir nous retraient.
II nous a et fait et re&tt
Et pour no$tre fait fut deffait;
Il mourut home et remaint Diex.
Or régne et home et Dieu és cielx
Qui tous nous resuscitera
Et tout au siens se donnera
En joyeuse fr uctition ,
Quaut metra a destruction
Tput le monde par feu ardant.
NÉRON.
Pol 9 bien nous vas enquocardant.
Ton Dieu fera-il les mors revivre?
Pol , tu es fol ou tu es yvre.
Par nos Diex , Pol, tu y mourras.
Sy verrons lors se tu pourras
Revivre et ester ^us tes piez.
S. POL.
Tu nous verras joyeulz et liez
Apres la mört , tirant Néron ,
Tous .It. en vie^ et parieron
Tout platement ä ton visage.
NÉRON.
Ostez-moy ce fol; il enrage.
Gardez ^us l'ueil que plus ne vivQ :
Par senienoe diffinitive
Ardez-moi tous ces christicoles ,
Fors ces .II. grans maistres d^escole
Les queiz faites prendre et lier;
Et sy £uctes crucifier
• DE S. PIBRRE ET DE S. PAUL. 83
Ce pceoheurqui eattH. vilaini ! \.: )
A Pol, qui est notde Rotfimaiti
Me &icte8 lä téste coaper«
AGRIPPB.
Par ma teste, ain&qu'il sött souper
Sera &it, Sice, ce que dites.
Avant prenez ces .n. bermites;
RouUiez , ferez , (rapez , Uez ,
Ce bertondu enicifiez ,
Et å oe Pol coupez le ooL
Eq férant.
MA^SQWBIGNET, HAPELQPIN. ,
Passez^(ä;|Ki»sez, maistre Pol|
Veoez lire d^ nigromence.
HUMEBROUET , 611 férant.
Avance-togf » pescbéur , avafice.
Va pescber ^nmy c^U^ vigne^
ifEimjMi^':^iN, en If mcMBitnuit ime oorde.
Delivre-toy, vecy ta ligne.
s. POL I å 5.; Pi^rr^. , wi départir. . ,
Adieu, saint Pére, dcfula^ pasteur.
Des otiailles fiostre^igpeur, ,
De sainte Église fondementl
8. PIERRE, å S.Pd.
Adieu, frére Pol, vray docteur.
Noble et certain prédicateur
De la vbye de sauvement !
S. POL , passantpar deyant PaiitOle , die '
Suer, prestejmoy ton cuevrechief ,
6.
:t'
84 L£ MARTVRE
Poar bänder les y^ux de mon chief.
Ja assez tost le te cendray.
PAUTILLE, en ly bäillant.
Sire Pol , je le vous baadray ,
Et fu meillieur å bonne chiére.
MASQUEBIGNET.
Sanglanle passion te fiére , .
Meschante fame! Que fez-tu ?
Il n'a pas vaillant i. festu;
De quoy te reudrå-il ton drapel?
HAPELOPIN.
Elle a perdu, c^est sans rapel,
Nous devons avoir la drapaille (i).
HUnÉBROUET, MENJUMAtlX.
II est nostre , vatlle que vallie. '
MAUBUÉ.
Pol , or me dictes pié estant
Polir quoy vostre Dieu amez tant
Que vous souffres pour ly martire ?
S. POL.
Frére, il ti'est main qut peust escripre ,
Cuer d'onime ile pöurroit pensser ,
Oreille oiir, langue parler ,
(1) Ceei est une alliuion å ccrtakis privUéges dont jouissaient au
quinziéiiiesiécle les exécuteurs des hautes-ceuvres. Ainsi, non-seoie-
ment le dernier Tétement du condamné appartenait au bourreau de
Parb, mais il avait encore plusieursidroits sur les denréés étalées aux
hålles et aux marchés. De méme, la tete de tous les pourceaux quUl
trouvait vaguants dans les rues et qu'il conduisait a THötel-Dieu , lui
appartenait ; cet établissement s*emparait du reste du corps.
DE S. PIERRE ET DE S. PAUL. 85
1 .
Les grans aises ou ceulz seront
Qui Dieu de bon cucr ameront
Sur toutes choses sans fiimtise.
GASTÉNIN.
Par quel point, sire, et en quel guise
Y poucrions-nous advenir ?
S. POL.
Frére, il vousiauU sa loy tenir
Se vous voulez teiz biens avoir.
BIPPLARS. ' . '
Et qui la noo» iera saToir? . »* |
8. POL,
DemaiD å.nx>n tomi^lveprez :
.11. saina homes y tron yerez
Qui la loy vous enseigneront
Et baptesme vous donneront.
Sy sei*ez de vos péchiez quites.
MASQUPBIGNET.
Pol , tu les sers d^ merdes ff ites.
Je puisse estre ars en une forge
Se je ne te coupe la gorgé
Et puis le te iais amender. .
S. POL.
I
Or me lesse les yeulz bender
Et ourer aius que me décoles
•• • '.
MASQUEBIGNET.
Délivres-töy, Pol, tu m^afoles.
Loi^ S. ?d1 iMnde sm yeulz et dk å gwouB V
Agyos, o Ihcös^^agyos ykirros agyös
86 LE MåBTYRG
Atbanatos Jhesu Elcyson ymas.
HAPELOPIN.
Or , regarde de ce primas
Comment il deschante et gringote.
MASQUEBIGNET.
II lit bien et chante sans uote;
Sy le vueil faire cardinal.
. Cy ly coupe le «ol.
UAPELOPIN.
Alops-ly querre .i. orinal ;
Il pisse trop malement rouge.
MASQUBBIGMET.
Lessons-le, puiz qu'il ne se bouge*
Lon Toisent cradller S. Pierre.
AGRIPPE.
Pierres , qui vous tenez sy cpy ,
Or me dites pär vostre foy,
Voulez-vous estre ainssy lié
Et ainssy droit crucifié
Comme vostre Dieu (ut pendu ?
S. PIERRE.
Prévost, d'estre ainssy droit tendu
Comme il fut ne suis-je pas digne.
Jhésucristmouruttlroit, en signe
QuMl descendit du ciel a terre
Pour nous sauver et pour nous querro;
Mez moy qui doy aler au ciel
Et m'åme rendre å Saint Michicl ,
Doy mourii* en crois bestournée ,
\
DE .S. PIERRE ET DE 8. PAUL. 87
■^■^— ^■^— ^■~" ■ ■ ■ ■ ii^.^»<i»^i^— »
La &ce ven le ciel tournée,
£d hault \es piez , en bas les mains.
AGRIPPE.
Pierre, vous n'en arez pas mains.
Sus, peodez se irére prescheur.
HUMBBROUET.
Or 9a, 9a, dan povre pescbeur,
Despouile-toy en ta chemise ;
Sy pescheras å la menuise :
II y bit bon , il a guilet.
MElUDMATIlf.
Fay tost , j^aqpreste ton filet.
Gy 96 detpoullé S. Pierre et å gemmg die :
Jhésucrist ^ vray Dieu, vray seigneur^
Qui pour nous , k grant déshonneur ,
Fustes en crois crucefié ,
Vostre nom soit glorefié.
De cuer, de bouche et de puissance
Confesse et lien Vostre créance.
A vous m'en vois sans plus tardei'. '
Sire > vueilliez m*åme gärder
Et tout Testat de sainte Église
Que m'aviez piefa commise !
Seigneurs , taites quenque vourrez.
UUMEBROUET , MENJUMATIN.
Frére Pierre, vou» y mourrez.
Cy le cnicefient å rebours.
MAAGEL, bourgoys. 1
Pourquoy fait-en mourir saint Pérc
-«
88 LE MAETYBE
De mort sy dure et sy ainéro
Contre justice et équilé?
En quoy a-il greve la cité?
C 'est grant meschief, c'est grand ibleur
Qu'on iait mourir a tel douleur
Home de sy trés-sainte vie !
LE SECOND BOURGOYS.
II ne puet voir qu'il ne meschio
De metre ä niort sy trés-pénible ,
Sy trés-doulz home et sy paisible,
Sy bon , sy saint , sy profitable ,
Sans nulle cause raisonnable ,
Contre justicc et contre droit.
LE TIERS.
Se vous me croiez^ orendroit
Tout droit ä remperiére yron ;
Luy et son palais destruiron
SMl ne rapelle sa sentence.
S. PIERRE.
Ghiersfréres, iaictes-moy silencen
S'å moy av^z nulle amitié
Je vous supply que par pitié
Vous ne donnez occasion
De retarder ma passion.
Ma passion sy est victoire :
Cest .1. pont pour sqillir en gloirc.
Jhésucrist m^atent , roy des roys ,
A Dieu soiezy ä ly m'en vois.
In numtis tuas commendo spiritum meuni et me^
Domine Deus veritaiis.
DE 8. PIBEBE ET DB S. PAUL. 89
MARCEL 9 homgOJ».
Alas, dolens, alas^chétisi
Halas, saini Pérel or estes mört ' •
A trés^grant tort et dCaspre mört.
ToutmainteoaDt vous despendray;
Jä autre congté n'y prendray :
Sy vous mectrons en sépuiture.
LB SBCOND BOUBGOYS.
Halas I sy ä dure aventure!
Halas, chélb 1 et que feroo
Quaot ce malvaiz tirant Néron
A fait inourir le meilleur bomme
Qui fust en Tempire de Romme ?
Or est orphelin tout le monde.
LE TIERS BOURGOYS.
Hen » hen , Néron ! Diea te confonde.
Le monde chiemment compére
La mört qu^as fait trére ä saint Pére ;
Mais maugré tien est précieuse.
Son åme est és cieub gloriease ;
Sy mettroD son corps en sépulcre
Qui souef flaire et n^est pas mucre.
Lors se metent ateeques S. Pol soubs .1. couTertenr.
GASTB«UI.
Sces-tu qu'il sera, Maubué?
Saches mon courage est mué.
Je cuide que nostre créance
N'est que ^tosme et décevance,
Eft pour ce je la vueil lessier.
90
LE MARTYRE
MAUBUé.
Vous dites bien, amy trés-cbiei^
Le Dieu saint Pol sy est vray Dieu,
N'autre n'est. Sr alons au lieu
QuMl nous dist hier, ce bon vous sembLc.
RIFFLARS.
Alons-y nous .ni. tous ensemble.
Le Dieu saint Pol sy est le mien.
GASTEIfiN ET MAUBUÉ.
Loé soit Dieu, vous dietas bien.
Cy voisent au tumbei S. Pol , et lå'soient Titus, Lucas^ en oroison
TITUS.
Lucas , je voy sergens venir.
LUCAS.
Cest pour nous prendre et dél)enir ;
Fuions-nous^^n ysneile pas.
RIFFLARS.
Seigneurs , pour Dieu ne fuiez pas.
La vostre créance est la nostre :
Nous venons cy de par l'apostre
Qui nous dist bier se huv venions
Ycy que nous trouverions
Qui la foy nous enseigneroit
Et baptesme nous donberoit.
Sy vous plaise a nous baptister.
L13GAS.
Celui qui tant nous voult prisier
Que pour nous tant se desprisa
Que mört soustinl, par quoy prisa
DE 8. PIERRB ET DB 5. PAUL. 9I
■ ■ ".
Home qui estoit déspriåé ,
Soit loé , chéry et prisé!
Nos amis tenez fermement
Quil D'e8t qu'un seul Dieu aeuleinent
Qui terre et ciel créa et fist;
Mais pour ce que bome se defläst
Par péchié d^inobédiaoce ,
Jhésucrist par obédience
A Dieu le pére Tacorda
Dont par péchié se deacorda.
En ce croiant vous voulez estre
Ou nom de Dieu, par main de prestra
És fons de baptesme ondoiez.
LES .III. SBRGBMS.
Voire, sire.
LUC4S.
Et vous le soiez.
In nomine Patris y et Filii , et Spiräus ituicti.
Eq les aroiisant.
Ges .lu. sergeos voisent aveoques Marcel et les boargoys; Tilus et
Loeas avecS. Gltaent.
» I
MÄRGEL 9 bourgoys.
Seigneurs bourgoys, trop enduron
De cest emperiére Néron.
Qncques , plus maise créature
Ne fut formée de nalure ;
Car son maistre et sa propre mérc
A (alt mourii* de mört amére.
Le pcuplc ocdst, Romme a gastéc.
9^ t'E M4RTYRE
Par ly est Romme difTaihée :
II confont droit et équité,
En ly est toute iniquité.
Vueillone$-y biefitost secourir ,
Ou il nous fera tous mourir
Et bonnifa toute Fempire.
LE SEGOllD BOURGOYS.
Cest bon conseti et bien dit, sire ;
Gar certes soubz le firmament
N'a plus mais horns se Diex m'ament.
Rendons-Iy selonc sa desserte ;
Gar teiz boms perdre n'est pas perte
Qui n'est bon ne jeunc ne viex.
LE TfERS ROURGOYS.
G 'est sy bien dit qu'on ne puet miex ;
Mais périllieuse est la demeure.
Sy nous alons armer en Teure
A^ant qu'il assemble point d^ost.
GASTENIN, HA^BUé, BIFPLARS.
Vous dictes bien, alons-v tost.
•■'■"..
Cy voisent hors da chvnp sans plus taire , puis reveignent qua^t
Néron sera toé ayecques S. Glément.
JHÉsns.
Tu Gabriel , et toy Michiel ,
Levez sus, déscendez du ciel.
Alez-moy bonne aleure querre
Mes .11. apostres Pol et Pierre
Et léiir )k>rtez ces .11. chapiaals
Et ces vestemens bons et biauls ;
Puis sy les monistrez k Néron.
DE S. PIEBRE ET DE S. P4UL. 9^
LES AKGES.
Lon preignent .11. dalmatiqaes roages et .n. chapiaut de fleurs, et
Totsent chantanl: Extdtei ceium lauäibuSj pnis diem tus apostres:
Amis de Dieu, tenez ä joye
Que nostre sire vous envoyé.
Lors se Uévent les apostres san» parler et vestent les dalnatiques, et
metent les chapiaas sor lenrs testes et voisent å Néron et les anges
avecques enlz, et S. Pol , en passant , baille ä Pautille son cuevre-
cbief sans riens dire.
PAUTILLE.
Diex ! j'ai veu monseigneur saint Pol
Que les timans tindrent pourfol.
Lasse, lasse! il ne Testoit mie;
Bien a sa promesse acomplie.
Il m'a geté desus le cbief,
Sain et entier, mon cuevrechief.
Foi n'estoit pas y mals fol estoit
Qui son Dieu et ly despitott.
En sa foy vueil mourir et vivre ;
Dieu me vueille escripre en son livre !
S. PIEREE ET S. POL.
Néron, nous vivons ä honneur,
Mais tu mourras ä déshonneur.
Lors s'en voisent avee les anges en paradis.
NÉRON.
Ha Mahominet! dor-je ou je vueille?
Pierre et Pol , dont j'ay grant merveiile ,
Son venus ä inoy par grant yre.
N
96 LE MARTYRE
MASQUEBIGNET, MBNJUMATlPi, HIJMBBRODET^ ttAPELOPIN.
Sire, nuUy ne s'en descorde.
AGRIPPB.
Domicien , levez la main.
Yous jurez Tempire Rommain
Gärder, deffendre et soustenir ,
Les loys et libertez tenir
Que les sages seigneurs ont mises.
DOMICIEN y en levant la main.
G'y mectray paine en toutes guises.
PAULIN, enly baillant.
Tcnez la couronne royal
Comme seigneur bon et loyal,
Tenez le mantel et 1'espée.
En vostre empire longue et lée
Justice faictes å tout bomme.
LES ROMMAINS PAIENS.
Vive remperiére de Rommc.
s. LUC , ä S. Clément.
Sire , vous savez que S. Pierre ,
Quant il vivoit encore en terre
Vous ordena son sucesseur.
L^église ne puet sans pasteur ,
Le pueple å vous du tout s'atent.
De par le roy omnipotent
Tenez, sans plus grant procés faire.
Sus vostre teste ce tbiaire.
£n ly baillant la cocuche.
Recevez papal dignité
DE S. PIERRE ET DE S. PAUL.
97
Et general auctorité
Sur tout l'estat de sainte Églisc *
Qui de par Dieu vous est commise ,
Åfin que vous édifiez ,
Plantez, esrachiez, destruiez,
Plantez vertus, esrachiez viccs,
Destruiez erreurs et malices,
Edéfiez sus la foy temples
De sainteté par bons examples
Et par saine et vraye doctrinc!
S. CLÉMKXT.
Sire, la voulenlc divine
Soit faictc par tout plaincmcnt !
TITUS, MARCEL ET LES GRESTIENS.
Vive, vive pape Clément!
L\ FIN DU GEU S. PERE ET S. POL.
Qai le gea S. Denis voura continuer avecques cestny, sy die apres
ceste clause comment S. Rieule jiarle å S. Denis , et tout ce qiii
vicnt apres ; et qiii le geu S. Pére et S. Pol voura cy fincr , sy die
ainssy :
S. CLÉMENT.
Mes chiers amisen Dieu et frércs,
Vous savez comment nos sains pércs
Mes seigneurs S, Pol et S. Pierre,
Vindrent cy nostre salut quorre,
Et comment furent desprisiez ,
Tourmentez et martirisiez ,
Pour la loy du doulz Jbésucrist ,
98 LE MARTYRE
Et pour l'Église qu'il aquist
Par son »anc digne et précieulx.
Or, sont és hauls ciclx glorieulx
En léesce perpétuelle,
En feste noble et solennellc.
Sy ordenons en cestconcile
Qu'en face d'eulz feste ä vigile
Qui soit dcvotement jeunée,
Et la feste soit bien gardée,
Enlre personnes crestiennej^
D'euvres serves et terrienncs,
Espéciaument de péchié ;
Et s'aucun en est entechié
Sy s'en purge légiérennent
Pour la gärder plus saintemenC.
En cessant d'euvres corporcles^
Facent les espirilueles.
Viegnent deuennent a réglise
Pour oir le divin servisc,
Les sermons , les connmandemens ,
Pour recevoir les sacremens
En pais, en amour, en concorde;
Des euvres de miscricordc
Facent pour Dieu cen qu'il pourront,
Afin que quant en corps mourront
II soicnt mis en grant honneur
A la destre nostre Seigneur.
Qui nos dis despiter vourra
Sache de voir qu'il encourra
Apostolique maléi^on;
DE S. PIEBRE ET OE S. PAUL. 99
Mez tous ceulz aront bénéi(^on
Qui nos statuts honnoreront
Et ä leur povoir les feront.
La quel cbose, par charité.,
Vous doint la sainte Trinité
•
Pour l'amour des bénois Apostres.
Vous, lats, dictes vos patrenostres ,
Et vous, elers, qui cstre devez
Example de bien, sus, levez;
En publiant nos estatus
Chantez Te Deum laudamus.
9^ LE MARTYRE
Et pour l'Église qu'il aquist
Par son sanc digne et précieulx.
Or, sont és haulsciclx glorieuk
En léesce perpétuelle,
En feste noble et solennelte.
Sy ordenons en cest conciie
Qu'en face d^eulz feste ä vigile
Qui soit dévotement jeunée ,
Et la feste soit bien gardée,
Entré personnes crcstiennes
D'euvres senes et temenncs ,
Espéciaument de péchié ;
Et s^aucun en est entechié
Sy s'en purge légiérement
Pour la gärder plus saintemenc.
En cessant d^euvres corporeles^
Facent les espiritueles.
Viegnent deuement a Téglise
Pour oir le divin servisc,
Les sermons , les commandemens ,
Pour recevoir les sacremens
En pais, en amour, en concorde;
Des euvres de miscricorde
Faceut pour Dieu cen qu^il pourrout,
ABn que quant en corps mourront
II soicnt mis en grant honneur
A la destre nostre Seigneur.
Qui nos dis despiter vourra
Sache de voir qu'il encourra
Apostolique nialéi9on;
DE S. PIEBRE ET OE S. PAUL. 99
Mez tous ceulz aront bénéi(^on
Qui oos statuts honnoreront
Et ä leur povoir les feront.
La quel chose , par charite ,,
Vous doiDt la sainte Trinité
Pour l'amour des bénois Apostres.
Vous, lats, dictes vos patrenostres ,
Et Y0US9 elers, qui cstre devez
Example de bien, sus, levez;
En publiant uos estatus
Chantez Te Deum laudamus.
LE
GEU SAmT DENIS
CONTINUE AINSSY.
s. RIEULE, åS. Denis.
Cbier sire, Jhésucrit vous gart!
S. DENIS.
Frére, bien vegniez. De quel part?
Voulez chose que puisse faire ?
S. RIEULE.
Mon tres cbier seigneur débonnaire»
L'empereur Domicien
Sy a bany le Dieu menistre
Saint Jeban ly euvangéliste ,
Dont je suy moult desconforté.
Sy me fut dit et raporté
Que baptesme aviez receu,
Et en l'eure que je le sceu
LE HARTYRE DE S. DENIS ET DE SES COMPAGNONS. lOI
Je vins ä vous, sire , ä refuge.
5. DENIS.
En tel Umpcste , en tel déluge ,
Doulz Jbésucrist ^ gardez les vostres.
Biau frére, et ou son t les apostre^
Mes seigneurs saint Pol et sainl Pierre ?
S. RtEULE.
On m'a dit, sire, en ccste terre,
Que grant temps a qu^å Romme sont.
6. DENIS.
Dieux! je voy bien qu'ilz soufreront
A Romme leur derrain martire.
A eulz m'en voiz, carmoultdésirc
Avecques eulz finer ma vie.
S. RIEULE.
Et je vous tendray compaignic.
Lors die S. Denis å PnbliUs le second phiiosophe.
•
Je entens que nos péres en Dieu,
Saint Pére et saint Pol, sont ä Romme.
Frére, vous screz en mon lieu,
Gar vous me dembiez .i. preudommc.
Prenez-vous bien du peuple garde :
Le Saint-Esperit vous vueiile aidier
Qui vous et eulz ait en sa garde.
A Dieu vous dy sans plus plaidier.
PUBLIUS.
Moult nous venist ä plaisir
Que demourissiez avec nous;
Mez puisqu^avez sy grant dcsir
103 LE MARTYRE DE S. DENIS
D'y aler, ä Dieu soiez-vous!
Lors voisent S. DenisetS. Rieule ä Romme.
s. DENIS , ä genous, en besant S. Clément en la main.
Diex vous croisse honneur, tres saint Pére !
Bicn suis eureus quant ä vous touche.
s. CLÉMENT , en levant S. Denis.
Bien vegniez , Denis nostre frére !
Venez nous besier en la bouciie.
Cy le baise et puis die :
Denis, nospéres ont la gloire
Des cielx aquise par martire.
Graces å Dieu , je voy bien oirc
Qu'amené vous a nostre sire.
Denis, nous avons grant seinence^
Mez il y a trop pou qui euvre.
Grant sen avez et gigant sciencc;
Or metez piez et mains en euvrc.
Denis, alez-vous-en en France
Et menez ceste grant compaignic.
£n monstrant ses oonpaignons.
Preschiez la foy et la créance;
N'i ait celluy qui point se taigne.
Denis, ne doubtez ceste enprise,
Nostre Seigneur vous aidera :
Par vous scra France conquise
Et Jhésucrist y regnera.
Denis, alez-en liément.
De par la Sainte Trinitc
ET Dli SES CO.MPAGNONS. Io3
Nostre povoir tout plainemcnt
Vous donnons et auctorité.
Alez avecques ly, biaus frércs,
Cy die å S. Rustique el aus autres -.
Et pensaez chascun de bien faire.
LES CONPAIGNONS, åS. DéniS.
Voleiitiers, tres reverens péres,
Quel paine que nous doious traire.
S. DENIS.
Sire, cest euvre est mouit grevable;
Nient iiiains je suis prest d'obéir.
Par vous nous sera Diex aidable;
Vueillez nous, sire, bénéir.
* s. ci^ÉMENT , en levant la main.
Ainssy com fu nostre Sauveur
Avecques nos péres par grace',
Ainssy vous soit ä tous aideur
En tout temps et en toute place.
In fiomine Patris et Filii^ et S pir i tus Sancti.
Amen,
Lors voisent en France.
$. DENiS, åses conpaignons.
De France aprochons , merci Dieu ;
Cheminer nous fault en maint lieu
Pour preschier la foy crestienne ;
Saturnin ira en Guienne,
Et en Espaigne Marcelin ,
Lucicn et frérc Quentin
i
Io4 LE M ARTYRE DE S. DENIS
A Beauvais et ä Amiens.
Lå trouveroht foyson pålens ;
Et Rieule k Arle demourra :
Bien est voir qu'ä Senliz mourra.
A Meauizyrez, frére Sentin,
Et avecqucs vous frére Antonin.
Quant les tirans me feront prendre
Venez ä tnoy sans plus altendre ;
La maniére de mon martire
Diligemment failes escripre
Et l^escript portez au Saint Pére.
Moy 5 Rustique et frére Eleuthére
En yrons taut droit a Paris.
Je pry ä Dieu de paradis
Qu'il vous veuille en tout bien conduire.
SES CONPAIGNONS.
Amen^ et ä Dieu soiez, sire!
Cy 86 départent et voisent oi!i ilz vourront.
COMMENT S. DENK VIENT A PARIS.
Dieu , Pére et fiiz et Sains Espéris y
Gart les habitans de Parisl
Bien fut raison et équité
Quc sy bonne et bclle cité
ET DE «ES GOMPAGffONS. loS
Fust du tout ä celluy sacrée
Qui sy noblement Pa créé :
Cest Jhésucrist , le roy des roys.
LE PREMIER PARISIEN.
Quel roy? de la féve ou du pois?
S. DENIS.
Le roy pour voir, de qui le régne
N'ara jä fin , qui sur tout régne ,
Vray homme, vray Diex et seul Diex.
LE PREMIER.
Esgar 5 nous crevera-il lex yeulz ?
Ou sontnos Diex? ne sont-ilz riens?
S. DENIS.
Yos Diex ne sont Diex plus que chiens.
II n'est Dieu, sachiez, fors le nostre.
LE SECOND PARISIEN.
Beau maistre, ce Dieu qui est vostre
Est-il ore nouvel ou vieulx?
S. DENIS.
Amy , hostre Dieu est vray Diex
Et vray horns, et vielx et nouvel.
LE SECOND.
Nouvel est donc^t non nouvel ?
Cest pure contradiction.
S. DENIS.
Vraiement et sans fiction ,
Nouvel est- il et non nouvel.
LE SEGOND.
Cest doncques Hart et fauvel
Qui vont ensemble a la charuc.
lo6 LE MARTYRE DB S. DRNIS
LE TIERS.
Non pas , mez quant il va la rue
Il a de vielx dräp robe neuve;
Et par cela ce vieiUart preuve
Qu'il est nouvel et ancien.
LE PREMIER.
Il est donc maez logicien.
S'en$uit-il que .i« jeune poulain
Soit vielx et jeune , se demain
On ly baille une vieille bride ?
Nennil voir j et pour ce je cuide
Qu'il s'est alé baignier souvent
En la fontaine de Jouvent.
Ainssy c'est le vieillart pelé ,
Rajony et renouvelé.
Qu'en dites-vous, sire Lisbie?
LISBIE, le plus noble boargois.
Toute vostre sophisterie
Sy ne fait nulle chose au fait.
Maistre Denis, c'est trop maufait
De dire ä Paris telz mensonges.
Je ne sfay s'en Gréce telz songes
Vont songent les Athéniens.
S. OENIS.
Entendez-moy, Parisiens;
Vérité diray sans songier
Ne jå n'y seray mensongier.
Nostre Dieu est vielx sans viellcscc
Et sy est jeune sans jeunesce,
Commencement et (inement,
ET DE SES COMPAGNONS. I07
Sans fin et sans commenoeinent ,
Etcréateur et créature;
Gar il n'est que .i. Dieu par nature,
Pére et filz et Saint-Espérit ;
Maispour ce que homme s'y périt,
Dieu le filz vray home devint,
Nasquit de vierge et mört soustint ,
Et au tiers jour resuscita,
Vray Dieu, vray home és cielz monta.
Ycelluy est Dieu et non autre.
Vos ymages qui sont de peautre ,
Debois^ oud^argent, ou de pierre,
N'ont pouvoir n'en ciel ne en terre.
Il ont yeulz et ne voient goute,
Ne se bougeut s^en ne lez boute ,
Gärder deussent et gardez sont :
Vous ies faictes, pas ne vous font.
Nostre Dieu fist tout et tout garde;
De luy n'est nul faiseur ne garde.
Voirs est quant print nostre nature
Cil qui tout fist devint faicture
Et fut ensemble et home et Diex ,
Nouvel, non nouvel , joenne et vielx ,
Perpétucl et lemporcl,
Corporel et incorporel.
LISBIE.
Et mortel qui mourir ne puet.
Dictes-moy, sire, et qui le muet,
Qu'il est tout seul et scul vout estre?
l.t.
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ET DE SE3 GOMPAGNONS.
109
£t qui de soy trestout a thit
Et ä soy trestout ordené.
LISBIE.
Puis qu'ä ce point m'avez mené
Qu'il n'e$t Dieu fors ie Dieu des cielx ,
Dont viennent doncques tant de Dieux
Comme en aoure par le monde?
S. DENIS.
La question , frére , est proiönde ;
Et tröp de temps avöir fauroit
Qui a point soudre la vourroit;
.Mez h present je vous dy bien
Que quant pur home qui n'a rien ,
Fors de Dieu sa volenté france ,
Ne soubzmet toute a l'ordenancQ
Et a la volenté divine,
N'est merveille se mal chemine ;
Car Dieu sa grace ly soustrait.
Et Fanemy ä soy le trait
Qui le de^oit en inainte guise ,
Et ä mal faire adez 1'atise.
Ainssy fait Tun apostatcr
Et ly autres ydolåtrer,
Instituer mahommeries,
Selonc diversses fantasies ,
Dont ly uns aourent ligures
De pécheresses créatures,
Lez autres bestes ou serpens ,
Et lez autres les i^lémens,
Les autres faintes vanitez
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BT DE SES COMPAGNOMS. I I I
I
Vueille , par sa présumpcion ,
Dieu qui tout sen et tout sourmonte,
Qui tout fist par pois et par compte,
Coroprendre par son sen humain ,
Qui ne scet s'ii vivra demain ,
Ne s^ii gaignera ou perdra,
Ne qui ses souleurs ly terdra ,
Ne quantes goutcs chiet de pluye
Nient plusque feroit une truye;
Et pour ce, Dieu teiz gens lessoit ,
Et lors l'anemy ne cessoit
De les mectre en erreurs diversses
Et en opinions perversses.
Sv fault son cuer humilier
Qui bien droit y vcult charier;
Car Dieu lez humbles enlumine
Par grace et par vraye doctrine ,
Et lez essauce et glorefie ,
Et les orguelliex humilie
Qui veulent sans eiles voler;
Car orgueil sy fait afToler
Ceulz qui cuident avoir sagecc :
Mez humiiité s'y adrece
Et donne der cntendement.
Or entendcz donc sainement :
Sachiez la Sainte Trinité
N'est que une seule déité
Qui de néant créa tout et fist ,
Qui és^créatures reluist
Et aucunemenl y ripört;
113 LE MAllTYRE DB S. DEN16
Comme vous voiez en apert
Que le soleil a grant valeur
Et grant lumiére et grant chaleur ,
Et tout ce sy n'est q'un soleil :
Par tout aussy en cas pareil
Et resgardez par bonne estude
La fa^on et la magnitude
Du nionde, et 1'ordinacion
Et la grant gurbemacion
Comme il fut puissamment créc
Et tres sagement ordené ,
Gouvemé par bénivolence ;
Vous trouverez tantost en ce
Que cil a souTerain povoir j
Pariait savoir, tres bon vouloir,
Qui tel Ta iait et limité,
Et c'est la Sainte Trinité,
Pére et Filz et Saint-Espérit ,
.1. Dieu, seul Dieu, comme j'ay dit,
Une substance , .iii. personnes.
LISBIE.
A Diex! tant sont ces raisons bonnes,
Soutilles, profondes et haultes ;
Sire j trop ay fait de défaultes ,
Car]'ay usé toute ma vie
En mal et en vdolåtrie :
Sera, sire, m'åme dempnée.
Cy descende d'eii hault et TOise devant S. Denis.
S. DENIS. ^
Nennil , que par l'yaue sacréc
ET DE SES COMPAGNONS. 1 l3
Du baptesme que recevrcz
Grace et bonté en l'åme aurez
Et serez de vos péchiez quites.
LISBIE , å genous.
Sire, je croy quenque me dites :
Pour Dieu vueilliez-raoy baplisier.
S. DENIS.
Et je vous baptise, amy chier ,
In nomine Patris ^ et Filii et Spi ritas sancti .
j4men.
I^rs se assiéent å terre.
LE PREMIER PARISIEN.
Biaus seigneurs, se viellart gréjois
Nos sacrefices et nos lovs
Destruit, confont et anichile.
Il honnira toutc la ville
Se nous n'y metons tost rennéde.
LE SEGOND.
Sire, a vant que oultre procéde,
L'alons prendre ä force et tuer;
Gar nullement pararguer
Ne Tarions, je vous dy bien.
LE TIERS.
Vostre opinion est le mien.
Parisiens, alarme! alarme !
Or tost å ly , tost; car, par m'arme,
S'il n'est hapé droit en sourssault,
Il nousbastira .t. tel sautt
Que nous ne le verrons meshuit.
I. 8
1 l6 .LE MARTYKE DE S. DICMS
-
Je croy qii'il 1'envoira en Seine
Mez qu'il sache ses kiriéles.
LE TIERS.
Alons, cc sont bonncs nouvelés.
Cy voisent i Tencontre.
LES BOURGOIS.
Cliier sire , bien soiez venus.
FESCENNIN.
Dites-moy , qu'est or devenus
.1. fauls viellart estrait de Gréce ,
Qui est cy venus ä Lutéce
Pour envenimer le pais ?
LE PREMIER.
Sire, il presche .i. Dieu å Paris
Qui &it tous les monls et les vauls.
Il va ä cheval sans chevauls,
II fsAtf il défait tout ensemble ,
II vit, il muert, il sue, il tremble,
II pleure, il rit, il vueille et dort,
Il est jeune et viex, foible et fort ,
II fait d'un coq une poulete,
II jeue des ars de Toulete
Ou je ne sfay que ce puet estre.
LE SEGOND.
Sire , oiez que &it ce fol prestre !
II prent de l'yaue en une escuelc
Et gete aus gens sus la cervele ,
Et dit que par tant sont sauvez.
KT DK SES COMPAGNOISS.
117
LÉ TIERS.
Trop pis falt ce lierre mauvez :
Nos Diex, ce dit, ne valent riens,
Mez de son Dieu viennent tous biens;
Son Dieu tout gouverne et tout tist.
FESCENNIN.
Ålons ä Paris; il soufTist.
Lors voisent å Paris, et Fescennin soit ou plus liauU ciége.
FESCENNIN , en séant.
Huoiebrouet, Menjumatin,
Masquebignet , Hapelopin ,
Querez-nous ce popélican!
HUMEBROUET.
S'il voloit comme .1. pélican
Sy heurtera-il ä nos tälons.
FESCENNIN.
Alez tost.
LES SERGENS.
Sire , nous alons.
. Lors voisent querre S. Denis.
IICMEBROUET.
Or ca y viellart de pute afaire ,
Vien jargoullier au comnnissairc.
Tu yras jä a pierre late.
S.. DENIS.
Jhésucrisl qui fut ä Pilate
Mené pour nous, seigneurs , vous sauve !
MENJUMATIN.
Tez dis ne prison unc mauve;
Va sermonner oii lu vourras.
I l4 LE MARTYIIE DE S. DBN1S
LES AUTRES .II.
Or y alons ains qu^il soit nuit.
Lors voisent ä ty lezdagues traites.
LE PREMIER , en monstrant S. Denis de loing.
Vez-le cy; sus! frapez, tuez.
Qu'est-ce? vous ne vous remuez ?
N'en ferez-vous huy autre chose?
LE SECOND.
Pur ina cure, sire, je n'ose
Ne je n'ay tnain qui bien me vueille.
LE TIERS.
Je n'ay membre qui ne me dueille.
Je n'y suis pas, ce croy dcmy.
LES AUTRES .TT.
Alons-en, c'est .1. anemy.
Lors se retournent en fuiant.
l'emperté:re domicien.
Seigneurs Rommain^, j^ay entendu
Que d'un crucefix, d'un pendu ,
On fait .1. Dieu par nostre empire
Sans ce qu'on le nous daigne dire.
Sy commandons k justiciers,
A tous baillis el officiers,
Et ä tous seigneurs terriens,
Qu'en tous les lieus oii crestiens
Hz trouveront, prenent et lien t,
Båten t, tourmentent et occient:
Par espécial ,1. viellart
Qui est plain de nwis et viei art
BT DE SES COMPAGNONS. I 1 5
Et d^ennemy dés son en&nce,
Qui envenime toute France
Et maine une grande conpaignie.
Je vueil qu^on le tuc ou mebaigne
Plus cruelement qu'un viex mastin.
Alez-y j prévost Fescennin ;
Faictes tant que vous Ic trouvez,
Et sus ly sy bien vous prouvcz
Que lez autres aient fi*éeur.
FESCENWnf.
N^en doobtez, sire emperéeur,
J'en saray bien venir ä chief.
Je le metray ä grant meschief
Et Teust juré son Dieu Jhésus.
Or tost, tost, sergens, levez dus;
Menjumatin , Humebrouet ,
Hapelopin^ Masquebignet ,
Adoubez-vous ; aloQS cercbier,
Se trouverons cel adverssier ;
Sy ly ferons rongnier la teste.
LES SERGENS.
Sire^ alons, car il fait tempeste.
Cf Toiaeiit i Paris.
LE PREMIER BOURG016 DE PARIS.
Seigneui*s, on m^a dit ^ä derriére r
Que Domicien P^mperiérc
Envoyé .i. coromissaire en France.
LE SECOND.
Or ly aloDS compter la dance
Que ce gréjois ä Paris maine.
8.
1 l8 LE MARTYRE DE S. DENIS
M ASQUEBIGNET j en teoant S. Denis.
Vieilart sånglant, tu y mourras,
Par Mahon , puisque je iq tien.
HAPELOPIN.
Avant, prenon chascun lesieri.
Lors les mainent au prévost.
HUMEBROUET.
Sire prévost, vez-en cy trois.
FESCENNlN, åS. Denis.
£s-tu le fol vieilart gréjois
Qu'on appele Denis Machaire ,
Qui a nostre loy es contraire ,
Qui nos Diex ne prises .11. abies (1)?
S. DENIS.
Vos Diex ne sont pas Diex , mez diables
Qui en vos ydoles se boutent ,
Que lez folz concivent et doubtent ;
Mais lez bons , lez sages n'ont curc
D'onneur porter ä tel ordurc.
Denis ay non , de Gréce né,
Fol quant au monde, en Dieu sene,
Vicx d'aage et jeune par vertu.
FESCENNIN.
Denis ^ quel Dieu aourcfe-tu?
S. DENIS.
Pére et Filz et Saint-Espérif^
Qui homme ama tant et chérit
Qu^il le créa a son ymage
Bel et bon , sain et fort et sage ;
(4) Aujour(i'hui abtette, sortedepelitpoissoti.
ET DE SES COMPAGNONS. 1 19
Qui jamez n^eust eu pes^ilence
SMl eust tenu obédience;
Mais fl enfraint) sy fist péchié
Par quoy il fust lors obligé
Å mört et å dampnacion
Jusques ä l'incarnacion
De nostre Sauveur Jhésucrist,
Qui hors de ce péril le mist
Parce que mört soufTrit en crois.
TOUS TROIS ENSEMBLE, S. DENIS , S. RUSTIQUE,
S. ÉLEUTHÉRE.
Prévost, nous aourons tous trois
.1. seul Dieu en triple personne.
FESCENNIN.
Je ne vueil poinl qu'on me jargonnc
De telz fatras; ilz sont quassez :
J'en ay oy ä Romme assez.
Tu , fol viellart , fauls garnement
Qui envenimes et enlaces
Les simples gens par tes ialaces,
Dy-moy, et garde que diras,
S'a l'emperiére obéiras?
Respon de plain et orendroit.
LAiiCiE , forne Lisbie.
Ha! monseigneur, vostre aideen droit!
Ce larron a sv desvoié
Mon baron ^ quHl a renoié
Nostre Di«i souverain , Mercure.
De la loy ne de moy n'a cure ,
Sire, car y vueilliez veillier.
I 20 LE MARTYRE DR S. DENIS
FESCENNIN.
Je ii'ay talent de sommeiilier.
Or tost alez son mary querre.
LES SERGENS.
Sire, nous y alons bonne erre.
Cy voisent å Lisbie.
HUMEBROUET.
Je mez la main a vous, Lisbie.
LISBIE.
Jhésus qui fu né de Marie,
Amis , vous vueiUe converlir !
MENJUMATIN.
Nous voulez-vous ja pervertir,
Fauls usuriez? Vous y mourrcz.
LISBIE.
Seigneurs, alons oii vous vourrez.
Cy le meinent au Prévost.
LE PRÉVOST.
Or 91, Lisbie, en male estraine
Avez-vous renoié nos Dieux ?
LISBIE.
Menez-les, sire, k Tombeleine:
Ilz ne voient goute des yeulz.
FESCEXNIN.
Il dit blafardes et injures
De nos Dieues et Mercures.
Coupez-ly en present la teste.
HUMEBROUET.
Ne plus ne mains qu'k unc beslc
ET DE SES COMPAGNONS. 131
Ly feray voler la cervele.
Enly copantle col.
Tien, apostat, ceste merele!
FESCENNIN.
Avant , prenez-inoy ce glouton ;
Ne Pespargniez plus qu'un mouton.
Rompez le cuir et la ventraille :
De toutes pars le sanc ly saille!
Faites-les tous trois despouUier.
MENJUMATIN.
Vous les voirrez bientost soullier
De sanc; sus, despoulliez vos robes.
MASQUEBIGNET.
II nous ont servy d'ambelobes:
Cest raison qu-ilz soient paiez.
S. DENIS.
Biaus seigneurs, ne vous esmaicz;
Volentiers nous despoulleron.
HAPELOPIN, ausautres.
El vous, quoy?
S. RUSTIQUE ET S. ÉLEUTHÉRE.
Et nous sy feKon.
s. . DEN IS die en soy despoUant.
Doulz Jhésus qui vous despoullastcs
Pour nous , et nu vous exposastes
A estre batu durement,
Soiez ä cest commancement
Et nous donnez ferme Constance!
FESCENNIN.
Humebrouet, meine ä la dance
12:2 LE MARTYREDE S. DEIHIS
Le maistre"des tirelopins.
HUMEBROUET.
Je ly donneray .11. lopins
Qui ly feront le cul baler.
Cy le bate en disant :
Denis , poun^as-tu avaler
Ges .11. morceles sans moustarde?
FESCENNIN.
Menjumatin que mau feu t'arde,
Que &it lä ta corde ä fouer ? '
MENJUMATIN.
Sire , el veult filer au trouet
Sus les costez ä cest apostre.
En le férant.
Tien , Denis , dy ta patrenostre !
FESCENNIN.
Que faites-vous? férez å tasche.
HUMEBROUET, MENJUMATIN, enlebatantde courroies
sanglantes.
Or tien doncques, bons hons; masche.
• FESCENNIN.
FrapeK fort; je ne Tos point plaindre.
HUMEBROUET, MENJUMATIN.
(1 soit pendu qui se scet faindre.
S. DENIS.
Doulz Jhésucrist, je vous rens graces.
De cen qui vous plaist que les traces
De vostre sainte passion
Ont en mon corps impression.
ET DE SES GOMPAGNONS. 133
Cy die au peupk :
Bonnes gens , ne vous tristoiez
Se tourroenter vous me voioz;
Car par la paine teroporele
Vient la joye perpéluele.
Prenez bon cuer et hardiece,
Souflrez tous maulz å grant léece.
FESGENMN.
Hapelopin, Masquebignet,
Que Faites-Yous en ce quignet?
Batez-moy ces deux pautonniers
Qui sont de ces maulx parsonniers.
Faictes-les-nous .i. pou triper.
M ASQtJEBIGNEt , HAPELOPIN.
Bientost les verrez défriper.
Lors lez batent en dlsant :
MASQUEBIGNET.
Que dites- vous de nos oourgiez?
Sont-il de bonne main forgiez?
FESCENNI».
Batez bien^ces .11. grans tiépars.
HAPELOPIN.
Le sanc en sault de toutes pars.
Regardez s^ilz sont tains en rouge.
FESGEMNIN.
Il nV a celuy qui se bouge:
Je voy bien que vos horions
Ne prisent-ilz .111. porions.
Or suz, liez-moy ces pälsans,
De cheines de fer bien pesans
1 ^4 I^E MARTYRE DE S. DEMS
Et les jetez h terre dure
En chartre puant et oscure.
En dementiéres pensserons
De quel mört mourir lez ferons.
Délivrez-vous.
LES SERGENS.
Sire, c'est fait.
Hl^MEBROUET.
(^ä, Denis, vous soiez defTait
Et naoy , se je bien ne vous fcrrc.
Lors le ferre.
MENJUMATIN.
Mez moy vse sy bien ne le serrc
Qu'il ne se pourra desserrer.
MASQUEBIGNET.
Je vueil dan Rustique ferrer.
A son conpaignon.
Pensse, toy , de frére Eleuthérc.
HAPELOPIN.
Sy vueil-je fäire, mon compérc.
Bientost l'orras braire et crier.
Gy les serrent.
S. DENIS.
Seigneurs, le corps povez lier
Puisqu'å Dieu plaist, nncz Tame non
Les liens quc nous soustenon
Ou corps en liée pacience
Rcmctent Testat d'innosence,
En rame, et de mal la dcslienl,
ET D£ SES COllPAGiNOXS. 12^
Etä Dieu par amor la licnt.
Pour ce 'somoies joieus et liez
Quant vous nous liez mains ou piez;
Car par vos durs liens de fer
Des fors et durs liens d^enfer
Est nostre espérit deslié.
Par celuy qui pour nous lié
Fut de durs liens å Testache.
HUMEBROUET.
Passé avant , passé, vielle vasche.
En monstrant la cbartré.
Va rimachier en celle escole;
MENJUMATIN.
Jauifier , cuvre tost ta jaole :
Sy y met ses .111. baderaus.
LE JA13LIER.
.III. badereaux, mez maquereaus;
Que sont leur robes devenues?
MASQUEBIGNET.
Uz les ont Fait voler aus nues.
Que dyables en as-tu ä faire ?
LE JAULIER.
A fpire! s'il eussent que daire,
Je leur féisse le bien veignant.
HAPELOPIN.
Va se tu veulz tes dens greignant ,
Car d^eulz n'aras-tu autre chose.
S. DENIS.
Doulz Jhésucrist, en qui repose
26 LE MARTYRE DE S. DENIS
Vraye ondeur et vi'aye lumiére,
Pour vous entron en bonne chiére ,
En chartre plaine d'obscurté ,
De punésie et de durté ;
En tel durté , en tel rigueur
Nous donnez et force et vigueur ,
Et soiez par grace avec nous.
DE JAULIER.
N'aray-je autre chosc de vous?
Atez , de par le dyable , alez !
Eo l€8 metant en la prison.
Or balez lä dedens , balez.
FESGEMMN.
Jaullier, que font te3 prisonniers?
LE JAULLIER.
Sire, ce sont larrons monniers
Qui n'ont riensdu monde vestu.
FESGEMNIJV.
Respons-moy, quefont-ilz? ces-tu?
LE JAIJLLU&R.
Se je s^ay le dyable le sache.
FESGENNIK.
Va-t-en h eulz et hors les saehe.
Sergens , sus! ilz sont trop en mue.
lUecques , enmy celle rue ,
En ces tourmens lez estendez.
En monstrant les tourmens.
De pié en chief lez m'étendez
Comme en fait dräp ä la poulie ;
ET DE SES COMPAGNONS. 1 27
Puis leur donnez, noii pas boulie,
Mez de bons bastons de nefllier :
Ronpez tout jusques aus os froissier,
Sans estre bougiez ne ostez
Ju8qu'ä tant que par lez costez
Léz boians hors du corps leur saillent.
HUMEBUOUET.
Sire, se les brås ne nous (aillent
II n'y remaindra cuir entier.
MENJUMATIN.
Je Yueil estre leur charpentier.
Avant, jaullier, mez-lez-nous hors.
LE JAULLIER.
De male-mort soient-ilz mors !
Mors deussent-ilz estre pie^å.
Or 9a 5 de par le dyable , 9^ ,
Yssiez hors, le prévost le veult.
s. DENis , en yssant hors.
Mez Diex qui les siens gärder seult
Et ä son plaisir d^eulz ordeine.
MASQUEBIGNET.
Passé , passé , souffle en miteinc ,
Vien chevauchier ceste buchete
En monstrant le chevau fust.
HAPELOPIN.
Nous les metrons ä la selete,
Car ilz ne tiennent pas leur.ordre.
S. DBNIS.
Sans regiber ne sans rcmordre
128 LE MARTYRE DE S. DF.NIS
' — — X
SoufFerrons quenque vous vourrez.
LES SERGENS.
■
Couchiez-vous donc, car vous mourrez.
Cy les defferrent et lez metent suz .iii. chevaus de ftist ou suz .iii.
fourmes qui aientlez piez devant lez plus hans , etsoient leurs
mains liées aus piez dez fourmes, lez piez tu^ezaYalv oouchiezet
estenduz dessas et adens.
FESCENNIN.
Or avant, ilz sont bien tendus;
Je pry Mahon qu'il soit pendus,
Qui de bien férir se faindra.
HUMEBROUET.
Le prévost de nous se plaindra ,
Denis , se vous n'avez du nostre. '
Tenez , Denis, cecy est vostre.
Esgar, comc il bale du cul.
En batant d^un baston.
MEMJUMATIN.
Denys sy jeue ä bonde cul :
Pour ce vueil-je qu'il ait du mien.
Tent t'escuele, cest os est tien.
En férant.
Port-en la moitié a ta fame.
MASQUEBIGNET.
Rustique recorde sa gamme :
II veult estre abbé détornu.
Sy ly vueil ce baston cornu
Prés de ly»metre en lieu de croce;
Or tien , frére, tien , va, sy croce.
En frapant.
BT DB SBS COMPAGNONS.
tag
Renouarde, il est en pasmoisons.
HAPELaPIN.
Frére Eleutbére a trenchoisons
Et j'ay oignement de Bretaigne
Qui garist de roigoe et de taigne.
Tien, tu seras gary en Teure.
En férant.
S. DENIS.
Je vous regracie et honneure,
Doulz Jhésucrist, de ce lourment :
Batre fault-il le bon fourment
Afin que hors de Tespy saille,
Pour le metre en guernier sans paiUe.
Aussy £aiult au corps painne dure
Pour &ire aaillir Fåme pure
En la joye de Paradis.
UUMEBROUET.
Denis crie le vin a .x. ;
Beauls seigneurs, alons-en taster ;
FESCEMNIIM.
Vous ne faictes lå que baster.
Frapez fort , ilz ne font que rire.
LBS SERGENS.
II soit pendu qui se faint, sire.
FESCENNIN.
Ce n'est nient, ostez d'ilecques.
Prenez .i. lit de feu avecques
Gharbons ardans et enflambez ;
Sy rosticiez sez engambez
1.
i3lO le M artyre DB S. DENIS
Corome les costcz d'un toriau.
IIUMEBROUET.
Foy que je doy torche moireau ,
Vous le verrez tantost fumer.
MENJUMATK^.
Par Mahon^ je vaeil alumer
Bon Feu de charbon , der, ardant.
MASQUEBIGNET.
Etces .11. 1'iront regardant.
Avant metons-lez hors de cy.
Cy les ostent.
HAPELOPIN.
Levez sus, vous avez vecy.
HUlfEBROUET , en monstrant le greit .
^y Denis, monte suz ce lit.
S. DENIS.
Doulz Diex , en qui est tout dclit ,
Tout bien , tout sen, toute valeur,
Qui in'as (ait vaincre la chaleur
De Tardant feu de convoitise ,
L'ardeur de ce feu amenuise
Par ta douice bénigne grace
Sy que nul mal il ne me face.
Lore 86 couche soz .i. estal Cait comme .1. greil.
FESCENNIN.
Faites boa feu sous ce vielbrt.
LE5 sfiEGBNS , en Mmfflant
Sy bon feu que sa piau viele art.
BT DE ^S COMPAGNONS. 1 3 1
FESGBNNIN.
Il me semble qu^il D'en tient conte.
.11. SERGENS.
Par Mahon , il scet trop de honte.
Son corps art et sy ne muert mie.
LEZ .II. AUTEES SEmCBNS.
Gar il e»t tout plain de dyäblie.
PESCENNIN.
Mez droit dyable , ou .i. de sex pages.
Or, avant au bestes sauvages
Qui ne mengérent de sepmaine
Le me jetez en lieu d^aveine ;
De lå ne pourra-il eschaper.
HUM^BROUET.
Sy le puent aus dens haper :
Il ne lira jamais li^on.
MENJUMATIN.
Suz 9 Denis ^ suz ! ton péli^on
Sera assez tost deschiré.
MASQUBRIGNET, en féniil.
Passé avant, passé , mal miré.
Qa , bestes » tenez, le préYost
Sy vous envoie de son rost.
Sire Diei: ^ en qui nous croions,
Qui en la fosse dez lions
Sauvas Daniel le prophéte ,
Cez besles-cy, comme une beste,
Me veuUent tout vif devoiirer.
v
l3a LG MARTYRE DB S. r>EMS
Pour vostre loy , sire , honnourer
Ceste fois encore m^aidiez.
FESGENNIN.
Que faites-YOus lä? vous plaicliez?
HAPELOPIN.
Ccst ce fol qui chante et déchantc ,
Qui cez bestes sy fort enchante
QuHI n^ont cure de sa charoigne.
FESCBNNIN.
Vecy bien sanglante besoigne :
Comment a-il sy fort enchantées
Ges bestes toutes afiamées?
Mahon ly doint male meschance !
II euvre d'ar8 de nigromance;
Mais, par mon chief, rien n'y vauront,
Ou sens et povoir me fauront :
Jetez-le en .i. four bien chault;
Et s'il sue y ne vous en chault,
Gardez suz Pueil qui ne refroide.
HUBIEBROUET.
S'il avoit toute l'yaue iroide
Qui passé au pont de Charenton ,
Sy n'a-il gorgeron ne men ton
Qui jamais boive yaue ne vin.
BfBNJUMATIN.
Passé avant, passé, dan devin;
Va enchanter celle fournaise.
S. DBNIS.
Doulz Diex, qui en joye et en aise,
Les enfans qu^en nomme Ananie
ET 0£ SES COMPAGNOiNS. l33
£t Misaél et A^rie ,
Gardbstes en fresche couleur,
En la fournaisé, et sans douleur,
Vueilliez que point Tardeur ne sente
De ce tbur chault qui représente
L*orreur d'enfer aucunement^ ''.
Ou ly mauvaiz homblenfient
Sot) t enclos en ardant pueur ,
En puante ardeur sans lueur.
Sire Diex , soiez de moy garde !
Lors entré on four en soy seignant.
MASQVEBIGNET.
Denis, garde que ton cul n'arde.
Pnis die en estoupant le four.
Es-tu lä, Denis ? or t'y tion.
HAPELOPIN.
Lesse-Ie, lesse, il est trop bion.
FESCENNIN.
Que fait Denis?
HUMEBROUET.
Sire, ilestuve.
Faites aportcr une cuve ,
Sy le Ferons un pou baignier.
FESCENNIN.
Nous le ferons avant saignier.
Regardez qu'il fait lå dedens.
MENJUMATIN.
Chier sire, on mc traie les dens
S'il n'est en ce four embely.
l34 l^B M ARTYRE DE S. DENIS
FESGENNIN.
Ha, Jupiter I qu'est-<:e de ly ?
Que puet-ce estre? ho! je m'avise :
Il conyient qu'il muire en la guise
Que son Dieu mourut , ce sachiez.
Pour ce hors d^ilec le sachiez
Et en crois le cruceBez ,
Et fort et ferme le liez ,
Autrement n'en vanrons ä chtef.
LE8 SERGENS.
Il le sera de pié en chief.
MASQUEBIGNET.
Is hors, is hors, sanglant vilain!
Ton cuir sera mis en pelain
Pour mielx jouer de Pentreipeite.
S. DBNIS.
La volenté de Dieu soit faite.
' FBSCENMN.
Crucelicz-moy ce liépart.
HAPELOPIN.
Or y ait le grand dyable part
Ne moulra meshuit dan Denis.
HtlKEBROUET.
Par Jupiter, c'est .1. fénis;
Quant il est tué il revit.
BIENJUMATIN.
Or ly coupons doncques le v** :
Sy ne pourra jamais revivre.
MASQUEBIGNET.
Je vous prie qu'en s'cn délivre ,
ET Dfi SES COMPAGNOXS. I 35
J'ay tel taiu aus dens que j^cnrage.
HAPBLOPm.
Or 9^, pendons cel onrs sauvage ;
De trez mal en soit-il renté !
LES AUTBES.
ArMUy et toul son paren té !
Cy le cruoeOenty et quant il le aera ty die Humebrouet :
Que voii« semble de cet apostre ?
MRHJUIIATIM.
Il reoorde sa patrenostre
Pour célébrer la messe au oous.
MASQUEBIGNST, en féraat
G'y offerré plain poiog de cou? ;
Sy seray de la confrarie.
S. DB1I18.
Doulz Jhésucrist qui en Marie
Preinstes corps humain sans péchié ;
Qui ä la crois (ut atachié,
Par quoy d'enrer nous rachetastes
Et gr&ce et gloire nous donnastes,
Donc la crois dévons chier tenir,
Pour la crois tous maulz soustenir ;
Gar, qui pour la crois sucfire peine >
£s cielx ara léece plaine.
En crois suis mis^ et pour la crois,
Sy vous pry qu'encor ceste foys
Ne me vueilliez, sire, faillir.
HAPELOPIN.
Fuiez, ftiiez , il veult saillir^
- »'
l36 LE M ART YRE DE S. DENIS
FESGENMIN.
Cel entrejeteur nous fait pestre.
Par mez Diex! il est meiiiieur maistre
Que ne fut son crucefetart :
Dyables ly ont aprins cest art.
Avant, ostez4e de la crois
Et le me remetez tous trois
En chartre obcure, léde et orde.
HUMEBROUET, en le despendant.
Or 9J1, vieillart de male corde,
Puissiez-vous huy estre estranglé !
Esgar comme il est enjanglé :
Tous jours parle de son croysy.
MENJUMATIN.
Car il seroit tantost moysy
S'il ne Tesvantoit bien souvent.
MASQUEBIGNET.
Qä, Denis, vien k ton couvent
Qui t^atent pour avoir pitence.
HAPBLOPIN.
Frapent soy dez poing en la pance :
Leur abbé a tout despendu.
S. DBNis , en descendant.
Doulz Jbésus qui fus despendu
De la crois et mis ou sépulcre ,
Sire , qui es plus doulz que sucre,
Ton saint nom soit glorefié. •
LBS SEBGENS.
Oiez, il nous a deffié ;
Prévost, donncz-nous sauve-garde,
ET DE SBS COMPAGNONS. l3'J
FESCENniN.
Metez Ten sauf qu'il ne vous arde.
Quant fl MM deftpendu sy le raeiiieiit en priMm.
HTIMEBROUET.
Passez avant en pute estraine ;
Alez dancier k la poleine
En celle orde prison puante.
S. DENfS.
Diex est iumiére eniuminante
Qui thénébres mue en iueur,
En douice ondeur , orde pueur ,
Pieurs en ris , labeur en repos.
MENJUMATIN.
Tien cy, jauliier, met en dépos
Dan Denis et ses compaignons.
LE JA13LLIER.
En vous pende par iez chaignons ;
Les ramenez-vous en prison ?
MASQUEBIGNET.
Ilz seront léens en garnison;
Fay bonne chiére et ne t'en cbaille.
LE JAULLIER.
J'eusse pluschier plain sac de paille,
Foy que doy Cerberon mon Dieu.
HAPBLOPIN.
Escoule, mez-Iez en.tél lieu
QuMlz te paient ou tite ou mite (i).
LE JAULLIER.
Ain^ois les metray en soubite.
— — — — — ^— ^— • ■ — ■■ t ■ " • •* — ' '
(i) Moimaies de Flandre.
1 38 LE MARTYRE DB 8. DBNIS
£n lez meCant 6a prison.
Par mon chief , or 9a entrez cy.
Dyables y ail part; il ODt jk vecy.
Leur venuc me doit bien plaire.
UAPELOPIN.
Pren ä bon gré , c'est ton salaire.
9r
En la chartre soieat fertement pouc preatre, ponr dyaere et
soodiacre, aatd et calice et du pain; et Lärde soit bien préa.
s. DBNIS, en la chartre.
Vous savez bien , mez trez chiers fréres ,
Comment és maulz et és miséres
Qu'ayon8 sonfTertes ponr vérité
Dieu par sa grant bénignité
Nous a gardez et soupportez ,
Et soustenuz et confortez.
Or est teonps que ce monde lesse;
Sy vueil célébrer une messe
Pour Dieu de ses biens mercier ,
Pour vous et moy comoiunicr ;
Moultpius saintement en serons.
EUSTIQUB ET BLEUTHBRE.
Commenciez , nous vous aiderons.
Gy 86 rerestent.
JHÉSUS.
Alons véoir nostre amy De«is
Qui assez tost sera fenis.
II est mon cbtvalicr loyal ;
Sy ly vueil &ire honneur royal .
De ma main racommicheray ;
BT DE SES COMI'AG1!fONS. f 39
Comme apostre fessauceray :
De ce monde Testuet partir
Noble cfocteur et vray martir ,
Pour ce honneur et roial couroune
En ciel et en terre ly donne
Et félicité pardurable.
S. MIGHtBL.
Diex tout puissans et véritable.
Il est digne de tout honneur ,
Car vassaament, sanz déshonneur
Vous a honnouré et ser vy.
* S. GABRIEL.
Sire Diex , ii a deservy
Repos, soulas, gloire et léesce;
Car mouls douleurs, hon te et tristece
A pour Yostre amöur soustenues. ^
S. RAPRAEL.
Volentiers descendrons des nues ,
Doulz Diex , et le visiteron ,
Et solennement chanteron.
Lon foiae Jhésos et ses anges en chantant : Sanlomm menUs,^.^
et qnant ilz seront venm, praigne Jhésos Toiste sosraatel et dic :
JHÉsus, en iy baillant Toiste.
Denis, paix soit avecques toy !
Re9oif le propre corps de moy
Dont tu as fait le sacrement.
Persévérc constantement ,
Bientost verras la Trinité
Faoe k fäce en félicité ,
Et tout quant que tu requerras
l40 LE MARTTRE DE S. DENIS
.^
Legiércment enpetreras.
Lores^enretournent sans plus dire.
s. DENIS, ågenous.
Doulz Jhésucrist , vray Dieu bénigne ,
Monstré in^as de grant amour signe
En ccste visitacion.
La noble récréacion
Que m'åme a , ne saroie-je dire :
Loenge, honneur et gloire, sire,
Soit ä ton nom signe fine.
S. RUSTIQUE ET S. ELEUTHÉRE.
Amen! Diex y bien siemmes disne,
Quant vous a pleu qu'ä veue ciére
Åvons veu sy noble mistére,
Vostre puissance soit benoiste.
LARCIE.
Ha lasse! or suis-je bien maloiste.
Et enragie et forsenée ,
Et de male heure fu-je née ,
Se celuy n'a de moy mercy
Oui s'a Youlu démonstrer ev
A moy sy merveillieusement,
Qui i'ay lonc temps sy faussement
Eu en contempt et en despit;
Perdue fusse sans respit
S'il ne fust doulz et pacient;
Mais.je voy bien ä escient,
Qu'il ne veult pas que tantost muire
Le péchieur, ain^ois il désire
ET DB SES COMP4GNONS. l4l
De tous poins sa convercion
Pour ly donner salvacion .
Or Yueille Dieu que je m^amende
Et que jamais plus ne TofTende.
En ly mes toute m'espéraiice ,
M'amour ly donne et ma créance.
Il est mon Dieu et mon seigneur :
A ly soit et gloire et hohneur.
FESGENnm.
Amenez-moy cez garncmens :
Il est temps qu'ilz perdent la vie.
HUMEBROLET.
Sire, ilz tiennent leur pai jemens;
Chascun d'eulz sy advocacie.
MENJUMATIN.
Mais ont leve une establie
Pour refaire leur vestemens. ^
MASQUEBIGNET.
Foy que doy bonne conpaignie
Ain^ois euvrent d'enchantemens.
• •
HAPELOPIN.
Avant, yssiez hors, truendaitle,
Le commissaire vous demande.
s. DENis ET SES GOMPAIGNOMS, en ystaat.
Liez et joieus irons sans faiUe;
Ne demandons autre viande.
FESGENNIN.
Or 9a, ne me faictes plus livré :
Eslisiez ou mourir ou vivre.
Aourez nos Diex , vivre pourrcz ,
l43 LE MARTYRB DB S. DBNIS
Se non mauvaisement mourrez
Pis encore que vos meschans
Donc les charoigoes sont éz chans,
Que vous avez sy perverris
Qu'il n'ontpeu estre conrertis.
Alez lez véoir et vous mirez ,
Et véiez se vous eslirez
Mourir avec eulz mescbaument
Ou vivre avec nous puissaument.
S. DENIS.
Tirant, tous jours vivre eslisons;
Car ceulz tous jours vivre disons
Qui par mört ou paine passable
Åcquiérent vie pennanable ,
Comme ont &it cez sains preudez bommes
Que tu , mescbant, mescbans sornommes ;
Maiz ceulz disons tous jours mourir
Qui tous jours sans mört encourir
Paine de mört endureront,
Comment ceulz et celles feront
Qui aourent sez faulz ydoics ;
Pour ce entré nous déicoles
Aourons celuy qui tout fist,
Cest nostre Sauveur Jbésucrist
Qui nous donnera sans fin vivre :
En ce disant ne suis pas yvre.
FBSCENNIN.
Yvre par fby doncques es-tu ,
Tout enragié et fol testu.
ET DE HES COMPAGNON8. 1 43
Eq parlant aus conpaignons S. Denis.
Et vouSy dictes ce qu'il vous semble.
S. DENIS ET SEZ CONPAIGNONS.
De cuer, de bouche cL d'euvre ensemble,
Nous troiz , la sainte Trinité
Confessons une déité.
FESCENNIN.
Ceste responsse est conclusive :
Sentence arez diffinitive.
Humebrouet, Menjumatin,
Masquebignet, Hapelopin ,
Coupez-Ieur lez cols ä coDgnies
Rebouchiez et maulz fourbies
Pour avoir plus engoisse et poine;
Mez ä la coustume romaine
Les me batez premiérement
De vergez tous nulz durement,
Et nous et noz Diex en vengiez.
HUMEBROUET.
Sire, de mau soit mengiez
Qui s'en feindra. Amen, ameii !
LES AUTRES.
Amen , amen , amen , en hen !
HUMEBROUET.
Vilain , despoulle ton cbasubte
Qui ta grant renardie atuble;
Il te fault un pou espoullicr.
s. DElfls, en soy despcmllaiit.
II me plaist bien h despoullier ;
Gar quant ia char est pour Dieu nue
1 44 ^^ M\RTYRE DB S. DENIS
-i_
Lors est Tame de Dieu vestue;
Lors esl-elle cointe et parée.
MENJUMATIN.
Rustique, songez-tu porée?
Oste-moy tost ta dalmatique.
MASQUEBiGNET, å Éleuthére.
Et toy, despoulle ta tunique,
Nous Yous ja [bien] troterons.
s. RUSTIQUE ET ÉLEUTHÉRE, en soy despoallant.
Volentiers nous despoulierons :
Diex est pour nous, tourmentez fort.
HAPELOPIN.
Denis anieine son efTort ;
Rengiez-vous, il se veult conbatre.
HUMEBROUET.
Åu férir verrons et au batre
Lequei ara mengié le lärt.
Lors die ä S. Denis.
Dy-moy, tendis, faulx papelart,
Est ceste prune dure ou mole?
MENJUMATIN , å Rustique.
Vécy véez, dan chie en escole
Qui scet trop bien gens escorchier ,
Je vueil son cul breneus torchier
£n férant.
Åvec se poisson de fiondis.
MLASQUEBIGNET, åÉleuthére.
Cetuy n'a ne bons iais ne bons dis,
Je le voy trop bien ä sa coefe :
BT DE SES COMPAGVONS. 1 45
Sa teste en sera trop plus cointe.
HAPELOPIN.
Denis, revez ta couste pointe,
A 8ez conpaignons.
Et ¥Ous aussy heraudies.
II est temps que perdez lez vies.
Vous ferez tantost (in d^oison.
S. DENIS.
Lesse-moy före une oraison ,
El puis fay ce que tu vourras.
LES SERGENS.
Or fay du pis que tu pourras.
Cy se rerestent.
JHÉSUS.
Mez anges, en France volez.
Quant Denis sera décolez
Le corps conduisiez h Létrée ;
(LéCrée est .i. liea å S. Denis, eo France.)
Car je vueil qu'en celle contrée
Le peuple le voise honnourer.
.11. ANGES.
Nous alons , sans plus demourer.
Lon sans dianter voisent et atendent que S. Denis soit déeolé.
Quant S. Denis sera revestu , sy die ä genous.
Doulz Jhésucrist qui m'as fourmé,
Qui par grace m'as refourmé
Qui estoie tout deformé ,
Qui en ti loy m'as enformé,
I. lO
l46 le m\rtyre de s. dems
Qui m'a8 tousjours réconforté ,
Qui m'as en tous maulx suporté ,
Qui m'as, par ta bénignité ,
Donné don de grant dignitc,
Qui m'as ton corps amenistré,
Et en ton livré enregistré;
Sire , quant de ce monde ystre
Re^ois m'åme par ta bonté ,
Qui par ta grace a sourmonté
Péchié, par bonne volentc,
Avec inez fréres que tanté
A Tanemy et tourmenté
Par sez menistres et par soy ,
Pour toy , pour ton nom , pour ta loy ,
Et garde et tien en ferme foy
Ceulz que tu as aquis par moy.
Honneur et gloire soit a toy!
Per secula secutorum.
HUMEBROUET , en levant la cogni^e.
Or avant , maistre Aliborum ;
Tendez le col , bessiez la teste.
MENJUMATIN.
Tien-te coy ; vecy songe-feste
Que je vueil avant délivrer.
Lon ooiipe ie col å S. Riutique.
M ASQUEBIGNET , en coupant le col å S. Éleuthére.
Et je vuell celuy enyvrer
Qui est sy jolis et sy baus.
HAPELOPIN, énmonstrant S. Denis.
Et vecy le roy des ribaus
ET DE SES COMPAGNONS. 1 47
Å quy il Fault rouge couronne.
HUMEBROUET , en ly coupant le col.
Tien cy, Denis; je la te donne.
Lors S. Denis prengne sa teste entré sez manis, et lez anges le mei-
nent un pou avant en chantant : Gloria tibi Domine , pois le met-
tentsous .i. coaverteur et s^en revoisent.
LARGIE , fame Lisbie, aos sergens.
Maiivais tirans^ mauvais paiens,
Pour quoy tuez les crestiens
Qui ont bonne ioy vraie et saine ?
Mais la vostre est mauvaise et vaine ,
FaussC) desloyal ^t dampnable.
HUMEBROUET.
Est-ce bien euvre de dyable?
Dame, sanglante makerele,
Par vostre sanglante querele
Fut vostre mary décolé.
Or vous ont dyabics flajolc
Et tant fait la tournebouele ,
Que vous preschicz la Ioy nouvele
D'un crucefix , d'un advolé :
Je soye occis ou afTolé
Se je ne t'espan la cervele !
Lors ly coupe le col en disant :
Tien, avale ceste pynele!
Ainssy feis-tu &ire a Lisbie ;
MEMJUMATIN.
Regardez , quel enchanterie i
Denis s'en fuit parmy ces champs,
9
lO.
l48 LE MARTYRB DE S. DENIS
Et ot-en et chans et descbans
Avecques ly sans åme véoir.
MASQUEBIGNET , comme esbihi .
Il me fauit ou fuir oil séoir ;
Car lez chans et lez braieries
Que j'ay environ ly oies
M'e8poventent et desconfortent.
HAPELOPIN.
Fuions-nous-en , dyables Temportent
Tout droit ä la foire au lendit.
MASQUEBIGNET.
Ålons-nous-en , c'est trop bien dit.
Lore 8'en ftiient å Fescennin et dient :
Sire> vous estes börs de paine.
FBSGENMIN.
Ålez, sy les jetez en Saine,
Afin que sez folz crestiens,
Ces apostates , cez rufiens
Qui nos Diex von t contrariant ,
Ne lez Yoisent saintefiant :
Gardez que plus parler n'en oye.
LES SBRGENS.
Ilz buront , ja quérez qui poie.
lM% Toiient et patsent par devant Gatulle , une boargoyse.
CATULLE j howrgqyse.
Seigneurs , ou alez sy grant erre?
HUMEBROUET.
Daone , nous alons cez folz querre
Qui sont décolez ä Montmartre.
ET DE SES COMPAGNOKS. 1 49
CATIJLLE.
Or venez , mengiez de une tarte
Que je yiens trestout droit de cuji^e.
LES SERGENS.
Dame , Mahommet le vous mire !
CATULLE.
Or (^ , séez-vous , vez cy bon pain ,
Vin de Beaune et de Saint-Poursaio,
Et sy arez la tarte entiére.
Mengiez et faites bonne cbiére.
Je voiz pensser de la mesgnie.
LEZ SERGENS , en 8oy asséant å la tahle.
Dame , alez; Mahon vous conduie!
Lors YoUe å sez varlez et ilz se assiéent å mengier.
nUMEBROUET.
(^å, donne-moy de ce mouton.
MENJUMATIN.
Mouton ? c'est tarte ; tien , glouton,
Boute en ta pance; mal feu Tärde !
UUMEBROUET, enmeiigent.
II me fausist de la moustarde.
MENJUMATIN.
Moustarde ä tarte ; tu es y vre ?
Tu pensses trop bien de ton vivrc ,
Je vueil pensser aussy du mien.
MASQUEBIGNET.
Foy que je doy Hustin mon cbien ,
Vous monstrez bien qu'el n'est pas arso
Bailliez-moy ca et croste et farce :
•■ j
l50 LE MARTYRE DE S. DENIS
Je Yueil .1. pou fourrer ma pance.
HAPELOPUI.
Å qu^l pié déa va oelle dance ?
Seroy-je mis en oubliete?
HUMBBROUBT.
Mahommet en mal an te mete !
Fauit-il qu'en te quiere nourice?
HAPELOPIN.
Mais es-tu bien et glout et nice
Qui menjus tarte sans m'entendre?
MENJUMATIN.
Escoute 9 el est choiste en la cendre :
N'en pren point se je ne t'en prie.
HAPELOPIN.
Est-el de fourmage de Brie?
En prenant.
Monstre^ j'aroy tantost vise.
MASQDEBIGNET.
Esgardez , il c'est ravisé.
HAPELOPIN.
Que deable est-ce cy? c'est tout sel.
Je suis mört au premier morsel
Se je ne bois, c'est ma coustume.
HUMEBROCET, en ly baillant plain godet de Tin.
Tu buras .i. estront; tien, hume.
HAPELOPIN.
Je humeray le mielx du monde.
Vecy vez comment a Vau-profonde
l^% nonnains boivent en couvent.
Cy hohc.
ET DE SES COMPAGNONS. l5l
HUMEBROLET.
Je croy que tu y vas souvent;
Tu as trop bien retenu Tordrc.
MENJUMATIN.
Tu sces trop bien humer el morcire.
Met 9a se godet, sy bcray.
UAPELOPIN.
Or tien, ten t et je verseray.
Lors mete du vin au godet.
MENJUMATIM.
Je vucil Iremper inaconscicnco.
Cy boive.
MASQUEBIGNET.
Tu es maistre en celle science.
Je croy que tu viens de Rouen.
MENJUM ATIN , en ly donnant ä boire.
Vendenges sunt belles ouen :
Tent et boy d'autant et d'autel.
MBSQUEBIGNET.
Preste-moy .1. buletel
Pour le couler par my ma gorge.
MENJUMATIN.
N'as-tu pas veu comnnent jc lorgc?
Fay aussy, tu ne pues faillir.
MASQUEBIGNET.
En Teurc le verras saillir
Par mau pertuis en 1'orde granche.
Boive.
MENJUMATIN.
L'as-tu boulc dedcns ta manche ?
l53 LE M ARTYRE DE S. DENIS
Que dyables est-il devenu ?
Tu n'as mestier de sel menu
Pour aguisier ton appétit;
Je vueil boire ou grant ou petit.
A-il rieus, dy? Monstre-moy celle pinte.
En tendant le godet.
MESQUEBIGNET.
Tu entreras en fiévre quinte
Se tu bois, ou seras éthique.
MENJUMATIN.
Esgar, me lis-tu de phisique ?
Met cy, met, tu me veulz tromper.
MASQUEBIGNET.
Oncques mais je ne vy ton per ;
Tien, sy boy male palesin.
En ly venant.
MBMJUMATIN.
Je buray ce jus de roysin;
Tu buras se tu veulz ton offire.
Boive.
MASQUEBIGNET.
Tire, tire, met en ton coffre.
IfENJUMATIN.
Voy cy bon vin sans mais remors : '
Or sus alons noier ces mors ;
Sy les mengeront Icz goujons.
HUMEBR013ET.
Trout, au gibet ne nous boujoqs,
BT DE SES GOMPAGNONS. 1 53
Les loups en venron t bien å chief.
MENJUMATIN.
J'auray la goute crampe ou chief
Se je ne dors trcstout mon saoul.
MASQUEBIGNET.
Foy que je doy mon gris chat Raoul ,
Et je Yueil dormir ä mon aise.
HAPELOPIN.
Attendre fault nostre bourgoise
Pour la mercier, c'est raison.
HUMEBROUET.
Cest bien dit; or nous reposon.
C y 86 aooubtent sar la table comme se ilz dormiflsent.
CATDLLE , å sez varlez.
Varlez, je vous pri chiérement
Que vous alez secrétement
Enterrer ces .11. bons corps sains
En ung de mes champs bien loingtains ,
Et gardez que Dave ne vous voye.
LE PREMIER VARLET.
Dame, se Joves me doint joye
Nous le feron trés-volentiers.
GATULLE.
Alez-moy doncques les sentiers
Et iaissiez iez chemins royauiz.
LB SEGOND VARLET.
Dame ^ voz sers bons et loyaulz
Sommes tousjours , vous le savez.
En .1. des chåmps que dit avez
I 54 l^E MARTYRE DE S. DENIS
Les vous logcroDs en ixiu lieu.
CATDLLE.
Alez ; k Mercure mon Dieu ,
Se Dieu est, se non, je supplie
Cy voise å genous.
Au Dieu qui m'a donné la vie
Que se nos Diex ne aont pas Diex ,
Et seul Dieu est le Dieu des ciex ,
Pour que ces .iii. bonnes personnes
Ont eu tranchiées leurs couronnes ,
Par sa pitié , par sa puissance ,
D'erreur et de fole créance
II vueille m'åme délivrer,
Et embraser et enyvrer
De son amour et de sa grace
Gy s*en retoume tantost aus sergeiis.
LES VARLES CATULLE.
Amen , Dame, et aussy nous face.
Cy portent S. Rustique et S. Éleuthére en brouette ou civiére apres
S. Denis. Retoumée , die CatuUe aus sergens.
Comment da , mes bons chanpions ?
HUMERROUET.
Dame, nous vous attendions
Pour vous mercier de vos biens.
MENJUMATIN.
Ne nous espargniez, Dame, en riens;
Pour vous sommesappareilliez.
MASQUEBt^NET.
Ja ne serons sy traveilliez
BT DE SES COMPAGNOiNS. 1 55
-t-
Qu^ä vous ne solons tost et tärt.
HAPELOPIN.
Dame, le Dieu de Mont Fétart
Vous gart les reins et le talon !
Yoysent ou ilz voulront.
CATULLE.
Et il vous meint au grant galon.
LE PREMIER VARLET.
Fouons cy, sy lez enterron ,
Et mettonssur eulz .i. perron
Afin que on sache \h ou ilz son t.
LE SECOND VARLET.
Tu diz bien ; fouons en perfont.
Cy facent semblant de fouir et les cuevrent d*uii dräp.
LE PREMIER VARLET.
Compains, alon-m^cn; il sont bien.
II ne sera ne lou ne chien,
Qui mal leur face de sepmainne.
LE SECOND VARLET.
Trop duy esbahy de la painne,
Des maulz , des douleurs et des pertes
Qu'en corps et en biens ont souffértes
A cuer joyeux et esveillé.
LE PREMIER.
Encor suy-je plus merveillé
De ce bon preudomme Denys ,
Que quant il fu mört et fénis
II prist entré ses mains sa teste
Et 1'apporta cy ä grant feste
1 56 LE MARTYRE DE S. DENIS
Que les engeiz du ciel Ihisuieiit,
Qui Ic preudomme conduisoient,
Qui ä grant lumiére et doulz chans
L'admenérent ycy aus champs,
Pourquoy je cuide quMl soit saint.
LE SECOND VARLET.
De bouche et de cuer vray|, non faint ,
Doit e^tre loez celly sire,
Qui apres tourment et martire ,
Apres angoisse et desconfort ,
Donne repos, joye et confort.
A luy me rens, en luy je croy,
Vivre et mourir vueil en sa fov.
II est temps de nous retourner.
LE PREMIER VARLET.
Alon-m'en sans plus séjourner.
Cy voisent å CatuUe.
LE SEGOND VARLET.
Vostre vouloir , dame , avons feit.
CAT13LLE.
Paixl il soufBst ; c'est ung bon tait :
Loez en soit Dieu et sa mére!
Gy 86 assient ou il s^ewroysent.
S. SENGTIN.
Vous savez, Anthonin , cher frére,
Que Saint Denis , nostre cher pére ,
Nous encharja, vivant, qu'escripre
La maniére de son martire
Diligemment nous voulsissions,
ET DE SES COMPAGNONS. I 5"]
Et au pape le portissions.
Diligemfaient l'avons descript :
Portons au pape nostre escript
Et nous mettons tost au chcmin.
ANTHONIN.
Vous dictes bien, frére Senctin .
Alons- en , de par nostre sire,
Qui par tout nous vueille conduire.
Gy voisent un pou avant.
s. SENCTIN , å un hostellier.
Seigny, Diou vous dont bona vite.
l'ostellier.
Bien syas vingut , fraire hermite.
S. SENCTIN.
Seigny, vouras nous hébergier?
l'ostellier.
Fraire, pour famour dan denier,
Par uion cap , vous herbergueray ,
Et sy vous admenistreray
Tout aquo que votz commendar.
S. SENCTIN.
Chambre vous voulons demandar
Pour nostre recréacion.
l'ostellier.
Cy aurés habitacion.
En monstrant lit et table.
Le lit et prest, la table et mise ;
Pain et vin aurcz ä devise ,
Char et poisson , ceufs et fourmage ,
1 58 LE MARTYRE DE S. DENIS
Tripes, flaounez ^ fruis , gras potaige ;
N'ayez soing quc de bien pågar.
S. SENCTIN.
Ne vous en laut point esmaiar :
Nous avons bonne bourse aussy.
En prenant sa iiiain.
Bon hoste , bon touchar , amy.
l'ostellier , en Ii frapant sur Tespaule.
Fraire , je vous tendray lout alse.
S. ANTHONIN, en se couchant sur le lit.
Helas! je suys trop en malaise.
Je n'cn puis plus, Senctin, biau fraire.
S. SENCTIN.
Frére Anthoniu , Dieu qui est pére
De toute consolacion,
De ceste tribulacion
Vous doint confort et alléjance !
8. ANTHONIN.
Amen ; mais, pour Dieu , rordenance .
De saint Denys adcomplissiez.
Se Dieu vuelt que viegne sur piez
Je vous suivray quant je pourray.
Se je ne puis, cy demourray;
Céans orrez de moy parler.
S. SENCTIN.
Je m'en vueil donc, beau frére, aler,
Puis qu'il vous plaist , tout droit ä Rommc.
Gy die å Tostellier :
Seigny , vous me semblés preudomme :
ET DE SES COMPAGNONS. 1 69
Mon frére et en grief maladie,
Laissier me le faut ; sy vous prie
Que Ii vueilliez baillier et faire
Ce qui lui sera nécessaire :
Voy cy du linge en ce paquct.
En ly monstrant.
D'or et dvärgen t en un saquct
Qui est cy dedens a grant masse.
Se Diex ordeine qu'il trespasse,
Si l'enterrez en révérance,
Et s'il vient en convalesccnce ,
Premier, loyaument vous paiez
Et le demourant luy bailliez
Entiérement et loyalment.
l'ostellier.
Par queste arme ! diligemment
Feray faire ce que digas.
S. SENCTIN.
> Fbrés , Seigny ?
l'ostellier.
Hot n^en doubtas.
S. SENCTIN.
A Dieu soyez !
L^OSTELLIER.
Adiou syas !
Cy totee un pou avant S. Senctin , et puis se assiée å terre , et Tos-
teilier emnre le paquet et preigne un saichet plain de caillouz et le
monstre aus gens en disant :
Ventre bcu, ont tirelopins
De florinaz tant grans lopins!
l6o LE M ARTYRE DE S. DENIS
Par questa gorge ! aquel hardel
Ne verra jamais son fardel ,
Et face du puis qu'il poura ,
En aquel quignet demourra.
Gy le mette å part et puis die au målade :
Fraire, digas, comment le faiz ?
S. ANTHON (N , les maiiis joiutes.
Tous mes péchiez , tous mes mefTaiz
Me vueilliez, vray Dieu , pardonner ,
Vostre grace et gloire donner,
Par les priéres précieuses
Et les méritcs glorieuses
De saint Denys vostre martir !
De ce monde me faut partir ;
En voz mains m'åme recommande.
Gy croise les mains et face le mört.
l'ostellier.
Or ay-je ce que je demande :
Linge et argent et robe aray
£n le despoillant d*aii de ces vestemens , die :
Ne jå ce corps n'enterreray;
Mais le plain vol senz prendre corde
Le trénerav en la fosse orde
Ou deacent le fiens et Tordure
Du bestail de ma noureture.
Gy le trayne en une fossette prés d^ilec , en dysant :
Or 9äi, voise se halerel,
ET DE SES COMPAGZVONS. 1 6 1
En la fossc de marderel.
■
£u le jectant en la dicte fosse en laquelle S. Anlhonin si toille son
▼isaigc de boe. Cy Ii mette un hoys deBsus, puis die :
Fraire , dors-toy en celle bourbe,
Tu n'as åme qui te destourbe :
Quant dormy auras, sy t'esveillc.
jHisus.
Mjchiel y va sus, plus ne sommeilic.
Di a Senctin la madvestié
De son hoste, hommc senz pitié ,
Et hiy dy (Jue tantost rctourne
Et ä la fosse droit s^en tournc
Ou frére Anthonin est jecté.
Je vueil qu'il soit resuscitc
Pour Tonneur et dilection
Du bon Denys, mon champion,
Qui pour moy (ut martirisié.
Par quoy je vueil autorisié
Soit son martirc en saincte Église.
Va tost, et le fait Ii devise
De son faulz hoste et la maniére.
S. MIGHIEL.
Vray Dieu , je y voys a bonne chiére.
Cy voise i S. Senctin qui face semblant de dormir , et quant il scra
venuz, die :
Frére Senctin , dors-tu ou vueilles ?
Or entens bien lourdes merveilles.
Saichies de vray que ce feulz Iraytrc,
Ton hoste, comme faulz menistre
f. 1 1
1 62 LE MARTYRB DE S. DENIS
Si t^a feilli de convenent;
Car bien asiicbes que maintenant
Par son ardente convoitise
Qui pour le tien avoir l'atise,
Ton saint compadgnom Anthonin ,
Qui est feny de bonne fin,
A trayné nu et despoillic,
Jette en la bourbe et broillié
De la puante fossc ou vont
Les orines puans que font
Ses bestes ä poil et a leine.
Va tost; sy Ven öste et l'ordcinc :
Dieu le fera suz piez ester.
Lors vous deuz , senz point arreslcr y
Parfaictcs vostre bon voiagc.
Cy s'en revoise scoz chanter.
s. SENGTIN, ågenous.
Dieu , qui créas homme ii t^ymage
Pour luy donner ta vision ,
De ccste visitacion
Tant com je puis te regracie ,
Et de la trés-grant courtoisie
Qu'i moy et mon frére feras
Quant de mört le susci teras.
A luy m'cn voiz; gloire et honneur !
Cy voise å Toste et luy du; duretnenr :
Ou est, di, mon frére Anthonin?
l'0STE, en Aoiispirant.
Helas , chetiz ! seigny Senclin,
ET DE SES COMPAGNONS. I 63
II est mouruz ^ le fin preudomme ,
Tandis qu'estes alez a Romme,
Enseveliz en vostre tel le
L'ay, la piéce la plus bellc,
Et enterrez honnestement.
S. SENCTIN.
Tu mens, tu mens , faulz garnemenl ;
Filz de dyable, tu Tas jecté,
Le bon corps plain de saincteté ,
En la privée h tes chevaulz,
\ tes vaches, ä tes dievreaulz ;
En celle bourbc , en cclle ordurc
Lui as baillié sa sépulture.
Ours affamé , lou enragé ,
Ta fausseté, ta mauvaistié
Te monstayré, vaz, passé avant.
£n le boutant.
l'ostellier , en allant.
Seigny , je voiz , en vaz devant.
s. SENGTIN, åFostellier.
Öste celle ars d'illec dessus.
l'ostellier , en ostant Fays.
Volentiers.
Cy öste Taez.
s. SENCTIN, ä S. Anthonin.
Frére , levez sus ,
Vous avez trop orde liclicre.
En le trayant hora.
En la main tailes bonne chiérc,
1 1.
I 64 LE MARTYRE DE S. DENIS
^-^— ^— ^— »^— ^ ^1^— — ^— ^»^— ^»i^— ^■^— ^— ^^ .^»^i^p^—i.^— — «—
Dicu vuelt qu'enscmble parfacions
Ce qu'ensemble empris avions
Par Tordenance saint Denys.
S. ANTHONIN.
Le cloubz Jhésucrist soit bénis
Qui par sa grace nous parface!
S. SENCTIN.
/fmeriy frere ; il faut vostre face
Fourbir et nettement lavcr.
En l'essnyant.
l'ostellier.
Trop convoiteuz el Irop avcr,
Trop fclon et trop oultrageuz,
Fotz hors du scns, fel courageu/,
Ay trop estc, je le voys bien.
Du vostre ne reticndray rien ;
Voy cy tout, beaulz seignies, tencz.
En leur baillant le paquet.
A vo plaisir du mien prerlez ;
En meflFait ne gist que Tamende.
J'ay forfait vers vous, je 1'amende;
Quant en la fosse le rucy,
Mört estoit , pas ne le tuey ;
Mais trop horriblement mespris
Quant fu tant d'avarice espris
QuMionnestement en séputture
Ne le mis; mais je , faulz parjurc ,
Conlre ce qu^avoye promis ,
En punaisie ordc le mis;
ET DE SES COMI> AGNOMS. l65
Ce mc poisc , pardon rcquier.
s. SENCTiN y å Anthoniii , en Ii baillant son vestcment.
Revcstez-vous, mon frcrc cliier ,
Sy irons en noslrc voyaigc.
Cy die å Tostellier :
Seigny, b\l avez fol oultraigc.
Cest trop outrageusc traison
Contre Dieu et contrc raison,
Quant hostellicr griévc son hoslc
Qu'il doit gärder comme sa coste
De tout mal et de tout obprobre ,
Le sien gärder com le sien propre,
Luy admenistrer loyalment ,
Prestement et diligemment ,
A son.povoir ses nécessaires.
Or avez fait iaiz touz contraires ,
Qui est grant et horrible ofTense,
Que Dieu, qui scet tout quan(iu'on pcrise ,
Quanqu'on fait, qu'on dit, qu'on dira ,
Que qu'ii attende punira
Se vous meismes n^es punissiez ,
Et vous ne vous convertissiez
A tout bien avecques sa grace.
Tant donc coqi; vous avez espacc
De repen tir et de bien faire,
Vueillez vous, beaulz amis , rctlrairc
De convoitise et d'avarice ,
Qui est, ce sachiez bien , un vice
Qui csl racinc de louz niaulz ,
I 66 LE MARTVRE DE S. OEiNiS
Qui les gens fait tray tres et faulz ,
Desloyaulz, félons^ scnz pitié ,
Senz charité, senz amistié,
Ydolatres com sont paiens.
La cause assignent elers seiens ,
Gar ramouf et raffection
Qu^iiz deussent par dévocion
En Dieu leur créateur avoir ,
A tout leur povoir et savoir ,
Hz la mectent en leur pécune
Ou en créature autre aucune
Qui ne leur puet en riens aydier,
Quant il eussent d'ayde mestier;
Pour ce, Dieu , dont ilz n^ont nul soing
Les laisse aussi a leur besoing,
Si s'en vont en enfer chargiez
De leurs maulz et de leurs péchiez.
Mon bon ailiy, prenezcy garde :
Qui feu nourrist, il feut qu'il ardc.
De rnal faire du tout cessez ,
Et puremen t vous cönfessez;
Soyez loyai et véritable ,
Surtout amez Dieu primerain,
Et apres Dieu , vostre prochain.
Ainsy pourrez-vous sainncment
Pourchacier vostre sauveiiaen t.
M'entendcz-vous ?
L'05TELt-IEU.
Hoc ben , scigny ;
Moult trés-bicn in'avez enscigny :
ET DE SES GOMPAGNONS. 167
Trés-grans mcrcis,* Dieu le vous mire !
S. SENGTIN.
Grant grace a fait uostre Sire
Quant vous deuz a viviiiez
Qui estiez mortifiez,
L'un par moi^t esperilueie
Et (Pautre) par mört corporcle.
Folz est qui en lui ne vuelt croire :
A lui soit tout honneur et gioirc !
^FIN DU JEU SAINT DENYS.
On poet cy iaire fin en la maniérc qui cnsuit
Maintenant trop bien mc souvicnt
D^un biau dit qui bien a point vicnL
Qui est bon ä mettre en mcmoire.
N'cst pas digne , dit saint Grégoirc,
Personne nuUe ä qui on donne,
Se grc n'en rent, qu^on Ii redonno.
Cest tout vray j car ingratitude
Est un ven t si froid et si rude ,
Ce dit monseigncur saint Mernarl ,
Qui gcle et seiche, et brulle et art,
Dirc vuelt que c'est un i>cchic
Qui gielle Feaue de pitic ,
Seicliie la roscc de gråcc ,
Brulle et adnichilc et eilacc
l68 LE MARTYRE DE S. DENIS ET DE SES COMPAGNONS
La doulceur de dévocion
Et l'uneur de compunction ,
Et art et destruit charité ;
Si est raison et équif4^
Qu'au jour d^uy gr&oe ä Dieu rendons
Par qui grace au jour de huy avons ;
Pqis donc qu'ä ce sommes tenuz ,
Cbantons : Te Deum Laudamus.
Lurs s'en voisent chantans.
CY Fl.NE LA VIE S. DENIS ET DE SES COMPAIGNONS.
CEST LE MIRAGLE
COMMENT LES ANGES FIRENT JOYE QUANT
MADAME S" GENEVIÉVE
FUT i\EE.
SA MÉREy en cstant die , etc.
Doulz Jhcsucrist , jc suis encointc
Et toute prcste de gcsir;
Oicz en pitié ma complainte
En aconplinssant mon dcsir :
Cest^que lignier aic sy sainte
Qu'ellc fece voslre plaisir ;
Sire, gardez-moy d'estre estainlc
Et ma porteure de périr.
Puis dic en soy lessant chcoir ä terro :
Aide, aidc, Vicrgc Marie!
Le cucr mc fault, jc n'en puis plus
170 LES MIRACLES
SA GliAMBERiÉRE , en 8oy seignant-
Diex! que Madame a grant haschicr !
Benedicite D ominus
Bien fut sotc la druerie
De quoy sy gryés maulz sont vcnus.
Or me gart Diex de puerie
Dont mon corps soit ainsy tenus.
Lon se aée enprés la mére.
Cy chantant les anges : Yirginis prolet , ou .1. autrc, sanz soy
bougfier de Paradis; puis se Kéve la chamberiére et tetaanC i. en-
fant enmallioté, et die :
Madame, oiez bonne nouvele,
Faites bonne chiére et joyeusc,
Vous avez une fille beiic,
Grace å Vierge glorieuse ,
En Ii monstrant.
Regardez, se semble une estcllc
Tant est plaisant et gracieusc ;
Or 9^1, donnez-ly la mamclie,
Sy en sera plus vcrlueuse.
LA MÉRE , en prenant Tenfant.
Doulz Jhésucrist, qui de penance
M'avez ostée et de douleur.
De bouche, de cuer, de puissance ,
Vous rend graces, gloirc et honncur.
VueilHés mon enfant de grcvancc
A des gärder et de folcnr,
El Ii donnez persévcrancc
DE SA INTE GEKEVIÉVE. 1'yi
En tout bicn sanz nul déshonncur.
Lon face semblant de Talleitier .i. pou, puis se siet avecques son
mari , tendys qiie lez évesques parleront, et GeneTiére soit avec-
ques ealz en cote eC en diaperon.
ConuKent monseigneur saint Germain d^Aucerre t^fereeut par le
Saint^Eiperit la Saincte yierge en mf le peuple^ en disant que
eUeestoitde Dieu eslite; S, Remjr^ arcet^sqiie de Heinsj die a
S, Germain, éuesque étAucerre, et ä S. Lou^ ci^sque de Trots:
Révérans péres, vous savez,
Et de nouvel oy avez
De rérésie qui méhaigne
Ly pluseurs de la grant Beriaigne,
Qui dient que lez cnfans nez
De pére et de mére renez ,
Ou saint sacrement de batesmc
Wont mestier d'yaue ne de cresme,
Ne potnt n'ont nécessitc d'estrc
Plus baptisiez de main de prestige.
Vous savcz c^est erreur perverse
Qui contrairc est et adverse
A nostre sauveur Jhésucrist,
Lequel ä Nichodemus dist,
Que tout homme de mére né ,
Se vrayement n'estoit rene
Du Saint-Espérit de yaue,
S'åme ne pourroit estre sauvc.
Cecy est tiexte d'Euvangile ;
Et pour ce, general concile
Par le papal commandeinent
l'J2
LES MIRACLES
Åvons tenu solennement^
De prélas du royaume de France,
Lez quelz par commune acordance
Vous ont esleuz ä cest négocc
Pour lez diz Bretons, prez d'Escocc,
Ramener ä foy catholique ,
Et par escripture ententiquc
Adnichilcr leurs hérésies.
S. G£RA|AIN.
Chier sire, les prclaz leurs vies
Et leurs biens doivent exposcr
Sans soy excuser ou gloscr,
Pour la foy, pour le bien publiqiie
Et pour FÉglise apostolique;
Et pour ce, puisqu'ä nos seigneurs
Il a pieu, tant grans que meneurs ,
Nous eslire pour cest aiairc,
Nous sommes prés de nous y iraire ,
Et de labourer et pener,
De ceulz ä la foy ramener
Qui sontnon croyansou bcrites.
S. REMY.
Evesque de Troye, que dites?
S. LOU.
Volentiers, sire, y labourré
A tout le mieulx que je pourré.
Combien que le fait soit grevable,
Nienb mcins il est moull charilablc,
El mouil digne chose fcroit
Qui hors d*erreur lez jctcroil-
DE SATNTE GENEVlfeVE. I »^S
Nous sommcs tous prés de mouvoir
Selonc vostrc papal povoir :
Nous donnez, sire, bénei^on.
s. REMY) en levant la main.
Jhésus qui, pour la malei^on
Ostcr d^original péchié
De quoy chascun nest cntechié,
Inslitua le sacrement
De saint balesme saintement,
Vous vueille sauver et conduire!
S. GERMAIN ET S. LOU.
Amen^ et a Dieu soiez, sire.
Cy voisent un pou avant , et S. Germain, en regardant
saincte Geneviéve , die :
Je voy lä une damoiselle
Saincte et dévote, et bonne et belle ,
Remplie de la grace Dieu.
S. LOU.
Sire, je vous pri, en quel lieu?
s. GERMAIN, enlamonstrant.
Yllecques enmy celle gent.
S. LOU.
Cest .1. vessel et bel et gent,
Pour voir, plain de bien et de grace.
Nostre sire Diex la parFace!
s. GERMAlN, ä pére et å mére.
Mes bonnes gens de ceslc ville,
Dites-nous qui est ccstc fille.
174 ^^^ MIRACLES
SENE I le pére saincle Geneviéve.
Mon chier åeigneur , vecy la mére
De Tenfant, et je suis le pére.
S. GERMAIN.
BonHes gens , bien estes ereus
D'ayoir enfant sy piantureUs,
De grace de Dieu tant amée
Que dez Veure qu'elle fut néc
Les anges en firent grant fesle.
Conversation trés-honneste
Et saincte yic minera.
Mainte personne bien fera
Par son bien et par sa doctrine,
Et maint pécheur qui mal chemine
Sera sauvé par ses mérites.
Qä , ma belle fille , or me dites ,
Voulez vivre en virginité?
SAINCTE GENEVIÉVE.
Mon tré-schier seigneur, en vérité,
Vous demandez sen que désire.
N'y fault p\uÉy fors de nostre siro
Vueille acomplir å son plaisir
Par vos priéres mon désir.
S. GERMAIN.
Ma fille , riens ne vault le dit
Se le dit au dit contredit.
Pour cen , acomplissiez de &it
Cen que dictcs; car qui ne fait
Quant (airc puet ne fait quant veult ,
Et Dieu plus de bien donner scuit
DE SAINTE GEIfEVlEVE. 1*^5
A celui qui le miclx l'employe.
Lors prengne .i. getå terre en disant:
Diex ! doDt vient or cestc monnoic?
Ma fille , prcnez cc dcnier ;
Dieu Pa voulu pour vous forgicr.
A vostre col le porterez,
En Signe que bien gardcrez
La chastetc qu'avez promise \
Fuiez joyaus , Fuiez cointise ,
Or, argent, pierres, paremens,
Caroles , jeus , esbatemens ;
Gar s'ua pou vous y dclitiez
Et lez biens mondains convoiliez,
Tantost perdriez les biens du ciel :
Je vous commende ä saint Michiel.
S. LOU.
Fille , Tajiemy hape et pille
En tou8 temps et en toutes places ,
Par blandicemens , par menaoes,
Par prosperités , par doulceurs ,
Par adversitez , par douleurs ,
Ou en apert ou en couvert.
Sy doit Tueil du cuer estre ouvert
Por gärder Fåme de périr ,
Et Taide de Dieu requorir •
Sans lequel nul n'y a victoirc.
Beilc (iilc , aiez en mémoire
Qu^en aise périst chasteté
Et en honneur hunnilité^
176 LES M1RAGLES
El pitié souvent en richeses.
Ét pour ce , prenez tes adreces
Qui meinent ä Dieu seurement;
Yivez povrement, humblcment ,
Suivez les sermons et TÉglise:
Que qui en vous sa grace a mise
En tout bien vous vucille par&ire!
SAINCTE GENEVIÉVE.
Mez seigneurs, or vous vucille plaire
A prier Dieu pour vostre ancclle!
S. GERMAIN ET S. LOU.
A Dieu soicz, bonne pucelle !
Lors voisent mi ilz vourront.
Commeni la mére saincle Gene^iéve {devint) avengle pour ce quelle
U donna une huft , ei commeni Dieu fy rendit la t^ue par Icz
priéres ei mérites de ladite vierge sa filk*
CÉRONCE, mére saiucte Generiévd.
Ma fille, je vois au moustier.
SAINGTE GENBVIEVE.
Az Madame I je vous requier
Qu'avecques vous au moustier voise.
LA MÉRE.
Or le lez, et ne me fay noise ;
Garde Tostel, atten-moy cy.
SAINCTE GENEVIÉVE.
Ha , Madame ! pour Dieu mercy ,
Se je ne vois souvent au messcs
Commcnt tendray-jc lez promcssos
DE SAINTE GENEVIÉVE.
177
Que j'ay promis å saint GermaiD ?
LA MÉRE , en la bufetant.
Je te donneray de ma main ,
Garsse , fault-il que me responnes ?
Ne passé de nostre hiiis les bornes j
Va-t-en tost.
S\1NTE GENEVIÉVE.
Volenlicrs, ma mére.
Cy se retoume en disant :
Doulz Jhesucrist , espous et pére
Des vicrges, volentiers alasse
A vostre saint temple ; méz lasse ,
Je ne puis, vous le savez , sire ;
J'en av ma mcre esmeue ä vre
Dont il mc poise amérement.
Sy vous supply premiérement
Que ie me pardonnez , et, puis
Qu'aler ä 1'église ne puis ,
Mon vouloir reputez pour iait.
Cy se siée.
LA MÉ R E , en touchant sez yeulz .
Diex , Diex ! qui m'a ce tour fait?
Diex , qu'ay-je és yeulz ? est-ce ore goute?
Certes, nennil : je n'y voy goute.
Hareu ! dont vient ceste aventure?
A ! lasse aventure bien dure
Qui durement me desconfortc !
Lasse , je n'y voy buis ne porte ,
Lasse, perdue ay ma lumiére!
I. 13
178 LES BURACLES
Lasse, pour quoy, par quel maniére?
Diex! je croy qu'ainssy Pay perdue,
Car j'ay ma (illc ä tor t ferue
Qiiant au moustier venir voiiioit.
Je ne voulu, sy s'en douloit :
Je la féris, sy fis que foie;
Car trop bien du bien me recole
Que saint Germain d'elle disoit.
Le roy du ciel doint qu'il y soit
Qui mon pechié et ma folie
Me pardoint, au quel je suppiie
Que se ma fille il a esleue,
Pour-s^amour me rende la veue.
Ma belle fille , 9a , venez :
A 1'yaue alez, .1. pot prenez ,
Sy m'aportez de nostre puis. '
SAINTE GENEVIÉVE.
Tantost y Madame , se je puis.
Cy preigDe .1. pot et voise prez d'illecques ou iine quciie soit 011
pierres comme la gueule de .1. puis. Lä s'acoute dessus et pleure,
et essuie scz yeulz et die i
Hé! doulz Jhesucrist! que ma mére
Trait de paine et d'angoisse amére
Quant point ne voit des yeulz du chief!
Cest par moy, c^est par mon meschief.
Cause a voit de soy courroucier
Quant je ly prins å repliquier;
Sy vous pry que m'en punissiez
Et que ma mére guarissiez.
Ijon essuie sez yeulz et puise de ]'yaue et s'en revoisc, puis die :
DE SA INTE GENEVIEVE.
»79
Vecy de l'pue belle et clére.
LA MÉRE.
(^a , ma BUe.
SAliNTE GENEVIEVE.
Tenez, ma mére,
De par Nostre Seigneur, bevez.
La mére prengne le hanap et die :
Belle fille, la main levez;
Sy feltes une crois dessus.
SAINTE GENEVIEVE.
Benedicite.
LA MÉRE.
Dominus.
SAINTE GENEVIEVE.
Le roy du ciel qui nous créa ,
Qui en la crois nous recréa ,
Qui les muez faisoit parler ,
Aveugles veoir, contrais aler,
Qui espandit et yaue et sanc
Pour faire humain lignage franc
De la general maléi^on ,
Envoyé cy sa bénéi9on
Par quoy puissiez ravoir la veue
Que pour moy , mére, avez perdue.
In nomine Patris, et Filuret Spiritus sancti ,
LA MÉRE , å jointes mains.
jimen ! Diex doint qu'il soit ainssy !
Lon motiUe ses dois en l'yaue et touche sez yex et die :
Je voy .1. pou; loé soit Diex!
12.
l8o LES MIRACLES
Item face seconde^ent comme devant, et die :
Mercy Dieu! encor voy-je micix.
Item tiercement et die :
Gråce ä Dieu, or ay-je grant joye,.
Gar je voy comment je souloye.
I.ors die ä sa fille :
Bellc fiilc, alez au moustier
Et aus sermons, (je Tay bien chier,)
Toutes les Ibys que vous vourrez.
Servez Dieu au mielx quc pourrez :
Nostrc Seigneur m'en face lie!
Cy chantent les anges
SAINTE GENEVIÉVE.
Madame et je vous en mercie.
Lors veste son mantel, ohief et cuevrechief å diadéme, et puis voise
å Paris demoiirer.
Cy apres ensuit partie des miracles que Nostre^Seigneur fisi
par les mérites madame sainte Gene^ét^ deptiis gfi'eile vint ä
Paris.
Comment madame sainte Geneviéve apres la mört de son pére et de
sa mére ala demourer å Paris.
Dieu benoist , benoiste Trinité ,
A ta pucelle , ä ta meschine ,
Par ta doulceur, par charitc ,
T'oreiHc de pitié encline ;
Ne seufTre pas que je décline
DE SAINTE GENEVIÉVK. l8l
N'en pécbié, n^en iniquité,
Mais par gråce m'åme enlumine
Et. me tien en vii*ginité.
O tres doulce vierge Marie!
Pour mon salut vueilliez ourc*i*
Que l'aneiny par tricherie
Ne puisse m'åine devourer !
Dame, pour vous niielx bonnouror
Et servir en saintimonie
A Paris m'en voies demourer:
A vous oomiuans corps, åme et vic ,
O sains anges de Paradis !
Vueilliez moy dcffendre et conduire ,
O sains prophetes de jadis ,
O les apostres nostre Sire!
Et vous qui receustes martirc ,
Confez , vierges , lez Dieu amis ,
Priez h Dieu pour moy , que nuire
Ne me puissent ly anemis!
Lon 96 tiengne devant Paris iin pou avaot ou chainp , et illecques
8oit un potic autel suz le quel sött Tiinage Nostre-Dame, et devani
Tautel une fourmete pour soy mottre å oroiaon, et bien. prés soit
son lit fait de une tablc en hault et un povre couverteur dessuz et
.1. oreillier de bois.
Comment sainte Céline de Mtaulx iacompaigna ä matlame sainte
Geneuiéve^ et comment sainte Geneuiéi^e guarit la chambericre
de la dite sainte Céline y qui auoit esté .u. ans målade,
SAINTE CKLINK, å sainle Geueviéve.
Madanioyselle , s'il vous plenst .
1 83 LES MIRAGLES
Et Dieu me donnast, qu'estre peust
Qu'avecques vous je demourasse ,
Liée en fusse et mielx m'en acnasse,
Car bien S9ay que mieix en vauroye.
SAINTB GBNEVIEVE.
Belle suer, quelle que je soye,
Vous me monstrez grant amistié.
Le rov du ciel par sa pitié
Sy vous vueille en tout bien parfaire!
Moult me piaist et moult me doit plaire
Vostre devote compagnie.
SAINTE CÉLINE.
Dame, je vous en rcgracie.
Le mirack de la ctiamäenere.
SAINTE CÉLINE.
Madame, j'ay une pucelle
De bonne contenance et belie
Qui m'a servie longucment;
Mais .11. ans a que nuUement
Ne se puet de son lit lever :
Le mal ne ly fait qué agrever;
Prengne-vous en pitié, pour Dieu !
SAINTE GENEVIÉVE.
Ma suer douice, alons suz le lieu.
Lors voise un pou avant et la soit une joene målade couchiv.
SAINTE GENEVIBVE.
Chiore amic, comment vous csi?
DE SAINTE GENEVIÉVE. 1 83
MARGOT.
Il in'est, Dame , comme a Dicu plaist.
Jc suis malaclc et av esté
Par Jouble v ver et double esté,
Et tousjours va de mal en pis.
SAINTE GErSEVlÉVE.
IVramie, se .ix. ans ou dis,
Voire par toute vostrc vie
Dieu vous tenoit en maladie,
Vous Ten devriez mercier ;
Cai* Dieu seult lez siens chasticr
Pour lez esprouver ou purgier,
Ou pour lez gärder de pcchier,
Ou pour leur donner plus grant gloire y
Car Dieu la paine transitoire
Mue en pardurable léesce
Aucune fois , pour sa haultesce
Et sa grace ^u peuplc monstrer.
Celui qui la voult demonstrer
En pluseurs ipaladies griéves,
Vueille que maintenant te liéves
Toute saine de corps et d'äme.
MARGOT.
Jinen\ ainssy soit-il, Madame!
SAINTE GENEViÉVE, (m U seiguaiit et en prciiant sa inaii>.
Or ^-a la main, ma doulcc sucr.
MARGOT , en soy levanf .
Doulz Dicu, el de bouche et de cucr
Vous rend graces a raon povoir.
Dame , je vonsissc voijoi
1 84 ^^^ MIRACLES
Virginité, qu*en dites-vous ?
SAINTE GENEVIÉVE.
Vous demourrez avecqnes nous,
Et se Dieu vous donne constance,
Ferme et humble persévérance
Ou saint propos de chasteté
En la gardant par aspreté,
Lors pour avoir plus grant mérile
Et qu'en vous plus tost soit destruite
La pointure de mariage ,
És mains d'un prelat bon et sage
Pourrez fäire en humilité
Le saint veu de virginité,
Sauf meilleur conseil que le mien.
MARGOT.
Ccrtes, Madarae, vous dites bien,
Ce me semble, et bien m'y acorde,
Et Dieu par sa miséricorde
Vous rende lez biens que me faictes.
SAINTE GENEVIÉVE.
Tous biens, toutes euvres partaictes ,
Belle suer, descendent des ciclx :
Encore nous fera Diex mielx
Se de bon cuer nous le servons.
Faisons que s'amour desservons ;
Sy ne pourrons mal cbeminer,
Ne mal vivre, ne mal liner :
Retournons qnant temps en sera.
DE SAINTE GENEVIRVE. 1 85
SAINTE CÉLINE ET MARGOT.
Alons, Damc, ou il vous plaira.
Cy retournent ä lear hostel et sainte Geneviéye se mete å oroison
en son oratoire.
Camnunt par sez priéres Nostre-Seigneur gärda (a cité de Paris
que lez Hondres venoient destruire.
TROTEMENU , mesugier, en alant i Paris.
Mes bonnes gens du plåt pais,
Fuiez, vecy lez anemis ;
Fuiez-vous-en par les adreces,
Porlez V08 biens ans fortereces,
Vecy lez Hondres qui afuient,
Qui pillent, ardent et destruient
VilleSy chastiaus, citez et forts,
Qui vont tuant Hoibles et fors.
Alarme , alarme , bons Fran^ois.
Entendez-moy , seigneurs bourgois,
Sachiez de vray, le roi Attile
Gaste France et destruit et pille,
Et est s'entente, sans taillir,
De venir Paris assaillir :
Sy regardez qu'il est ä faire.
LE PREMIER BOURGOIS.
Cest .1. lirantde mat afaire
Qui maine gens plains de dyablie :
Je ne s^ay certes que j'en die.
Qu'en dites-vous , sire Gobers t
1 86 LES MIRACLES
LE SEGOND BOURGOYS.
Foy que dov vous, sirc Robers,
Ce son t gens plus cruels que chiens;
Sy conseille que de nos biens ,
Fames et enfans envoion
Ou ä Meaulx ou a Noion ,
Ou en autres cités plus fortes ;
Car nos muraiiles et noz portes
Sy son t de trop petit estofle.
LE TIERS.
Cest bon conseil par saint Christofle ,
Car mesmes ce sont larronnailles
Tous duiz d'armes et de batailles »
Et nous ne savons guerroier.
Trop mielx savons monteplier
Nos bions, muebles et héritages.
LE PREMIER.
Vous pariez tous .11. comme sagcs,
Et pour ce , sans plus séjourner ,
Je vueil de mez biens trestourner
Et lez envoicr a Loon.
LES AUTRES. II.
Cest bon propos , nous le loon.
SAINTE GENEVIÉVE , å genous, lez mains jointes.
O tres doulz roy de Paradis,
Vueilliez la cité de Paris
Prendre en voslre protection
Et gärder de confusion!
Diex ! gardez que mal ne nous faccnt
Os Hondrcs qui tant nous menacent,
DE SAINTE GENEVIÉVE. 1 87
Et se avoir devons pestilence,
Sire, donnez-nous pacience!
Douice Vierge , mére de grace ,
Priez Dieu que grace il nous face.
Saint Pére , saint Pol, saint Dcnis,
Sains , saintes , tous lez Dieu amys,
Vueilliez Dieu pour nous déprier
Et sa juste yre adoucier.
Gy se liéve saint Pierre qui ait vestu aube et dalmatique et dessus
chape merveille .1. cocuche sus la teste ; apres, saint Pol soit vestu
aube, tunique, chape ou mantel vermeil jetépardessoulz Tespaule,
tenant une espée ; apres soit saint Jehan vestu aube et dalmatique
blaoche ou vert , et tenant r. rain de palme ; apres soit saint De-
nisvestuaube et dalmatique, et chasuble vermeille, tenant .1. texte.
Ges .nu. desoendent et se metent a genons , et 8*y tiennent bonne
piéce.
SAINT PIERRE , ä Nostre-Dame.
jiifCj dame de tout bien plaine,
Sur toutes autres souveraine ,
Advocate en vers Dieu pour hommc!
Une saiote vierge qu'on nommo
Geneviéve , sans nui séjour
Ne cesse d'ourer nuit et jour,
De nous pricr et supplier
Que Dieu et vous vueillions prier,
Pour le pais du royaume de France
Auquel donne paine et grevance
Le roy Attile et sez complices ,
Gens plains de péchicz et de vices ,
De tirannie et mauvcstié.
Dame , prengn<»-vous en pitié!
I 88 LES MIRACLES
Par espéciai el requiert
Que Paris que ce tiranl quiert
Pour le metrc k destrucion
N'ait ne mal ne confusion.
Douice dame, oiez la pucelle
Qui devant Dieu est bonne et kel le,
Par laquclle. i. roy qui sera
.1. biau moustier faire fera,
Sy com Dieu le m'a revelé,
Suz le mont qui est appelé
Mont Parloeir en 1'onneur de noiis,
Ou Dieu seraservy et vous.
Dame, Festat de sainte Église
Qui de par Dieu nous est commise ,
Qui maintenant n'a que meschiet*
Du fons du pié jusques au chief,
Vous recommandons Pol et moy.
s. POL, ä genous.
Haulte roine , mére du roy
Qui suz tous roys et princes ré^ne ,
Damc sainte Église et le régnc
De Francc par espéciai ,
.1. fel tirantet desloyal
Qu'on appelc le roy Attile,
Despitant Dieu et TEuvangile
Destruit, gaste , pille et confont.
Lv et sez os tant de mal fönt
Que Icz gens ne scevent que faire ,
Fors s'en fuir, crier et braire.
Gcnevote, nne pncelole,
DE SAINTE GENEVIÉVE. 1 89
Belie et gracieusc et devote ,
Ne cesse d'ourer vous et nous
A nus coutes, å iius genous,
En disant maint himne et maiiit peauiiie,
Pour le roy et pour le royauinc;
Et principaument pour Paris ,
Que le gardez (J'estrc péris.
Glorieuse vierge Marie ,
La Vierge est digne d'estrc oye
Mesmement; ca ren la cité
Flourira Puniversité
D'estudiaiis et d'escoliers
Tant réguliers que séculiers,
Qui la foy monteplieront,
Prescheront et enseigneront ,
Essauceront lez bien créans
Et confondront les mescréans;
Nos épitres et euvangiles
Exposeront en maintes viles.
Ce don deservit saint Denis
Qui lä fut occis et fenis
Par son bien , par sa revérance ,
En lemonstrant.
Que vous vcez cy en présence.
Chiére Dame, ainssv com saint Pérc
' »I
Que Dieu le filz , dont estes mérc ,
Esleut et (ist chief et pasteur
De sainte Église et moy docteur
Vous a Testiit de sainte Église
190 LGS MIRACLES
RecommanJéy par autel guise
Je vous recommande et de cuer ,
Et par sur tout, que nostre siier
Geneviéve, la Dieu ancellc,
Vostre vierge, vostre pucelle,
Vueiiliez en sa requeste oir ,
Et son cuer bientost resjoir
De Paris dont est en malaise.
S. DEN IS , å genous.
Mére de Dieu , ne vous desplaise ,
Se je vien ä vous a refuge !
La grant tempeste et le déluge,
Le mal , la douleur , la grevance
Qui est ou royaume de France
Me contraint a vous requérir
Qui est suz le point de périr
Se bientost n^y metez reméde
Ains que le mal oultre procédc.
Vous savez , Dame débonnaire,
Que saint Clément le Dieu vicairc
Me fist en France cheminer
Pour les Fran^ois cndoctrincr.
Lå tins-je de la foy escole
Comme pastron et apostole
De France et de tout le pais,
Premier évesque de Paris.
Ylec exposé ä martire
Mon corps pour la loy nostre Sire;
Maiz que vault tout quant que j'ay Tait
Se le pueple est ainssy dcflaiti'
DE SMNTE GEKEVIÉVE. I91
Que leur vauit toute ma doctrine
Se France ainssy mal se dccline,
•
Que vault de mori corps la présencc
S'il n'est sequeure en pestilence?
Pour quoy fist Dieu de vous sa mére/
Ce ne fust pour estre amcre
AupécheurSy mez phisicienne
En leur maulz et douice moieniie
Entré eulz et Dieu qui vint jadis
Pour eulz en vous de paradis
A leur bien et a leur salut.
Hé! douice Dame ! que valut
Sa venue et sa passion
S'il n'avoit d'eulz compassion ?
Dame, je parie durement,
Car je suis dolens grandement
Quant ona setnence bonne et §ainte
Est sy tost au premier estainte.
Dame, ä vous vieng, ä vous ref uy,
Qui estes en tous maulx refuy.
Je vous supplye el vous requier
Pour le pueple que moull ay chier ,
Pour qui vourroye encor mourir
S'estre peust pour le secourir,
Et pour Paris qu'on dit Lutéce
Ou Dieu sy amena de Gréce^
Et mesmement , car vostre amie
Geneviéve sy en supplie
A Dieu, ä vous, å sains, a saintes,
En plcurs, en lermes, en complaintes,
192
LEST HIRACLES
Et tant fait qu'eHe est trop bien digne
Que ly soiez douice et bénigne ,
Et je vous en pry , chiére Daoie.
NOSTRE DAME.
Je cognois bien la sainte fame,
Je Paime bien et i'ay bien chiére.
Sy a mon fllz par tel raaniére
Que volenticrs chose feroit
Qui bonne et plaisans ly seroit.
Et je de cuer aussy feroie
Son plaisir tant com je pourroie;
Mais véons se nostre requeste
Seroit bonne, juste et honneste.
Vous savez que malignité
Régne ou monde et iniquité :
Or, faut-il par droit de justice
Punir tout raal, pechié et vice.
Combien Dieu soit pitéable
Aussy juste est et non muable ;
S'il a donc sentence jetée
Que France soit par tout gastée
Nous perdrions nostre langage.
s. JEHAN, ågenous.
Noble Dame , courtoise et sage ,
Voz dis sont beaulz et gracieulz,
Sains et vrays et substancieulz:
E( ce n'e8t mie de merveille ,
Car vous n^avez point de pareille.
Pour Dieu y ne tenez ä offence
Se je vous dy cen que je pance.
DE SAINT£ GENEVIÉVE I gS
Ma chiére Damc, quant jaclis
Dismes au rov de Paradis,.
Que le feu du ciel fist desccndrc
Pour les Samarins ardre en cendre
Qui nous et noz dis despitoicnt,
Respondit qu'en ce temps estoient
.XII. heurcs en .1. jour ouvrable..
La response fut nioult notable,
Car Dieu en pon de temps labeure;
Tel est grant p(?cheur en nne heure
Qui en I'autre a Dieu se retournc
Et a bicn iaire tout s'atourne
Commentnos .1111. freres cy firent
Quant ilz a Dieu se convertirent.
Dame, s'yniquilé abonde
Lä dessoubz en ce meschant monde ,
' La grace Dieu n'est pas estainte
Ne la largesce sy estrainte
Qu'il punisse sans pitoier
Qui voult plourer et lermoier,
Jeuner, vueillier, mortendurer
Pour lez pécheurs de mal curer.
Non , non , Dame , il n'cst pas sy nice ,
Mais par grant sen il vaint malice ,
Car sa doulce miséricorde
De justice atrempe la corde
Afin que trop griement ne fiére ,
Et sa justice droituriére
Miséricorde meine droit
Afin qu'el n'erre contre droit.
1. i3
194 L^S MIRACLES
Par ce punist en garissant
Et sygarist en punissant;
Ainssy gouverne-il et ordeine ,
Sans soussy, sans ahan, sans paine,
Par son der sen et inmutable,
Toute chose qui est muable.
Comhien que humain entendement
N'y voie pas bien clérement ,
Quant dout punir ou martirer
II veult lor doit-on respirer
En sa doulce miséricorde,
Et quant ä doulceur il s'acorde
On doit sa justice doubter.
Or véons nous lez feus bouler,
Lez gens murdrir, pillier et batre.
Villes, cbastiaus, citez abatre,
Qui est Signe que nostre sire
Punist son pueple par juste yre;
Et pour ce iez gens de raisori
Se tiennent fort en oroison
Et ne cessent de crier ev
Afin que Diex ait d'eulz mercy ;
Et sur tous vostre damoysele,
Geneviéve , en vostre chapele
Est en si grans afflicions
Pour cez grans tribulacions ,
Que c'est pitié ä resgarder !
Par suz tout prye que gärder
Dieu vueille Paris la cité.
Dame, oiez-lå, c'est équitc,
DE SAINTE GENBYIÉVE. igS
Et je vous en prie et requier.
.NOSTRE-DAME
Jehan , mon tres doulz amy chier ,
Et vous, mes bons loyaulz amis,
S. Pierre, S. Pol, S. Denis,
PuisquMl vous plaist et bon vous senible ,
Venez avec mov tous ensemble.
Je me metray a l'avcnture.
LES APOSTHES ET S. DENIS.
Tres grans mercis , Vierge tres pure.
Cy descende å eulz ä conpaignie d'anges , puis ^ mete å genous ,
le« apostres derriére elle, et die :
NOSTRE-DAME.
Mon Créateur et mon Seigneur ,
Qui m'avez fait sy grant honneur
Que vous m'avez esleuea mére,
Nul honneur ne s'y acompére.
Vous voiez lez turbacions
Et lez grans persécucions,
La tirannie et la grant guerrc
Que sainte Église sueffrc en terre ,
Et par espécial en France
Tourne le fort de la meschance.
Lä sont lez bonnes gens destruis ,
Pillez , tuezy ars et bruis,
Vierges a force defflorées ,
Nonnes sacrées violées,
Et mainte fame grosse ouverte :
Tout va a essil el a perte.
i3.
196 LES MIRACLES
Doulz roy de paix et de concorde ,
Du pueple aiez miséricorde ,
Vostre ire oslez , faites leur grace.
JHÉSUS , en séant.
Dame , que voulez que je face ?
Pour lez metre hors de misére
Souffry griefz maulx et mört amére ,
Vous le savez, et ilz le scevent.
Bien cognoissent que (aire doivent,
Car jadis Denis noslre amy ,
Et mainteuant sire Remv,
Germain TAuceiToies , Lou de Troies,
Et autres, leur ont dit lez voves
Par ou ilz doivcnt cheminer;
Mais leur maulz ne veuicnt finer ,
Ain^ois pluseurs ne croient mie
\'en moy, iren vous, mére Mnrie;
Non pas le rov ne lez seigneurs
Qu'avons levez ez grans honneurs ,
Neiz de ceulz qui sont baptisiez,
Ne sommes anicz ne prisiez.
En leur mauvestiez persevércnt. .
En nous ne pou ne grant n'espoircnt;
En leurs trésors et fbrteresces
Se fient et en leur sagesces.
Sy lez triboulous pour savoir
En qui doivent iiance avoir:
Vueilicnt ou non lors le voerrönt.
Quant leur bobans et fors cherront .
Ne leur sen ricn ne leur vaurra
DE SAINTE GENEVIEVE. igj
Ne leurs efFors, lors sy faurra
Qu'ils viegnent a nous ä recours,
S'ilz veulentavoir iiul secours
N'en biens, ri'en gens, n'cn corps, n^eu åme.
Sy vous cessez, ma chiére Dame,
Lessiez-leur boire leur folies.
?IOSTRE-DAME.
Tres (loulz Jhesus, leurs biens, leur viez
De vous dépendeiit et desceiident;
Sire , s'encore ilz ne s'amendent
>}'alez pas voye de rigueur.
Sans vous n'ont ne sen ne viguenr ,
Et qui se pourra soustenir
Se vous voulez rigueur tenir?
L'escript dit que ne voulez mie
La oiort du pécheur, mez la vie.
En vous nomiiie par bons amis
Filz de Marie et de David,
Chier filz , c'est pour vous reprouchier
Que n'avez pas cuer de bouchier ,
Mais d'aignel doulz et débonnaire ,
Qui ne :icet a nully mal faire.
Sy vous pry filz amoureulz
Que ne soyez pas rigoureux
En vers eulz , mez doulz et bénigne.
JHESUS.
Danie, pou v a qui soit digne
Qu'en ly face grace neiz une.
Leur mauvestié est trop conimune.
Sy requiert par droile desserte
igd LES MIRACLES
Qu'elz et leurs biens voisent ä perte.
Je s^ay bien que plusieurs y sont
Qui pou de mal, moult de bien font :
A ceulz-la vueil-je bien entendre
A lez guarentir et deffendre ,
Et délivrer de tout péril.
NOSTRE-DAME , å jointe^s mains.
Ha , mon Seigneur , ha , mon doulz iilz ,
Ha, doulz Jhésus, plus doulz que miel,
Pour qui descendistes du ciel ,
Pour qui vray homme devenistes,
Pour qui en mes flans vous tenistes,
Pour qui , tres doulz filz , m'allestastes ,
En monstrant sez mamelles.
Pour qui ces mamelles succhastes,
Pour qui fustes prins et lié ,
Pour qui fustes crucefié
Et mis a mört entré deulz lierres,
Ne fusse pas pour lez péchierres?
Oil , doulz filz , oil , doulz Sire,
Sy ne les vueilliez pas destruire
Ou de tout me metez a nient.
Cy se lesse chéoir suz lez coutes adciis.
SAIMT JEHAN , ä jointes mains.
Tres doulz Jliésucrist, et dont vient
Qu'ä vostrc mére glorieuse
Suz sains et saintes précieuse ,
Sy tres durcmcnt responncz ,
Sy ti*és-grans courrous ly donnez
DE S.\INTE GENEVIÉVE. 1 99
Qui vous nourrit, qui vous porta ,
Qui doulcur et desconrort a
Du pueple qui ainssy pérille,
Dont Tun Tauti^c tuc et essille,
Pour qui vostre sanc espandistes
Quant en la crois pour eulz pendistes?
Lh , Sire , lä me recommandastcs
Et moy pour vous ly assignastes.
Brief, Sire , durer ne pourroye
S'en douleur longuement vcoie
Ma chiére Dame, vostre Mére.
Cy chiée adens et taiitost se reliéve å geiious.
JUÉSIJS.
Jehan, la cause est trop auiére
Et trop pesans, dont me desplaist;
Mez puisqu'ä ly et ii vous plaist
Je me cesseray en partie.
Mérc, ne vous desconfortez mie,
II n'apartient pas, levez sus,
Venez seoir lez moy , ca < Jessus.
Vostre vouloir sy est le mien,
(-lar vous ne voulez que tout l>ien ;
Sy ne vous vueil pas escondire.
NOSTRE-DAME , en aourant.
Voslre plaisir soil fait, cliier Sire.
Lors se lieve et voise devaiit Dieu Icz soii ciege et lä se legiie en cstant,
et lez sains ileiTiére vWe.
JIlÉSliS. ^
Méro, pour vostre amour (eray
200 LES MIUACLIiS
Que lez amez je garderay,
Et leur seray doulz et propice,
Mais je troubleray par justice
Lez fors, lez viiles, lez cités,
Ou ilz font leur iniquitez.
Belle-mére, a tant vous souHise.
NOSTRE-DAME, å genous, €t lez sains se metent aussy ä genous
derriére el le.
Sire, faites å voslre guise
Dez fors, dez villes et des biens
Puisque lez espcris sont miens;
Mais toutevoies je vous supplie
Que de une viergc , moy amie,
Qui est aussy la vostre aniée
Avant qu'elle fu oncques nce,
Que lez gens nomment Geneviéve,
Qui nuit et jour se peine et grieve
De faire tout vostre plaisir ,
Vueilliez aconiplir le dcsir.
Sa priere est et sa requeste
Qu'il vous plaise en ceste tenipeste
Gärder et deffendre Paris.
Kn inonstraiit Ics sains.
'Et vcez icv vos bons amvs
Auqueiz la dite sainte vierge
A offert maint tuertis et cierge
Qui vous en prient Fuimblement.
S. PIERRE, S. V»OL , S. JEUVN, S. DKMS.
Doulz Jhrsucrist, dévoteuient
DE $A1INT£ GENEVIEVE. 201
Vous en prions et supplions.
JHÉSUS.
f^evez suz, nous ly octroions
Cen qu'å present veult demander,
£t ly entendons a mander
Par noslre archange Gabriel.
NOSTRE-DAME ET LES SAiNS , å coutes et ä genous.
Gloire ä vous, doulz Emmanuel!
Lors se liévent et voisent soer.
JHÉSLS.
Tu Gabriel, liéve sus, lieve.
Va tost, sv diz h Geneviévc
Que j'aY oyc sa reqneste.
S. GABRIEL.
Sire Diex , g'y voiz a grant feste.
Cy voise et quant il sera venu sy die :
Geneviéve, en Dieute conforle;
Par toy salut au pueple aporte.
Enorte lez de Dieu ourer
Et de leurs grans péchiez ployrer
Par quoy Dieu a tourment les livré ;
Désormez prenent a bien vivre.
Dy-leur qu'ilz ne bougent leurs biens,
Gar Paris n'ara mal en riens ,
Maiz lez lieuz ou ilz ont fiancc
Seront par péchié a nieschance:
\ Dieu soiez, je m'en revoiz.
Lors sans revoise sans chanter.
202 LES MIRACLES
SAINTE GENEVIÉVE , å jointes mains et å genous.
Tres doulz Dieu, de cuer et de voiz
Graces vous rend tant com je puis
Dez biens que me faites , et puis
Qu'ä cest fait vous plaistcy m'esiire,
Vueilliez-moy gärder et conduire.
Lors se liéve en estant et die au pueple d'environ.
Doulces gens, oyies avez
Les tribulacions du monde ,
Et la cause est, vous le savez ,
L'iniquité qui y abonde.
Pour Dieu, chascun nétoie et monde
Sez meurs, s^åmc, sa conscience,
Sy par vie nete et munde
Puisse eschivoir tel pestilence.
Par espécial vous, mcz dames,
Gontre ceste turbacion ,
Gontre ccs hontes et diffames ,
En jci^nes, en anilctions ,
En lermes et en oroison
Espandez devant Dieu voz åtnes ,
Gomme firent en leur saison
Judith, Hester, .11. saintes Tames,
Et sy dites ä vos maris
Qu'ilz ne muent point domicilc
Nequ'il ne bougent de Paris
Leur richcces ne leur famille,
Gar Dieu sy gardera la ville;
Mais loy. fors seront nmcniiz ,
DE SAiNTE GENEVIÉVE. 2o3
Prins et åbandonnez ä pillc ,
Ou cuident estre garentis.
LE PREBIIER BOURGOYS.
Biaulz seigneurs, nous sommes trais.
II est venu en cest pais
Une sorciére, une béguinc,
Qiii prophétise, qui devine,
Qui dit que Paris n'ara garde.
LE SEGOND.
Et qui est ore ceste oustardc
Qui dist les choses a venir?
Ysaye ne puet tenir
Que nulz les sache nullement
Fors le devin entendement,
Se Dieu par inspiracion
N'en fait édificalion.
De quoy se va-elle cntremetre
Qui de clergie ne scet letre ,
Ou se lez letres lit et conte
Sy ne scet-elle a quoy ce monte?
S'un frcre cordier ly a dite
La vie sainte Marguerite ,
Scet-elle pourtant toute science;
Je vous en diray ma sentence :
Soit jetée et noiée en Saine !
LE TIERS.
Ce seroit trop legiére paine :
Soit lapidée k grosses pierres ,
Gar, par la foy que <loy saint Pierres ,
De tclz inerdcs trop enduron;
204 LES MIRACLES
Ou s'el a maison ne biiron,
Je conscille que lä soit mise
Trestoute nue en la chemise ,
Liée å cordes fort et ferme,
Puis boutons sanz metre aiitre terme
Le feu entour et environ.
LE PREMIER.
Seigneurs, ces chemins pas n'iron :
Le prince tantost le saroit
Qui k amcnde nous trairoit.
Vecy, faisons faire une fosse
En my un champ de pois en cosse,
Puis par aucun blandissement
La menon la tout coyeraent :
Sv Tenfouirons toute vive.
TROTEMENU , en monstrant rarcliidiacre.
Vecy un seigneur qui arrive
Qui vousist bien parler a vous.
l\rchediacre d^aucerre.
Diex vous gart, mes seigneurs , trestous !
LEZ BOURGOIS.
Vous soiez le bienvenu, sire.
l'archediacre.
Seigneurs, je me suis lessic dire
Que vous traitiez de Genevote,
Damoysele sainte et dévote,
De quel mört la pourrez tuer.
Pour Jhésucrit vueilliez muer
Vostre propos qui trop Torvoie ;
Car vrayement presens csloio
DE S.VINTE GliNEVlÉVE. 20J
Quant bien prés decy, ä Nanterre,
Monseignenr saiiit Germain crAuccrrc
Enmy le pueplc de la ville
La vierge vit , qui jeune fillc
Estoit adouc, et l'ai)ela.
Le Saint-Espérit ly rcvela
Que lez anges sollennitc
Firent en sa nativltr ,
Et qu'elle estoit de Dieu eslite
Vierge sainte et de grant mérite,
Et que mainte maise personnc
Par sa bontc devcndroit bonne.
Et que målade et enferme
Par elle seroit fort et Ibrnie.
Il ly donna sa benéi^:on
Et ly baiila une li^on
Que la vierge a bien retenue j
Car elle c'est tousjours tenue
En vraye foy, en charitc,
Et en humble virginité.
Sans joliveté, sans cuintisc,
Songneusenient hantc Téglisc
A jour ouvrable, a jour de feste.
Conversation rnaine honneste,
En aumosneS) en oroison,
En jeunent, en toutes saisons ,
En pein d'orge et en yaue froide.
Qui a le cuer sy dur, sy roide ,
Que de telle daine il mesdie?
Pour le pueple adez pleure et prie ,
206 L£8 MIRACLKS
Miracles fait sy en apert,
Sy inerveiliielz que bien apert
Qu'elle est et vraye et bonne et purc
Et que Dieu i'a prinsc en sa cure;
Car nul ne pourroit faire certes ,
Vertus sy nobles, sy appertes,
Sans Totroy, faveur et aidence
De Dieu qui a toute puissance.
Monseigneur saint Remy de Reins ,
Saint Lou de Troies, plusieurs sains
Et mainte autre bonne personne
La tiennent a merveillez bonne
Et de sy excellente vie
Qu'el a l'espérit de prophécie.
Saint Germaifi l'amoit tendrement
■
Qui savoit son contenement ,
Qui par moy maint salut ly mende
Et grandement se recommande
En sez oroisons et priéresr;
Sy que, mes seigneurs débonnaires^
Pour Jhésucrist vueilliez cesser ,
Vousrepentir et confesser,
Car il vous en pourroit mal prendre.
LB PREMIER.
Sire, Diex le vous vueille rendre!
Nous nous cesserons volentiers.
Nous alioDS lez maulz sentiers
Se Dieu ne vous eustamené.
LE SEGOND.
Dieu vous a a nous assené;
DE SAINTE GENEVIÉVE.
207
Gar certes perdue Tussions ,
Et aprés ce perdus fussions;
Mais je voy bien que Dieu I 'a clijére,
Et que Diex en mainte maniére
Seult deflPendre et gärder lez siens.
LE TIERS.
Vous Tavez rcscouce dez chiens,
Chier dire, et partant je croy bien
. Que c'est une fame de bien .
Diex la vueille és cielx couronner,
Qui nous vueille tout pardonner.
Sire, nous ly obéiron
Et son vouloir acompliron
Puisque vous le nous conseilliez.
l'arciiediacre.
Loé soit Dieu! j'en suis bien licz;
A Dieu, seigneurs. /
LES ROURGOIS.
Adieu, chier sire ;
Venez boire.
l'arghediacr£.
Dieu le vous mire.
Je voiz disner a saint Fiacre.
Cy Yoifte.
LES BOURGOIS.
Adieu donc, sire archediacre.
208 LES MIRACLES
Cf apres est contena comment madame sainte Geneviéi^eJiU målade
ä Paris , si /ort , que par .iii. jours nulz ne véoit en eUe signe
de viCf fors que sajoe estoit un pou rouge; et lors son propre
ange print Cespérit de elle et le mena ou Ueu des saifpez et au
lieu des dampnez ; tantost apres fut garie et lä receut Fespérit
de prophécie.
Sainte Geneviéve se liéve et se conplaigné ä sainte Céline en disant :
An Diex la tcste, an Diex le cuer!
Je ne puis clurer , belle suer ;
Jetez suz mon lit de la cendre ,
Et puis vueilliez desuz estendre
Une haire forte et poignante ;
Car jä a van t que le cuq chante
Rendre l'åme ä Dieu me convient.
Cy se lessp choer.
4
SAINTE CÉLINE, en la couvrant.
Hé, mére Dien ! Danic , et donc vient
Ce mal qui tant vous dcsconforte ?
Ha lasse ! je croy qu'el est morte.
El ne se plaint n'elle ne crie
N'en ly ne voy signe de vie
Fors que sa joe est .i. pou rouge :
El n'a ne pié ne main qu'el bouge.
Doulz Diex, vueilliez la secourir
Ou bien tost me faites raourir,
Car sans ly ne saroye-je vivre.
MARGOT.
Hé Diex, seroy-je ja delivre
DE SAIXTE GENEVIÉVK.
aop
De ma tres chiére el rloulce dame!
Lasse, que fera ma pauvre åme?
Ha lasse! qui m'enseigiiera ?
Ha lasse! et qui me gardera ?
Cestoit ma joye et mon confort ,
Cestoit ma tour , c'estoit mon fort
Ou j'avoie refqy sonz Dieu!
A ! mört! tu joues de mais gieu \
Vien toy, vien toy, å moy aerdre,
Ain^ois que Tame faces penire;
Car esgarée ot espardue
Seroy se par toy l'ay perduc.
JHÉSUS.
Raphaél, va k Geneviéve,
Et afin qu'ou mal qui la griéve
Et en tout autre ait pacicnce,
Et en tout bien clére science ,
L'åme du corps ly österås ,
Et lez tourmens ly monstreras
Qu'arontceulx qui seront dampnez.
Et lez grans aises dez sauvez ;
Puis la metras ou corps arriere ;
Et la feras saine et légiére.
Va et rerien ysnelement.
RAPHAEL.
Sire Diex , je voiz liément.
Lon voise et quant il sera vena sy die :
Ame tres pure et sainte , ys hors.
Dieu veult que yssez du corps.
II. 1 4
aiO LES MIR\CLES
Lors preigne une ymagete soolz le couvertear et la tiegne suz son
brås senestre en ly monstrant ä la destre enfer en disant:
Arne , rcgarde et considére
Lez grans tourmens, la grant miaére,
Lez gran^ peines, lez grans douleurs,
Lez gran» froiclures , lez chaleurs,
La fain, la soif , les crieries,
Lez thcnébres, lez punésies,
L'orriblc vision de dyables,
Lez grans tenii>estes pardurablesi
Qu'en enfer sueffrent les pécheurs
Larrons, murdricrs, traistes, pilleurs,
Juifz, paiens, bougres, hérites,
Orguillieurs , heineus , ypocrites ,
Faulz ouvrier^ et f9ulz baretierros,
Entrejeteurs et enchanterre9 ,
Charmeurs, devins, sorciers, sorcieres,
Gloutons, ribaus, hputiers, houlliérés,
Usuriers, avaricieus,
Meoteurs, parjures, envieus,
Félons , maugréeurs, mesdisans,
Faulz tesmoing ^ lez autry nuisans j
Faulz peseurs et iiaula m^sureurs ,
Faulz avocas ^ faulz prooureurs ,
Faulz laboureurS| faulz conratiers ,
Faulz marchéans et faulz regratiers ^
Fames qui se paignent ou färden t,
Ceulz qui lez festes pas ne gardent ,
Ceulz qui leur mari^ge ^firaigoeot^
Ou jeune om v^u pwlz qi|i w daigqent
DE SAINTC GENfiVlKVE. 21 I
Porter honeur ä pére et a mére ,
Personne qui se dcsespére ,
Ceulz qui Dieu et sez sains bla&rdent,
S'ainMy muirent il fault qu^il ardent
La en enfer sans iinemcut;
Mez les bons qui dévotement
Serviront Dieu el ameront
Et sez commandemens ferout y
Et ceuiz aussy de sainte église ,
De cuer et de fait sans faintise ,
Aron t pardurable léece
Lk en paradis sans tristece y
Sans fain, sans soif et sansdouleur,
Sans ennuy, sans froit, sans chaleur ,
Lä ver ron t en félicité
Vray Dieu, bénoisle Trinité.
Ren tre en ton corps, Dieu le te mande.
Je m'en voiz , a Dieu te commande.
Cy 8'en revoiae sans chanter.
SAINTE GBNETIÉVE , en toy levaiit et en séanl siiz son lit.
Doulz Jhésucrist, jo vous mercie
Qui en cest grief maladie
M'avez doulcement visitée.
SAIIITB CÉLINE.
Hé ! la mére Dieu soit loée,
Chiére datne, et comnoanr vous est ?
SAINTE GENEV1ÉVB. '
Loé soit Dieu puis qu'il iy piatst.
J'ay eu assez douleur et paine;
Mais ore me sans toute saine
'4
312 LK8 MIKACLES
Et en bonne prospérité.
MARGOT.
Madame , en cest aciverssité
Qu'avez par .iii. jours soustenue,
Qu'estez-vous ore devenue?
II sembloit que vous fussiez morU*.
SAmTE GENEVIÉVE.
Mercy Dieu, je suis saine et forte,
Belle-suer; il vous doit sonffire.
MARGOT.
Madame, mez vueilliez nous dire
Pour 1'amour de Nostre-Seigneur ,
A sa gloire et å son honeur
Et ä nostre ediBcacion
Se vous avez veu vision
Que puissiez dire bonnenoenl?
SAiriTE GENEVIÉVE.
On doit tenir secrétement,
Belle suer, lez secrez de Dieu,
Jusqu'å tant qu'en teoips et en lieii. .
Et pour cause bonne cogente
A personne de bonne en ten te
On lez puisse bien reyéler;
Maisä plusieurs lez fautcéicr
Qui du bien ne font qu^enpirier;
Car ilz ne s'en font que naoquier,
Que pis est bonté et vérité
Impugnent par malignité ,
Et ceulz qui bien et vérité aiment,
Persécutent et folz le^ daiment.
DE SAINTE GE>EVIÉVE. 21 3
Pour eulz dist Diex que lez sains bieiis
On ne doit point jeter aus chiens ,
N'au porciaus pierres précieuses.
Mez suers doulces et gracieuses
Förment vous merveilleriez
Se iez grans tourmens saviex
Que telz gens seufTrent en enter.
En ardent acier ne en Ter
Ne seroit nulz sy en malaise
Com sont en l'inrernnl iburnaise.
Lez peines y sont pardnrablcs,
Horribles et intolérables,
Mez doulces suers, je le/ av veues.
Las ! qu'il y a de ämes perdues !
Je me tez , dez juifz paiens,
D'apostas, de faulz crestiens ,
Qui font pubiiquement leur vices
Et prennent gioire en leur malices,
Qui tourmentez y sont sans nonibrc;
Mais autres y a qui soulz umbre
De bonté et de sainteté,
Font maint grant meschancetc ;
Et puis quant il vont k confesse
L'anemy sy fort lez empresse
Par ypocrise faintive
Ou par fole honte et creintive ,
Que ja il ne diront vérité.
Sy double leur iniquité ,
Caril menlcnl an Sainl-Esperil
Comuie Ananie qui pcrisU
4
21 4 LES MIRACLES
Puis le saint sacrement re^oiyent,
Et euiz ef le monde dé^öivent ;
Car on lez tient bonnes personnes;
Mais certes ilz ne sont pas bonnes
Sy fy teiz gens ne valent rien ,
Et trop pou en revient ä bten
Car ä tousjours niez'8ont liez
Se par Dieu ne sont desliez ^
Qui het feintises et ordores
Las que penssant teIz créatures,
Ilz cuident , ce seoibie, que Diex
Soit sourt et qu^ait crcvé les yex,
Et qu'il soit sy fol et sy nice
QuMI n'ait en lui point de justice.
Cest erreur, c^est forsenerie,
Cest horreur, c^est grant déablye.
Certes tout å clerté vendra,
Et Dieu juste ioier remlra
A tous selonc ce qu^ilz desservent.
Ha lasse \ ceulz qui k Dieu servent
A ieur povoir souvent avient
Que par .i. mescbief qui ledr vient
De vaine gloire ou de vantance
Ou d^aucune ^lesordenance,
Perdent la grace qu'rlz avcnent,
Et aucune fois tant desvoient
Qu'ilz vonl å perte et å exil,
Donc se ceulz-cy sont en péril
Lez autres doivent bien doubter.
Pour ce doit-on ipoull rcdonblcr
DE SAINTE GEIfEVlÉYE. 21 5
Lez jugemens Nostre Seigneur ,
Ét vhnre cfi paour et en crelmeur,
Cäcöntré inal tousjburs vueilier,
örer et son corps traveillier,
Bien £siire adez de mai cesser,
Quant en péchie soy confesser
Sans riens celer et sanz mentir
Et de tout son cuer repentir,
Au plus tost qu'on puet sans soogier.
Plus lesae-on le mal prolongier
Et plus est pénible ä guérir.
Paresce fait maint bien périr,
Mez belles sueurs^ prenez cy garde,
N'y ait celle qui point fétarde
A bien &ire ii tout son povoir.
Laissiez 1^ rire et le juouer :
Joiaus, chan^ons^ dances, kai^oles,
Diex n'a cure de telz frivoles ;
Plourer iauit qui veult avoir joye.
Cil qui vous fist vous tiengne en voye
De vostre salut par sa gräoe I
SÅlNTB CÉLIME BT MARGOT.
Ameny dame, et Diex vous parface.
Lors ysfie de son Ut et se siée snz b fauitne qui est eu costé.
2l6 LES MIRXCLES
Cf apres est de une nonnain de Bourges qui vini voir madame
sainte Geneviéi^e^ ä laquelle sainte Geneviéi^e demanda en guel
estat elle vivoit ; et eile Ii respondi que en saintemonie vwoii
comme yierge sccrée^ Lots la sainte remplie du Saint-Espérii
fy nomma celuf qui favoit dejjiorée^ et quant et oä cefulfaii*
LA NONNAIN.
Daine, Diex vous doint bonne vle!
SAINTE GENBVIÉVE , en soy levant.
Bien vegniez-voiis , ma douice amie!
LA NONNAIN.
Dame, j'avoie grant désir
De vou^ véoir tout par loisir;
Gar j'ay oy tant de bien dire ,
De VOUS , loé soit nostre Sire ,
Que , pour voir , durer ne povoye
Se de prés ä vous ne parloye
Pour moy ä vous recommander.
SAINTE GENEyiÉVE.
Belie suer , Dieu vueille amander
Mez défautes queiles qu'eiles soient,
£ts'aucuns biensen moy estoieut
Celluy qui tout bien donne et garde
Lez monteplie et en soit garde.
On loe maintes gens sanz cause,
Sy vous pry que cy faisons pause.
Et trop mielx vient tenir scilencc
Qu'åine ioer en sa présence ;
flår (]ni loe il semblc qui ilate,
Qui est loé a i>oiuc lualc,
UE SAINTE GENBYIÉYE. af]
Veine gloire qui tors le tente.
LA NONNAIM.
Je ne scay mez selonc m^ent^fite
Vous f US tes de bonne lieure née,
Quant avez sy gran I renommée
Que c'est une droite biauté.
SAINTE GENEVIÉVB.
Suer, lessons ; dites en iéauté,
Esteck^vous nonne ou mariée?
LA NONNAIN.
Je ne tu ohcquesespousée,
Chiére dame, en jour de ma vie;
N'oncques a moy n'eut conp^iignie
Homme vivant dessoubz ie cicl.
SAIMTE GENEVIÉVE.
Que^ites-vouSy saiut Michiel?
Gardez å vostre conscience.
Men ti r de certaine science
Kst pécbié trop grant et trop grief.
LA NONNAIN.
Bieu puet estre, dame, mez brief
Je ne vueil plus de cest langage.
SAINTE GENEYIÉVB.
Comnoent, parler de puoeiage
Et de cbastée est-ce ofibnce ?
LA NONNAIN.
Je vous ay dit ce que je pense ,
Dame ^ pariez d'autre doctrine.
SAIMTE GENEVIÉVE.
So vous aviez une espiiic
21 8 LBS MIRACLES
Ou dos dolit mourir pourriez ,
Dites-mOY se vous vourriez
Que je ('ostace sans périi ?
LA nONNAIN.
Lasse, qooy donc? certes oii.
SAINTtt GRNEVIÉVB.
Or soutFrez donc que je vous öste
.1. maion qu^avez soubi la ooste ;
Mez vous döuk^z, espoir la péine.
LA NONNMN.
Dame , je me sans toufe saine,
Pourquoy parlez-vous de td chose 7
SAINTB GENEVIÉVB.
fielie suer, et dire vous ose
Que vous estes förment matade ,
Et de van t Dieu lede et malsade -
Qui scet bien vostve iniquité
Que couvrez de virginité ,
Et vous tenez ponr vie^ satnte
Et non estes^ mez vierge fainte;
Non pas vierge, non, mais tibaude ^
Qui fijBtea en avril sy baude y '
Le tiers jour ^ entré cbien et lou,
Qu'ou jardin Gautier Chanteiow
Vous souiiristes qpe son berefaier
Vous defflourast scMjb^ .i. peschier.
Ha lasse ! pouvre créature ,
Pour .i; po<vre délit d^ordure
Perdue avez par mal oavrer
Virginité sans i-ecouvrer ;
UE SAINTE GENEYIÉVR. 2ig
Perdu Dieu, sez bieas et aa joye,
Perdu vou^mesmes ae par voye
De contricion douloureuse
Et de péuiteoce angoisaeuse ,
A la douice miaériowde
De Dieu n'avez pau et ^corde ;
Mez quoy par yostre vaioe gloire,
En fuiaot boote transiitoiF^
CelezVo9tre male moacbaoce^
Dont vous D^avez jå aiéganoe)
Ce sacbiez » ae remissiw
Ce oe n^est par confessioD.
Puisque povez avoir oopie
De prestre durant vostre vie,
Et cuidez-vous qu^el ne soit sceuc ?
Certes sy est; Dieu l'a bien veue.
Lez anges et dyabtes sans doubte
Soevent bien vostre vie toute.
Espoir aussy vpstre lécbeur
S'eB est vante k maint pécbeur;
Mez poMQS el cootrepeqssons
Que de c^en ne sacbe riens horns.
Vostre povre ftme que fera
Quant Dieu son pecbié monstrera
A tous ceulz qui sont et seront ?
Quant maufelz la tourmenteront
Sans pitié, sanz fin, sanz cesser?
Pour Dieu vueiiliez voiis confesser.
De bouche, de cuer repentir
Et ne vueiiliez pour riens mentir p
å . ..
!1!K> LES MIRACLES
Prenez bon propos de bien faire ,
£t Yous vueilliez de mal retraire
Dore en a vant sans diflTérer,
En Taide de Dieu espérer,
El Diex ara de vous pitié.
Lå NONBiAIN.
Je recongnois ma mauvestié.
De ma le heure fii onoques née;
Mez c'e8t, ce eroy, ma destinée.
11 convenoit que je pécbasse.
SAINTE GBNEVIÉVB.
Or est pis que devant, hal lasse,
Vostre péchié et vostre erreur.
Metez suz b Dieu c^est horreur.
Dieu ne destine ne ne fait
Péchié, mez vostre cuer defait
Quant il fu de péchié tente
Esteut de franche volenté
Le mal et refusa le bien.
Pour le corps aisier comme .1. chieo/
Jeta hors creinte et bonne honte;,
D'onneur , de raison ne tint conte
A Dieu du tout désobéir.
Dieu sa grace östa , sy chéit
Par sa coupe en péchié mortel.
LA IfONNAIN.
11 faloit que te cas fust tel ,
Gar Dieu savoit que pécheroye.
Comment gärder donc m'eii povoye
<^>uant il le savoit sanz (aillir?
DE SAINTE GENEVIÉVE. 231
SAINTE GENEVIÉVE.
S'en .1. lieu je vous voy sailllr
Dont vous ne vous puissiez r avoir,
Dites, mon voir et mon savoir
Vous contraignent-il ä ce faire?
LA NONNAIN.
Nennil voir, dame déborin^ire.
SAINTE GENEVIÉVE.
Tout aussy vous dy-je en vérilé
Que contrainte ou nécessité
Ne fait ä nul ie Dieu re^rt.
Pour ce homme on fame bien se gart ,
A qui Dieu clerentendement
Par pure grace purement
A donné pour savoir eslire ;
Car au choisir s'il prent du pire ,
N'est merveilles s'il s'en repeiU.
Quant de Dieu donc tout despent
Qui tout sen et tout bien sounnopte ,
Le pécheur mescbant ne tient conteV
Ainfois de certaine science
Contre remors de conscience ,
Con^me que soit du tout eslit
Son vouloir faire et son.délit.
SMi le dampne ly faitrii tort. '
LA NONNAIN.
Or suis-je arrivée å mau port :
M'a Faite Dieu pour moy dampner,
SAINTE GENEVIÉVE.
Mez pour vous és cielx couronnor. -
332 LES MIRAGLBS
LA NONNAIN.
Vos dis ne s*v acordent rnie.
SAINTE GEtfEVlÉVE..
Sy fonty SJ (ont; mez vostre vie
N'a voulu k ce grant bien tendrc.
LA NONMAIN.
Dame , feites-le-moy entendne.
SATFTTE GENBVIÉVE.
Pour quoy suelt en vigne planter?
LA NONNAIN.
Pour fruit déiectable porter.
SAINTE GENEVIÉVE.
Ce n'e8t pas donc pour l*ardre ?
LA NONIfAIN.
Non.
SAINTE GENEVIÉVE.
fielle soer , cy garde prenon.
Quant elle est fouie et (iieubrée.
Et tailliée et bien coultivée ,
S'en nul temps ne porte bon fruit,
Qu'en faiten ?
LA NONNAIN.
En l'art et destruit.
SAINTE GBNEVIÉVB.
Ma mie, ainsy par autel guise
Vous a plantée en sainte Eglise
Nostre Seigqeur, et coultivée.
Par grftce et doctrine ordenée»
Non pas pour vous perdre et dampner,
Ain^ois oertes pour vous donner
DE SAlNTfi GENEV1É;VE. d!l3
Sa gloire^ se diligaument
L'eiissiez servy et loyaulment ,
Porté fleur d'incorruption ,
Fueilles d'édification
Et fait iruit doulz et déiictables
De bonnes euvres prouffitabl^s.
Or avez fail tout le contrairé. .
Par quoy Dieu vous fera hors traire ,
De la compaignie des siens,
Et donra aus infernaulz cbiens
En arsure perpéluele.
LA NONNAIN.
Harö ! auray-^ paine tele
Pour ung délit qui sy tost passé ?
SAIUTB GENEVIÉVB.
Qui l'estatut du roy trespasse
Qui est coi^mandé sur la hävt
Ou qui péche par mauvais art
Gontre la magesté royal ,
Pert ses bieos comme desloyal,
Son corps mesmos senz^ grace avoir
On cas que on puet de vray savoir
Qu'il est obstiné en malice.
Puis que homme est dopc sy fol, sy nice
Que sa voulenté a plus chier ,
Faire que la Dieu , et péchi^
Gontre raison et contre droit
Et toujours faire le vouldroit
Sanz fin , se senz fin povoit Tivre ,
N'est mervoille se Dieu le lif*re
224 ^^^ M1RACLEA
A perpétuel dampnement.
LA NONNAIN.
Ha lasse ! or voy-je clérement
Que je suy perdue et dampnée!
SAINTE GENEYIÉVE.
Ne soiez pas desesperée,
M'amie , aiez en Dieu fiance.
Qui péche par désespérance
Péche contrele Saiiit-Esperit^
Comme fist Judas qui pértt.
Repenlez-vous et confessez
Entiérement , et no cessez
Dorénavant de bien ouvrer.
Ainssy pourrez-vous recouvrer
L^amour de Dieu, n'en doubtez pas.
LA NONNAIN.
Je m'en vois donc ysnel le pas ,
Moy confesser, ma chiére dame;
Pour Dieu , souveigne-vous de m^ånie
Qui feust, se ne feussiez, périe.
SAINTE GENEYIÉVE.
Nostre-Seigneur, suer, vousconduie!
LA NONNAIN^ en 8'en alanl.
Lasse ! chetive , et que feray ?
Et comment me coufesseray ?
On cuide que je soye bonne
Et oncques plus maise personne
Ne nasqui de ventre de mére!.
Hareu I et que dira beau pére
Quant orra ma desconvenue?
DE SAINTE CENEVlfeVE. 325
Qui me tient que je ne me tue?
Je me tuasse volentiers;
Mais c'est d'enfer ly drois sentiers.
Diex, gardez-moy de désespoir.
Edcof feray-je tant espoir
Que vous aurez mercv de mov !
Sire, je tien la vostre lov.
Pour pécheurs homme devenistes ,
Pour pécheurs dure mört soufTristes :
Je suy une grant pécherresse ,
Plus vite que une vieille asnesse ;
Mais Tostre bonté, doulz Seigneur,
Sanz comparaison est greigneur.
Lasse! meschante , je cuidoye
Tropt plus valoir que ne valoie.
Sy chéuz par orgueil en luxure
Qui me donne honte et laidure ,
Laquele honte me euvre Tueil
A cognoistre mon grant orgueil
Par le doulz regart de pitié ,
Que m'auvez fait en amistié.
A ia doctrine de la vierge
Qui m'a reprise, or vous requier-je ,
Que me donnez , Sire , la grace
Que du tout vostre vouloir face,
Et que pour mes iniquitez,
Hontes y paines, adversitez,
Puisse endurer ä lie couraige;
Et de renchéoir en aulel raige
Me gardez par vostre plaisir.
I. i5
. ' _.
336 LES MIR\CLES
J'ay de vous servir grant désir ,
Du quel désir vous regracie.
Glorieuse vierge Marie,
De la meschante vous souveigne!
Je diray tout, que qu'en avieigne :
Mieulz vault une honte que miiie.
Je voiz a beaupére er> la ville
Quant volenté m'en est venue ;
Gar c'est chose tantost perdne
Qui bon propos ne met å euvre ,
Ou point ou ä paine y recueuvre.
Je me doubte que tropt ne tärde !
Le Saint-Espérit soit de moy garde.
Cy voyse ä Tévesque et die ä genoub: :
Trés-chier seigneur et révérenl,
Soubz Dieu du tout ä vous me rent.
Ayez pitié de ma povre åme.
l'évesqi)e.
Or dictes , de par Nostre-Damc ,
Quanques vous voulrez , belle suer^
Je oy bien volentiers et de cuer
Toute personne qui s'amende.
LA NONNAIN.
* Mon cher seigneur, Dieu le vous rende?
A Dieu et k vous me confesse
Comme la plus grant pécherresse
Qui feust oncques de mére née.
Je me suv sv bien demenée
Que puis que vouey chasteté,
DE SAINTE GENEVIEVE. 327
Obédience et povreté,
Je n'ay tenu n^obédience
Ne povreté , voir ne silence ,
Ne poiiit nul de religion ,
Se n'est par simulacion
En contrefaisant vie saincte ,
Comme faulse, ypocrite et faincte.
Ha lasse! jen'ose plus dire.
Cy se lusse chéoir å terre.
l'évesqle.
N^osez-vous dire ä nastre Sire
Ce qu'il scet, qui a sy grant joyc
De tout pcchcur qui se ravoye
Que penser ne sauroit cuer d'omnie?
Seurement donc de celle somme
Qui vous griéve vous deschargiez.
Ne laissiez pour moy; car sachiez
Que pécheur suy tout le premier :
De la grace Dieu ay mestier.
D'autre part bonte et desplaisance
Sont grant part de la pénitance;
Mais ne doivenl pas sy grans estro
Qu'on doye riens céler au prestre,
Qui en terre est le Dieu vicaire.
LA NONNAIN, en soy levant å genoulz.
Mon trés-chier seigneur débonnaire ,
Brief etcourt, å dire vérité,
J'ay perdu ma virginité :
J'en requier absoulte et pardon.
i5
223 LES MIRACLES
L ÉVESQUE.
Bclle Olle , un point rcgardon ;
Virginitc avez perdue :
Vous ful-elle a force tollue?
LA NONNAIN.
Ncnnin , certes.
l'évesque.
C^est mal alé ;
Trop est vostre estat devalé.
Royne estiez trés gracicusc,
Du roy des roys temple et espeuse,
Or estes de l'ennemy teniplc
Qui vostre åme de péchié emplc ;
Et de condicion pire estes
Assez assez que mues bestes
Se de cuer ne vous repenlcZ".
LA NOIfNAIN.
Je m'en repens.
l'évesque.
Et promettcz
Amendement de vostre vie?
LA NONNAIN.
Oil voir.
l'évesqi)e.
La Vierge Marie
Vous vueille å son Filz rapaisier.
I^e corps avez fait trop aisicr,
Sy est raison qu'il ait mésaise;
Car nulz ne puet du toul son aise
En ce nionde et en l^autre avoir :
DE SAINTB GENBVIKVK.
229
,1
Ce nous font nos docteurs savoir.
Sy mettez soubz pié la cbaroingne
Afin que péchié s'en csloingne,
Tericz-vous sainttement en cloistre ;
Lå mette/ paine a vous congnoistre.
N'en bougiez, car le villoter
Fait mains et luaintes assoter;
Tenez voz veuz et voz proniesses»,
Oyez dévotenient les messes
En abstinence, en continence^
En silence, en obédience,
Et en povreté volentaire.
Servez Dieu se ly voulez plaire,
Soyez et humble et paciente
Envcrs voz suers par bonne entenle;
EtForciez-vous de plus orcr ,
De plus veillier^ jeuner, plorer
Que lez autres tant com pourrez.
Penssez adés que vous mourrez,
Et ne savez en quel estat.
Doubtez-vous toujours du rcstal.
Dieu vous doint sy bien maintenir
Qu'ä bonne fin puissiez venir.
Lez faiz de la religion
Vous baille en sattisfacion
De voz péchiez , et mettez paine
De dire un psautier la sepmaine ,
Senz voz heures canoniaulz
Et voz services moniaulz.
Je pry au trcs-doulz Jhésucrisl
230 LES MIRACLES
Qui du doit en la terre escripst
Quant volt la femme delivrer
Que lez Juifz k mört livrer
Vouloient pour ce quMI 1'avoient
Prise en péchié sy com disoient,
Qu'il vous absoille et vous pardoint,
Sa grace et sa gloire vous doint ,
Et je sy faiz tant com je puis ,
Ou nom du Pére, ou nom du Filz
Et ou nom du Saint-Espérit,
Amen. Pricz pour moy a Dieu!
LA NONNAIN , en soy tevant.
Celluy de qui tenez le lieu ,
Mon chier seigneur , en sainte Eglise,
Sy vous maintiegne en son servise !
Cy se acline et s^en voise disant :
Mercy Dieu, j'ay le cuer plus aise ;
Certes , corps, tu auras mesaise.
En batant son pis.
Jamais ne me mestrieras.
Jk sy fort ne me tempteras
Se Dieu plaist et la glorieuse
Qui vie sy religieuse
Me doint mener que je m'acordc
A sa douice miséricorde.
Amen , a vous, benoitte dame ,
Recommande mon coi*ps et m'åme ,
Et k mon seigneur saintMichicl .
Et a toute la court du ciel.
Voyse ou elle voulra.
DE $\1NT1<: G£>iEVIKVE. ^3
Cj apres est comment .i. enfani noiez fut resuscitez par les priéres
madame sairUe Gencviéve.
Soit .1. enfaot d*environ .iiii. ans suz aucune chose faite comme
la gaeale d'uD puis en regardaut dedens ; puis viegnent lez dya-
blea qui le ietent ou puis en la maniére t|ui ensuit :
LÉVIATHAN , le premier dyable.
Coinpaiiis, un pou iioiis avancon ,
Mcz voiz-tu lä cel ei)(an90i)
Dessus la gueule de ce puis i
Jc le vueil noicr se je puis.
<^)u'en dis-tu? sera-cc mau lail?
SA Til AN , le sccond.
Mau fait! cesera .1. biau fait,
Car il sera de tous poins noslrc.
LÉVlATHAiS.
t) t se Michiel ou Pol l'apostre
Y viennenl pour le nous iccourre?
SATIIAM.
Trout! je ii'y donne .1. briii de bourri'.
11 u'est crestien plus que .i. oliien.
LÉVIATIIAN.
Vien 5a ; aide-moy ; tu diz bien.
Cy le jetent ou puis doulcement , puis die :
LÉVIATIIAN.
Ha ha, ha ha! il boit, il boit.
SATHAN.
Il sera nostre qui qu^en poit.
c:y se traient arriérc piiis regardenl ou puis, «.'l dic iialliaii
II a trop l)0!i, liii|x^ son anic.
23a LES MfRACLES
LÉYIATHAN , en prenant une ymagete et en baillant å Sathan :
Ve-la-cy ; apren ly la game.
Puis dient ensemble.
Ha ha, ha ha, ha ha, ha ha!
RISOUART ET MAUF£RAS,en conrantå eulz.
Ha ha, qu'est-ce lä ? qu'cst-ce lä?
Est-ce Tåmc d'un crestien?
LÉYIATHAN.
Nennil, mez d'un enfant paieii
Qui c'est tout en l'eure noié.
MAUFERAS.
A-il parjuré iic maugroié?
Sces tu ?
LÉYIATHAN.
Je ne 89ay, regardon ;
Et s'il a men ty sy 1'ardon.
SATHAN.
Cest trop bien dit. Or nous séons
Et dedens nos papiers Yéons.
Lors se siéent et regardent en leurs roulez et soient jusques å tant
que les anges viegnent.
La mére de l'enfant die en soy complaignant.
Oiiest mon enfant, trés-doulzDiex?
Ou est mon filz, doulz roys des cielx ?
Ha lasse ! qu'est-il deYcnu ?
S'il ly estoit mal avenu ,
Perdue et gastée seroie !
Cerlaincment mielx ameroie
Estre enfouie toute vive.
Cy regarde ou puis et die en tirant sez chevex et en soy bateut.
I
DE SAIMT£ GENEVIÉVE. 233
Je le vois lä, lasse chétive!
Lasse il est mort , point ne l'os braire.
A grant douleur le me fault traire.
Cy le traie da puis et le couche å terre puis die en tuertant sez mains.
Hareu! lasse! Blz, tues mort
De léde et angoisseuse mort.
Ha! tres douice Vierge Marie,
Mon enfant a perdu la vie.
Ha lasse ! il est mort sans baptesme.
J'atendoie que la karesme
Venist a la Pasque pour estre
Lors baptisié de mnin de prestre.
Or est perdu, or suis perdue.
Vien , mort, vien, sy m'estrangle et luc.
Cy se lesse chéoir ä terre.
SA VOISINE.
Ma douice voisine et amie,
Pour Dieu ne desconfortez mie.
Alez ä dame Geneviéve
Qui du lit maint målade liéve,
Sacbiez, el vous confortera.
LA MÉRE, ensoylevant.
Ha m'amie! pour Dieu fera?
SA VOISINE.
Oil voir, alez seurement.
LA MÉRE.
G'y voiz doncques hastivement.
Lors preigne Tenfant entré sez brås, et die en alant :
^34 LES M1RACLES
Ha, filzl tu es perdu par moy,
Et je suis perdue pour toy.
Tu 68 mört, sy aroy mal vivre
Se Dieu loy et moy ne délivre.
Lors jete son fliz devant sainte Geneviéve, et å genous et å jointes
mains die :
Maclouice dame et gracieuse,
Ceste meschante douloureuse
Vueilliez aidier et secourir.
Besoing m'a &it sy acourir,
Car mon enfaDt s'y est noié
Qui ne (ut oncques baptisié.
Pour Dieu, rendez-le moy en vie.
SAINTE GENEVIÉYE.
Lasse! que dites-vous m'amie?
Sy grans euvres ne sont pas nostres ;
Mais aus martirs et aus apostres.
M'amie, en Dieu vous confor^ez ,
Et ce fait doulcement portez.
Ne penssez pas que Diex soufFrist
Que vostre enfant ainssy perist
Se ce ne fust pour aucun bien ,
Pour le vostre espoir, ou le sien.
Sy soufTrez puis qu'il plaist a Dieu.
LA MÉRE.
Abay, dame! ce n'est pasgieu.
S'il est dampnc, bien fust mau né.
SAINTE GENEVIÉVE.
II est bien vray qu'il est danipné ;
DE SAI?iTE GENEVli!;VE. ^35
Mez non pas sy tres cruelement
Comme sont ceuiz qui mortelment
Péchcnt chascun jour par malioe;
Car Dieu fait tant de bénéfice
A ces petits enfan^onnés
Qui de pechié muirent tous nez ,
Fors du pechié qu'il ont d'Adam,
Qu'il nlont ne paine ne ahan
Combien qu'en enfer tout droit voisent.
Bien est voir quc Dieu point ne voient,
N'avoir lez biens jå ne pourront
Qu'ont ceulz qui baptisiez mourront,
S'il muirent sans pechié mortel.
LA MÉRb.
Et se mon enfant est or tel
Que jamais ne sentira rien ,
Ne cbault , ne (roit , ne mal ne bien ,
Ne Dieu ne voirra jä en face ,
Que donroie-je de telle gr&ce?
Bonnement j'aroye aussy chier
QuHl fust une ileur de pcschier,
Mais s'il vesquit trop niielx venist.
SAINTE GENEVIÉVE.
Et que savez s'il convenist
Que par vie desordenée
S'åme fust a tourmens menée?
Lez jugemens et lez sentences
De Dieu ont sy grans excelences
Que humaine teste ymagiher
N'cs pourroit ne déterminer.
236 LES MIRACLES
Belle suer, aiez pacience,
Et se par vostre négligence
L^enfant a perdu åme et corps,
Nostre Sire est miséricors ;
Il ne vous fault fors a luv traire
Et a 1'évesque son vicaire
Qui vous donnera alléjance
De ce fbrfait et pénitence.
M'amic, pour Dieu endurez;
Contre Dieu point ne murmurez
Qui fait ou souilre justemen t
Quant qu'on (ait ef non autrement,
Combien qne nostre engin entendre
Ne le puisse pas, ne comprendre.
Et c'est bien raison et droiture,
Car le Créateur créature
Seurmonte sans comparaison.
LA MÉRE.
Voir, dame, de vostre maison
Janiais a jour ne bougeray,
Ain^ois, certes, me tueray
Devant vous se vous ne m'aidiez.
SAINTE GENEVIÉVE.
Bele amie , or vous apaisiez :
Nostre Seigneur vous aidera
Quant il voerra que temps sera.
Pour Dieu ne vous désesperez.
Dieu et sa mére prierez
Et sains et saintes autre ev
Que de vous ilz aient mercy ,
DE SAINTE GENEVIEVE. 287
Et je oureray avecqnes vous.
Alez par dela a gcnous ,
Et je seray de ceste pari.
Cy se mete tost å genous et die ■
Doutz Jhesucrist, le cuer me purt
Du dueil qu'a ceste bonne dame.
Et de cen aussy , Sirc , quc Tame
De son filz est ainssy dampnée ,
Par ce que du ciécle est alée
Sans recevoir crestienté.
Doulz Sire, en vostre volenté
N'a que bonté et amistié :
Je vous requier par la pitié
Que de vostre mcre digne éustes
Quant en le crois mört vous rcceustes,
Et que eustes de la pauvre mére
Qui estoit en tristece amére
Quant on portoit son filz en biére
Enterrer en .i. cymetiére,
Que ceste cy qui tant se deult
Que de douleur tuer se veult ,
Reconfortez et soulaciez
Et remetez son filz suz picz.
Par quoy soiez glorefic
Et vostre pueple édefic.
Cest chose avanture impossible.
Nient mains vous faites tout possible
A ceulz qui ont droite créancc.
Gloire a vous! j'ay fermc fiance
Que vous ne m'escondii'ez mie ,
a38 LES MIRACLES
Qui maintes fois m'avez oie.
Cy se tiégne ä coutes et å genous jasques å tant que les anges aient
remise Tame ou corps
NOSTRB-DAME , en paradis, ä genous.
Doulz Jhésus, vela Geneviéve
Qui de prier se peine et griéve,
Que vueilliez oster de niisére
L'enfhnt et la dolente mére.
Je Yous supply que vous i'oiez.
JHÉSUS.
Volentiers, Damc ; or vous soiez.
Lors voise soir.
JHÉSUS.
Gabriel, Raphael, Michiel ,
Levez suz, descendez du ciel.
L'espérit que sez anemis
Tiennent , prenez et soit remis
Dedens son corps, vueillent ou non ;
Gar Geneviéve, qui mon nom
Essauce et loe et glorefie,
De bouche et de cuer m'en siipplie.
Je ne la vueil pas escondire.
LEZ ANGES.
Nous le ferons, tres puissans Sire.
Cy descendent en chantanl : Conditor , etc., et voisent aiis
ennemis.
s. MICHIEL, au dyables.
Or avant, avant, garnemens ,
Qui tenez lå vos pariemens ,
DE SAINT£ GENEYIÉVE. sSg
Baillez 9a celle åme, ixiiHiez.
LEZ DYABLES.
Alez k Tautre huis; vous failliez^
Maistre Michiel ; ricns n'y avez.
S. MICHIEL.
Sy avoDs, janglcurs embavcz ;
Car Dieu le veult.
RISOUART.
J^os bien que dites.
S. MICHIEL.
Renart, renart, tu quiers tes fuites.
RISOUART.
Vous me injuriez, c'est mau fait.
S. MICHIEL.
Tez toy , tez, va de plain au fait,
Et lesse l'interlocutoire;
Car c'est chosc vrave et notoire
Que pire es qu'on ne pounroit dire.
RISOUART.
Je dissimule ; or oiez, Sire,
Qui a pechié originei
Et fut Renouart au tinel
Pose qu'ii n'ait autre malice ,
Est dampné s'il muert en ce vico;
Cest sentence diiTinitive.
S. MICHIEL.
Risouart, Diex veult qu'il revive,
A qui toute loy est subjete.
RISOUART.
Vous m'en jurcz de jus de bote.
24o LES MIRAGLES
Tiengnc la ioy qu'il meisme a mise.
S. MIGHIEL.
II en fera tout en sa guise
Sans faire tortå åme nulle.
MAUFERAS.
Pour lez mamelles de une mulle,
Dites-vous que Diex soit menterres.
S. MIGHIEL.
Dieu ne puet mentir, malvaiz lierres.
MAUFERAS.
Pourquoy ne tient-il doncques sa Ioy ?
S. MIGHIEL.
Vessel forgic de mais aloy ,
Convient-il que Dieu te responne ?
MAUFERAS.
Ou el est fausse ou el le est bonne :
S'el est bonne Tenfant est nostre.
S. GARRIEL.
Par quel raison est-il or vostre,
Qui n'estes fors meschans bourreaus ,
Varlez, bedeaus, sergentereaus,
Exécuteurs dez sentences
De Dieu suz ceulz qui font oflences^
Que Diex envoie en vos prisons
Pour leur fautes et mesprisons ?
Sy ne povez dire : a II sont nostres : »
Gar vous-meismes n'esles pas vostres ;
Tout est k celui qui tout fist.
LÉVIATHAN.
II soufTi^t, maislres; il souflist
DE SAINTE GENEVIÉYE. 2^1
Au mains par vos dis doit-il estre
En nostre garde et en nostre estre!
S. GABRIEL.
Pour quoy ?
LÉVIATUAN.
Pour la loy dessus dite.
S. GABRIEL.
Qui est ä mört ou a soubite
Comdampnez , puet-il avoir grace?
LÉVIATHAN.
011, mez que prince ly face.
S. GABRIEL.
Bien est; tu dis que vrayement
Horns condapné par jugenient
Puet en son estat premerain
Retourner par son souverain :
Pour quoy , dy , ne puet doncques Diex
Qui (ist enler et terre et cielx ,
A son subjet tel grace faire ,
Et hors de sez prisons le iraire
Pour juste cause et raisonnable ?
LÉVIATHAN.
. Gabriel , ce n'est pas semblable
D'oiDme et de Dieu ; es-tu bien viidef
S. GABRIEL.
Entens bonne similitude ;
Aussy com prince teniporel
Grace faitå mört temporele,
Aussy puet le perpétuel
En cas de mört perpétuele.
I. 1 6
24^ LES MIUACLES
SATU\N.
Vous faites la tourne bouele.
A qucl pic dea va celle dance?
Comment est mört perpétucle,
Quant ens en a bien délivrance?
S. GABRIEL.
Feu (j'enfer t'arde la cervcle ,
Et teste et piez et cuer et pance !
Comnient est mört mört temporele ,
Quant horns ne muert ne n'a grevance ?
Enténs, lourdin, je ne dy mie
Que mört nulle puisse cstre vie;
Mais qui ä mört est obligiez
En puet bien estre respitiez,
Sy comaie fu jadis le lardre
Qui puis beut en hanap de madrc.
Aussy veult Jhésucrist ce mört
Respiter d'infernale mört;
Qa donc, bailliez-le-nous tantost.
SATHAN.
Se VOUS n'estes plus grant ost,
Jamez ne nous eschapera.
S. RAPHAEL.
Mau gré lien, Sathan, sy fera.
SATHAN.
Fera !
RAPHAEL.
Oil.
SATHAN.
l>e quel aconte?
DE SA1NTE GENEVlfeVE. a 4^
S. RAPHABL.
Que Dieu t'envoit la male honte!
II plaist å Dieu.
SATUAN.
Etj'on appelle.
S. RAPHAEL.
En nom de Dieu, tu la baiiles belle!
De qui appelles-tu ?
SATllAN.
De Dieu.
S. RAPHAEL.
Devant qui? pour quoy ? en qucl lieu ?
SATHAN.
Biau sire, soit juge et partic.
S. RAPHAEL.
Faulx Sathan, je te segnefie
Sa vo.lenté et sa sentence :
Tu es en son obédiance,
Bailie-nous l'åme, il le commande.
SATHAN.
Le dyable y ait part : celle truande
Geneviéve a tant flajolé
Qu'el a Dieu du toul aflblé.
LES ANGES , en prenant Tymage.
Trut, trut, baille 5a.
SATHAN , en tenant fort Tymage.
Non ferav.
A Taide, h Taidel ha hay, ha hay!
LES AUTRES DYABLES , en ly aidant.
Michault,Michault, pas ne Taras!
16.
:2t44 ^^^ MIBAGLCS
s. MiciilEL, aus autres anges.
Ferez, ferez sus ces håras!
LEZ ANGES, enfrapant.
En sus, en sus !
LEZ DYABLES.
Lessiez le nostre.
S. MICHIEL, en 1y ostant råmc, et les autres en (hipant.
Nous Tarons, arons inau gré vostre;
Fuiez, fuiez!
RISOUAUT.
Fuion-nou8-cn.
LEZ ALTRES DYABLES.
Fuions, ilz sonl tous hors du sen.
Cy s'en fiiient.
Lors emporte Fåme saint Michiel, et die å sainte Geneviéve :
Gencviéve la Dieu amée ,
Ceste äme qui estoit dampnée
Te donne Dieu que tant reclaimes,
Quc tu honneures, sers et aimes;
Dedens son corps je la reboute.
En la remetant.
Liéve-le, car il vit sans doute,
Et le fay tantost baptisier.
Cy mete l'ymage soulz Tenfant et s'en rctournent sans chanter.
s AiNTE GENEViÉ VE, lå, liéve la teste et die '
Doulz Dieu, nul ne saroit prisier
La doulceur, l'ainour souveraine
Qu^avez ä créature humaine.
Bien ni'avez eue en mémoire,
Je vous en rend loenge et gloire.
DE SAliNTK GUNEVIÉVE. '2^5
Cy se liévc sainte Geneviéve et preigiie l'eiifaiit en disaiit :
Suz, mon enfant, venez ä moy;
Le roy du ciel, en qui je croy,
Vous face encore .1. bon preudoinme.
l'enfant.
Danie, donnez-moy une poninie.
SAINTE GENEVIRVE, en baillant renfant.
M'amie, vostre enfant tenez;
A sainte Eglise le menez
Et faictes qu'il soit baptisié.
LA MÉRE.
Dame, de bouche et de cuer lié
Vous regracie de vos biens.
SAINTE GENEVIÉVE.
Je vous prie, n'en dites riens,
Tant comme je vive, a nul åme.
LA MÉRE.
De par Dieu , soit, ma chiére dame!
Gy 8'en voise avecques son fils en disaut :
Hc Diex, lic Diex, quc j'ay ^rant joye!
Et comment, doulz Diex, me lendroye
De sy grans vertus réciter ?
El fait lez mors resusciter,
Ei garist Ics démoniacles;
Par ly fait Dieu tant de miracles
Que c'est une grande merveille :
En ce monde n'a sa pareille.
Teiz täiz ne se doivent celer ;
On lez doit a lous revéler.
S'elle veull qui soient cclcz ,
2^6 LES MIRACLES
Que point ne soient revclez ,
Ce ly fait faire humilité
Pour fuire toute vanité.
Doit-on pourtant Icssier a dirc
Lez beles vertus nostre Sire ?
Nennil voir, ce seroit mau fait;
Pour ce doncques de ce biau iait
Dieu et la Vierge honnoureray
Et partout ie publieray.
Lors preigne Fenfant entré sez brås en disant
Alons a la Vierge Marie;
Nostre Seigneur m'en fece lie.
Cy voise ou elle vourra.
Comment madame sainie Geneyiéfe pria ung bourgois étOrUens
quil pardonnast ä son variei son mejffaii; ie nen voull riens
fcdre, EUe pria Dieu; il ful målades et lendemain ving ä la
P^ierge pardon demander, Ainsj furent en acouri.
LE VARLET , å genous et mains jointcs.
Madame, aide pour Dieu mercy !
SMNTE GENEVIÉVE.
Amis, qu'avez a crier cy?
LE VAULET.
Ma chiére dame, j'ay .i. maistre,
.1. grand bourgois sy mal chevestre,
Que je ne puis a luy durer.
Tuer mc veult ou enmurer.
Uier d'avcnlure .1. pou m'esprins ;
Dli SAINTE GENEVlÉVe. 347
Sy esl d'irc sy fort esprins
QuMl dist qui me méhaignera .
SAINTE GENEVIÄVE.
Sc Diex plaist, biau fils, non fera.
Tenez-vous cy en oroison :
JMrav ä luy en sa maison.
Gy voise au boargois et die.
Charité, mon seigneur tres doulz,
Me contraint ä venir ä vous;
Guillot , vostre varlet petit ,
A vers vous mesprins .i. pelit:
II s-en repent amérement.
Vueilliez ly, sire, doulcement,
Pour Tamour de Dieu pardonner.
LE BOURGOIS.
Seur , alez aillieurs sermonner ,
Gar ycy ne ferez-vous riens
Autant com de Pabay des chiens ,
De vous et de vos janglcries :
Quidyable ce son t tromperies.
En se prenant par lez costez.
Wa ce garsson baillié ce tour;
Par le clochier de celle tour!
Je ly monslreray qui je suis.
Fuiez de cy, vuidez mes huis,
Gardez que plus ne m'ennuiez.
SAINTE GENEVIÉVE.
Vaillant seigneur, adoucicz
Pour Tamoiir de Dicu voslrc colo.
I^S LES MIRACLILS
Selonc la divinc parolc,
Qui saDz pitié tourmentera,
Sanspitié tourmentc sera.
Miséricorde trouveront
Qui miséricorde feront.
Doncques pardon et grace face ,
Qui venit avoir pardon et grace.
Sy ly soiez donc gracieus,
En l'onneur du roi glorieus
Qui vous créa et Tun et l'autre.
LE BOURGOIS.
Dame , a vos ymages de peautre,
Qui ne scevent contrarguer,
Alez vos mos miraulz ruer^
Non pas aus bourgois d'Orléens.
SMNTE GENEVIÉVE.
Sire, nul bien, ne hors ne ens,
Ne pourriez en heyne avoir.
Heyne trouble sens et savoir,
Heyne est pareille a homicide,
Heyne Tame de tout bien vuide,
Heyne est contraire a charité ,
Heyne par sa malignitc
Paix et amour de cuer esracbe.
LE BOURGOIS.
Gardez-vous de la chiche face,
El vous mordra s'el vous encontre.
Par tous lez sains cie ev encontre ,
Vous n'amendez point sa bcsoigne.
Alez-cn (|uc je ne vous coignc;
DB SAINT£ GE.NEVIÉVE. ^49
De vos preschemcns n'ay-je cure.
SAINTE GENEVIÉVE.
Se ma parole vous est dure ,
Ce me poise; mez j'ay fiance
Qu'ä Dieu n'est point en desplaisance :
Dieu vous vueilleen bien maintenir.
LE BOURGOIS.
Alez tousjours sans revenir.
S.UNTE GENEVIÉVE, ä genousensoD oratoire.
Doulz Jhesu qui du ciel venistes
En terre, et homme dcvenistes
Pour p^ix metre entro Dieu et homme ,
Getuy qui ne prise une pomme
Bien nul que je ly sachc dire
Vueilliez osler de heine et d'ire,
Et sy par grace visiter
Que son varlet puisse habiter
Avecques ly par bon acort,
Et lez jetés de désacort.
LE BOURGOIS, en soi complaignant.
J'ars trestout vif, Vierge Marie,
J'ars tout , hors las je pers la vie.
I-As! j'csloyc huy frez et ronden t
Comme une pomme de Jouvent,
Or suis en sv ardant cbaleur,
Que je n'ay force ne valeur ;
Je n'ay pié nul qui me soustiegne.
Ccrtes, je croy que ce mc viegne
De droite vangance divine;
(^r j'ay celle sainte meschine ,
25o LES MiaACLES
Geneviéve , sy ravalée ,
Qu'elle s'en est bien triste alée.
Las! conscience m'en remort;
Certes je suis digne de mört.
La saintc fame ne faisoit,
Ne ne penssoit , ne ne disoit
Fors doulceur et miséricordc
Pour nous metre en paix et conoorde;
Et je, eomme .i. lou enragié,
Plain d'ennemy, plain de péchié ,
Celle doulce aignelle mordoie,
Et quant que disoit despitoie.
Pour voir, Dieu fait bien ce qu^or fait.
J'ay lourdement vers ly fortait.
Brief je Tiray crier mercy,
Mez je vueil ains reposer cy.
Lore se couche pour dormir et tantost se liéve et die.
Cest nient, je ne puis prcndre somme.
A elle yray , et fust a Romme.
Cy voise Asainte Geneviéve et ly chiée au piez en disant.
A Dame! aicz mercy de moy!
SMNTE GENEVIÉVE, en le relevant.
Sire, pour Dieu, lencz-vous coy;
Lcvez, de par Nostre-Seigneur :
A moy n'aficrt pas tel honneur.
Sire, vous pardonncz de fait
A vostre varlet son mefFait,
Sanz ly plus faire grief ne paine?
LE BOURr.OIS.
Chicre damc , soiez certainr
UL SAINTB GENEVIÉVE. 25l
Quc jamez ne le grcveray ,
Aincois moult de biens ly feray
Pour ramonr de vostre personne ,
Et déz maintenant ly pardonne
Forfais et quant que me devoit.
SA INTE GENEVIEVE.
Et Dieu, qui puet, scet et voit,
SMl est ainsi santé vous doint,
Et tous Yos péchiez vous pnrdoint!
In nomine Patris, et Filiiet S pir i tus sancti.
LE BOLRGOIS.
Amen^ Dame, Diex le vous rendc.
SAINTE GENEVIÉVE, au varlet.
Biau filz, mal vit qui ne s'amcndc!
Avec vostre maistrc en yrez
Et loyaument le servirez.
Soiez prest et obédiant,
Doulz et courtois et pacient^
Ne soiez fel , ne orgueillieus,
Ne rechinant, ne pareceus ;
Parlez pou, mez bonnes paroles;
Fuiez garssons et garsses foles ;
Honnestcment vous contenez
Et sagement voiis demenez.
Honnourcz et maistrc et niaistressc,
Oiez Ics scrmons et la messe
Quant vous pourrez par Icur licencc ;
Dieu vousoctroit grace et sciencc
Entoutbicn. Adieu, mezamis.
^53 L£S MIRACLES
LE BOURGOIS.
Dieu , qui paix CDtrc nous a mis
Par vous , en sa grace vous tiegne.
LE V\RLET.
Le doulz Jhesucrist vous mainliegne
En loute bonté sans taillir,
Gar vous ni'avez fait hors siiillir
De fort pas et de grant misére.
LE BOURGOIS ET LE VARLET.
Dame, äDieu.
SAINTE GENEVIÉVE.
Alezä sa mcre.
Gy voisent ou ils vourront.
Cy apres est commeni madame sainte Gene^ie^^ fist fairc unc
église ä Lectrée, suz lez corps sains de mon seigneur saint De»
nys etsez compaignons ; et dez miracles de la chatix et du vin
que Nostre-Seigneur y fist par lez pricres de la dicte Vitrge ,
et par lez mérites des diz glorieus martyrs»
SAINTE GENEVIÉVE , å genous , les inains tendues.
Tres doulz Jhesucrit, roy de gloire,
Uien dcvons avoir en mémoire
Lez honneurs et lez courtoisies
Que vous feistes en sez parties
Quant sainct Denis y envoiastes ;
Par qui d'errcur nous délivrastes ,
Donc le corps repose ä Lectrée
Dessus une pierre lettrée,
Sans avoir moustier ne tnaison
Comme il deust avoir par raison.
Habs! grans manoirs ont et cointes
DE SAINTE GENEVlfeVE. !l53
Ceulx qui pas ne sont vos acointes,
Et lez corps sains de vos amis
Sont ou dit iieu long-temps a mis
Petitemcnt logiez. A lasse!
Volentiers y édcQasse
.1. moustierse j'eusse finance!
Doulz Dieu, en qui est ma (iance,
Donne]&-moy bon confort et aide
Par quoy puisse trouver qui m\iide
A faire ledit oratoire
A vostre honneur, Ipenge et gloire!
Cy voise parler å .11. prestres et die :
Mes reverens péres en Dieu ,
Mout est ä honnourer le Iieu
Ou lez sains sont, qui la créance
Jadis apportérent en France.
Ce Fut monseigncur sainct Denis,
Et ses .11. autres bons amis
Sainct Eleuthére et sainct Rustique,
I.<ez queiz pour la foy catholique
En occist en ceste contrée ,
Dont lez corps gisent ä Lectrée ,
Au vent, ä la nége, a la pluie,
Sans honneur, Jont förment m^ennuie.
Si vous vueil pour Dieu supplier
Que prenons ä édifier
Sus lez dis corps sains .1. mousticr.
D\N r.ENESE.
Dame, cc Ihil eussions moutchier,
254 ^^^ MIRACLES
Mais il seroit trop fort ä faire.
SAINTE GBNEVIÉVE.
Diex est et large et débonnaire
A cuer de bonne ^olenté ;
Diex nous donnera a plenté
De quant que niestier noussera.
Comman^ons, Diex nous aidem ;
Mez qu'en ly sur tous nous (lons.
DAN BESSUS.
Voir, Dame, se nous avions
Pierre et merrien pour une église^
Sy ne savons-nous en quel guise
Nous pourrions de chaux finer.
SAINTE GEMEVIÉVE.
Vueilliez a Paris cheminer,
Et suz grant pont vous deportez
.1. tan tet, etpuis me raportez
Cen que de chaux orrez parler.
LES PRESTRES.
Dame , bien y voulons aler
Puisqu'il vous plaist; priez pour nous.
SAINTE GENEVIRVE.
Seigneurs^ Diex soit garde de vous!
Cy voise å Paris, et en alant dan Genoiz die :
(On puet lessier de cy jusgues cy (i),)
Dan Bessus, avez-vous dit nonne?
(i) Le copiste a voola faire entendre , par cette indication, qo^oo
poQYait paaaer cette scéne, depuis ces mota : Dan Bessus, avor^wtuå
dit /I0IIII6 ? jusqu^å ceux-ci (p. 387) : A lons nous h^avons guetarder.
Lå preuve eu existe dans le jusques cy qu*il a placé de nonveao anat
DE S\INTE GENEVIEVE. 'j55
DKTi BESSCS.
Dan Genése, par ma couronne,
Je n'en ay mot dit se me semble.
{Lisia ccste escripturcfausse^ car el est bien notalf le paur gens
iteglise,)
DAN GENÉSE.
Or la disons nous .11. ensemble :
Deus in adjutorium
En soy segnant.
D\N BESSUS.
Domine ad adjuvanduin
Sire, savoir nous convendra
Se Robin Gauthier nous vendra
Pour lez ouvriers .1. bon chatrv.
Dy-je bien : Gloria Patiy?
Qu'en dites-vous? ei /7//0 ,
Hon ! et Spiritu sancto.
Vous ne me dites hcu ne beu.
DAN GENBSE.
Monsseur Bessus , adieu le veu !
Vostre honneur sauf, c'est maise guise
De jangler au devin servise,
Quand on éure ou parie ä Dieu
Ou ä sez sains; ce n'est pas gieu
De parler a Dieu comme homme yvro,
En ourant par cuer ou par lyvre;
£t vrayement le roy de France
ce dernier vers : Alons, etc. — Par la seconde indication qu*on ren-
oontre un peu plus bas, il engage ccpendant å Urecette sééne, dont
les plaisanteries sont en eflet assez singuUéres , placées qu^elles se
trourent dans la bonche de gens appartenant å Téglise.
a56 LES MIRAGLES
Prendroit en mout grant desplaisance
Se supplier ly alliez,
S'en suppliant vous parliez
Puis au roy, puis å .i. porchier,
Puis de boire, puis de maschier;
Je cuide que vostre langage
Ne seroit n'onneste ne sage,
N'agréable au roy ne au stens,
Ne ä vous proBtible en riens :
Par quoy vostre pcticion
N'aroit point de exaudicion.
Pour ce dit le bon roY Daviz
En son psaultier ce in'est aviz :
« Chantez, ce dit-il , sagement ;
« Sagement, non pas folement.»
Folennent chantc qui parolc
A Dieu comme oisel en jaiole,
Qui est tout plain de janglerie ,
Et sy n'cntent chose qu'il die,
Ou comme homme vvre en son doraient
Qui parle ou francois ou norment,
Dont riens ne scet quant il s'esveille,
Et s'on ly dit il s'en merveille;
Car Fentente point ne visoit
A cen que la bouche disoit.
Aussy est-il d'omme qui eurc
Se sa parole n'assaveure
En cuer ; car la devocion
Poise Diex et Tentencion
Que vault chose que bouche dic,
DB SAINTE GENEVIÉVE. 367
Quant le cuer fait chastiaus en Brie :
Pour ce doit Tourant nielre paine
D^entendre ä sa puissance plaiiie
Et cen qu^il dit et cen qu'on dit :
Autrement ne vault ricns son dit.
Sy vousen chastiez bian-frérc.
DAN RESSIJS.
Jhésucrist le vueille , biau-pére !
Dore en avant m'cn vucil }»ardor.
Jusquex cY :
DAM GENÉSE.
Alons , nous n'avons que tanier.
Cy voiaent aprez tes porchiers , et lä se tiennent .1. poii en estaiit
sanz parler ; piiis die dan Genése :
Que faisons-nous cy?
DArS BESSUS.
Nons musons.
DAN (;enése.
II senible que nous cabusoris
Ou que vueillions lez pfeiis compler.
DAN BESSUS.
J'oscy .1. porchier raconter
Qu'ila trouvé une aventure
En menant sez pors en pasture :
Escoutons, s'il vous plaist, son dit.
DAN GENtf<:SE.
Or nous séons , c'est trop bien dit.
Cy se sient.
TIÉBA13LT , porchier.
Foucault, veulz-tu oirnouvcles?
I. 17
1>58 LES MIRVCLKS
FOIJCALLT.
Oil bicn, iriez qu^clz soiciil teles
Que nion venlre brcncus s'cii seiilc.
TltBAULT.
Je le dy que liier par une seiUc
Menay mez pourceaul/ et mez truies
Mains ile l'errereure de .11. Iiiies
En pasture enmy .1. larris,
Ne trop joieus, ne trop niarris,
Teste nue, lez piez deschaux :
Sy trouvay .1. foiirncl de cliaiix
D'aveiiture en .1. reculet.
foi;cal'lt.
Pour la teste d'un sour mulet,
Je croy que tu resves, Ticbauh.
TIÉBADLT.
Non faiz, non faiz, maistre Foucault;
J'ay beu, je s^ay bien que je dy.
FOLCAULT.
Foy que tu dois le mecredy ,
Mejoues-tu de la trompete?
TlÉBAULT.
Vilaine hon te tesoitfaite!
Ne suis-je pas bon crestien ?
FOUCAULT.
Par monseigneur saint Julien,
Tiébault, je ne s^ay, je m'en doubto.
TlÉBAULT.
Je t^ostasse hors de la doubte
Se nous fussiens dessous Montinartre.
DE SALNTfi GENEVIKVE. I^Sq
FOUCAULT.
Comment? me donroies-tu tartre
Ou ciboules en porions?
TlÉDAULT.
Par saint Lou, mez bons horions
De ma macuc suz ton chief.
FOUCAULT.
Je seroie ä trop grant meschief,
Se tu ne r^avoiesdu mien.
TIÉBAULT.
Du tien?
FOUCAULT.
Du mien.
TIÉBAULT.
Ahay du tien.
Et qu'a.s-tu?
FOUCAULT.
J'ay assez pour toy.
TIÉBAULT.
Hé, pour Dieu, mon amy , tour toy !
Tu as le cul tourné au pronc,
Foy que je doy saint Grisogone.
Se tant ne quant tu m'atouchoies,
Jamaiz ne heurtebilleroies
Fame qui soit desuz la lune.
FOUCAULT.
Jamaiz homme ne fraperoies
Qui soit vivant dessouz la lune.
Cest chose qui est trop commune,
Dan Tiébault, que de soy vanter;
»7
260 LES MIRACLKS
Mez lu scez bien que fort venter
Chiet souvcnt par une pluictc,
Et aussy une cogniele
• Abat bien souvent .1. grant arbre.
TIÉBAULT.
Tien-te la pique comme .1. niarbre :
Je ne suis pas tel com lu pcnsses,
FOUCAULT.
Je te pardonne tez offensses;
Tu dis vray comme patre nostre.
TIÉBAULT.
Dan Foucault, le pardon soit vostrc :
Je n'ay cure de vos raserdcs.
FOUCAULT.
Cest guisc de merdeurs et mcrdch
De soy sans raison courroucier,
Que vas-tu grondir ne groucier
Contre moy pår espécial ,
Qui suis ton droit compains loyal)^
Ety par Dieu, il n'est nul avoir
Qu'il vaille bon amy avoir;
Par Dieu, c'est mal fait, Tiébauz. .
TIÉBAULT.
Foy que doy le roy des ribauls,
Foucault, biau compains, ce taiz-tu?
Mais scez-tu quoy? maistre Festu,
Sy a engendré une lille
Qui maint porteur de ieustre essille.
Alons-y , nous serons trop aise.
DK SAI.NTIi C.KNEVIKVE. 'j6 1
FOUCAULT.
Qiii esl-cl , Ticbault?
TIKBAULT.
Cest ccrvaivse .
FOUCAULT.
Ålas! jc n'cn fu pas nourrv.
TIKBAULT.
Foucault, tu ircz [ms champ pourry :
Tu as plus chier jus de roisin.
FOUCAULT.
Par lov, tu dis voir, biau voisin.
TIKBAULT.
Sy a Tiébault, le tilz mon pere.
FOUC\ULT.
Or uc mens pas, mon bon coni|)cre ;
As-tu trouvc le dit iburnel?
TIKBAILT.
As-tu bien testc d'estourncl ,
Ventre Imju! ne me croiz-tu mie?
FOUCAULT.
Tu m'as mis en mélencolie.
Jc ne s^ay ce s'est droit fantosme
Ou tout ccrtain^ car, par saint Cosnie ,
Tiébauit, trestout autel te cliante :
Ou bois ou tu scez que je hante,
Trouvé la veille de la feste
.1. arbre chest par la tcmpeste,
El droitement soubz les laciues
\voil de cliaux plus de .c. mines
En .1. fournel;cVsl grant nicrvcillc.
264 LES MIRACLES
Sire , je vueil estre batu
S'ii n^est ainssy , et lez quérez.
DAN BESSUS.
Cest bien dit, compaing; vous bérez ,
Unc autre fois.
LES PRESTRES, ensemble.
Adieii, adieu.
LES PORCIIIERS.
Alez a Saint-Bartelemeu.
Lors voisent oii ils vourront.
Cy retouraent les prestres ä sainte Geneviéve.
DAN GENÉSE.
Damc, sachiez que .11. porchiers,
.11. fourneaulx de chaux tousentiers
Nous ont ensegniez d'aventure.
SAINTE GENEVIÉVE, åjointesmains
Doulz Dieu , qui a ta créature
Es larges et abandonné ,
Honiieur te soit sanz fin donné.
Or suis-je bien reconfortée.
Cy die å dan Genése :
Nous yrons nous .11. å Lettrée
Et y menerons des ouvriers.
Puis die å dan Bessus :
Et vous prendrez dez charetiers
Sy lez menerez ä la chaux.
DAN BESSUS.
Tost en arez, se je uc faux.
Cy voisc dan Hessns avee revestiue de Paris pour ly (enir
coni>aignie.
DE S\INTE GENEVlkVE. 265
SAINTE GENEVIÉVE, aus OUYliers.
Seigneurs, venrez-vous avec nous?
LES OUVRIERS.
Dame , pour la crois et pour vous
Sommes nous tous apparcilliez.
SAINTE GENEVIÉVE.
Venez, vous serez bien paiez.
Lon voisent ä Lectrée, et illecques soit .i. autel et Ty mage mni
Denys dessus.
SAINTE GENEVIÉVE.
Or 9a , de par la mérc Dieu ,
Mez bons amis, en ce saint licu
.1. biau moustier me commenciez ,
Et pour Jhésucrist vous songnicz
De faire chose qui ly plaise.
OGIER , le mathon.
Dame, ne soiez en malaise
Fors de nous querre assez deniers,
Car loyaument, comme monniers,
Ouvrerons cest euvrc d'église.
Huet, pren celle pierre bise,
Sy l'esboche ä ton grant martel.
UUET, magon.
Maistre Ogier, je say un art tel
Que sans touchier et sans failiir
La vous feray en hault saillir ,
Mez qu'el oie le coq chanter.
OGIER.
Or du bäver , or du venter;
Parle mains et fay bien besoignc.
206 LES MIRACLKS
HLET,
Par la grant dame de Bouloigiie,
Je vueil faire une orde preslresse
Qui chevauchera une asnesse,
En cesle pierre de quarrci.
LE GUARPENTiER, eu tenant .1. barton
Et jc vueil cy faire .1. barrel
Pour une fcncstrele englesche.
OGTER.
Va tendrc ta ligne, sy pesche.
Ahay, es-tu jä au fenestres,
lluet?
HLET.
Maistre?
OUIER.
Visens nos eslres.
UUET.
Maistre, visez.
OGIER.
Nos .11. pignons
Avecques leur .1111. quignons
Seront bien Tun cy, Taulre ca.
HUET
Maislrc, j'ay grant sueFdc piccii.
OGIER.
Tez-toy.
HUET.
Or sus.
OGIER.
A mon aviz
Bien sera ev la tour a \i/.,
DE SAINTE GENEVIÉVE. 367
A archéres et ä dégrez
De pierre de taille ou de grez ;
Et bon est que l'esglise toule
Soit ä boi) pilliers et a voute.
Le cuer sera vers Orient,
El la nef devers Ocoident.
Le maconnement fait entier,
Lors mete sus le charpenticr
Sy veull sez trés et ses r lic v rons.
HUET.
Beau sire Diex, et qiiant bevrons?
II fait Irop grant harie en cost ostre.
A boire, ä boire, sire preslre;
J*ay le gorgeron escorchié.
LE CIIARPENTIER.
Et mon gosier est sy torchié
Qu'il est sec comme den t de chien.
OGIER.
Foy que dov vous, sy est le mien.
A boire, prestre, ou nous mourrons.
DAN GENESE.
Vons en arez quant nous pourrons.
Lors die ä sainte Geneviéve :
Dame, lez ouvriers n'ont que boire;
Seriuonnez-leur d'aucune histoire.
Tandiz que j'iray å Paris
Faire emplir .i. ou .11. baris,
Un pou lez faites déporter.
SAINTE GENEVIÉVE.
Diex nous vueille reconfortcr
268 LES M1R\CLE$
Qui sez biens ou il veut départ !
Or vous traiez .i. pou a part,
Et priez Dieu de cucr et d'äme
Qu'il nous aide.
D\N GENÉSE.
Volentiers, damc.
Lors se inelent å oroisoii .
SAINTE GENEVIÉVE, ä genoUS.
Dieu , qui muastes Tiaue en vin ,
És nopces chiez Archedeclin,
Vucilliezcy vostre grace estandre
Afin que lez ouvriers entendre
Puissent mielx , et sauz murmurer ,
A faire cuvre qui puist durer
A Tonneur de vos bons amis
Qui cy Furent lonc temps a mis.
Lors se liéve et die sus le pol -.
Emple , de par Nostre-Seigneur ,
A sa gloire et son honneur :
In nomine Patris, et Filii^ et Spiritus sancti.
Amen,
Cy baille le pot ä dan Genése en disant :
Donnez, sire, ä boire aus ouvriers.
Puis se remete en oroison, et assez tost revoise ä Paris.
DAN GENÉSE, en prenant le pot.
Sansfaille, Danic, volentiers.
Qa, beaus seigneurs , l(5z chiez levez^
DE SAINTE GENEVIÉVE. 369
Vecy bon vin, tenez, bevez,
Moulliez .1. pou vos conscienccs.
OGIER , en hochant la teste.
Foy que doy saint Lou de Cerenccs,
Ce ne sont pas froides nouveles.
HUET.
Je croy que c'e8t vin de pruneles.
Oix a-il esté sy tost forgy !
DAN GENÉSE.
Quant tu en äras en gorgy ,
Sy en juge lors, s'il te plaist.
HUET , en prenant le godet.
Or 9a , je vueil savoir que c'est.
Cy tende et die :
Metez bien, monseigncur , metez.
DAN GENÉSE.
Sy feray-je; tien, or te tez.
Porte cela en quiqu^en muce.
HUET
Sy feray-je, par sainte Luce.
Cy boive et puls die :
Sainte Marie , mére de Dieu ,
En quel pais et en quel lieu
A ope creu se noble vin?
OGIER.
Es-tu enchanteur ou devin?
Tu joues des ars de toulete.
HUET , en baillant le godet.
Tenez, maistre, enoplez 1'ainulete;
370 LES MIRACLES
Sy sarez se je vous dy bourde.
OGIER, eo tenant le godet.
Prestre, emplez ceste coquelourde ,
Que Diex vous liengne en son sen ise.
DA?! GENESE, en vereant.
Vous avez pissé contre bise ;
Sv vous est prins le mal roulant.
OGIER.
Sire, c'est voir; pour ce en roulant
Tumberay cecy en rna forge.
DArS (.ENÉSE.
Cest bon oignement pour la gorge,
Maistre Ogier, quant le temps est sec.
OGiER, en monstrant le godet ?uit.
Otuv est mat: eschel, eschet !
Huet , voir , tu n^ez pas béjaune :
II n'est Garladon ne Béaune,
Par Dieu, qui vaille ce vin cy.
LE CHARPENTIER.
Ha ! ha! c'est rape de Quincy.
Je cognoiz tropt bien vos bäras.
OGiER , en ly baillant le godet.
Tens la main au pot , sy säras.
Guides-tu que nous t'entroignon?
LE CHARPENTIER, en monstrant le vin.
Pour lez bions cheveux, maistre oignon,
Dont vient ore se pélerin ?
DAN GENbSE.
De Couloigne dessus le Rin.
Qu'as-tu ä fairc dont il viengne?
DE sviNTt (;t.\EVu;vK. 271
LE CUARPENTIER.
Cesl bien dit; mez Gevre me licngnc ,
Se VOU8 me servez de 1'cntroigne,
Se jamais en cesto besoignc
Je frnpe cop de bcsague.
HUET.
Tu es bienlost en tiévre ague :
Pren le gode t et sy essaye.
LE CUARPENTIER, en preuniU logodet. .
Je le vueil , 9a quérez qui paie :
Dan Genoiz, emplez ceste lampe.
DAN GENÉSE.
Or lien , boif pour la goutc crampe.
LE CUARPENTIER.
Metez , metez, je vueil bien traire.
DAN GENÉSE.
Tien , tien^ mal bien te puist-il faire!
LE CUARPENTIER.
Je vueil oindi^ mon gavion.
OGIER et UUET.
Boif, boif, 8anglante passion.
OGIER, qiiant le charpentier ara ben.
Que dites-vous, maistre Rogier?
LE CUARPENTIER.
Cest vin de bouche , maistre Ogier ;
Sainte mérc Dicu, vecy råge.
Qui oncques mez vit tel bevrage ? •
Emplez , pour Dieu , encoi' ma coupe.
DAN GENÉSE.
Tu cs plus yvre que unc soupe ;
272 t^ES MIR\GLES
Gommen t pourras-tu ja doulcr ?
LE CIIARPENTIER.
Je feray les asncs voler ,
Mez que je boive une foys seule.
DAN GENÉSE.
Or tien, mal feu t^ardc la gueule!
LE CHARPENTIER , sanz boire.
Mére Dieu, c'est une fontaine;
Nous avons beu ä pance plaine ,
Et sy semble qu'åme n'y touche.
Folz est qui de cuer et de bouche ,
?Je veult Dieu loer et amer.
OGIER.
Doulz Dieu en qui n'a point d'amer ,
Bien a cy miracle notable.
HUET.
Moult est ore a Dieu agréable
Nostre maistresse Geneviéve.
LE CHARPENTIER.
Beaus seigneurs, ce fessel me griéve ;
Je le vueil metre soubz ma chape.
Cy boWe.
OGIER et IIUET.
Or garde bien qu'il ne t'eschape.
LE CHARPENTIER.
Cest fail, ie péril en est hors.
Lors baille le godet å Ogier en disant :
Tenez-moy ce godet , bon corps ,
Je le vous rens sain et entier.
DE SAINTE GENEVIÉTE. 21^3
OGIEK I en prenant.
Par foy, tu cs droit charpentier;
En ton euvre nVil que remordre.
Monssour Gcnoiz , selonc vostre ord re
II me fault faire comme ly.
DAN GENÉSB.
Que fiist-il ore ensevely
Et toi aussy. Que veult cc dire?
OGIER.
Ne vous courrouciez mie, sire,
Cest au lundy nostre coustume.
DAN GENÉSE, en verssant.
Tien donc, en male estraine hume.
OGIER.
Prestre.
DAN GENÉSE.
Dy.
OGIER.
Voulez que je dye?
A la guise de Normendie
Je bef ä vous de chipe en chope.
DAN GBNÉSE.
II a trop froity sy Tenvelope.
OGIER , qtint il ara beu.
Cetuy est mien, l'autre soit vostre.
DAN GEN&SB.
Tu sces plus que ta patre nostre.
OGIER.
Vecy belle chose, Huel.
I. lö
2^4 ''^ XIRACLCS
HLET 9 en preoana k godec
3k ne sera riche ouiet.
Prestre, faites cy vostre aumosne.
DAN GE?IÉSE.
Esgar, cc garssoD me ranposne.
Or sus, rJe par Dieu , besongncz.
HL£T.
Metez cy et ne vous feigniez.
Vous voirrez bien que nous fcron
da:v genése.
Tien donc, fourre ton chaperou.
HUET.
J^en Tourreray avant ma pance.
OGIER ET LE CIIARPEVTIER.
Ainssy, Huet, empte ta granche.
nUET , quant ara beu.
Par ma teste, moqnin moquarr,
II seroit bien quoquin quoquart
Qui en cest euvre loyaumcnt
N'ouvreroit et diligemment
A tout son povoir et savoir.
LE ClIARtvENTIER.
Par ma foy, Huet dit h voir,
Et en verité, sanz tnomperie ,
Je feray tel charpenteric
Que nal fors que bien n'en dira ;
£t sachiez qu'ii me souflira
r>'avoir le fuerce a la viele.
OGlER.
Miracle apcrt et vcrtu l>elle
DE SAINTE GBNEVIÉVE. 3^5
Nous inonstre Dicu devant noz yex :
Naturc il fealt, il vient des cieuls.
Loé soil Dieu et Nostre-Dame ,
Et ceste sainte preude fame
Qui plus doulce est que .i. coulumbel,
. Et lez corps saios de ce tumbcl !
Voir se Dieu veuit que solons sains
Huet et moy, sus sez bons sains
Sy noUement ma^onnerons,
Que grant honneur y gaignerons.
Je los que nous ak>ns couchier
Chiez inon pére le bouchier ;
Demain ä matin revendrons,
Et å bien onvrer entendrons.
N'est pas homme qui ne prent somme.
HUET ET LE ClIARPETfTIER.
Alon-en ; c'est dit de preudomme.
Voisent ou il Tourront et dan Genese som tenir conpaignir
å saint Remy.
Qoi le jeu vourra cy finer ,
Ainssy le ponrra définer.
Biaus seigneurs, pour ce biau miraclq
Que Diex a fait sanz nul obstacle ,
Chantons, tant bc^us que camus,
Bien hault : Te Deum, laudqmus.
De eeste elaase n*å que foire
Qui le jeu ne veult a fin tmire.
i8
^']6 LES MIRACUES
BIAU MIRACLE
Comment madame stunie Genepiet^ aloit untfois la nuit de Pas^
ques veillier au tumbel saint Denjrs ä Letrée^ et k cierge qme
une de sez pucéUes portoii eslaint. Lors stunie Genepiet^ le
print et tantost il raktma, et dwra arJant jusques å Saint-Denjrs
de Letrée.
SAINTE GENEViÉVEy å sez conpaignes.
Mes suers , j'ay en dévocion
En oeste résurection,
Du doulz Jhesu vray hom, vray Dieo^
D'aler visiter en leur licu
Saint Denis et ses conpaignons.
Alons, suers, et ne noua faignons
De leur bonne aide requérir;
Car nul quMI ailde puet périr.
Ains qu^il soit jour, se bon vous scmble,
Y alons toutes .iii. ensemble :
Demain ains prime retournerons.
SAINTE CÉLINE.
Avec vous vivrons et mourrons.
Dame, ou vous plaira nous mcnez.
SAINTE GÉNEVIÉVE.
Margot y ce tuertis tne prenez ;
Ardant le portez en la main
Pour nous esclairier jusqu'å main.
Suer, dy-je bien?
MARGOT, en prenant le cierge.
Madame, oil.
de 8a1nte geneviéve. ^'jj
såintb getceviéve.
Alon y Dicu nous gart de péril.
Cy voisent belement.
LfiVIATHAN.
Salhan, qui est colle viellottc
Qui tousjours en alant barbotc :
jii^ Ma/*as y Patres Jiostrues ,
Comme »'el dcust voler aux nucs ;
Et se defripe et fait la lipe ,
Et me portc fueitles de tripe
Comme .i. livré soubz sez csseles?
Åvec ly mainc .11. pucelics
Qu'el encliante trop fort cntant,
Que se tant ne quant vont sentant
Que je leur eschaufe lez rains.
Lors me prendront branches et rains
De boul y d^osiéres ou d'orties ,
Ou chardops, ou bonnes coogies,
Batront espaulez ou culiére^
N'y remaindra jk pel cntiére.
Dessus leur pis dez poing tabeurent ,
Et eurenty pleurent, veillent, labeurent,
Cengnent cprdes, vestent la haire.
Je ne lez puis ä péchié traire :
Jk taut n'es aroy cschav/ées^
Tant lez a leur dame enchantées.
Ou vont-il? qui est-el ? sccz-lu?
SATUÅN.
Cest , malotru , cornart , testa ,
278 LF<S M1RACLE8
L'abcssc de Tirelopincs (i).
LB PREMIER BOURGOYS. •*
A Gencviévc le mcnons
Qui leur donnera aléjancc.
LEZ AUTUES ROURGOYS.
Si re , lele est nostre cspérance.
Ixirs voiscnt au foI et jueut dez vergez et de la corde.
LE PREMIER BOURGOVS.
Or 93, maistre, ca levez sus.
LE FOL ^ ea soy levant.
Ccrlez, je seray au-dcssus,
Va chanteray chan^ons de geste.
LE SECOND BOURGOYS.
Délivrons-nous , il se lempeste :
Lions-ly lez brås et lez maios.
Lors le lieiU.
LE FOL.
Que faites- vous , sanglans vilains ?
Qui vous fait approucbier de moy?
LE TiERS BOGRGOYS , en menacent de la vergc.
IIol maistre, bo! tcnez-vous quoy.
Passez avant, niaistre, passez.
LE FOL^ enalant.
Je suis cordelier , c'e8l assez
Pour descbanter messe et canon.
Cy die en chantant :
(I) II inanque ici un fragment contonaut Xa Jin de ce miraclc cl le
commencemcut dr ^cKii de^ fous.
DE SAINTE GBNEVIÉVE. S^^
Hynban , dit råoesse, binhan y dit fasnon !
Quant il sera avecques lezaatres, lors les meinent lézboargoys åsainte
Geneviéve, et soient lez enntaå» åerriété måZy et se jouent å
eulz.
LE PREUI&R BOURGpYS,
Or suz, seigneurs; suz,.alez oullrel
m PREMIER FOL , en alant.
Il fault h ma cbarue .i. coutre.
Dy , est-il jour ou c'est la lune?
LE SEGOMD FOL^ en alant.
J'ay fain y dorme-moy ime prunc,
Puis va torchier moo cul , Motrel.
LE TIER3 FOL,
J'ay clére voiz, comi?Qe .i. tourcl,
Pour ce veil-je chanter la messp.
LE QUART FOL.
Fy , (y! tu as fait une vesse.
LE QUINT FOL y en chantant ou chant de Sanctus ou de Requiem.
Sanz-tUy sans-tu 9 sanz-tu ;
.II. menus dansabot.
LE . VI*. • FOL , en chantant coittme Vautre.
Mens-tu, mens-tu, mens- tu ,
.iu. quiens, .iti. quae k a. rabot:
• Cy voisent uslant toos ensamble:
1.E PREMIER BOURGOYS , ä salncte Geneviéve.
Dame, foison de forssenez
Vous avons icy amenez :
Pour Dieu, prengne-vous en pitié!
SAINTE GEIVEVIÉVE, lez mains dreciés au ciel .
Doulz Dieu , qui par grant ainisfié
3ÖO LI^S MIRACLES
Et par pitié tréft-charitable ,
De dampnadoD pardurablc
Ot dez mains l'aiieiny d'enier
Vousifttes vostre pueple öster ,
Par vostre sainte passion ,
Aie^y sircy compassion
De sez gens qui tant son t ten tes
De l'aneniiy et tourmentés.
Regardez, sire, ä la priére
De vostre mére débonnaire
Et de monseigneur saint Dcnis
Qui pour vous fut mört et Tents ,
Et des autres saintes et sains,
Et lez rendez joieus et sains,
A vostre grant loenge et gloire.
A vous soit honneur et victoire!
Gy se liévcnt et lez seigne en disant :
Ennemis de ces gens yssiez ,
Ne jamais ne Icz traveilliez :
In nominc Patris^ et Filiiy et Spiritus saficti.
Lon ge lessent lez föls chéoir en disant:
Diex , vostre aide, nous sommes mors.
LÉVIATHAN.
Cest force ; il nous fault aler hors !
Ce nous faii celle maise garsse.
LES AUTRES DiABLES, en fuiant.
Ccst voir;dc mau feu soit-elle arsse!
Cy f>c liéyreni lez lolz et dicnt :
Sirc Diex, graces vous rendons.
DE SAINTE GEMEVIÉVE. 281
MadamCy ä Dieu vous commandons;
Dicu vous maintiegne en sainte foy !
SAINTE GENBVIÅVE.
AIcz ; a Dieu priez pour moy.
Cy se remete ä oraison et se tiegne ä Letrée jusques å tant que les
målades aient finé.
Qui le jeu saint Denis ? oodroit cy terminer
Gomme cy est escript le pourroit définer.
Seigneurs, Dieu nous a fait grant grace :
Par sabct Denis cl Gencviéve,
Sy commen90n8 dés ceste place.
Cest chose qui nuUy ne griéve ,
Ne elers, ne laiz, ne bigamus :
Por ce en estant chascun se liéve,
Chantant : Te Deum laudamus.
Mindes de plusieurs maUdes
En farses pour cstre mains fades.
UNG BIAU MIRACLE.
Cy apres sont atUres miracl$s de madame sainte Genci^ieue. San
ctuez que chascun emporte plusieurs personnages de plusieurs
målades pour cause de hrietéf et a parmy farsses cntées^ afin
que le jeu soii mains fade et plus plaisans.
LE MESEL.
Au målade, Diex, au målade !
.1. tentet de viande sade.
Ilalas, chétis, je suis gaste
Se je n'ay d'un pctit pastc,
282 LES MIRACLES
Et plaine escuelc de boschet,
Ou au mains de vin de bufTct!
Ceste greveuse maladie
Me maine doulercuse vie ;
Je me descbire, je gratigoe ,
Je me défripe, je recbigne,
Elle me runge, et point, et mört ;
Mielx venist que je fusse mört ,
S'U pleust a Dieu, et mielx Tamasse,
Car c'est .1. mal qui point ne passé,
Fors au mourir tant seulemeni.
II n'est mire^ne oignement
Qui en sacbe ou puisse garir,
Fors Dieu qui me gart de périr,
Qui la me doint pour purgatoire.
Cy se sié.
LE BROUETIER.
Pour 1'amour du doulz roy de gloirc,
Donnez ou denier, ou mallete
Au povre enfaut de la brouete.
Mielx ne le povez cmploicr,
Car par m'äme il ne puet ploicr
Membre nul qu^il ait, ne cstendre.
J'eusse plus chier qu'il fust en cendre
Il n'ot, ne ne voit, ne ne parlc,
N'a plus meschant de cy en Arle.
Donnez-ly, pour Dieu, crote ou mie :
Vous fercz aumosne flourie.
Par ccst amc, je dy veritc.
Cy se sic apré» l*autrc.
DE SMNTE GENEVIÉVE. a83
L YDROPIQUE.
Diex, voslrc aidc par charité!
Je ne sens qii'eDgoisse et meschiet'
Du fons du pié jusques au chief.
Helas , j'ay goute miseraigne,
J'ai riflc et rafle, et roigne et taigne,
J'ay fiévre lente et suis podagre,
J'ars trestout du mal saint Piacrc,
J'ay ou cul lez esmoroides ;
Sy ne puis chter, c'est grant hides ;
Je chie souvcnt du mal saint Lou,
J'ay cors, j'ay le fil, j'ay le lou,
Je suis roupt, j'ay maise fourcetle,
J'ay la pierre, j'ay la gravelie,
Je suis enflez et ydropique,
Et d^un costc paralitique ;
J'ay Talaine puante et forte;
Mört, qu'astens-tu ? vicn, sy m'emporte :
Je ne me puis plus soustenir.
Cy se assié apres lez autres.
LE Bogu.
An Diex, quc pourray devcnir ?
Diex, de quelle heure fu-je né!
Halas, je suis trop mal menc.
Je suis lx>^u et contrefait :
Le fcu saint Fremi pis me fait
Qui m^art tout ; or ay de la goute
La destre jambe enflé toute.
Le chancre m'a rongié le menbrc.
a84 LBS MIRACLBS
Las doulanl! quant je mc remenbre
Du dueil que ma &me en demaioc,
C*est mal suz mal, peioe suz paioc.
Et que feray-je, bonne gent ?
J'ay despendu tout mon argent
En merdeffines et en mires.
Je croy qu^ou monde n^a gent pircs,
Soit torty soit droit, hapenl, ravissent,
Et trestout quant qu'il sont honnissent
Lez uns pour öster une espinc,
Les autres pour veoir une orine
Vourroient le monde essillier.
On ne puet mielx lez gens pillier;
Lez ycux crevez puissent avoir
Ceulx qui ne font bien leur devoir.
Je me doubte plus que de tous
Que je ne lez maudisse tous.
Poulx Diex, qui estes le vray mire,
Délivrez-moy de cest martire
Et me donnez mört ou confort.
Cy se siée apres Tautrc.
LE FIÉVREUS.
Ha, Nostre-Dame de Monfort I
Je tremble dent ä dent ; hareu !
Se j'estoye .i. droit leu gareu
Sy ay-je assez have couleur.
An Diex, que je sens de douleur !
Or ay le bout et double quarte,
Et sy mc semble qu'on mc parte
DE SAINTE GENBVIÉVE. 285
Lez ventrailles affroiz contraus,
Et qu'on me tranche lez boiaus.
Lez dens me refont enragier ;
Je ne puis boire ne mengier ,
Tant sueffire d^angoisse et de råge.
Je crie comme .i< oiirs saiivage,
N'endurer ne puis doulcement
Mes maulz qui sont durs durement,
Hé, mére Dieu ! mére de gråoe !
Et que puet-ce estre, et que seracc
De sez dureces infernales
Qui sont sy dures et sy mal ?
Comment les pourroie endurcr
Qui pour si pou ne puis durer ?
Et toute voiz endurer &ult
Ou cy, ou lä; mez en défault
Vient mielx durer temporelement ,
Qu'endurer perpétuelement
Ne qu'endurer neiz purgatoirc ;
Car sy n'a durlé transitoire
Qui soit k endurer sy dure :
Cest doncques du mielx que ]'endure.
Or doint Diex qu'en ceste durccc
Dure sy que m'äme ne blece,
Et Yueille que toute durté
Puisse endurer ä ma purté ;
Sanz sa grace ne senz sez bions
Ne puis durer n'endurer riens.
Sy mc face sy endurcy
S'il ly plaist tant com je dur cy ,
a88 LES BflRACLES
Pour .1. fol, pour .i. burelure;
Il n'y a ne grant ne petit
Qui de moy voir ait appétit.
Diex! qu'il est povre qui ne voit!
S'il va, s'il vient| s^il dort, s'il poit,
Autant de Tun comme de Tautre,
0'est .1. droit ymage de peautre.
Helas! men filsHanequinet)
Meino-moy en ce matinet
A celle bonne et sainte dame
Qui de meschief öste maint äme ,
Quo lez gens nomment Geneviéve.
LE VARLET.
Sire,j'ay tel dueil quc je criéve
De oe que je suis sy goutcus
Que dez .11. hanches suis boisteus.
Et ay la tous, maise poitrine ,
ClouSy pousy cirons, lentes, vermine.
J'ay la rougole et la vérole ,
J'ay chascun jour la feinterole ,
J'ay le jaunice et suis éthique, .
Ne guérir n'en puis par phisique.
Merdefins et ciurgiens
M'ont eu long-temps en leur liens :
Maintenant, quant je n'ay que frire,
Que riens n'a en ma tirelire ,
Par m'åine il n'ont cure de moy.
l'avbugle.
Par mon serement , je t'cn croy.
Aussy, Hanequin^ sy m'aist Dicx,
DE SAINTE GENEVIEVE. 289
II in'ont du tout crevé lez yeulz.
Mengier puissent-il leurboiausl
Je dy ceulx qui ne sont loyaus
Selon leur po^oir et savoir.
Alons ou j'ay dit ; car lä, voir,
Nous trouverons miséricorde.
L£ YARLET, en baillant la corde.
Alons donc; tenez bien la corde.
Cy voisent aus autres målades , et lors die le variet:
Qu'atendez vous cy, tnez amis?
.1. DEZ MÅLADES.
Besoing, frére, cy nous a mis,
Pour avoir de la sainte fame
Qui doit vcnir a Nostre-Dame,
Aucun aide et aucune grace.
l'aveugle.
Le doulz Jhésucrlst la nous face !
Nous l'atendron avecques vous.
LEZ MÅLADES,
Or 5a, venez socr avec nous.
SAINTE GENEViEVE , en passaut.
Mez amis, Jhésucrist vousgart!
LE BROUTIER.
Vaitlant dame, .1. piteusregart
Vueilliez faire suz ceste gent !
SAINTE GENEVIEVE.
Je n'ay sur moy n'or ne argent;
Mais je prie au doulz Jhésucrist
Qui vous et nrioy forncia et fist,
!39<> LES MIRACLBS
Qui touB målades poet guérir
Sans autre médccine quérir
Que de son simple et bon vouloir ,
Que des maulz qui vous font douloir
II vous vudlle öster y et suz piea
Vous rende tous joieus et liez.
in nomine Patris^ et l^lii^ et Spiritus sancti.
LB MESCL, en sailUnt sut, die :
Järnen! Diex^ vous soiez aouré!
Je n'ay plus ma meselerie.
L^DKOPIQUE.
Vecv noblement labouré :
Loez en soit le Filz Marie !
LE CONTRAIT.
De tout mon coeur Dieu regracie,
Car sain suis com poisson de mer.
LE BROUTIER.
Suz, mon filz ; va, sy la mercie.
Bien la devons de cuer amer.
l'enpant, en saillant hors.
Je doy bien de joye baler,
Car plus n'ay mestier d'échiniére.
l'aveuglb.
Grace k Dieu je voy bien alcr,
Dieu m'a donné belle lumiére.
LE VARLET.
Et j'ay santé plaine et entiére ;
J'en mercie Dieu et sez sains.
LB FIÉVKEUS.
Bien devotis feire bonne chiére
DE SAINTE GEf(EVlÉVE. 29 1
Quant Dieu nous a iait liez et saios.
TOUS ENSEMBLE.
N0U8 voua commandons ä Dieu , dame.
SAINTE G£NEVl6VK.
A Dieu qui vous gart corps et äme.
Sainte GeneriéTe Toiae en son oratoire et lå se tiegne en oraison
et les autres oä ils vonrront.
Cy apres est de une/ame ä qui modame sainte Genef^Uue nndtl
ta veue que eUe atnni perdue pour ce que elk atwt emUé les squ»
iers de la dicte yierge,
LA VIBLLE.
Pour iez boiaus sainte Géline,
Vela dame Genevetine
En la monstrant.
Qui ne iait que pseaumes brouHier,
Sez yeulx essuier et mouilleri
Qui a trop bien la main oii metre ;
Et je puis bien foD<ire et remetre :
Je n'ay que frire ne que daire.
LamproieSy luz, barbeaus de laire
Ne me prenent pas å la gorge :
A grant paine ay-je du pain d^orge,
Qui souloie^ las! sy bien Yttre.
Tousjours estoie ou plaine ou yvre,
Et plus me fesoie coignier
Qu'il (n'est) de coings en .i. coignier.
Coignant ooigné onc ne coigna
»9*
392
LES MIIWCLES
Tant de coing commc on mc coignn,
Et Icz coigncurs qui me coignoient
Le coing du poing d'or mc coignoient,
Plus n'y seray de coing coignic ,
Car ma coignie est descoignie.
Tant est cuisans et vicllle et dure,
QuMI n'cst coigncur qui en ait cure,
N'argcnt n'y vcult en mclrc cl coing.
En moustraiit saiiUcGoneviévc.
£t vela madame en son coing
Qui de coignier ne sceut onc notc
Cc dit-on, tant est nicc et sotc,
Qui a de l'argcnt ä poignics
Com s'cn le forjast a coignies.
Chascun ly donne tire a tirc,
Et tousjours brct, pleure et soupi ro,
Coigne fort son huis et recoignc,
Car je ly baudray tel engroigne^
Foy que je dov saint Åndricu le Scot,
Quc je bevray å son escot
Ou je faurray a faire tente.
Cil la regarde et puls dic en hochant la inain :
Ellecst nuz piez; ho! j'ay m^entente.
Cy die å sainte Celine et å Margot:
Dieu vous doint bon jour, damoyseles !
SAINTE CÉLINE.
Bien vcigniez, dame ! queiz nouvelles ?
LK viELLE, en soy asséant.
Je mc vucil soer, ne vous dcsplaise.
DL SAIME UKNEVlicVE. 293
, MARGOT.
Madamc, eslcz-vous en malaise?
LA VIELLE , en prenant les soullcrs secrétemcnt.
Oil, j'ay .1. pou mal au cucr.
SAINTE CÉLINE.
Diex vous cloint s<'inté, bclc sucr!
LA vrELLE , en soy levant.
j4mtn! å Dieu, jc suis garic.
SAINTE CÉLINE ET MAKGOi.
Alez ä la Vierge Marie.
(.y 6*eii voise la vielle en monstrant les souUers et en disant:
Or die, madame, sez hinnes:
Commcnt que soit, j'ay sez botines.
Voist mcz piez s'el veult par la rue
Et s'el a froit sy esternuo.
En souriant.
Sa pucelle me sermonnoit :
Je lez prins, Diex lez me donnoil.
Ay-je bicn falt? oil sans doubte.
Cy touche å sez yez et die :
Lasse, 4asse ! jc n'y voy goulc.
Diex, Diex! que m'esl-il ave^u?
Or suis-je bicn au pain menu.
Ccrtes il est bien cmploié :
Jamaiz mon cucr ne fust ploié
Ne ma mauvestié abatue ,
Se Dieu de tait ne m'eust batuc.
Jc vucil relourner a tastons.
394 ^^^ MIRACLES
Pleust ä Dieu que .xv. bastons
Elle rompist suz mez costez.
Cy rende lez soullers et die :
Voz soullers que j'avoie ostez,
Dame ^ larrecineurement,
Vous rend et vous pry humblement
Que m'en vueiiliez pardon donnor.
SAINTE GENEVIÉVE.
Dieu le vous vueille pardonner,
Et je sy fay et de bon cuer;
Mais pour Jhésucrist, beic suer,
Vousestesjå toute ancienne.
Deyenez bonne crestienne ,
Gar vostre vie est périllieuse.
LA VIELLE.
Lasse ! meschente et doulereuse,
Oncques bicn ne fisen jeunece;
Encor ay pis fait en viellece.
Or suis floibe et vieitle obstinée,
Et ä maufaire acoustumée.
I^ssc! comment porray-je k Dieu plaire ?
SAINTE GENEVIÉVB.
Dieu, m^amie, est sy debonnaire
Que quant pécheur ou pécheresse
Se repent et sez péchiez lesse,
Et en son cuer pense et propose
Que jamaiz il ne fera chose
Qu'il puisse qui k Dieu desplaisc ,
l^ors ont lez anges joye et aise ,
DE S41NTE GBIfEVlfcVE. SqS
El Dieu pardoDne lout en l'eure.
Sy conseille que sanz demeura
A mon seigneur Févcsque alez.
Et vos pédiicz ly revéles
Entiéremenl: et vrayemeot.
Lk VIELLE.
Volentiers et isnelement.
Dame, quant que dites je féisse y
Et plus encore se je véisse ;
Maiz Dieu scet que goute n'y voy .
SAINTE GENEVIÉVB.
Et je pry Dieu, en qui je croy,
Qui lez aveugics cnlumine ,
Qui lezpéchiez quant veult termine,
Que s'il est ainssy coin vous dites ^
Par sa gr&ce et par lez mérites
De sa benoiste passion ,
II ait de vous compassion
Et vous vueille rendrc la veue.
En la seignant.
Lk viEJLLE, å joiittfismaiof.
Hé, Diex! que j'estoie mal mcue!
J'estoie parduc et dampoée
Se vous ne m'eussiez visilée.
Graces vous rend dévolemeot
Et vous pi^mez amendemeat.
Adieu j dame. ■■
SAIMTE GENfiVIEVE.
Adieu ; rn^amie.
296 LES MIUAGLES
LA viELLE, enB^enalantåréresqae.
A Dieu qui vous doint bonne vie
Et en tout bien perséverance,
Gar par vous ay-je repen tance.
Cy voise devant Tévesque et die å genous :
Mon cbier seigneur, confession.
L^ÉVESQUE DE PARIS.
Bonne dame, sanz iiction
Confcssez ä Dieu vos pécbiez ,
Et gardez que riens n'y lessiez ;
Gar tant mielx vous confesserez,
Tant en meilleur estat serez.
Qui bien s'acuse Dieu Texcuse,
Et qui excuse Dieu Tacuse.
Dieu scet lez pécbiez clérement,
Nient mains il veultqu'entiérement
Ceulx qui lez ont taiz lez confessent.
Et s^en repentent et s'en cessent.
S'ainssy le font, Dieu tout pardoune;
S'il ne le font toule pcrsonne
Qui oncques fut, est et sera,
Vueillent ou non , leur maulz sära.
LA VIBLLE.
Sara, lasso ! et ou yray ?
Doncques sanz menttr tout diray.
J'ay plus chier hon te tcmporelc
Endurer que perpotucle ;
Mais certes, se jc vous raconlc
Ma vic, j'aroy sy grant honlc
DE SAINTE GKNEVIEVB. '2^
Et vous sy grant horreur arez ,
Quc d'angoisse vous me fuirez
Sy com fericz une couleuvre.
l'évesque.
Suer , non feray ; car qui desciicvrc
Ses péchiez ä grant diligence
A Dieu en sa conscience.
Doit-on doncques ceulx despiter
Que Dieu veult et daigne habiter,
Dont les angeiz ont joyeet feste?
Qui ce feroit seroit bien beste.
Fille, chambre ncitte et parée
Plaist trop plusqu'orde et enfuméc.
Vaissel qu^on fourbist et escure
Est plus plaisant que plain d'ordurc.
Pour ce vostre åmc fourbissiez
Et de vertus l'acointissiez.
Dieu par grace y habitera
Qui sa gloire vous donnera
Apres ce mondc, n'en doubtez.
Lk VIELLB.
Ha, monseigneur! or m'escoutez :
Je suy trop vieille, il est trop tärt.
L^ÉVESQUE.
Fille, Tennemy par cest art
Vous de^oit cauleleusement
Et meinnc a vostre danopnement
Par voye de dcscspérance.
Laissiez, aycz en Dieu iiancc
Qui chasi un (loulcemcnl re^oit.
3^8 LES MIRACLES
En quelque estat ou aage soit
Qui de bon cuer å luy retourne ,
Goute n'attent point ne séjourne.
Sy fera-ii vous å bonne chiére!
LA VfBLLE.
Sire j pour Dieu , en quel maniére ?
Oncques bien ne féis en ma vie.
l'évbsque.
Gardez-vous bien, gardez rn^amte,
De Pennemy qui point ne cesse
D'ampescher qu'on ne se confesse.
Åus uns promet que vrayement
Ilz vivront bien et longuement.
Et que temps aront et loisir
De repentir & leur plaisir.
Ainssy lez aveugle et obstine ;
Mais la mört vient qui le gieu fine.
Aus autres dit que bien mourront y
Et fa^cnt du pis qu'ilz pourront ;
Car Dieu ne lez a pas formez
Pour estre en enfbr defibrmez.
II dit votr ce n^est pas la cause,
Mais par le venin de sa clause
II baille la fin saint Lienart,
A Ysengrin et k Renart.
Le faulz mauvaiz ne leur dit mic :
(( Maise fin ensuit maise vie. »
Ceulz-cy fait-il pécher senz bontc,
Tant que d'enfer ne ticnnent conlc.
Tropt lez fait en Dieu espcrer.
DE SAIMTE GBNEVIÉVE. ^99
Lez autres fait désespérer
Et dit quc jä pardon n'auront;
Jå demander tant n^el sauront
Comme il (isl Cayin et Judas.
Il ment, ment le (aulx Sathenas :
La miséricorde divine,
Innombrable, tousjours s^encline
A qui pardon demandera ,
Ja sy grant pécheur ne sera.
Ainssy fait Dicu cruel ou nice ,
Ou senz pitié ou senz justioe ,
Et par trop ou par pou doubCer
Lcz fait en grans péchiez boutcr.
Aucuns fait tant par gloire vdine
Appéter loange mondaine
Que jk ilz ne confesseront
Leurs grans maulz, maiz se loeront ;
Et dira Mahault en confeste
Qu'el n'est putain ne brronnesec
Ou'ilz telz papelardes croiroit
En Feure il lez canoniseroit.
Gardent soy, Dieu en scet le voir,
Et l'enneiny pour decevoir
A tant de piégcs et d'engins
Que senz Dieu n'y puet nul cngins.
Trop est soubtilz, bien vous gardez.
Néant meins, beie suer, regardez,
Comme Jhésucrist grace plaine
Fist tantost k la Magdalaine.
Dieu poise trop plus^ bcle sucr.
3oO LES AllRACLES
L^amour et la douleur du cuer,
Qu'il ne fait la peinne du corps.
' Cha donc , metez cel venin hors
Que vous avez repons en Tame.
LA VIELLE y en levant les yex au del.
Vostre ayde, glorieusc dame!
Si re , je me coniesse å Dieu
Et a vous qui tenez son lieu ,
A Nostre-Dame, ä sains, a saintes ,
De mes euvres fausses et faiutes ,
Et de toute oflense et péchié
Dont mon coeur puet estre entccluc ,
En dit, en fait ou en penséc y
Depuis Feure que je fu née.
Sire , quant ä parler apris,
A mentir , ä jurer me pris ,
A jouer, ciiantcr et dancier ,
A pérc et mére courouscier,
A cmbler noiz, poires et ponimcs;
A accoler ces jeunes hemmes,
Tantost perdy mon pucellaigc.
J'ay tout honny en mariage,
Et puls ay-je esté maquerelle
Qui trop empire ma querclle.
Je suy prguilleuse, envieuse,
Gloute y yreuse, avaricieuse,
Mesdisant et de maise afYaire,
Et pareceuse de bien iaire.
langleresse en oiant lez mcsscs ,
J'ay veuz cnlVains , jeunes, promcsscs ,
DE S^INTE GENRVIlkVE. 3oi
Les coma)«in(]einen^ de la loy.
II n^a ne cuer ne senz sur mov
Don t je n'aYe Dieu courouscié
Et moy et mon proisme blecié.
Dire ne sauroie la disme
De mes péchiez, c'est ung abismc ;
Mes, sire, en grant contriction,
Vous requier absoiucion ,
Et vous promet amendement.
l'évesque.
Le doulz Jhésucrist dignement
T'absoille, suer, et je sy faiz,
De tous tes péchiez et mefTaiz.
In nomine Patris y etc.
Suer , vous avez trop forvoié
Et vostre temps mal emploié.
Sy vous en fault endurer painc :
Trois jours jeunerez la sepmaine
En Tage toute vostre vie ,
S'essoing n'avez de maladie.
Nus piez yrez lez venredis ,
Jeunant en eaue et en pain bis.
Corde ceintc et baire vestue
Honteusement yrez par rue :
Fuyez le vin comme venin.
Se riens avez de larrecin
Sy le rendez ; car rendre ou pendrc
Tant conri povoir se puet estcndrc
Se vous ne povcz sy voulez,
Et du non povoir vous doulez.
3o3 LES MIRACLES
Tousjours soit DieuMevant voz yeulz
Et voz péchiez nouveaulz et vieulz
De lez plorer ayez cousturoe ,
Et ne vous prisiez une plume.
La messe oiez déTOtement
Et lez sermons soigneusement.
Confessez-vous souvent et bien.
Monstrez exemple de tout bien
A voz prochains qu'avez rettrais
De bien faire et k péchié trais.
Faites les euvres de pitié
Å cuer dévot et humble et lié.
Sy vous sourt paine ou pestilence
Recevez tout en pacience.
Voz membres qui tant ont servy
A péchié qu'ilz ont desservy,
Enfer, désormaisä Dieu servent.
Sy bien que paradis desservent.
Plorez y orez y jeunez , veilliez ,
En bien faire vous traveilliez,
Et en bonté perseverez.
Ainssy vous vous raocorderez,
Au doulz roy de miséricorde.
LA viELLB, en prenant Gongié.
Mon chier Seigneur , je m^y accorde.
Dieu vous maintiegne en sainte foy .
l'évesque.
Alez å Dieu , priez pour nioy.
Gy 8*en voise la vielle en disant :
Hé Diex ! que je suy deschargic
DE SAINTE GENEVIÉVE. 3o3
De grant faissel, ce m'est aviz.
De tout mon cuer vous regracie ,
Doulz Jhesucrist, filz de David.
Or parfaites par courtoisie.
Le bien qu'avez en m'åme mis ,
Et vueilliez que par bonne vie
Puisse vaincre mes ennémis.
DieUy Pére, Filz, Sains-Espériz,
Oaf t ftitie et corpi d^estre pérfs!
Yoise s'en.
Fflf DES MIRAGLES DE SAINTE GENKVIKVE.
CY COMMANCE
LA VIE
MONSEIGNEUR S. FIACRE,
KIUÉE EN FRANgOYS.
LE PÉRE S. FIACRE.
Damc, mon pcnsser vous viieil clire :
Sachiez, j'ay au cuer grant yre
Toutes fois que mon filz regarde.
Je croy par Dieu, qui lez siens garde ,
Que il ne vauldra jå riens nce.
Il est tout adez en pensée ;
II ne se porte bel ne gent ;
II samble que de bonne gent
Ne soit pas nez.
LA MÉRE.
Monseigneur^ tot de moy tenez
Que sens sera s'en ie marie ;
Gar lors manie plus jolie
Demenra, créez ma parole.
LA VIE DE SAINT FIACRE. 3o5
II a trop esté ä Tcscolc :
Retraire-le nous en convicnt;
D^estudier trop luy souvient :
Point ne m'agrée.
LE PÉBE.
Vous vous esles bien apenssée :
Ceste parole tieng a sagc.
Je Ii veul dire mon courage.
Cy parle å son filz.
Fiacrc, mon filz, sa, venez.
Icy devant moy vous tenez
Sanz contredire.
S. FIAGRE.
A voslre volenté , chier sire ,
Feray de droit. J'i suis tenuz,
Gar c'est droiture.
LE PÉRE.
Mon chier eniant, de ta naturc
Te déusses porter jolis.
Et avoir gent corps et polis,
Et chevaulchier et faire joye.
II semble , quant tu vas la voie ,
Que tu penssez trestout adez.
J'amasse miex qu'au jeu des dez
Ou auls tables te déportasses,
Qu'en tel guise te desmenasses
Ta guise mue.
S. FUGRfi.
Mon chier seigneur , j'ay enlendue
I. 2U
3o6 L\ VIB
La parole de Jhésiicrist.
És Euvangiles est escript.
Dieu le dit, n'en' sui en esmoy ,
Qui veult venir droit apres nioy
Renier si fault sa piaisdnce
Et prcndre croix de pénitencc
Pour soy des péchiez aquiter.
Et s'ay souvent oy conler
Qu'en doit pou prisier le solas,
Dont en dit en la (in : (( Helas ! »
Cest vérité.
LE PÉRE.
Biau filz , j'ay de toy grant pitié.
Marier te fault sanz doubtance.
Sv mueras ta contenance.
Cy parle au chevalier*
Entendez ä moy, biau conpere ,
Au nom de Dieu notre douz Pérc,
Devisiez-moy d'une pucelle
Qui soit sy dvenant et belle
Que ä Fiacré puisse plairo^
Aiin que le face retraire
De la simple vie qu'il maine.
Elle me samble trop vilaitie
Et dissolue.
LE CUBVALIEH.
J'en say une de grant value,
Gente de corps et db visage ,
Et sy est de noble lignage
DB SAIM CIACRE. 3o7
Et de rente moult bién garnie;
Elle sera itioult esjoie
De Fiacrc volre filz prenrlre.
Cy 8'eu part.
Je la voiz querre sanz attendre ;
Je la voy lä oii.se repose.
Cy parle ä la pucelie.
Ma suer , Dieu , qui tout dispose,
Vous octroit joyc.
LA PUCELLE.
Sire, Jhésucrist vous poiirvoie I
Dictes-moy quel besoing vous maine ;
Je ne vous viz raez des semaine
Prez de sä traire.
LE CHEVALIER.
Vous le sarez sanz nul contraire :
Monseigneur veult qu'ä ly vegnie<i
A celle fin que vos preigniez
Fiacre son fitz ä mary .
Venez avec moy sanz destry ,
Et sy ly faites bonne cbiére
A celle fin qa'il yöm ait chiére :
Miex en vauldrez.
LA PUCBLLB.
Ciray quel part que vous vouldrez,
Car j'ay en vous bonne fiance.
Se le doulz Jhésus tant m'avance
Que Fiacre me veulle.prendre,
Guerredon vous en vouldray rendre
20
3o8 LA VIE
Bon et grant, et ä bonne chicre.
Venez avcc moy , chamberiérc :
Cest bon afairc.
LA CUAMBERIÉRE.
Voslre volenté mc doit plaire ,
Ma gracieuse damoisellc.
Bonne mc samble la noiivelle
Qu'avcz oie.
LE CIIEVALIER.
Alons-cnt, ne demourons mie,
Par cesle senle qiil est plalne.
Cy parie le chevalier au p«rc S. Fiarro.
Sire, cy endroit vous amainc
La damoisellc que disoie.
En convenant la vous avoic ,
Vous le savez.
LE PÉRE S. FIAGRB.
Biau compére, bicn fait avez.
Cy parie å la pucelle.
Ma fille ^ je vous ay mandce
Pour ce que bonne renommée
Vous porla mon compere chicr.
Je vous prie que aprochier
Veilliez de mon filz, par tel guise,
Que il vous ait ä fame prise :
Liez en seroie.
LA PUGBLLE.
A vostre gré faire m'octroie.
A Fiacrc vois sanz demeure;
DK SAINT tIACRK. 3o9
Nc veul plus y ihirc demcure.
A ly gontement parlcray,
Kt biaii serablant Ii luoiiterrav
A soing selon sa conteiiance.
Cy parle a S. Fiacre.
Moii chier amv , s'v suis vcniie :
\ vous conibrtcr sni tcnuc ,
Car en in'cn prie.
b. IIACRE.
En Dieii est nion conlort, amie,
(iar de solas mondain n'ay cure.
Dieii vous oclroit bonne aventurc,
Je le voudroie.
LA PUCbLLK.
Mon chier aniy , je loeroic
Quc préissiez esbatemcnt
Et quc créez le loement
De votre pére qui csl sage.
C 'est bonne ordre que mariage ;
Bien dirc Pose.
S. FIAGIIE.
Pas encontre vous ne propose,
Mais je s^ay bien en véritc
Que trop miex vault virginiir.
Gärder la veul de bon corage :
iN'ay soing d'e[itrer en mariage,
Doulcc seur gente.
LA P13CCLLL.
Mon amv , sv vous alalenlc
3lO LA VIti
Vostre liimc de moy ferez.
De chacun miex prisiez serez
Se vous déportez gentement ,
Qu'ä vivre si muacleiDent :
Cest grant doutour.
S. FIACRE.
Vous me rcquérez de fblour ,
Mais pas ne m'y accorderay ;
Genle, ne me marieray
Fors a Dieu et a Noslre-Dame
Qui lez leurs gardent de diffame
Et de vcrgogne.
L\ ceiamberiéub.
Alons-nous-ent sanz point d^esloigne,
Et prenez congié ä son pére ;
Trop est de diverse matére
Quant sy faitement vous refuse.
Sa jonesse povrement use,
Gar ii ne tient de luy nul conte.
Plus tendra terre que .1. conte
S'il vit a age.
LA PUCELLE.
M'amie, vous dictes que sage:
A son pére vois congié prendrc.
Cy parle au pére S. Fiacre.
Sire, j'ay parlé sanz m'esprendre
A volre filz , nic^iz n'a courage
De soy bouter en maruige.
Voir il m'a i)il lout a délivro
bh S.VINT tlACRE. 3l I
Qu'cii virginilé voult vivre
El en mcsaise.
L£ PÉRE S. FIACRE.
Ma lioulcc suer, ne vous desplaise,
Je vous pry quc vqus revegniez
Souvent cy , et ne vous legniez
De monstier ly semblant d'amour.
Je pensse bien que sanz deniour
S'a visera.
LA PUGELLE.
Sire, celle sui qui fera
De cuer la vostre volenté.
Mon vouloir e^t ent^lenté
Pour vous; je ^oiz en rnon repaiie
Par 9y. Dieu yous gart de conlraire
Par sa poissance.
S. FIACRE.
Vray Dieu en qui j'ay ma créance ,
Donnez-moy grace de tant faire
Cy aval que vous puisse plairc
Mon pére me veult marier ,
Mais ne me veul mie lier
En mariage ; fol s^roie
Se ma virginilé perdroie.
Sy vous pry de vraie matérc
Et vostre glorieuse Mére
Que me donnez voic tenir
Par la(|uellc puisse venir
A. sauvemcnt.
^9 7 L\ VIE
blEL.
C} pafie Dun a sa Mrrr
Mére, *oir mouU pilciisement
Fiacrc lä aval me prie:
Son pérc yeult qu^on le marie
Xfin que gaiement se porle,
Maift grandement sVn desconforte.
N'a soing dWgaeil ne de bobance,
Ne de cirole, ne de dance,
Ainz veuk demener sainte vie.
Sa virginité m'a plevic
De bon courage.
LA MKRE DIEU.
Mon chier Filz, se sera domage
Sy se part de vostre service ;
Qiiar bicn vous sert sanz faire vice ,
Pour Paraour de vous hel le monde,
(^ar bien voit qui n'i a riens moude.
( )ttroicz'ly conseil sy fernie
i^)ue il puisl s'y user Fermc
l.)c sa vie qui est mortele.
i^>u'il ait des ciex la joie belle
Qui tout temps dure.
DIEU.
I3icn m'y octroie, c'est droilurc.
(jabricl , fay sy; Ii va dire
<Ju'iI passé mer sanz contredire
V\i dclaisse sa cognoissancc,
Va Tacc lanl qu^il vicgnc on Fraiice;
DE SAINT FIACRE. 3l3
Et tel conseil y trouvera
Par lequcl il se sauvera
Légicrement.
GABRIEL.
Je Vy vois dirc vraiement
Ens en Feure. Quant vous agrée,
De vous desdire n'ay penssée :
Foleur feroie.
S. FIACRE.
Gloriex Dieu, bien dormiroic:
Ycy en droil me coucheray.
.1. petit me reposeray
S'a Dieu agrée.
GABRIEL.
Dire me convient ma pensée
A Fiacre qui se repose.
Gy parle Tange å S. Fiacre quant il sera couchié.
Mon amy, Dieu qui tout dispose
Veult que lesses ceste contrée
Et que passes la mer salée ;
Gar se cy endroit demouroies
Pas sy bien ne te sauveroies,
N'en doubt pas, c^estchose voire.
De paradis en la grant gloire
Des cieulx revois.
S. FIACRE.
J'av oie moult douice voix :
Bien croy que du ciel est venue :
II dit que de<^7 me remue.
3l4 I'^ VIB
Quant h Dicu plaist ne fineray
Dcvant quc a la mer seray.
Vers le balelier mc foult traire.
Cy voist au batelier et die :
Amis, Dieu vous gart de contraire.
Sy vous plaist vous me passerez
De ^a , et bien paié serez
Sanz estrif faire.
LE BATELIER.
Entrez enz , sire débonnaire :
Bien et ä point vous passeray
(Pour Tamour de Dieu le feray
Au quel j'ay mise ma fiance),
Au port par ou en va en France ;
Gar je croy, se Diex me pourvoie,
Que n'avez pas moult de monnoie.
Je croy que de bon lieu soicz.
Dieu noiis a si bien avoiez
Que sommes ä bon port veniiz.
A Ii loer sommes lenuz ,
Carc'e8traison.
S. FIACRB.
A Dieu, irére ; bien est saison
Que je voise vers Miaulx en Brio.
Aviz m'est, n'en mentirav mie,
Se Févesque Pharon trouvoie
Que par luy conseilliez soroie
Bien et ii point sanz deuiourre,
Gar il a bonne rcnomméc
i
OE SAINT FIACRE. 3l5
Jusques ä Romme.
S. PH ARON.
Ja, voy venir .1. estrange homme ;
II semble moult bien å sa chiére
Qu'il n^ait mie foleur chiére.
II pert bien qu'il est traveillié.
Il a jeunéet veillié,
Bien y apert a son viaire.
Je croy qu'il soit de boQne afaire ;
II vient vers nous ia ciroite voie.
Diex doint que tieiz oouYclles oie
Qui soienl hellos I
LB GHAPEL\rN.
Se Dieu plaist, il lez dira telies
De quoy liez et joieux seron :
Sus ses mos nous aviseron.
Avis in'est, ä sa contenance ,
Qu'il est homme de pénitance :
Petit se prise.
S. PIAGRE.
Un seigneur de dévoste guise
VoyUi; il fault que m'y conseille;
Pour Dieu prier bien souvent veille.
Je Ii vois dire mon courage.
Cy parle S. Fiacre å $. Pharon.
Sire, Diex vous gart de dommage
Et vous doint sa volcnté faire!
Recorder vous vcul mon afaire
Kn vérilé.
3l6 FA VIK
S. PHARON.
Dieu , qui csl plain de charité,
Vous iloint gråcc de dire chose
Qui soit l)Oiine; car, jc suppose,
Soing n'avez de <lire foleur;
' Car vous portez simple couleur
Et agréable.
S. FIACRE.
«
Sire^ sachiez, ce n'cst pas fable ,
Je viens d'oustre la mer salée.
Touz mez parens et ma contrée
Ay lessié pour la Dieu amour;
Sv m'en suis venu sanz démour.
Bien say, se demouré y fusse,
A servir Dieu lessié éusse
Et ce fust pour moy grant folie.
Ou non de la Vierge Marie
Av renoncié de bon mcmoire
A toute chose transiroire.
Sy vous pry qu'il vous vcullc plaire
Qu'en aucun lieu solitairc
Soie mis ou facc demeure;
Car j'ay dcsir que je labeuro
En servant Dieu toule ma vic.
Car, voir, n'ai talenl ne envic
Dez biens du monde.
S. PH ARON.
Amis, Dieu en tout bien abonde.
En cc bon propos te maintiegne !
Jc ne vcul pas que ä moy tiegne.
DE SMINT IIACRE.
3.7
Suis-moy, je le menray en Pcurc
En .1. lieu ou feras demeure ,
Qui n'est mie hanté de gens.
Regarde cy ; lieu y a gent.
La terre t'est loutc donnée
Que fourras en une jornée
Pour maison faire.
S. FIACRE.
Dieu qui toute chose peut faire,
Chier sire, le vous veulle rendrc!
Au lieu faire vouldray entendre
De bonne guise.
S. PH ARON.
Restourner me fault ä Téglise,
Mon chier amy; pour moi priez
Souvent, ne vous en dctriez;
Venez å Miaulx pour moy véoir.
Ja ne vous puist-il meschéoir
Pour chose née !
LE CHAPELAIN.
Alons-nous-ent sanz demourée,
Mon chier seigneur, par ceste voie.
Se jeune homme, que Dieu pourvoie,
A bon courage sanz faintise.
Nous serons tautost ä Téglise
Qui est faite d'euvre moult chiérc«
Séez-vous en ceste chaére ,
Se il vous hete.
S. PHARON.
Voslrc volcnlé sera failc,
3i8 f'A vit
Car elle n'est pas dissolUo.
Sy m'asserav sans atendue
Pour rcpos prendre.
S. FIACRE.
II me fault fouir sanz atendrc
De ceste beschc qu'aY trouvée.
Tel euvre n'ay pas ii uscr,
Mais il convient que je la preignc.
Dieu me doint faire tel ouvraingne
Qui Ii soit agréable et bonne ;
Je croy que Dieu, qui tout bien donne,
Fait vertu pour moy, c'est sans doubte;
Car en lieu ma besche ne boute
Que la lerre ne se remue
Tout partout, c'est chose séue.
A .III. bescheez seulement
Ay fouy de lerre granment
A poy de paine.
LA VIEILLE HONDER.
Sire, ce soit en pute estraine
Que vous ay cy amené ;
Il fault que votre demené
Sache Tévesque sanz atendre.
Toute sa terre voulez prendre.
On puet véoir a votre guise
Qu'estez plain de grant convoitisc ;
Mais je feray tant vraiement
Que ne fourrez pas longuemenr.
Je le vois querre.
DE SVINT FUCIIK.
S. FIAGRE.
Je ne convoite pas la terre ,
Fame ; dictez quanquo verrcz ,
Car jh nuirc ne me pourrcz
Se Dieu 1'octroie.
HONDER.
A Miaulx m'en vois par ccslc voie ;
A Tévesque le fait diray.
Ja de riens ne Ven mantirav.
Cy parle å Tévesque et dit :
«
SirOj je suis ä vous venue.
Gar par guise ti*op dissolue
Feutse ('ömme qu'avez lessie.
II destruit tout volre plessie.
Sy feut longues, ainssy sanz doubte
Votre terre vous lendra toute.
Venez-y et sy le véez,
Ghier sire , se ne m'en créez ;
Trop sui doiente.
S. PH ARON.
Véoir le vois: il m'atalente.
Sy verray comment se déporte.
Jhésucrist qui lez siens conforte
Me veulle gärder de méflaire !
N'aresteray pour nul contraire
Tant que voie ta magniére.
Cy parlé å S. Fiacre.
Par Dieu qui nous donne lumiét^e,
Fiacre, vous fectes inervéilles;
320 LA VIE
Je ne vy oncques lez parcilles.
Vous estes de digne matére ,
Car vous fiectes, c'cst chose clére^
Ce que homme ne pourroil fiiire.
Tout votre plaisir me doit plairc
Entiérement.
S. FIACRK.
Le fouir lairav vraiement.
Certes pasä mal n'y pcnssoic;
C;ir pas volentiers ne fcroic
\ vous ne ä autrc grevänce.
Je prendray (^y ma demourancc ,
Chier sire, quant il vous agréc;
Car j'ay désir et grant penssce
De Dieu prier.
S. PH ARON.
Je m'en revoiz sanz dcstrier.
Sains homs estes, j'en suis sceur.
Priez pour moy, n'aiez peur.
Se il vous vient nessecité
Et je le say, en vérité,
A vous venray.
S. FIACRE.
Sus ceste pierre me tenray;
Dessus feray ma reposée.
Vray , bien mole Tay trouvéo.
Je cuidoie qu'elle fust dure.
Dieu qui nasqui de vierge puie
Vois prier , quar il est raison.
Icy feray -je ma maison.
..VA
DE SAIMT FIACRE. 321
Jamais ne in'cn départiray.
Cy endroit mes beures diray
De bon courage.
LA PUCBLLE.
Je m'en revois en Péritage
Ou le pére Fiacre hante
Qui moult en viz s^esbat et cliante.
Ne s^ay sa maniére muée
Chamberiére, sanz demourée ,
Alons-en sanz taire demour;
Car saVoir veui , sanz nul séjour ,
Comment Fiaa^e se déporte.
En ly véoir me réconforte :
Je 1'aing sanz faille.
LA CUAMBERIÉKE.
Alonsdonc, vaille que vaille;
N^est pas raison que vous desdie.
De gré vous feray compaignie:
^y sui tenue.
LA PUCELLE.
Alons tout droit par ceste rue.
De Fiacre voylä le pére.
(^y paiie au pére S. Fiacre.
Sire, Dieu et sa douice Mére
Vous veullent octroier grant joie!
Volentiers Fiacre verroye.
Pour lui véoir sui sk venue
Afin que son courage mue
Quant me vcrra.
1. 31
3aa LA viE
LE PÉRB S. FIACRB.
Jc ne s^ay ou eo le querra ;
Tout a lessié son tenemen I :
Aiez s'en est secrétement.
Je ne s^ay qu'il est devenu^c ,
Touz sez amis groz et ineniiz
A déguerpis par sa foleur.
J'en ay en won cuer grant doiilcur
Et fort despit.
LB MBSSAGIBtl.
Sire, sachiez que Ven me dist
L'autrier, qilant fuen Miaulx en Bric,
Qu'un jeune homine de sainte vie
Qui estoit Fiacre nommé ,
A .11. lieues de la cité
Demouroit en .i. bermitage^
A Tevesque qu^en tient ä sage,
Conta qu'osi sa terre leasie
Pour ce que il ne vouloit mm
Espouser une filLe.belle.
Qui en vouldra oir nouvelje
Lk le voit querre.
LA PUCBLLE.
Tant yray par mer et par teri^e,
Sy plaist h Dieu , que g1 seray ;
Par foy jamais ne fineray
Tant que je voie Termitage.
Au port m'en vois sans arrestigc.
Cy pnrie au batelier.
DE SAINT PIACRE. 3a3
Amis , pa9se-no us sar)8 atendre ;
Que de mal nous veulle défendre
Le Roy dez Roys qui tput puet bite
Et tu en auras bon salaire,
• Saches sanz doqlte!
L^ BATSLIER.
Votre volenté feray toule ;
Entrez en la nef sanz demeure.
Sy paseerons en Ja bonne heure
Tandis comme bon vent avon ;
Gar pas de oertain ne savon
Se nous Tarons tel longueuienl.
Venuz a port de sauvenient
Dieu m^cy sommes.
JLA PUGELLB.
Il est dnoit que nous vous paipnoes.
Tenez , amiz , pour nous priez
Et sy vous pri que nous diez
Par ou yrons å Miaux en Brie.
N'ay talent que gaires d'estric
Tant que j'y soie.
LB BATBLIBR.
Alez toute ceste grant voie
Et vous ne pourrez tbrvoier ;
Que Dieu vous veulle convoier
Sanz destourfaaBce I
LA PUGBLLE.
Adieu, frére. Göloier France
Nous convendray m^amie chi^e.
^y parle å sä chamberiére.
21
3^4 I^A VFK
Volcntiers verroic la chiere
De Fiacre quc nous quérons.
Se Dieu plaisl , nou» le trouverons :
G V mettray paine.
S. FIACRE.
Ge voy venir |>ar celle plairie
La pucelle qui a désir
Qu'avec Ii voisegésir;
Mais n'av taicnt de mov sonllier.
• k'
Icy mc vois agcnouillier
Pour pricr Dieii dévotement.
Vray Dieu , sy vray qiie ierniemcnl
Croy quc nasquites cic la tielle
Qui cnlanta Viergc pucelle
Votre saint corps sanz soulfrir painc,
Et c^onques, franche ne villaine,
Ne pot dire par vérité
QuVntantasI en virginilé,
Fors elle, ne donnez puissance
A telle qui a espérance
De moy trouver, qu'en nulle guise
Me recognoisse ne ravise ;
Gar se de luy oonnus estoic
De Ii trestont semons seroie.
Espoir qu'encluier me feroit
A fait de quoy pis me seroit
Et grant domage.
LA PUCELLE.
Je croy quc c'est la 1'eitnitage.
A .11. lieucs (le Miaulx en Brie
DE SAINT FlÅCKE. 325
Est ainsinques le Jevisoit
Le mcssagier quaiit il disoit
Oultrc la mer dont sui venue.
Alar in'y lault sanz alenduc,
Suer déboiiiiairc.
LA CIIAMBERIÉRE.
Ne soinines pas loing du rcpairc.
Alous-y ; quanl vous atalentc
Melons ä Ii trouver entente.
Quant avez fairi de Ii trouver
Nous nous en devons esprouver
Sanz tenne prcndre.
LA PUCELLÉ.
Alcr ury convient sanz atendre;
J'enlcrray ens.
Qy eiitre.
Dieu nolre pére,
Soit seans et sa doulce mérc!
lev endroil venue estoie
Pour la cause que je euidoie
Trouver ce que ne trouve niic.
Je me sui en vain U*aveillie
Se vous ne n^^enseigniez .1. home
Que le commun Fiacre nomme.
A .u. lieues de Miaulx demeui*e :
En hermitage Ih aeure
Le Roy des Roys.
S. FIACKE.
Danic , bon laii touir dcsi*uis,
3^6 LA VIE
Mais se Dieu me gart de dommaige,
N'a en ce pais hermitage
Fors que cestui ; fob serez
Se nul autr^ plus enquerez ,
Qu'il n'y est goute.
LA PUCELLE.
J'ay perdu ma paine toute,
Car 5 volr , Fiacre n'estez mie.
Il nous en faifU aler, amie^
Fiacre n'a pas tel visage
Comme Fomme de rermitage,
Je sui scéure.
S. FIACRE.
Hé! glorieuse Vierge pure,
Louer vous doy et mercier :
Pas ne me voulez oublier.
Or S9ay-je bien ccrtainement
Que demourer scéurement
Puis bien ycy toute ma vie.
Bien s^ay la pucelle polie
Plus ne vendra pour inoy trouver.
Dorénavant me doy prouver
De faire le salut de m'åme;
Car je pensse que bome ne &mo
N'y mettra plus empescheinent.
Plus ne revandra vraiement
La damoiselle.
DIEU , en parlant å sa mere
Mére, förment vie cruellc,
Maine Fiacre pour m'amour.
DE SAINT FIACRE. 32'
Il ne fera pas grant demour
LÅ jus en la vie mortelle :
Il ara la cellesticlle ;
Quar il a assez deservie.
Oncques ne vosjt iiser sa vie
La jus, fors en afflicion.
Bonne rémunération
En doit avoir.
LA MÉRB DIEU.
II a esté plain de savoir
Et est encore sanz iaulz vioe;
A esté en votre service
Et ou inien ; pur bonne penssée
M'a dévolement saluée
Plusieurs fois de bon courago.
Pour tant vous pri que du $ervag(^
A Pennemv soit deflfenduz,
Car du tout c'est ä vous renduz
Scinz nui moien.
DIEU.
Ja ne charra ou faulx loien
Du félon Sathan ennemy
Qui n'a bon sergent ne demy.
Guiéres ne demourra en vie :
Pharon Paime, jc n'en doubt mie,
Sanz tricherie.
S. FIACRE.
Soupris me sent de inaladie,
II faut que jc soie couchiez.
Jc vouspry, vray Dicu, que touchie/
338 LA VIB
Ne soit mon corps de famme née ,
Ne que nulle ne soit entrée
Ou lieu ou je reposeray.
Ycy endroit me coucheray :
Las corps raoult poises.
DIEU.
Michiel, il convient que tu voises
Toy et Gabriel å Pharon ,
Et ly dy que briefment aron
De Fiacre bicn briement la vie.
De Ii savoir ne veult difTanie
Qu^il Ti port le saint sacreinent
Et soit ä son trespassement ,
Et qu'il Ii face son service
Bien et a point sans nes .i. vice :
Mieux en vaura.
S. MICHIEL.
Alons^ compainSy pas ne faura
A nous que nous ne voison dire.
Cy parie ä Pharon Michiel et Gabriel.
Pharon, saches que notre sirc
Veult que de toy soit visité
Fiacre; car, en vérité,
Fas longuement ne vivra.
De par toy portc Ii sera
Le saint sacrement , c'est raison ,
Et ne te part de la maison
Dcvantqu'il sera en tcrre.
Il a le cuer de mal serre :
Va le véoir.
DE SAINT FIACRE. 3^9
S. PUARON.
Il me devroit bien meschéoir
Se le plaisir Dieu refusoie.
Tantost yray ; se je targoie
Je feroye haulte folie.
J'ay la voiz dez anges oie.
Cy parie ä son chapelaiii.
Chapelain avec moy venez ,
Et notre clerc y anienez
Par compaignie.
LE CHAPELAIK.
Haston nous; se il perdoit vie,
Ains que nous y fussions venu/
Pour iaulz en serions tenuz.
Gy parie au clerc.
Clerc, vien avec nous sanz atendre;
L'iaue bénoiste te fault prendre,
Sanz respil faire.
LE CLERC.
Et je le feray sanz conlraire.
Certes moult volentiers feray,
Tout ce a quoy tenu seray.
Avan^ons-nous d'aler au lieu,
Puisque c^est le vouloir de Dieu
Qui nous pourvoie.
S. PH ARON.
Ne iineray tant que gM suie.
A lons par cc chemin ferré:
J'aroie t rop le cuer sern^
Se raon dcvoir t]c Ii fesoie
33o
LA YIE
Je le voy ; Jhésus le poiirvoie !
Il le me fauit araisonner.
Cy parle å S. Fiacre et die :
Frére , Dieu qui puct pardonner
Touz meftaiz par sa courtoisie ,
Veult que soiez de sa partie.
Venu sui pour vous visiter ;
Dévostement sans respiter
Feray Tafaire.
S. FIACRE.
Mon tréz chier seigneur débonnaiiM),
Ctiargié sui de grant malladie.
Estre ne puis longues en vie
Trespasser me fauU tempretaent.
Bailliez-moy le saint sacrement :
J'en fineray plus asseur
Contre Tanemy qui peur
M'a fait souveut.
$. PHAKON.
Vous Tarez, je vous en conveut.
Volentiers et ä boarie chiére
Vous créez en bonne maniére ,
Que c'esi cil, ne n'^ doubtcz mie ,
Le filz de la Vierge Marie
Qui pour faire rédempcion
Aulx humains soulTry passion ,
Puis au tiers jour r^suscita
El quant il voult és cielx monti
Et siet h la destre son pcre ,
DE SAINT PIACRE. 33
Et reveora, c'est cbo66 dére,
Quant tomps sera, par bon avis,
Pour juger trestous mors et vis
Au jugement.
S. PIACRE.
Ainssy lecröy-je fcrmement,
Sanz nulle faille.
S. PH ARON.
Mon chier amy, je le vous bailie.
II estbien tempsque le pregniez.
Uses-le bien, ne vous feigniez ,
Mon trés-chier frére.
S. FIACRE.
J'ai de joie &ire matére ,
Car ]'ay les anges prévéuz
Dont oion esperit iert recéuz:
Finer veul le chief encliné.
In manus tuaSy Domine,
Commendo spiritum meum .
S. MICHIEL.
Gabriel , quant s'ame véon
Sy la porton iasus en gloire.
Tous jors a éu en mémoire
De Jhésucrist la paesion.
Ne faison plus <filacion
De porter Ten k bonne chiéro
Devant Dieu en vraie lumiére
Qui point ne finc.
S. PH ARON.
Ensevelir sanz lonc termine
333 LA Vl£
«
Nous fauk Fiacre, c'est raisoii;
N\ avons pas mis grant saisoii.
S'anie re^oit hui mull lx>ii oHrc.
Mcttre le convicnt en cc coflre ,
Puis de ccdrap le couverron :
Apres cy entor nous serron ,
Ne vous desplaise.
CY EST INTEPiPOSÉ UNE FARSSE
LE BRIGANT.
Biau preudom , je ne sui pas aise.
J'ay perdue ma compaignie.
Ensaigne-raoY , ne ment mie ,
Le droit chemin ä Saint-Omer.
Par Dieu que chacun doil amer,
De forvoier sui en doubtancc;
Car oncques mais ne fu en Frauce
N'en Picardie.
LE VILA IN.
Je mengeray de la boulie
Ja quant je vendray ä m^uson ;
Mais j'ay perdue ma saison
De tous poins ceste matinée ;
Car le prestre sy ä cliantée
Ilui au matin trop longue mosM\
Ne prisc le cry d'une asnesse,
DE SAlNT FIACRE. 333
Tout quanqu'ii porroit scrmonner.
Il ne pciissc qu'ä organcr
Pour trairc notre argent de l>our»fte.
Aussy tost aroit .i. pel d^oursse,
Qu'att riens du micn par sOfi abet,
Tant sache chanter au fäusset
N'a haulte alaine.
LE BRIGANT.
Bons boins, dy-moy , ne te soit paine,
Par ou son t lez brigans passez :
Je sui destrier tout lassez.
Knsaigne-moy, que Dieu te voie,
De Saint-Omer la droite voic.
Le vilain ne daigne rcspondre.
£n mon cuer en ay grant engaigne;
Sourt esl , jc croy.
LE VILAIN.
■
Qu'es-tu apres .i. palcfroy?
Tu as robe bien escourtée.
N'aiez doubte qu'clle soit crotée.
Tu sembles inult en plain d'oultrage.
Je ne s^ay se tu as courage
De moy terir en nulle guise,
Mais en vcrité le devise
Que se de toy feru estoie,
De mon houel t'abatroie
Le hasterel.
LE BRIGANT.
Se félon vilain boterel
334 hK VIB
Me tient bien ; ne me veult mot dire :
Voir me iait au cuer grant yre.
Enoore l'araisonneray :
Bons homs, dy, par ou passeraj
Pour mez oompaignons retrouver.
Je le te vouldroie rouver
Par courtoisie.
LE VlLAIIf.
Ma fame mainne grant mestrie ^
Suz mov s'en sera tourmentée.
Quant je veul pois n'ay que poirée *
Trop medespriae malement.
Sy en ara grief paiement
En brief termine.
LE BRIGANT.
Faulx vilain , la male corrine
Te puist tenir, et le lampas !
Pour quoy m'ensaignes-tu pas
Mon chemin, chose que dye?
Par foy ne tieng qu'å moquerie,
Je te feray ains que m'en aille
En fourme de vilain sanz Riillc.
Es bieh tatilié.
LE YILAIN.
Se mon pain t^avoie baillié
Moult mal asseuréep seroie;
Gar ataindre ne te pourroie,
J'en sui sceur.
LB BRIOANT.
Par foy, se n'éusse peur,
DE SAINT FIACRE. 335
Que de justice repris fusse,
Je te tranchasse la capusse
De ma coustille de Randoii ;
Mais j'en porteray a bandon
Se chapon eras sanz demourrcc.
Mengié sera ä la vesprée
Quant Tay trouvé.
LE SERGENT.
Tu sembles bien laron privé :
Pas le cbapOD n^enporteras.
Ja gorge n'cn passeras.
Fay ! met le jus ribault porry :
A ceulz sera qui Tönt nourfy.
Entré vous briganz, n'eh dout mie ,
Ne vivez que de roberie.
Lessez le chapon sans attendre,
Con te puist par la gorge prendn^,
Garson puant.
LE BRIGANT.
En me devroit aler huant
Se le chapon pour toi lessoie;
Je le mettray enmy la voie
Tant que me soie combatu .
Se ton orgueil n'est abatu
Par moy, chétif sergenterel,
Je ne me prise .1. viex merel
Se n'as du pire.
LE SEBGENT.
Tien ! jamais sanz conseil de mire,
336 LA VIE
De cc coup n'auras garison.
Ta coustille petit prison ;
Le chapon n'en porleras mie.
Petit priseroic ma vie
Se ev endroit tort me feroiez.
En ton pais hien le feroiez
Ouanl vev endroit le veulz faire
Pourtant en äras tel conlraire
Que tu mourras.
LB BarCANT.
Ja defTendrc ne te pourras
Gon tre moy se saingne .i. pctil.
Tant ay-je plus grant apetit.
De moy veiigier bien dire Tose.
Se m'as prisié aucune chose
Mult bien m'cn saray aquiter :
Il te convient a moy luitier.
Puisque je te tiens tu charras ;
Plus d'espée ne me ferras.
Petit te prise.
L£ SERGENT.
Je S9ay bien de luitier la guise ;
Quant je te tiens petit te doubte.
II lault que le chapon te couste
Vilainement.
LE BRIGANT.
Garde loy bien; prochainement
Te ver ras vcrssé contre ter re.
Tu ne sces mie mult de guerre.
Tien sela et sy te deporle ;
DE SAINT FIACRE.
337
Mais je te dy bien et enorte
Que de droit doiz paier ton lit.
Je in'en yray sy t^enbellit.
Et se il ne t'enbellit mie
S'en porteray de ma partie ,
Le chappon eras.
LE SERGENT.
Harö ! il m'a rompu le brås;
De luitier a lui fiz folie :
Le chappon a par sa mestrie.
S'en pais Ii éusse Icssié ,
De miex me fust ; car abessié
Mon nom grandement en sera.
Bien S9ay con m'en desprisera.
Pourfol le cuidoie tenir;
Meschief m'en devoit bien venir.
Il est huy, tant me suy prisié ,
Qu'en ay éu le brås brisié.
Véez comme scet bien fouir:
Je ne le pourroie suir.
Voit au diable !
LA FAME AU VILAIN.
Doulce commére n'est pas fable,
Vostre mary est mahengnié.
Il cuidoit avoir gaangnié
Contre .1. brigant, par sa foleur,
.1. eras chappon, mez grant douleur
L'en est forssé pas n'en doubton.
Sy n'i a conquis .1. bouton
Mais grant contraire.
I. '22
338 LK VIE
LA FAME AU SERGBNT.
Dieu vculle qu'il puist tel fait faire
Que en le pencle par la gorge.
Le glorieux martir saint George
Et la (Jouice Vierge Marie
Veullent qii'il (acent tel folie
Que mourir puist vilainement
Bientost et bien appertement,
Qu'il me maisne tropdure vie
Pour une garsse qui n'est mie
Sy belle comme moy d'assez.
Il a plus de .iii. ans passé/
Qui la gouverne.
LA FAME AU VILAIX.
Ma suer, je s^ay une taverne
Ou il a un moult sy friant ,
Qu'ä touz corps fait le cuer riant
Qui en avalle.
LA FAME AU SERGENT.
Voir j'ay de duel la couleur palle,
Gar essoir fu trop bien batue.
Pourtant loue Dieu et salue.
Quant mon mary a grief fondée
Je ne seray meshuy irapée
De Ii puis qu'a le brås brisié.
Du moult que tant avez prisié
Veul aler boire
LA FAME AU VILAIN. •
Gommére , c'est vers saint Magloii*e.
Alons tosl, car c'est le Filz Dieu:
DE SAINT FIACRE. SSg
Fain ay que soie sus le lieu.
Ne dout point que batue soie ;
Pour moii marv riens ne feroie,
Ne me fiert goute.
LA FAME AU SERGENT.
Entrons ens; trop le mien redoubte,
Trop me bat, ne s'en puct tenir.
Male hon te Ii puist venir
Et au brigant soit ajourné
Bon jour qui sy l'a atourné,
Car j'en ay a mon cuer grant joie.
Cy parle å la taverniére.
Taverniére , se Diex vous voie ,
En .1. lieu privé nous metez ,
Puis ä boire nous aportez
A bonne chiére.
LA TAVERNIÉRE.
En ceste chambre ev dcrriére
Vous séez; lieu'y a privé.
Ja å vous n'ara estrivé ;
En Teure servies serez
De ce que vous demenderez,
Sanz demourer.
LA FAME AU VILAIN.
Faites que nous soit aportée
IJne pinlc de moult vermeil.
Je ne béu ouan son pareil
En ceste ville.
23
34o LA VIE
LA TAVERNIÉRE.
Volenliers Tarez , c'est sanz guille.
Je vois qucrrc la pintc plaine.
Cy voise quérir du vin , et puis die :
Tenez , buvez a bonne estraine
Paisiblement.
LA FAME AU SERGENT.
Vous buvrez tout premiérement,
Commére , vous estes l'aince.
Aussy m'avez aportce
La nouvellc premiérement
De mon mary qui malemenl
Est atourné ; j'en ay grant IcMe.
Je vouldroie qu'éust la teste
Parmy brisiée.
LA FAME AU VILAIN.
Buvez bien , commére priscc ;
Que Dieu confonde nos maris!
Emplons de ce moult nos baris,
Car il est fin.
LA FAMEf AU SERGENT.
J'en empliray sy mon coflin ,
Que seray ivre bien le [lensse.
Se mon marv me fait ofTense
Ou vcult estrivier de riens nce
Puis qu'il a braclie brisiée ,
Contre terrc leboutcray.
Jamais ne le deporleray ,
Se me gart Diex.
DE SAINT FIACRE. 34 1
LA FAME AU VILAIM.
Mon tnary fuet en nos tortiex.
Oncques ne fu de moy amé.
II vendra tout afTamé ^
Mais ne m'en chault.
LA FAME AU SERGENT.
Buvon se moull friant et chault.
Mal ait qui bien ne buivra!
Je croy que grant bien nous sera ;
Quant je l'avale, j'en ay feste.
11 m'est ja monlé en la teste:
A paine me piiis sonstcnir,
Et sy voy mon mary venir
Tout droit dedans ceste taverne.
Assez fiérement se gouverne ;
Ne semblc pas qu'ait brås quassé.
■
Il ne semble pas trop lassé :
Jo sui perdue.
LA FAME AU VILAIN.
Aussy voi-je sanz atendue
Le mien droit sy ä nous venir.
Chaude fiévre le puist tenir!
11 m'a mult bien aparcéue.
Je croy que je seray batue :
Il vient des chans.
LE VILAIM.
Par foy, je suis bien meschéans !
Aulx chans me tue chacun jour
Et roa fanie prcnt son scjour
És lijverncs , c^est chosc voire..
342 LA VIE
Je la voy lÄ en present boire.
Le fort moult mez s'el n'est latrée ,
Riens ne vail. Hé! gloute prouvée,
II te convient mon poing »entir.
Cy bate sa lame.
Je pourroie consentir ta lécherie (sic),
LA FAME AU VILAIN.
Lasse! je suis toute estourdic
Et afolée.
LE SERGENT.
Fame, qui t'a sy amenée?
Voir de toy sui petit prisié.
Combien qu^iie le brås brisié
En frapant et en Ii osUnt sa coiffe.
S'aras-tu de moi se merel.
N'i ara coife ne boutel ,
Que ne dcspiesse.
LA FAME AU SERGENT.
Så, commére, qui vous meschesse?
Quant vous m'avez ^y amenée
Je n'avoic mie penssée
Que mon mary me péust batre.
Ii me convient ä vous combatre :
Au tel qui m'a fait vous feray ;
Car a mez mains vous pigneray
Vos nerfz cheveux.
LA FAME AU VILAIN.
Foy que je doy tous mes neveux !
La bonté vous sera rendue.
DE SAINT FIACRE. 343
Par terre serez abatue
Se le puis taii^e.
LA FAMB Kl) SERGENT.
Doulce commcre debonuaire ,
Apaisons-nous et sens sera.
Mal ait qui plus estrivera ,
Et cbantons com desconfortces.
Mauvaises coifles dessirées
Avons par lez mous.
<:Y FINE LA FARSSE.
DIEU.
Le corps Fiacre qui fut doulz
Fault honnourer de bonoe guise.
Yous .II. arclianges que je prise ,
Alex ä Pharon réciter
Que il liéve sanz rcspiter ,
Le corps saint Fiacre briément.
Por ce qu'a usée griément
Sa char la jus, aval en terre,
Veul que Ten voit soii corps requerre
Et con ronncure.
GABRIEL.
Volentiers yrons, sanz denieurc ,
A Tévesque votre gré dire.
Bien s^^ay qu'il n'en ara pas yre :
Alons-y droit sanz plus atendrc.
Cy parltut a Pharon.
344 LA VIE
Pharon pour voir te fas entendre
Que Jhésucrist veult vraicmcnt
Que saint Fiacre soit briément
Hors du lieu ou il gist levez.
Corps qui seront de mal grevez
Par le plaisir Dieu garira.
Personne qui de cuer yra ,
De bon cuer le bon saint requeri*e ,
Ystra de meschief et de guerre
Au Dieu vouloir.
S. PHARON.
Je le feray sanz moy douloir
Volentiers, car il est droiture;
Seigneurs , ä la bonne aventure ,
Saint Fiacre translaterou ;
Du lieu ou il est Tosteron.
En cesle chace sera mis ;
Car, voir , il est de Dieu amis.
Or tost aidiez-moy sanz défault;
Sus cel autel mestre le fault.
Avan^ons que Dieu vous voie.
Des målades par mainte voie
Le vendrons cy endroit requerre ;
Car bien usa son temps en terre ,
Bien le savon.
LE CIIAPELAIN.
Monseigneur, moult bien mis Tavon
Bon fait bien ouvrer en sa vie.
Lassuz est s'ame hébergie
Et le corps sera honnoui*é.
DE SAINT PIAGRE. 345
Voir touz ceulz sont bicn éuré
Qui a Dieu servir vcullent tendre.
Noble loier leur en scet rendre
Et agréablc.
LE CLERG.
Cest bien parole véritable:
Quiconques fait bien il le treuvc.
Dieu veulle que fasson tel euvre
Qui au doulz Jhésucrist puist plaire!
Devers le corps saint verrons traire
Des målades grant quantité.
.1. mesel qui a cliqueté
Voy venir par celle sentelle :
Saint Fiacre de cuerapclle;
II vient grant errc.
LE MÉSEL.
Saint Fiacre , por vous requerre
Sui venus en ceste partie.
Chargié sui de méselerie
Multa lonc temps qui mult griéve.
Dieu par qui le cicr soleil liéve,
Et vous me veulliez alégier.
Je soloie estre moult légier
En ma jouvance.
S. PUAROiN.
Metez au saint prier cntcnte
Et je croy qu'il vous aidcra.
Ja votre mal tel ne sera
Qu'en aiez alégement.
Offrez au saint scurcment
346 L.V VIE
D'entente fine.
LE MESEL.
Sy voir que je le tieng ä digne
De cire ma longueur It baille
A celle fin que il me vaille.
Sy voir que c'est de bon courage
Avis m'est que de mon visage
Chiet la rafHe, Dieu soit loez.
Bonnes gens véez et ouez
Le miracle que Dieu a fait.
Pour saint Fiacre tout-å-lait
De bonne heure sui sa venuz
Que tout sain y sui devenuz.
Cy preigne congiez , s'en voist un pou avant , et puis die :
Adieu , je m'en voiz ä grant chiére ;
Aulx gens conteray la maniére
Parton t lä ou je passeray.
Bonnes gens voir vous conteray :
Saint Fiacre m'a envoié
Garison de ma maladic
Vilaine qui tant m'a tenue.
Se nul grieté vous argue ,
Alez-y et garis serez
Se de bon cuer le requérez,
Sachiez sanz doubte.
l'aveugle.
Lone tenips a que je ne vy goule:
Qui ni'v mcnast la droitc voie
Ccrtcs nuilt volenliers yroic
DE SAINT FIACRE. 347
Pour clarté prendre.
LE POTENCIER.
Voir je ty merray sans atendre :
Met dessus m'espaule ta main.
N'aresteray ne soir ne main
Jusqu'ä tant qu'en son moustier soie,
Savoir u non se j'en garriroie
Du mal qu'endure.
l'aveugle.
Ce soit h la bonne aventure!
A lons doulz frére débonnaire,
Dieu nous doint tel voiage faire
Qui nous pourfite!
LE POTENCIER.
Biau lieu a 9y, mult me délite.
Bien sommes venuz sanz demeure ;
Agenoillier nous fault en Tcure.
Devant le saint sommes venuz;
A Ii prier sommes tenuz,
Et saint Fiacre qui jadis
Féistes tant qu'en Paradis
Est l'åmc de vous hostelée ,
Priez Dieu que santc donnce
Me soit briement.
L'AVEtIGLE.
Sii*e, sy voir comme griement
Ay lonc temps usée ma vie ,
Au filz de la Vierge Marie
Priez tant pour moy que jc voie.
Bien ay enploier ma voie,
348 L\ yiE
Car je voy bien et clérement.
Loez soit Dieu qui point ne ment
De cest ouvrage.
LE POTENCIER.
Aussy doy-je de bon courage
Dieu et saint Fiacre prisier.
Plus ne me faudra débrisier
Sus potences ; n'en av que faire.
Dieu dov louer de cest afaire
Bien fermement.
L\ BOURGOISE DE LANGNY.
A Langny ay mult ionguement
Hanté et prise demourée;
Mais oncques crcature née ,
N'y vint de quoy poit miex vasisse.
Ne truis qui ma jambe garisse
Du mal qui est let et äcre.
A ler me fault a saint Fiacre ;
Ne fincray tant que g'i soie.
Doulz saint , je vous pry que ma voie
Aie 9y endroit emploier
Tant que ma jambe soit garie.
Dieu a fait vertu bien pléniére:
Ma jambe sanz toute légére.
A Dieu et au bon saint doit rendre
Grans graces de cuer sanz m'esprendre
Quant la voy saine.
LA DAME CHEVALERESSB.
Chamberiére, ne te soit paine!
A saint Fiacie droitc voie
DE SAINT PIACRE. 349
Vcul aler; volentiers saroie,
Par la foy que doy Notre-Dame ,
Qu'il avendroit k iinc famme
Qui enterroit en sa chapelle !
Gy bousteray madamoiselle ,
N'y fauldray mie.
LA GHAMBERIÉBE.
Je vous porteray compaignie
Moult volentiers, se Diex me voic;
Saint Fiacre de cuer verroie.
II faut plenté de vertus belles,
Gar fienscs grans et méselles
Garit; contrais fait droit aler,
Et aussy lez muez parler ,
Et lez aveugles enlumine ;
Plain est de la grace divine
Se Dieu me voie.
LA CHEVALERESSE.
Alons-y droit par ceste voie ;
Voir assez briement y seron.
Je te diray que nous feron.
Va-t-en a l'uis de la chapelle:
Sv attaché ceste chandelle
Sans destrier.
LA CHAMBERIÉRE.
Il ne mc convient pas prier ;
Moult dévostement le feray.
Ycy orendroit meteray
La chandelle qui est bien belle;
N'enterray pas en la chapelle
350 LK VIE
Qui ne me coustc.
LA DAME GHBVALEKESSE , en la bontam.
Sy fcras; il (ault que t'i boute;
Moiilt sui légiére.
LA GI1AMBER1ÉRE.
Jc in'en reslournera\ arriére:
Sai)% raison m^avez boutée
J'av esté förment eflVaiée
Ponr cest ataire.
LA CIIEVALERESSE.
Ilaro, lasse ! ne scay que faii-e :
A bicn |H*tst que jc ne raige.
J'ay entrepris trop grant haussage;
Par droit me doit lasse clamer.
(^Jiacun me doit bien diAamer,
Et a^^eler fole musarde :
Tant av mal que l'eure ne garde
Que jx^rde vie.
LE CHAPELAIN.
.\rrestoz-\ou8 issv, mamie;
Ne bnVz plus, ne ne criez.
A gonoux le bon saint priez ;
II vous lera alégemeDt.
l^uvn^ avez muU folenient
Par e^xHilie.
LA OHEVALERESSE.
DoliU s^iint Fiacre^ je vous prie
Qu\)lé4!eiuent me veuUiez laire.
Ft je \ ous promet sanz contraire
VHrotVraikie vous ;iportera}
DE SAINT FIACRE. 35 1
Et votre feste garderay
Dévostement chascune année
Tant com pourray avoir durée.
Je me repent de ma foleur :
Alégée de ma douleur
M'a saint Fiacre grandcment.
Je le doy louer bonnement
Et mercier.
LA FAME qui prie son mury.
Monseigneur, je vous veul prier
Que je voise, mais qui vous plaise,
A saint Fiacre; grant raésaise
De son mal en mon corps endure.
Je pensse se d'entent/s pure
Le requier que seray garie.
Lone temps a queje sui saisie,
J'en suis certaine.
LE MARY.
Or vous souffrez en pute estrainne.
En saint Fiacre ne me fie
Ne qu'en une chienneenragie.
De moy n'est amc ne prisic.
S'il avoit .1. godet brisié.
En Paradis banis en Teure
En seroit fol ; fol est qui Tonneure.
II n'est requis que de mardaille,
Et ä la fin sachiez sans faille
Mie n'irez.
LA FAME.
Sy vous plaist autrement direz,
35:2 LA VIE
Monseigneur ; fol est qui desprise
Des sains que le roy des roys prisc
Par son vouloir.
LE MARY.
Le cuer me prent fort a doloir;
II meTenra griefetdoumaclie.
II m'est avis que en nf esrache
Le cuer; ne scay que devenir.
La male mört me puist tenir
Hastivement !
LA FAME.
Sire, parlez plus sagemerit
Et ne vous désespérez mie :
Le saint vous fera courtoisie
Se le priez.
LE MARY.
Ciray, sanz estre detriez,
Moy et vous en portant oflrende
Au saint ; n'ay méz douleur si grande
Ne tel conlraire.
LE CUANOINE.
.1. livré voy en celle aumoire;
Il convient que je le deslie.
Voir c'est d'un meschant la vie,
Quiestoit .i. foueur de chans.
De certain ceulx sont bien raeschans
Qui le prisent.
Lå voit son livré.
Las! a paine seray délivrc
DE SV!NT FIACRE. 353
Dc la douleur qui me tormcntc,
Aler veul dc loval en ten te
Oii saint Fiacre prieray ,
Et son livré sv baiserav.
En son monstier vois droite voie :
Biaulx seigneurs, Dieu vous ortroit joie!
Je vous veul dire verifé.
J 'a voie le saint despitc
De siens trop vilainement :
Sy in'eschéi malement;
Mals tantost que nren repenty,
Alégence du mal sen ty.
Dieu soit loez!
S. PilAROiX.
Biaulx seigneurs qui cez mos ouez ,
Chantons et ne soions pas muz,
Decuer : Te Deum laudamus.
tXPlJCll.
iS
NOTES
Page 9. CY COMMENCB le MARTIIIE S. ESTIEfVE.
Saint Étieniic, l*uii dvs soixantc doiizc disciples de Jesus -Clirist,
fut égalementrnndcä sept chrélieiisehoisHparlestldéles ponrndiiii-
uistrerles biens de la commiiiiauté.Oii ne petil douter qtrilait étéjiiif.
Lorsque les apötres enrent iiommé diacres ces sept administratenrs,
il fat considéré comme le premier d^entreeiix ; inais le succés de ses
prédications anima les .luifs contre lui , et ils résolurent de le per-
dre. N'ayant pu résister å ses raisous, ils snbornérent de faux té-
moins pour Faccuser de blasphéme coiitre Muise et contre Dieti , or
on Tobligea de comparaitre devant le sanliédrin.
Le fond de Taccusatioii intentée rontre lui se réduisaitå dirc qu^il
assurait que le temple serait détruit ; que les sacrifices prescrits par
Motse n*étaient que des ombres et des types ; que les observances
de la loi n^étaient plus agréables h Dieu , et qu>lles avaient cté abo
lies par Jesus de Nazaretli
Saint Étienne , profitant de la permission du grand-prétre , fit sa
propre apologie, de maniére <i préclier courageusement Jésus-Chrisl.
11 ajouta, enadressant la parole aux Juifs, quUls resseinblaient å
leurs péres ; (|u'ils avaient comme cux une tete dure et inflexible ;
qu'ils étaient circoncis dans Icur cliair , mais non dans leur cceur ;
qu'ils résistaient toujours au Saint-Esprit; que , comme leurs péres
avaient persécuté et mis ä mört les propliétes (pii prédisaient Jesus-
33.
356 NOTES.
Chrisl, ils venaient, eux, de trahir ce mémc Jésiis-Christ, el quils en
nvaient clé les meiirtricrs ; qiie la loi qirils avaient re^ue par le
ministére des anges faisait leur condaninatioii , piiisquils ne Ta-
vaient poinl gardée, elc, etc.
Ces reproches piquérent au vif ccux qui les entendirent. Ila
entrérent en fureur, traitérenl sainr Étienne de blasphémateur ^
et résolurent de le meltre a mört. Loin crattendre pour cela qn'il in-
tervlnt une sentence , ils se bouchérent les oreilles pour ne poinc
écouter les prétendus blasphémes de saint Étienne ; et se jctant sur
le disciple avec de grands cris , ils le tratnérent hors de la ville
pour lui faire subir la peine portéc contre les blasphémateurs.
Les témoins qui , selon la loi , devaient lancer la premiére picrre ,
uiirent leurs vétemens aux pieds de Saul , ([ui partagea leur
crime en lesgardant. Étienne, pcndant qu'on le lapida , priait en
disant : — Seigneur Jesus, recevez mon esprit. S'étant ensuite inis
å genoux, il s'écria å haute voix : — Seigneur, ne leur impulez point
ce peche\ Apres ces parolcs, il expira sous les coups de ses bour-
reaux.
Quelques fidéles enlevérent son corps et Tenterrérent d^une ma-
niére décente. Ccci eut lieu vers la fin de Tannée oii Jésus-Christ
avait été crucifié. Saint Étienne est donc le premier martyr , et ce
fut ä ses priéres quc saint Augustin et les autre^ péres attribuérent
la con version de saint Paul.
On voit , par cette analyse rapidc de la vie de saint Étienne , quit
Pauteur de notre Mystére a suivi cxactement la marche des actes du
martyr, sans s'inquiétcr , non plus que dans les autres piéces de
notrc volume , d'arrivcr a des combinaisons dramatiques. Le
Mystére de saint Étienne est tout simplcment un récit en action.
J'ajouterai ici une secondc épitre farcic (voir la premiére dans Tln-
troduction) de la passion de saint Étienne, appartenant ä la Bi-
blioUiéque royale , et tirée du manuscrit latin 4641. B., intitulé :
Stylus curue parlamenti Francife y ou el le se trouve au fol. 154. Ce
manuscrit e^t du 13* siécle.
(:Y S ENSUIT la passion saint ESTIENNE QDE 0> LIT LEVDEMAIN
DE .NOEL.
Se vous voulcz tiiil cy eotcndre
y DUS y pourrez mouU bicn aprcodrc :
NOTES. 357
Maisquc \nii.s vueillcKiiioctrc peiue
A la passion saiiit Estiennc.
Oyex , qiii Dieu voulez ser\'ir :
La passion pourres oir
De saint Ksticnnc le marlir,
Commcnt il voult pour Diou niuiirir.
Leclio Acluum nposlolonim.
L} apustrc cestc li>(;on
Firent pur bonc eulenrioti
De saint Estiennc le baron ^
i)m moult aynia Dieu el son nom.
Tn (ii e hus ////>.
A])rcs le jour (|iie Dieu fu nez
Fut saint Kslicnne tournieutez.
Ly Juyfs (le picrrcs h tjranl foison
\.e lapiderenl sans raison.
Siephanus pienus i^ractd el foriitiuline facicbal sif^na et prodipa
maf^na in popnio.
Saint Esli'Mine plain de bonté
Et de la (]^råcc damc Dé,
Oncques ne inaintint fauceté ;
Mais a le peuple doctriné
Et par SOS sinnes démonstré
Coniment il puet estre sanv^.
Surexeruiii autem quidam de sinago^å quas nppelabalur liberti-
norum et Cyrenensium, et Alexandj-inonim et corum qui erant a
Siiicid et A,siå disputanles curn Stephano.
De pluseurs terrcs son t venu
Ly fi^lons Juifs mescreu
Qui Ont ony et entendu
Que saint Eslienne a grant verlu.
De dcspiter ne sont pas mu :
De Icur loy ont grant plait tcuu ;
Mais saint Eslienne a tout vaincu
Cc que tuit l'ont apparceu.
358 NOTilS
Et non polerant rcsis/rrc mpifncite et spiritui qui hqucbatur.
Qiii adoncqucs les véist forrener
Frémir , rechignier et dever
Que il u*y pciiriMit plus demourcr.
Sus faillriit pour Ii tnurmenter.
Andirntc.^ au tern han- differahantur vnrdihu^ suis et stridebant
dan ti bus in eum.
^ Saint Estiennc ful plains dr (;ri«c<> :
Eutrc Ics J uiis en la place
(^hascuii le rechainfpie et mcnace.
(Jon tre niont a tourné sa face :
Vit du cicl oiivrir unc espace.
Hien regarda enimy la face.
Cion atilcm esset Stephanus plcnws Spiritu Sancto intendcns in ca*lum
vidit ghriam Dc.i et Jhesumstaniem a dexlris virtutis Det.
l.ors sVscria nioult douccmenl :
Je vois ouvrir le ftrmament
Kt Jliésucrist en son semblant ,
Avecquesses anges qui m*aten(.
Exctame.ntes nuicm voce mas^nå , eontinuerunt aure.y suos et
impetumjeceruni unanimifer in eum.
i^ors conimancerent a criei*.
Leurs oreilles ä (*stouper ,
Puis le liérent a Testaiche ,
Et lui crachiércnt ou visaige.
Etejicientes eum extra civitatem lapidabant.
Hors de la cité letrainérent
Et pierres apres lui jectérent.
I.e sanc yssoit de ses costez ,
Tout contreval jusques aux piez.
Et tcstcs dejffnuerunt vextimcnta sua secus prdes atlolcscenti^
qui vocabatur Saulus.
Ses %eslenicus Uii ont osler.;
Tng jouvcoccau Ics a gai'dez
NOTES. 359
Qui Saulus cstoit appeUez :
Saint Pol Tapostrc fut damez.
>
Ei lapidabant SUp/tanum invocanUm et dictniem : «« Domint
Jhesunty suscipe spiritum meum.n
Quant lapidoient Ii félon
Saint Estienne le bon baron,
Jhesucrist appelloit par son nom ,
Qfie de sa mört leur féist pardon.
Positis autem genibtis clamavit voce moffnd dicens : DommCy ne
statuas illis hoc peccatum,
Beaux sircs Dicux, plain de pitié ,
Qui pour nous fust crucefié,
Pardonnés leur cils péchies
Que ilz ne savent que ils font :
Les ennemis dcceups Ics ont.
Et cum hne dir is set ^ obdormivit in Domino.
Sus terrc ses genoui a mis.
Graces rendist å Jhesucrist;
Puis doulcement s'endormy *.
Le espérit de luy issy.
Droit en paradis l'emportérent
Les an{];es qui le coronnérent
£t å Dieu puis le préscntérent
Et moult grant joyc en demenérent.
Or prions Jhesucrist le pere
Qui nasqui de la Vierge Mcre,
Et puis prions ^ saint Estienne
Qu'il nous otroit par son plaisir
Que vrais confés puissons morir
Et en Paradis parvenir.
Amon.
36o NOTES.
Page 19 y nvant-deroier vers :
Tien , yilain , lien ceste beloce.
BeUfce, Gette expression désigne une espéce de pnine; il fa sans
dire qu'elle est prise ici au figuré pour le mot coup de poing,
Page 21, vers 23 :
AloD-en qa'il en est sné.
Le dernier mot de ce vers qu'on dolt entendrc ici dans le sens de
taer, est reste dans la langiie des malfaiteurs. Ils disent encore sii^r
un chene, pour ftter un /wmme.
Page 25: La contersion s. pol.
Saint Paul , nommé d^abord Saul , naquit deux ans avant Tére
vulgaire, å Tarse, en Gilicie. Ses parents, qui étaient juifs, Télevérent
dans ienr croyance , et il fut instruit dans la loi de Moise par le
docteurGamaliel. Lors dumartyrede saint Étienne, Saul, ågé alors
de trente-deux ans, gärda les manteaux des lapidateurs, et se
rendit ainsi leur complice. Saint Étienne n'en pria pas moins pour
lui.
Apres la mört de ce saint , Saul dcvint un des plus ardents per-
sécuteurs des chrétiens , quMI alla chcrcher jusqu'en Syrie pour les
conduire å Jerusalem ; mais avant d^arrivcr å Damas, une vision cé-
leste lui apparut, et une voix lui ena : « Saul, Saul, pourquoimc
perstcutes-tu? » II aperQut en möme temps Jesus -Ghrist qui lui
montrait sa lumiére et Tappelait ä la foi. Arrivé ä Damas , il fut
baptisé par Ananie , et préclia sa nouvelle croyance jusque dans la
synagogue. Les Juifs tentérent de le faire arréter, mais on le descen-
dit durant la nuit dans une corbeille , par-dessus les murs de la
ville, et il s*évada. Apres de nombrcux voyages qiii valurent beau-
coup de prosélytes å la foi chrétienne , saint Paul qui, déjä une fois,
était venu a Rome , ne craignit pas d'y rcparattre. Néron Ty Qt
arréter.
L'auteur de notre Mystere, conformément au rapport de quelques
péres de TÉglisc , attribue sa mört au resultat de sa querelle avec
Simon le magicien , qui , ayant voulu s^élcvcr en Tair, fut précipité
par terre, grace anx priéres du saint, qne Néron fit martyriser dans
sa colérc.
NOTES. 36 1
Page 42 : Cy ensuit la conyersion s. denis.
Saint DeniSy un des missionuaires envoyés de Rome dans les Gau-
les » 8'avanca plus avant dans le pays que ses compagnons, et fixa son
fliége ä Paris. Cest ä lui ou ä ses disciples que la religion chrétienne
fut redeYable de la fondation dos églises de Chartres , de Senlis, de
Meain , et peu apres de celle de Gologne, ainsi que de quelques au-
trea qui étaicnt florissantes au iv* siécle.
Nous lisons dans les actes de saint Denis , que cet évéque fit båtir
uoe église å Paris , et convcrtit un grand noinbre d'idolätres å la foi.
Les travaux de son apostolat furent couronnés par iemartyre; Topi-
nion la plus probable est qu'il le souffrit dniant la pcrsécution de
Valenen, en 272. Quelques auteurs mödernes ontcependant dilTéré sa
mört jusqu''au commcneement du régue de Maximilien Hercule, qui
fit sa principale résidence dans les (laulcs, depuis Tan 28(> jusqu^å Tan
292. Adon appclle Fescenninus le juge qui le condamna. Selon les
actes de son martyre , que suivent saint Grégoire de Tours , Fortu-
nat et les martyrologistos d'Occident , il fut cmprisonné long-temps
ponr la foi, et termina sa vie par le glaive, avec Ruslique, prétre , et
Eleutbére , diacrc. L'auteur des mémes actes ajoute que les trois
martyrs farent jetés dans la Seine , mais qu'une femme chrétienne ,
nommée GatuUa, trouva le moyen de les en retirer, et de les enter-
rer honorablement prés du lien ou ils avaient été décapités , et qui
tat nommé depuis saint Denis de Letrtc ou saint Denis du grand
diemin. Des fidéles bdtirent une chapelle sur leur tombeaa.
En 469, les pieuses exhortations de sainteGeneviéve firent elever
une église sur les ruines de cette chapelle , et les chrétiens venaient
de toutes parts la visiter avec beaucoup de- dévotion , comme nous
le Yoyons en plusieurs endroits des ouvrages de Grégoire de Tours.
n résulte de ces mémes passages que Téglisc dont il 8'agit était hors
des mors de la ville , quoiqu^elle n'en fOt pas éloignée.
Dagobert , qui mourut en 658 , fonda la celebre abbaye de St-De-
nis ; Pepiii et Charlemagne furent les principaux bienfaiteurs de cc
monastére , que Tabbe Suger fit rebatir avec une grande magnifi-
cence. On y gardait les reliqucs de saint Denis , de saint Rustique
et de saint Eleuthérc , dans trois chAsscs d*argrnt.
La Bibliothéque royale rcnfcimc dans le fonds Cangé, n» 141, sous
le n» actuel 7552, un vol. in-4", sur papier, du 16* siécle, qui
renferme un mytitére de siinl Denis signalé par les fréres Parfail ,
3()2 NOTES.
ct divisé en plusieurs joumées. Il irest poiiit complet malgré sa lon-
gueur. Voici les noms des personnages : « Dieii le pére, Dieu le fils,
saint Michiel , saint Gabriel , saint Raphaél , saint Criel , saint De-
nis , Panopages , Apolopfanes , trois mattres de la loi , Tayeugle
et son varlet, le geaulier, Caiphas, Alexander, trois pharisiens,
Paulus , Notrc-Dame , saint Pierre , saint Jehan , saint Jacqoes-le-
Mineur, saint Barthélemy, saint Simon , saint Thomas , saint An-
dré, saint Jacques-ie-Grand, saint Phelippe, saint Mathieu , saint
Jude , saint Mathias , saint Bernabé , saint Estienne , saint Marcel ,
saint Phelippe, diaere, saint Lucas, saint Nicholas, saint Nichanor,
etc, plusieurs tyrans, et la diablerie en enfer. »>
Le manuscrit 2555 ( 1671 , fonds Saint-Germain) , sur papier , et
du 16«siécle, contient une Fie en britfde mon seigneur saint Denis,
En foici le premier quatrain :
Monseigneur saint Denis, trésor de sapience ,
M'dmc et mon corps commcnde en votre providence ;
Mod corps vucilliés gärder de toute pestillence,
M'åme cmplir de vertus, de mcurs et de science.
Un autre manuscrit de la Bibliothéque royale , supplement frän-
(;ai8 , rfi 2(K)7 , olTre une Histoirt de saint Denis , commtncani å
sa conversion par les prcdications de saint Pol dans la ville dA*
thénes , et finissant ä la mört du roi Dagobert , qui fil InUir son
cglise. — Ge manuscrit est omé de 54 miniatures. — L^histoire de
saint Denis est suivie d'un petit poéme sur la conversiou de PladdaB,
<|ui fut nommé saint Eustache.
Un autre manuscrit de la méroe Bibliothéque , fonds Saint-Ger-
main , n* 1859 , contient également la vie de saint Denis , en prose
fran^.aiae , et le poéme de saint Eustache. Enfin , deux autres ma*
uuscrits, Tun sous le n« 7137, Tautre sous le n« 7955, contiennent
chacun la vie et passion de saint Denis , présentée ä Philippe V par
(^^illes de Pontoise , abbé de saint Denis.
Page 61 : Ci ensuit comment s. pbre et s. pol ALKnsHrr
A KOMME ET COMMENT ILZ FURENT MARTIREZ.
Saint Pierre, frére de saint André, premier disciple de Jésus-
Christ , est assez coimu pour que nous nous dispensions de parler de
lui longuemcut. Apres avoir plusieurs fois visité Romc , il y revint
de nouvcau en lan kVö, et se réuuit a sainl Paul pour combattrc
I
NOTES. 363
la dectriae de Simon le magicieii. Apré$ la mört de celui-ci, Néroii,
irrité oontre Jes deux apötres , les fit arréter tous ies deux, et marty-
riser. Selon fiiuébe , Prudence et Astérc , saint Pierre aurait été
cmdflé la téle en bas, au lien méme et å la méme heure oä l'on
faisait périr saint Paul.
Page 78, ligne 22 :
Ge sonty ce croy , sages Bretons
Qui font illec leur caquehan.
Caguehan, rabale , conspiration
Page 85, dernicr vers , et premier de la page 86 :
Agyos , o Theos , agyos ykirros agyos
Athaoatos Jhesu eleyson ymas. [sic.)
Ces paroles peuvent se traduire ainsi en fran^aif : « O Dieu saint,
« ö saint fort, 6 saint immortel, Jesus, aie pitié de nous.» Elles sont
extraites de rOfflce du Vendredi saint.
Page 103, ligne 26 :
SATURPfiif ira en Guiennc
Säint Satnmin on Semin dcvint évéque de Toulouse , ou il fut
marfyrisé lors de la persécution de Dioclétien ; son nom fut donné ,
apres sa mört , a la principale église de cettc ville, qui le porte en-
i*ore aujourd^hui.
Page 103, ligne 28 et 29 :
Lucien et frére Quentin
A Beauvais et ä Amiens.
Saint Quentin était Komain de naissance et descendait d*une fa-
mille sénatorienne. Sonzéle pour le service de TÉglise Tengagea A
qiiitter Rome et ä partir pour les Gaules avec saint Lucien, qui fixa
sa résldence å Beauvais, ou il fut martyrisé, tandis que saint Quentin
se rendit å Amiens, ou il périt en 987, lors de la persécution suscitée
par Rictius Varus.
Page 104, ligne 3 :
El Rieule å Arle demourra :
Bien est voir qu'å Senlis mourra.
Nolre Mysterc rnnfond ici deux saints tout ä falt dillérons. Saini
Rieule ou HépuhisdWiios, doni on nr salt qiio Ir^s-pou de choso.
M)/^ .\uii:s.
nest pas du tout ie méme que saint Rieule premier évéque de SeDlts,
et il est probable que si saint Rieule d* Arles vint dans les Gaoles , il
n'2(lla pasjus(]u*äla seconde des villes dont nous venons de parlér.
Page 104, ligoe 5 et 6 :
A Meaulx yrez frére Seolin ,
Et avecques yous frére Antonin.
i^'histoire de la vie de saint Sentin ou Saintin est fortobscure. On
ue sait sMl occupa le siége de Verdun avant celui de Meaux. En ad-
mettant raffinnalive , il aurait vécu dans le quatriéme siécle et ne
pourrait compter au nombre des disciples de saint Denis , comme
notre Mystére le rapporte ; mais cela est fortdouteux. Ge qu*on sait
positiveinent^ c^est qn'au neuviéme siécle il y avait å Meaux une ab-
baye de son nom et sous son invocation.
Page 105, avant-dernier vers :
Cest doncques Liart et Fauvel
Qui vont ensemble åla cbarrue.
Le roman de Fauvel est un poéme satiriipie dans le genre d^ celui
du Renard; seulement, le héros ou plutöt Théroine de ce poéme est
la mule Fauvcy Fauvain ou Faiwel^ qui, montée par dame Guiile(i)^
jouc un röle dans le roman du Renard. Les personuages que le poéle
mct en scéne, sont : Flatterie, Avaiice, Vilenie, Varieté, Envie,Lå-
rlielé, dont les initiales composent le nom de Fauvel. (Voy.Chabatlle,
Avertissement du supplement au roman du Renard.) La Biblio-
théque royale posséde plusieurs cxemplaires du roman de Fauvel ,
(1) Dame Guite, c'cst-ä-dire Dame Tromperie.Vn poéte dulrei-
ziéme siécle , nommé Sauvage , a composé une petite piéce intitnléc
de Dame Guiie , que j'ai insérée dans mon choix de saluts^ dpilres^
reveries (Jongleurs et Trouvércs , p. 63) , oii il s^amuse å faire le
portrait de ce personna{;e allégoriquc , dont il dit que la puissance
vsi yrande en Artois ,en Flandre^ en France, en Romanie et autre-
iner. Quant å sa personnc , ellc est fort allégoriquement habiUée.
Sauvage don ne a Dame Guile un cfiapcau de laschete\ une coiffe de
fausseic, un crepc de melancoiie, une robc defausse convoitise fti
Ic reste a lavcnant.
I
.NOTES. 365
doDt un entré autrcs, décrit par M. Paulin Paris sons le n^ 681S de
son Catalogue des Manuscrits fran^ais de cettc méme bibliothéque,
est fort bean et fort complet.
Yoici comment l*aiiteur du poeme donne lui-méme (a déflnition
de Tallégorie de Fauvel :
Or est ii Icmps que Jc iiiiKt*. re
De Fauvel plus » plaiii aperr
Pour savoir l'e\posicioii
De lui et la description.
Fauvel est beste apropitW' ,
Par similitudc ordciiée
A seneAcr chose vaine,
Barat et fausseté niundaiiic.
Aiissi par ethimologie
Pues savoir cc qu*il sénefie.
Fauvel est de faus et de vel
Compost, car il a son revel
Astis sus fausseté voilée
Et sus tacherie niielée.
Flaterie si s*en dérivc
Qui de nul bien ira fons ne rivc.
De Fauvel descent Flaterie
Qui du monde a la seifpieuric ;
£t puis en desceut Avarice
Qui de torchier Fauvel n'est nicr ,
YiUnie et Varieté,
Et puls Envie et Lascheté.
Cei .VI. damesque j'ai nommées
Sont par Fauvel senefiées.
Se ton entendement veus mettre
Pren un mot de chascune lettre
IV Fauvel qui si réf]^ne en terre, etc.
Du reste , le noro de Fauvel est pris tout simplement dans notre
Mystére, comme synoiiyiiie de ruule, de méme qne celui de l.iart,
qui signifie un cheval de conleur café, y est pris comme synonyme
de cheval.
Page 108, ligne 9<^ :
Dites, cstDieii omiiipolont.
II faadrait , apré** cc deriiier mot , un point d'interrogation.
36(i NOTKS.
Pagel16,lignc 22:
Il joue des ars de Toulete.
Ce dicton est assez dirficile å expliqiiiT. J<> vois hicn qu^il siguifio
que Dieii (car tel est le personnage doiit oii parle) est un habile esca-
tnoteury puisqu*il est jeune et vieiix å la fois, qu'il vit, quil meurt,
41u*ilötcou doDiie la vie, et peut commettre d'aiitres actions égale-
iiient surnaturclles; mais |)oiirquoi dire qu*il joue des ars de Toléde
plutöt que des ars d*uiie autre ville ? Si fosais hasarder une expli-
cation, je dirais que rcla teiiait peut-étre ä cc cpie Toléde, qui était
renommée au moyen-äge pour ses iiombreuses et excellentes fabri-
quesd*annes, devait avoir, plus que loutc autie oité, de ces bateleurs
dont le talent consiste å avaler des iustrumens guerhers , å les
faire sauter en Tair, etc , etc; et que cesl probablement de cette
circonstance que naquit le dicton jouer dcA ars de Toléde.
Page 120 , ligne 21 :
Menez-les , sire , å Toinbeleine ;
llz ne voient goute des yeulz.
Tombeleine est une pelitc ile ou rocher sur la ci^te de JNorniaiiditi,
entré Avrancheset St-Malo. On y allait en [H^lerinage å une chapelle
basse qu'y avaient fait bdtir les abbés du Mont-St-Michel, dout eWv
dépendait. M. Maximilien Raoul, dans son Hisioire du Moni-Sf-
Michel, a inséré sur cct endroit des détails intéressans , et M. Le-
roux de Lincy lui a communiqué , pour le méme ouvrage , un frag-
ment épisodique fort curicux du poeme du Brui^ et dans lequel Ut
poéte fait vcnir le nom de Tombeleine de ce que le lieu qui le portv
aurait autrefois servi de tombe a Heleine, niecc dWrtus, qu'un
géant aurait transtM)rté d^Espagne , ou il s^étail cm{)aré d*elle , au
Mont-St-Michel , oii elle termina ses jours. Artiis vengea cette mört
par celle du géant, auqucl il fil sauter la ciTvellc d'un coup de sa
bonne lame Escalibur -, apres quoi :
Fist faire cl mont une capi>l('
Que ore tombe Hélainc a|K*lr.
Del tombel ii Hélaine jut
Tombe Hélaine son nom reciil.
Del tombe ii Ii cors fu iiiis,
A tombe Hélainc cest noii pris
>1. Francisque Michel va publier, a la suile de la rhrouique df
Benolt de SteMore, roiiipri^ie daiiä la Collectioii de dociiineus re-
latib ä rhistoire de Fraiire , imprirnée par ordre de M. Guizot , le
roman du Mont-St- Michel, dO å (Tiiillanme de St-Pair, inoiiiedu
Mont , écrit sous Tabbe Robert de 1'horigny , au douziéme siécle ,
etciré des manuscrits du Musee brilaiuiique.
Page 137 , avant-dernier vers :
Qu'ilz te paieut ou tite ou mile.
Oa appelait aiui*i de petites moiinaies de cuivre fort usilées en
Flandre.
Page 144, vers antépénultiéme :
le vudl son cul breneus torchier
Avec ce poisson de Bondis. (H/e/rappe.)
Il fallait qu'au moyen-äge les gens de Bondi fussent fort renommés
å.cause deleur bnitalité, pour avoir d(mné naissancc ä^ce dicton.
Peut-étre aussi vient-il du voisinage daugercux de leur forét , dour
la réputation fuuestc sVst perpétuée jus^fu^å nous , sans qu'ou y puisse
pourtant trouver Pexplifation de cette figure de rhctorique qui a fait
donner le nom de poisson å un coup de poing ou å un coup de bAton
Page 149, Hgne 9 :
Vin de Beäune et de St-Poursain.
Gesdeux espéces de vins se Irouvent citcs au nombre des vins ce-
lebres dans la Bataille des vins, petit poéme du treiziéme siécle diV
å Henri d* Andeli, et qn'a publié Méon. Ou les trouve aussi men-
tumnés dans Ténumération suivante des divers cnls qui furcnt ser-
vil darant le grand festiii qui eut lien , lors du mariage de Fauvcl
avec Yaine-Gloire (voyez le roman de Fatt%*ei) -.
Vins i ot bons et pn^cieus,
A boire rooult délicieus ,
Citouandés, rosés, florés.
Vins de Gascoignc colorés ,
l)e MontpelJier et de Rochele ,
Et de Garnache et de Costele ,
Vins de Beaune et de Saint-Pourruin
Que riche fjcnt tiennent pour sain ,
De Saint-Jangon et de Navarre ,
Du vinou que i'on dit Labarre ,
'Mj6 .noti:s.
iVEspaig^ne, d'Anjou, d*Orlenois,
IVAuceurc et de Laonnois,
Et de Saint-Jehan, de Hiauvoisio ,
IJu vin fraD(;Ois d'iUuec voisin, etc.
Page 150y avant-dernier vers :
Vecy comment ä Vauprofonde
Les nonnains boivent en couvent.
Il y avait une abbayc de Vauprofon(ie (vailis profunda) dans le
diocéfMi d^Auxerrc , pies de Joigny ; mais je crois qu'ici , etc'est éga-
lement Topinion de nion savant professeur a l*École des Charles ,
M. Guérard , ce mot désignerait plut6t un lieu situé ä trois lieoes de
Paris y ä Biévre-le-Cbastel , et dans lequel la GalUa christiana ,
t. VII, col. 574 , nous apprend quMl y avait déjä au onziéme siécle
une abbaye de femmes de Fordre de Saint-BenoU. Ce fut å Anne de
Bretagne , qui voulut entreprendre sa réforme , que cette abbaye dot
de changer son nom de f^aupmfonde coiitre celui de Notre-Dame-
du-Yal-de Grace. Cependant elle est encore appelée Vauparfond
dans des lettres de Fran^ois I'' qui sont de 1315, ainsi que dans une
délibération du Parlement en date du 22 juin 1575. Elle fot träns-
férée en 1621 au faubourg St Jacques, ä Paris, dans unemaison
nomméc le flcf de Valois ou ie Petit-Bourbon , pour laquelle Anne
d'Autridic , en se i>oriant fondatrice , paya la somme de trenle-six
.rollie livrés.
L'opinion que jc vieus d*é(ionccr , ifuc le Vauprofonde de notre
Mystére était Tabbaye située ä Bicvre-le-Chastrl, est encore conftr-
roéc par les vers (pii ont donné lieu «i la uote suivante , laquelle dé-
montre que notre Mystére est tout parisien. Une chose reroarqoable,
c'est que ju8(|u'ä Tabbe LelxBuf , on avait ontassé erreur sur errenr ä
propos de Tabbaye de Val Profondr.
Page 155, vers 2:
Dame , le Dieu de Mont-Fétard
Vous gart les reius et le talon.
Ou lit dans le Diclionnaire ty]K>graphiquc, ctymologique et liis-
lorique des rues de Paris, par J. de la Tyuua (Paris, 1812), å Par-
ticle Riic Mouffetard^ Texplication qui suit : «< Cette rue a été batie
sur un terraiu qiii . nu treizl^mo siecle, se nonimair Mans Cetarius ^
ou Möns Ceianiiix, :\lnnt Ccfard , d ou vieiuient par altération son
NOTES. 36<J
ancitii nom Mont-Fétard , el son nom aciuel Mouiletard. Eile est
dans le Caobourg St-Marceau.» M. de la Tynna ne dit point pour-
qaok ce mout se nommait Fttard. Ne serait-ce point parce qall för-
mak en qudque sorte un réceptaclo dlmmondices ? Ce qui semble
conilmier cette étymologie, c'estque bien plus tardonappelaéga-
lemeot rueMont-Felard ou Moujffctard, la partie de la rue deCléry
sitaée da cöté de la porte St-Dcnis , et qui se composait. avant d'étre
eotiérement couverte de maisons , d'un monticule formé de déblais
et d^imnondices qu'on y déposa durant long-temps.
Quant å cette locution, le Dieu de Mont-Fétard^ je ne sais trop a
qnoi la rapporter. Pcut-étre est-ce une allusion å une anciennc
idole , ä une statue, ou tout simplement a une enseigne. A propos de
cette demiére signiOcation, on me pardonuera de mettre ici aoces-
soirement, au jour, un esbaiement inédit qui m'a semblé fort cu-
rieox , et dans lequel sont nommces une bonne partie des enseignes
de rancien Paris. Gette piéce est tirée du maniiscrit AMi B (Utin) ,
qui a pour titre : « Stylus curias parlamenli Franciofy» (Bibi. roy.),
et dont j*ai déjå tiré Tcpf tre farcie qu'on trouve å la page 396 du
present volume.
CT 8'EliSUIT UN ESBATEMENT DL MARIAiGE DES Ull. FILZ HéMON,OU
LES ENSEIGTiES DE PLUSIKURS HOSTELS DE LA VILLE DE PARIS SONT
NOITMEZ (1).
■ Pour Eaire ce mariaige nousprcndronslaparolede meistrcJehau
Houseau , porteur d'afenturre , qui en alant panni la ville de Paris,
disoit: <iO! paix, paix! par mariaige arons paix.» Et pour avoir
paix et faire ce mariaige , il me semble que la grace du saint Espe-
(1) Get esbatement poiirra compléter Tarticle beaucoup tropécourté
de Saaval sur les enseignes de la bounc ville dans son Histoire des
antiquites de Paris. Cct écrivain , en effet , n'en rapporte que sept,
encore ett-ce parce qu'clles sont ridicules. Les voici : A la roupie
(une pie et une roue) ; Tout en est bon (une femme sans tete) ; A Tas-
surance (un A sur une anse) ; A laYieille science (une vieille qui scic
une anse) ; Au pulssant vin (un puits dont on tire de Teau} ; Au bout
du monde (un bouc et un monde) ; Les sonneurs pour les trcpassés
(des sob neufs et des poulets tués).
T. 2/\
370 NOTKS.
rit dn botit de la me aux I^avendiéres (1) est descendue sur TyHUiige
saint Pére du chcvet St-Gerrais ; et que å la reqneste des troys roys
de Goulongne devant saint Innoccnt , tis veulent faire un mariaige
des .iiii. filz Hémon de devant la Boucherie , et des trois fllles Dtm
Symon de devant St-I^u et St- Gille. Et pour avoir la iin* fille nous
prendrons la Pucclle St-Georges du bout de Tronssevache ; et pour
tenir compaignic aux espousées nous prendrons les .111. pucelles de
devant maistre Jehan Turquan, et la nonnain qui féme Poe auPon-
ceau St-Denis ; et sont parées nos espousées des farmaulx de Qnin-
campois, des saintures de la courroierie , de la fleurde lis da cyme-
tiére St- Jehan pour mectre å leur poitrine. Et aront sur leurs testes
la couronne du quarrefonr de la portc de Paris. Et tons ceulx qoi
venront ä nostre festcauront los chappelez de la porte Baudet; et
les gans de la me des Assis pour estrc plus jolis , et auront les me-
nestriers de la danse de In Toniielcrio devant la portc au blé. Et
prendrons pour mener noz espousées au Moustier , le chevalier au
cignede la me aux Lavendiores, Sensou Fortin de la me de la Harpe,
et Tymaige salnt George de la me des Bares. Et serent logiez les
roys et les chevaliers qui seront aux nopces , au chasteau de Pon-
toise en la courouuerie , et les roynes et les dames seront logiécs en
ChastelFestu (2) au bout de la me aux Provoires. Et leurs gens et
leurs chevaulx seront logiez au palais des Termei. Or fault savoir qui
nous espousera (5). Cesera le cirdinal de la Pierre-au-Lait; et le pres-
•
(1) Cest maintcnant la rue du Plåtrc.
(2) Sauval dit qu'oii ne sait trop o ii était situé le CIiastd-^Festu.
Cependant notre piéce prouvc qu'il se trouvail au bout de la rue det
Prouvaires , et le Dit des rucs de Paris, par Guyot , piéce du trei-
fXbaxe siécle, confirme encore cctte assertion par les deux vers sui-
vans :
Droiiemeat de Chabtcau-Festu
M'en vins k la rue ä Pruvotrcs.
(3) Le mot epouser est pris ici dans le scns de .re marier devanl
queiift^un. On Ii t dans le roman d*AyiDeri de ^'arbohne et de Guii-
laume au court nes, premiérc chansen, fonds l^valliérc, 23 :
Lå fu la dainc d*archevefiquc cBpousée;
pour ff Ull archevéquc celebra lo mariagc de la danie.>'
.NOTES. 07 1
cfaflor dd chevet St-Jacques lui aidera å chanter sa messe, et espou-
scffontencroissant qui est en la me aux Granchers, å la chapelle au
carrelour du Temple , devaut rymaige d(i i\otre-Damc , en la rue de
laHadiette;et Tange devaut St-Gervais tcndra le cicrge de la rue au
Feorre devant St-Iiuioceut. Or couvient que avant qui soient espou-
•ez, qne on face faire sermeut de cc inariage 8*il est bon et valable.
Il sera (ait present le dieu d^amours de devant le Palais, et celluy de
laPierre-au-Lait, en jurant par la teste-Dicu du bout de la grande
Troanderie/par St-Antoint-des-Halles , par le couronnement de la
Stmierie , par le Yau de Lucqucs (1] de la rue aux Lombars, que en
ce mariaige n*a ee bien nou ! et qui dira le contraire, Ics champions
de devant la croix 'Hémon s*en combatront k tout homme. Or nous
Ci«t-il .1. saige homme discret et clervoiaiit qui fera et ordonnera le
Cut et la dépance de noz no|>ces. Pour ce faire , nous prendrons
romme ä deux testes de la rue St -Martin qui voit devant et derriére, .
el lui bailierons assez monnoie. Cest assavoir, le gros toumois de la
cave de Pontis, et le gros toumois dn Petit-Pont. Et pour savoir se
ilz tönt de poix , nous Ics poyserons aux balances de la croix du Ti-
roir (^ , et les mectrous en la llucherie en la mc St-Martin qui sera
fermée de la clef du cymctiére St-Jehan, et de la clcf de la me aux
(1) Ilvolio santo. Cétait un crucifix dont la face fut, dit-on, mi-
racalensement achevéc par ud ange, sur le portrait que Nicodémc ,
disciple de Notre-Seigneur, en avait fait. Le saint You (visage, volto)
était dans Téglise St-Michel å Lucqucs. On trouvCf \*. 168 de mon
recneil intitulé Jongleurs et Trouvéres , åma la piécc des Tnbou-
iseors (joueurs de tamboursj, les vers qui suivcnt :
Unsjouglerrcschantoit, por la gcnt dcportnr,
Ne cortoiB, ne vilains ite Ii vaut rims doncr,
Et II saint You de Luques Ii dona son S(»ler.
(3) La croix duTiroir, ou Trahoir , ou Tiroaer, consistait en uno
grande croix ronde de pierre de taille placée au milicu de la rue de
l'Arbre-Sec, et que Francois I" ht refaire en 1520 , ainsi qu'une
footaine qui en dépendait. On a voulu fiiirc venir ce nom de Croii
du Tirouer ou Trahoir, de cc que ce lieu aurait été cdui du supplicc
de Brunehaut, qui fut tiréca quatre chevaux. Par malheur, Frédc-
gaire, Addon et Aymoin rapportcnt que cettc princesse icrmina sa vie
en Bourgognc , prés de Cliålons.
24.
3^2 NOTES.
EfG0ufl*9(l).Etquant il?ouldraprendre les ganusoili8(s),y Im
és bources de la porte Baudet , et prendra ses garnisons en U grm*
che åPetitPont: c*eBt assavoir, buche, charbon, foin etaToine. Et
metrons notre blé en grant et petit cul-ds-sac en Beauboure ; et m>
ront criblez a la cribie de la me an Roy-de-Sécile. Et ponr le port«r
au molin nous le mettrons sur Tasne royé devant la SaTeterie, pour
aler moudre au molinet en la Verrerie , et au molinet d'emprö8 Str
Gosme et St-Damien. Or, nousconvient-il prendre nostre tui anzbo-
tuilles, devant le Palaw, et au barrillct, devant Ste-Opportont. Et
buront les roys et les roynes å la coupe d*or et d*argent, en la nw
de Marcbé-Palu (5). Et les autres gens buront au grand godet de la
me de la Cossonnerie, et aux Gobeletsen Greve, et au Ymrre en la
me de Joy. Et pour fairc cuire notre pain , tartes, pastés et flansy
nous prendrons le four Ganquelin en la rue de TArbre^c , et pren-
drons nostre queux en Galendre , au bout de la me aux Engbus ;
et pour cuire nostre viande nous prendrons le cbauderon en la viei
Monnaie, les paellcs au bout de la me aux Parcbeminiers, le pot de
cuivre ou parvis Nostre-Dame , le gril en la Mortelerie, le banet en
Sac-å-Lie (4), la cuillier au carrefour Guillory (5), le trepiéau carre-
(1) Escoufle , milan , oiseau de proie. Gette rue n'est pas mention-
iiée dans le Dit des rues de Paris , par Guyot.
(2) Le mot garnison veut dire tout simplement ici défense. Le
. trouvére Rutebe«jf s*en est servi dans sa complainic on PlanetuM (e»-
péce d*ondson funöbre pcM^tique) de Thibaut V, roi de Navanre, fiU
de Thibaut-le-Chansonnier , en disant a propos de la généronté de
ce prince :
Ne preaolt pas garde au dcniers ,
N'auz garnizons qu'il despendoit.
f3) La rae du Marché-Palu , dit Sauval , se nomme ainsi parce qu'il
8*y tenait un marché , et qu'une partie des ruisseaux et des imoMin-
dicesde la Cité passaient par la , ce qui en formait comme un narats
ou pnlus.
(4) Le hanap en la rue Sac-ä-Lie, donton changea plus tärd le bo«
en celui de Sac-a-Ut, et enfin Zacharie , que cette rue porte a pié-
scnt. Elle estmentionnde dans le Dit de Guyot.
(6) Ce carrefour ctait aussi appelé Gui^nc-oreilh , parce qu*oii y
coupait les oreilles aui inalfaiteurs.
NOTES. 373
four dnTemple, l« soufflet å la bastille St-Denis, le Mortier St-Jo»e
€n la roa Aubry-le-Bouchier, le peteil (1) devant le Palais , et Feau
pav fiure lea potaigea ä la Fontaine de Jouvent , en la rue de la
gnaat Truanderie , et Teaue pour laver nos escuelles et noz Taiaseaux,
MM lea GoUette qui fait les bonnes saucices, en la me des Anii ; et
pour metre en ctqript noz vaiaseaulx tant de cuivre comme d^eatain
qnenoiii ne perdions riens, nous prendrons leatableaux en me
Nenve-St-Marry , et prendrons nostre vaisaelle d'estain et les plaz en
Tirechappe, et en la grant me St-Honoré, les .1111. escuelles en la
dicta me St-Honoré, devant la Tonnelerie, les poz d^estain au siége
des déchargenrs en la me Frogier-fAsnier (fi). Or fault viandes
pour les roys et pour les roynes et pour le commun. Premiérement
nous prendrons le liévre devant le sépulcre , le veaul de? ant St-
Harry , le toreau devant St-Bon (5), les deux moutons en Harron-
dele (4), le chappon devant St-Anthoine , le coq et la galline en la
(1} Le pilen oabattant d'un mortier.
(2) Cest probablement la ruelle qu'on appelle actuellemcnt dans
lacité, derriére FHötel-de- Ville, rue Geoffroy-rAsnier, etquimine
k la rtviére. Elle est nommée par Guyot rue Fro^ier-V Asnier- , et
cOe a snscité au deraier éditeur du Dit des rues de Paris la sin(pi-
liére remarquc qui suit : « On ne voit pas que le prénom de Forgier
« ou Frogier, qui est donné au sieur TAsnier par notre poéte, att pu
n åtre cbangé cu GcfTroy ou Geoffroy.» Je crois que Tautenr de eette
ttiplication a pris tout simplement ici le Pirée pour un nom d'homine,
en ce que Irés-probablement le nom de TAtnier fut donné au sieur
Geoffiroy k cause de sa profession , mais qu'il n'était pas da tout un
nom de famille.
/3) Ruella sancti B:>mti. Ellc est ainsi nommée dans un accord
fait en 1213 entré Pkilippe-le-Hardi et le chapitre de St-Merry. En
1300 et 1400 on la nommait ruclle St-Bon^ c'c8t aujourd'hui la rua
de la Lanteme.
(4) Il n'y a pas de rue dans Paris pour laquelle il y ait en autant
de discusiions entré les sa vans que pour celie-ci, ni qui ait porlé
plus de noms. £n 1222 on Tappelait rue d'AroDdéle, en 1204 rue
de THyrondalle, eu 1300 rue de Hérondale , en 1307 me d^Ar-
rondelle , et en fin , selon les autcurs mödernes , il faudrait la
aommer rue de la Uondelle, parce que , discnt-ib, clle élait habitée
374 NOTES.
rue aux Lavendiéres , les connins (1) en viez Jurie (2) , les ooalong
devant la Teste-Noire en la rue St-Martin. Et pour faire entremös
nous avons le paon å la pointe Ste-Eustasse, les .ni. cignes de k
porte Baudet, le faisant au bout de Tlrechappe , et les turterelfs
la rue du Four. Et tous ceulx qui suivront les roys et les roynety
rönt vestus de dräps qui seront faiz aux polies en la rue des Blancs-t
Manteaulx ; et trancheront devant eux des couteaulx qui sont deftiit
Glatigny, et mectrons le relief és trois corbeillons au bout de la
Tannorie, pour donuer aux XV-XX en la rue de Mandestour. Et
prendront la table Rolent en la Saunerie, les tréteauxen la grant rue
St-Jacques , la chaiére å Petit-Ponl ; et prendrons nostre linge ao
Fardel de la grant rue St-Denis, et les chandeliers en la rue St-An-
drieu-des-Ars pour mectre les chandelles de la rue de Mauconaeil.
Et ceulx qui ne mangeront point de char auront les deux saumons
de la porte Montmartre, le gournaut (5) du bout de la Tannerie ,
le turbot de la rue St-Julien-le-Povre, le bac au bout de la rue Fro-
gier-PAsnier, la rue (4) en la rue Gcfroy-rAiigevin, les lamproyes
en la rue du Temple et és hålles , soubz les pilliers od on fait la
servoise, laquele sera pourceux qui ne boivent point le vin. Or nous
fault yssur pour le disner. Nous aurons le cerf devant Baillehue (3) ,
le sanglier devant St-Julien-le-Povre, en la rue St-Martin. La pomme
devant le Sépulcre, le peirez au bout de la rue du Temple , le figuier
au bout de la rue au Nonnains-dlerre ( >] , et i)our gärder oostre
par des faisenrs de rondelles ou de rondaches. Peut-étre son aom
ne vient-il tout simplement que d'unc enscigne oii était peinte une
hirondelle. «
(1) Lapins.
(2) Probablemcnt rue de la vieille Juivcrie^
(I) Espéce de poissoii de mer.
(4) La raie.
(5) Plus tärd rue Brisemichc.
(6) Gette rue, dans le Dit de Guyot de Paris, est également appe-
lée me des Nonnains éCIcrre^ ce qui forme sa véritable ortliographe,
son nom venant des religieuses d*Ierre (abbaye située prés de Vil*
leueuve-St-Georges), lesqueiles eurent une maison dans cette rue ,
tandis que le nom actuel que nous liii donnons , JSonandiéirs , ne
Kiguifie rien.
NOTES. 375
fåle cans débat, bous preiidrons Ysore et Guillaume au cort uez ,
en b place Maubert ; et aurons 1 uis de fer de la Sauuerie , et celluy
de lanie Aubry-le-Bouchier ; et seroiit armé du baubergeoo de dc-
vant St-Michiel, des deux beauuies de la porte Baudet , le grant et
le petit, des gautelez du carrefour St-Severio, de Tépée de devant le
paUis, de Tescu de Frauce en la Yanuerie ou de celluy de la porte
de Paris. £t tendrout en Icurs uiains la massue du bout de Tyron.
Or nous Cault .1. eutremés ou millieu du disner. Nous le ferons de
römme sauvaige de larue Pain-Molet, qui fera esbatementde Tours
et du Hon de la rue MicheMe-Gomtc, des sluges de la Peleterie, et
de la Truye qui filé des hålles (1). Et apres disner on puet aler es-
balre de Teschequite (2) d'eniprés la Magdalaiue , ou jouer aux dez
de la rue Thibaut-aux-Déz dVinprés les Estuves. Et qui vouldra aler
en gibier, il puet avoir le cheval blanc de la Cité, et le roge de la rue
RegnauIt-le-Feure et celui de Thirechappe , la selle en la rue de la
Täbletterie, les brides et frains en la rue St-Dcnis au bout du Pcrrin
Ganelin (5), la beuse (4) en la rue St-Bon , et Fautre emprés la fon-
taine Maubue en la rue St-Martin, des esperons en la me Jehan-le-
Conte. Et si plaist , ilz auront la housse Gillet de la rue St-Jaques ,
le diaperon rouge du bout de la Ilarangcrie , les nioufles(5) aupont
Perrin pour porter le faucon de devant le petit St-Antoine ponr al-
ler prendre les trois CancUes de devant les moulins du Temple. Et
les roynes et les daines qui vouldront aler esbatre auront le charriot
ff emprés la porte St-Honoré, et le papcgault devant Fabreuvoir de
Måcon. Et celles qui vouldront aler par eaue auront la nef d^argent
au bout de la rue aux Polies , devant Fostel Monsieur d*Orléans, pour
véoir peschier de la nasse de la grant rue St-Denis de devant St-
(I) La Truie qui lile des lialles est probableincnt la inéme que cellc
qu'on voyaity selou Sauvai, ä une niaisondu marché aux Poirces, et
^114 étaii fameuse, dit^il, par les Julies quc les ^arco/is de boutique
des environs yjoni ä la mi-caremc, comine c tant satis doute un reste
du paganismc.
'(3) Echiquicr.
{i) Aujourd'hui rue du Chcvaiicr-du-Gucl.
(4) La botte, la cbaussurc.
(h) Espéce de parcmctil iliiabit cii ciiii sm* Icquci. 011 pU(,::ail Foi-
scaude proie.
^76 NOTKS.
Jaquesde TOspital , poar prendrc les .111. beques delez St-Magloire,
et les .III. poissons de la Saulncrie. Et les gens du comnran perent
aler Toir le jeu de la paulme en la me Garnier-St-Ladre , 00 prendre
les bllles et billart en la rue Ste-Croix de la Bretonnerie , et pevent
aler biller aux champs et aler souper au Palais , å la Pierre de mar-
bre, de?ant le beau rov Philippe (i). Et prendrons nostre Ut å Pa-
breoToir Panpain, c'est assavoir la coustc et le coussin, les dräpa et
les quevrechiez au fardeau dessus dit^ et couvcrrons nostre Ut de la
penne vaire d*cmpré3 St-Severin , et nous yrons conchier quant la
docbe de devant Saincte-Katherine sonnera.»
Page 169 : Cest le miracle comment les anges FimBirr
JOYB QUAIIT MADAME SAINTE GENETIÉVE FOT IfÉS.
Le village de Nanterre , situé ä deux lieues de Paris , eut la gloire
de produire sainte Geneviéve. Elle y naquit vers Tan 422. Son pére
se nommait Sévére et sa mére Géronce. Elle avait sept ans lorsque
saint Gennain d^Auxerrc et saint Lou de Troyes , qui allaient com-
liattre lliérésie de Pélage dans laGrande-Bretagne, vinrent coucher
åNanterre. A peine arrivés, ils se virent envirounés d*une grande
multitude de peuple qui demandait leur bénédiclion. Geneviéve se
trouva dans la foulc avec ses parens ; saint Gennain Tayant fiut
approcher, lui prédit sa sainteté fulure; il ajouta qu^elle effectuerait la
resolution qu'elle avait prise de scrvir Dieu, et que son exemple con-
tribuerait a la sanctification des autres. Il lui donna ensuite sa bé-
nédiction pour la consacrer ä Dieu dés ce moment , puls il la mena å
Téglise du lieu , accompagné d'une grande multitude.
Lorsqu*elle fut plus avancée en Age, Geneviéve se livra å des actes
de piété et se soumit ä la vie la plus sévére. La retraite dans laquelle
(1) On ne trouve pusdans les historiens de la ville de Paris, qu'il y
ait eu un portratt ou unc statue de Philippc-le-Bel devant la Tablede
marbrc, mais cela n*a ricn d'invrai8Cinblable,piiisque ce f ut ce roi
qui fit constniire le dcssus de la grande sal le du Palais, sous la con-
duite d'Enguerrand de Marigny. Nous savons également que ce fut
dans la cour du méme palais qu'en 1314 ce princc, ayant fait elever
imdais, dcmanda aui députés des principales villes qu*il avait fail
venir h ccttc conférence, de lui préler, pour faire la guerre, une
somnie considérahlc.
NOTES. 377
dia mait n*empécha pas la calomnie , inais aaint Gennain d^Auxerre
eonfondit les eDnemis de la sainte.
nus tärd, lors de Tapparition d'Attila, les mémes pertéGution»
reoommencérent plus menagaiiles cncorc, contre tainte Gene-
▼iére. On voulut la tuer comme fausse prophétesse, et sans Tarrivée
d*un archidiacre envoyé par saint Germain pour lui apporter
dea marques de son estime, ellc eOt couru les plus grands dangers.
Selen tous les actes ecclésiastiques, sainte Geneviove eut le don des
miracles pendant sa vie comme apres samort. Elte mournt le 5 jan-
vier 9i% å Tdge de 89 ans.
La bibliothéqae de Ste-Geneviéve, ä Paris , posséde one Tie de
cette sainte écrite en latin , et qui a servi de fondement å la plopart
de celles qui nons sont parvenues en prose frangaise. Le manuscrit
qai la contient remonterait , selon Baluze , å environ 1000 années
avant Tépoque ä laquelle cot crudit écrivait. Je ne connais qu'une
aeule vie de sainte Gcneviéve écrite en vers. Elle est do treiziéme
siecle, et Tbonorable IVL Robert, auquel nous devons dé)å un
fort bon recueil de fables du moyen-åge , la publiera prochainement
d*apré8 deux manuscrits , !'un du quatorziémiB siéde environ , ap-
partenantå la bibliothéque Ste-Geneviéve , Tautre du quinziéme,
fanant partie de la Bibliothéque du roi, oii il est coté sous le n<* 5667.
Gette vie, qu^on doit au frére^Renaut, qui se nomme lui-méme dans
les vers suivans:
RiRAOT qui ceste vie dit,
Ne puet trover plus en escrit ;
Sachiez bien qu*il vous a conté
De rhistoire la vérilé, etc;
celte vie, disons-nous, est dédiée å uiadame Élconore de Valois ,
Alle de Raoul-le- Vaillant et de Pétronille ou Adélaide d'Aquilaine»
inorte en 1814, dans un åge fortavancé. Voici la dédicace :
La dame de Valois me prie
Qne en romanz mete la vie
D'ane sainte qu'e]e mult prie, etc.
Page 181 , ligne 24 : Coniment Sainie Céline de AUaux^ eU\
Selon Baillet (Vie des Saints) et Toussaint Dupleasis (Hittoire de
rÉglise de Meanx, t. 1, p. 9), sainte Céline naquit ä Meaox. Au mo-
ment ou sainie Geueviéve y arriva elle était sur le point de se roa-
3^8 NOTES.
rier, Iiiai8aas8it6t qu*elle eut appris la venue de la sainte die alla la
prier de liii donner Thabit religieux , cc qiie Gene? iéve fit. Elle
guérit méme d'une maladie dangereuse la servante de Céline. II y
eut å Meaux un prieuré dédié å sainte Céline, qui dépendait de
Tabbaye de Marmoutier.
Page 1 96 , ligne 1 1 :
Et maintenant sires Remj ,
Germain T Aucerroies, Lou de Troies.
L'histoire de saint Remy, TapOtre de notre nation , et celle desaint
Germain d'Auxerre, sont trop conuucs pour que nous nous ^tendioiis
ä ce sujet. Nous dirons seulement, å propos de sainl Loup de Troyes,
qu*il mourut en 478.
Page 196 , ligne 27 :
Sy les iriboulous. Il faudrait : Sy les triboulons.
Page 239 , ligne 22 :
Et Alt Renouart au tinel.
Renonart au tinel ou tynel (båton , trique) est Tun des personna-
ges du roman d'Aymeri de Narbonne et de Guillaume au conrt nes ,
qui fait partie des épopées du cycle carlovingien. Son histoire y com-
mence vers le milieu de la branche qui a pour titre la bataiUe dA-
leschans. En voici Tanalyse , accompagnée de citations que j*eiii-
prunte au manuscrit 2754 (oiim, fonds Lavalliérc , 25 (1)].
(1) Yivien d'Alescbans fut ainsi appelé du nom de rendroit ou il
re^ut la mört. On lit dans Touvrage plein de recherches et de
sciende publié par M. Rcynaud (auquel nous devoiis déjå les extraiU
des historiens arabes qui ont parlé des croisades), et qui est intitvlé
Invasions des Sarrasinsen Francc, que Roderic Ximenés» dans sa
Chronique, parle d*un combat qui fat livré, vers Tannée 730, sur les
bords du Rhdne, entré les chevalicrschrctiens, dont un grand nombre
y perdirent la vie, el les troupes sarrasines qui vcnaientattaquer Ar-
les. « Plusieurs cadavres des guerriers clirétieus, dit M. Reyuaud» fu-
« rent cmportés par les eaux du Rhonc; ics autres f orent recueilUs res-
« pectueusement et enterrés dans VAHscampy nom de Tantique ci-
n metiére d'Arlcs, oii cucorc du temps do Roderic, c*est-a-dire aa
« commenccment du trcizicmc siéclr, les fulcJe» allaicnl visiter dé-
NOTES. 379
liöus sonmies apres la mört de Vivien d^ Aleschans , fils de Garin
d'Aii8eaiHDé, taé par les Sarrasios, qai ont forcé le marquisaQ
coart nez, Galllaume (saint Guitlaume de Gellone), å la foite,
et ont emmené bon nombre de prisonniers , savoir : le palazin Ber-
trant, Gaielyn , Guichart-le-vaillant, Gyrart de Blaives , Gauthier-
« votement leurB tombeaux.» Peut-étre est-ce le louvenir de cette
ancienne défaite, modifié par rimagination de not contears , qui a
foumi le lujet de la Bataillt d'Alcscfians. Aujourd'hui VAliscamp
exiflte encore, raais dépouillé de la plupari de ses anciens monumens,
qai éUient preaque tous des tombeaux. {\oycz Slatistigue du depar-
Utmentdes Bouches-du-Bfione, t. 11, p. 436.) Les babitans d*Arle8
appcllent maintenant ce lieu ies Champs-Eljrsees, ,
Si Ton en croyait la chroniquc attribuée a Turpin, ce fait dont
parle Roderic se serait passé sous Charlemag^e, et ce qui est dit des
chrétiens enterrés dans rAllscamp se rapporterait k une partie des
guerriers firan^ais tués å Koncevaux. (Yoyez Tédition de cette cbro-
niqiie. par M. Ciampi, p. 83.)
Philippes Mouskes, qui dans sa Cbronique riméc a suivi le récit de
Tnrpin» dit :
A eel Uds estoicnt contö
Dol clmentfére en dignlté.
L'anB lert a Arle en Aliscans ,
Et Ii antres si fu moult grans
A BoardiauB que Dieux bénci
Par .VII. cvesques li'il saintt.
.... Docestegent si com il durcm,
En ces .11. cimentlércs furenl
Une grant partie cnfoui
.... Tot droit a Arle én Aliscans
El clmentére ki fa grans,
Fu enfouis Estous 11 slrc
Ki de Lcngres tenolt Tempire.
Si furent enfouis Saleroons,
Et Auberis Ii Botirguignons,
Et Sansc ii dus de Bourgogne
Ki moult fu preus en la besognc, etc.
(Voyex la belle edition de Philippe Mouskes donnée par M. de
Reiffenberg, p. 351, 352, 357, et comprise dans la collcction de
cbroniques pidilice par ordre du fj^iivernement beige.)
38o NOTES.
le-Toulousain , Huon de Saintes » et Gaudin-le-Puissant. £d outre ,
Guibourc , femme de Guiliaume au court nez , est assiégée dani
Orange par cent mille mécréans que commandent quinze rois et
quatorze amiranf^. Dans ces fåcheuses circonstances , GoiUauiiie
rencontra Loeys deFrance (Louis-le-Débonnaire), quil a contribué
ä remettre sur le tröne d'oä ses propres sujets Tavaient chassé , et
lui demande des secours ; celui-ci , poussé par sa femme , qui est
cependant sceur de Goillaume , re^oit fort mal la demande et la
personne. Le marqois au court nez se met alors en col^. 11 re-
proche å sa sceur d*étre une pute lisse prouvée , d*a?oir ea poor
amant Thiébaut d^Arrable , et dans son courroux il Ini arrache sa
couronne et veut méme la tuer. Heurcusement il en est empéehé
par son pére Aymeri de Narbonne, qui vient d*arriver aocompagné
de sa femme Ermenjart et de quelques-uns de ses autres enfms ,
fréres de Guiliaume, qui sont : I» Ernaut-le-Preux , 8" Buevon de
Commerchis , 5«Gibcrt, et 4» Bemart-le-Gentil. Un peu plus tärd,
grace å lapriére d*Aalis, niéce d^Aymeri et fille de Louis, GuiU
laume pardonne ä ^ soeur , fait sa paix avec le roi Louis , et prend
place å un festin que donnc celui-ci. Ici le poéte trace en quelque
sorte le sommaire de Phistoire de Rcnouart au Tjrnel , dont il n*a
pas été jusqu'alors question dans Thistoire , et ceta ä propos d*Aalis.
Apres nous avoir dit que Teau une fois cornce et les mains lafées,
tout le monde s'est mis a table, Tauteur nous apprend i cöté de qui
chacun est placé :
Aymeri sist par de lä sa moillier;
Au mestre dois en Testage premier.
Li emperiöre qucFrance ot å baillier
Sist de lez lui , mult le doi essaucier ,
£t la royne å son flanc sénestrier;
£t le marchis dant Guiliaume au vis ficr
Sist o ses fréres qii'il aime et tient chier:
Lez lui sa mérc qui mult fet aproisier
Cest Aalis la bele au cors léQier,
Il n'et si belc dusques k Monpellier.
Apres la pris Rbhouart k moullier.
Et ot la terre dusqu'å régne Truphier.
A son tynd occist puis Ancybier,
En Aleschans el grant «stour plénier »
Et délivra dant Rertrant le guerrier ,
Et .VI. des aulresmuU vaiiliint chcvalier
NOTES. 38 1
Qai iérent prés de la gcnt TavértBier.
Hui més commence chancon a enforcier,
Tele ne fu puis le temps Desiier (I)
Que vous orres ainz que soit Tanuiticr ,
De Kenouart com occist Loquifier ,
Le greignor homc qiii fust desouzle ciel.
La conquUt-il uoe loque d'ac]cr
Qu*ilne donastpor .m. livrés d*onnier.
Mil Sarrazins en fistpiiis baaillier,
De Loquifcrnc fist la tour trébuchier
Que Sarrazins avoieot fait drecicr
Et pristde Turs je crois plus d*uii miUier,
Et la grant salc et le palés plenier ;
Puis cstabli .1. si noble moustier
Qu'å jce temps n'en y ot nul plus cbier.
JuBqu'en Égypte ne lessa qu*essilier
Por U loy Dieu lever et essaucier.
Maint paien fist levier et baptizier ,
Diex Ten rend moult giorieus lonier
Qu'en Paradis fist s'åme herbergier, etc.
Gela dit, Tauteur reprend son récit; puis il nous montre Gnil-
lamne parcourant le palais.
Renouart vit en la cnisine ester ;
Grant ot le cors et rcgart de sengler.
En toute France n'ot plus bel bachcler ,
Ne miex péust unc pierre geter.
Si grans fais porte sans men^onge conter ,
Une charrette en pourroit-on trousser.
£1 mondc n*a son ]»cr ,
Preusct hardis quant vient a Vascmbler.
Le mestre queux le fist la nuit touser,
Et U paele , noircir et pacler .
Trestout le vis Ii ot marmitez.
(I) DisiiiR, Didier, general d'AstoIphe, roi des Lombards, de-
venu roi par le secours de Pépin. Philippe Mouskcs ne le nomme
jamais autrement que Desiier :
Desiier jura sour sains
Jamais n'aroit guerrc ik St-Piorre.
rVoyez r edition de M. deReiffemberg.)
382 NOTES.
Ccs escuiers k prennent ^ gaber.
De granz torchaz Ii prenent a geter
Et Tun sus l'autrc et cpaindrc et bouter.
Dist Renouart : n Quar mc Icssicz ester ,
« Ou par la foy que a Dieu doi porter ,
« Se vous me fetes envcn vous airer ,
« Au qjiel que soit le ferai comperer.
c( Sui-je ore folquc Ten doie assoter?
K Vilainement voulez vosgensmener?...»
Malgré ces avertisseinens on continue å se moqner de lui , et luii
de ses compagnons Usse la paumc a/er. Alors ,
Dist Renouart : « Or puis trop endurer
if Quant cis me font ici por fol clamer ,
n £t si me batent dont il font k blasmer.
K Mes g^en veull .1. maintenant afolér.»
Panni les brås counit celui combier.
.11. tours le toume , au tierz le let aler ;
Tant lourdement le hurtc a .i. piler ,
Rönt Ii la teste , le cucr Ii fet crever ,
Et la cervelc espandrc et rcversser »
Dont oissiez ces escuiers crier.
Plus de .L. courent pour lui tuer;
De grans macues le voudrcnt afronter.
Li quens Guillaume vet au roy demander :
(C Sire , dist-il , qui est ce bacheler
K Que j'ai véu as escuiers meller.
« A ce pilier en a fet un muter ,
fc Si que les membres li a tous fet froer.
(C Par saint Denis , mult par fet å loer.>'
Dist Loeys : « Je Tachctai sus mer ,
« De marcheans , .c. mars en fis doner.
« Enssemble o moi le iis ci amencr,
■
« Et il me distrent fils iertå .1. esder,
a Assez souvent li ai fet demander
«Quel est son pére, més il nel' vcut nommer..
n En ma cuisine l'ai fet toui dis ester :
'C Autre mestier ne li voill onc donner.
ti Si ne Tos fére baptisier ne lever :
<c .un. muis d'cau li at véu porter
NOTES. 383
ff A .1. tyncl et k son col lever.
A A si grant force ne vis nus horns son per.»
Gnillaume demaude alors å Loeys de lui cédcr Renouart , et le
roi y consent. Ccpendant GuiUaume le laisse aussi a la cuisiDe, mais
Renouart , qui sent ce qu'il peut valoir , vient im jour trouver son
nouTean maltre et lui dit :
^ Sire Guillaume , gcntill , nobile et ber ,
Pour TamourDieu lessiez m'o vousaler :
Se il vous plest et le voulez gréer ,
O vous irai en Aleschans sus mer; ,
Si aiderai le hcrnois å gärder ,
Et bien saurai yo mengier conrréer ,
Et le pain fére et les oisiaus plumer.
En toute Francc n'en a mie mon per,
> Et avoec ce , vous di-ge saoz douter ^
Que ce se vient as ruistcs cops donner
Mult saurai bien paiens agravcnter
Si irai-ge, cuiqu'en doi peser,
Enlabataille en Aleschans sus iner.»
Ni porterai ne chauce ne söuler ,
Ne arméure, ce vous di sanz fausser ,
Fors .1. tynel que ge ferai fcrrer.
Tantm'en verrés de Sarrazins tuer,
Nel' porriez véoir neendurcr.
Oit ce Guillaume ; sel' prist å acoler , '
Puis Ii otroic le congié de Tåler
Et Renouart Ten prist a mei^cier.
D'iluec s'en toume , ni vout plus demourer.
Voici maintenant commeat il choisit son tynel.
En .1. jardin vet .i. arbre coper :
Cil cui il fu ne 11 osa véer.
Gros f u et grant , ce vous vcull afremer.
1. cbarpenticr Ta fet mult bien doler
A .VII. costiéres ouvrer et eschapler ,
Et puis le prist, n*i vout plus arrester.
Vint a .1. feure , si le fist bien fcrrer
Et de bon fer tout environ bender.
Et si Ii fist un grand anel souder ,
Par quoi le pot et sachier et lever.
384 3IOTEh.
_ . , — .
^|'e le péiusent .VII. vflains reaiuer
La muele au feure trouva å Fencontrcr :
Desus ala du tynel si fraper
Qu'cn .c. piéces la list esquartcler.
Voit-le le feure , du sens cuida des ver ,
Més n'eu osa .1. tout seul mot sonner
Fors que basset quant il Ten vit toumer
Qu'a .0. déables le prist a commander.
Et Renouart prist son fust k locr ,
Et d'unc main en Tautre å dé^cter :
Touz ceus s*en seignent qui Ii voient porter.
Quant le tynel Renoart fu ferrez
Mist s'ä la voie , si s*en est retoumez ,.•••
Et Renoart est cl palés montez.
Dist Tun h. Tautre : *t Oii ira cest mauffez :
(C Voir bien doit estre Renouart apelez,
« Gros tynel porte et pesantet quarrez.»
One puis cele heure que vous dire m'oez.
Icelui nom ne lui fti remucz :
Toute sa vie fu Renouart clamez.
J'avoue que je ne comprends pas trop bien ce passage. Qa^on
eAt appelé notrc héros Renouart au tynel , paree qu^il portait un
båton ({yntl), je le con^ois ; inais qii'on Tait , å cause de cette der-
niére circonstance , appelé Renouart , je n'en vois pas la raison , et
jc ne trouve , entrp ces deux rapprochemens d*idées , aucune ana-
logie.
Quoi qu'il en soit, Renouart excite Guillaume å partir pour
Orange, et celui-ci s*y décide pour le lendemain. Dans sa joie, Re-
nouart 8'enivre ä la cuisine, et s'endort par terre a cöté de son ty-
nel. Quatrc écuyers, pour se moquer de lui, attachent leurs cheTaiu
au fameux båton, et le trainent dans une étable, ot ils le ca-
chent sous du fumier. Le lendemain , quand Renouart se réreille
au son des instrumens guerriers, il ne pense pas d^abord å son tynel,
car il estencore un peu ivre; mais peu apres ne le trouvant pas , il
acGUse les quatre écuyers, qui se moquent de lui, de le lui avoir de-
robé. Alors il Ics jette par terre ä moitié mörts ; puis, les pla^t
sur son épaule , comme des råts, il se fait par cux conduire å Té-
table en les frappant. Lä , il retrouve son tynel , et tue , non pas
les quatre écuyers , auxquels , dans sa joie , il ne pense plus pour
NOTES. 385
rinsUnt, mais le maitre queu qui veut le forcer å abandonner son
båton. Apres cet exploit , il rejoint Guillaume , qui lui propose, afin
d'éviter la latigue, de faire porter son tyncl ; Renonart refuse ,
marche en avant, et, jetant son arme en Tair avec une main, la rat-
trape de Tautre avec beaucoup d*adressc. A cette vue , Aalis de-
vient amoareuse de lui.
Cependant Gnillaume arrive dcvant Orange , oii Guibourc » qui
a pris la cuirasse, se défend avec courage. Il tombe sur les Sarra-
sins et les disperse , grace å la valeur et ä la force de Renouart.
Tout deux entrent ensuite dans Orange, ou ils sont bientöt rejoints
parlesfréres et lepére de Guillaume, qui Tavaient quitté pouraller
rassembler des troupcs. La force et la taille de Renouart remplis-
sent tout le monde d'étonnement ; mais chacun se moque de lui a
cause de son tynel ; tellcment que dans un souper , ou Aymeri Ta
fait asseoir auprés de lui, on Tcnivre et on le frappe ä grands coups
de torchaz. Renouart , furicux, prend son tynel , et le brandit sur
la tete de Tnn des rieurs. Celui-ci évite le coup, dont la force fait
Toler nn bloc de marbre en éclats. . . . Aymeri dit alors å Guillaume :
« Emmenez cet bomme en Aleschamp, il sera votre sauveur. »
Apres diverses autres aventures , telles par exemple que celle
d*un queUf que Renouart jette dans le feu , parce que celui-ci lui a
brAlé la barbe durant son sommeil , aventure qui effraie beaucoup
les Fran^ais, Renouart regoit de sa soeur Guibourc, qui Tareconnu,
mats sans se découvrirå lui, un haubert, un öranc dormUry etc, puis
U accompagne Guillaume en Aleschamp , oii il lui demande de le
laisaer commander un bataillon de poltrons qu*effraie la multitude
det Sarrasins , disant quHl les rendra courageux comme des lions.
En eflfet , Renouart et les siens font merveille , grace surtout å la
promesse que le premier fait aux autres, å'estrumeler de son tynel
le premier qui parlera de fuir. Le poéte dit ensuite du massacre des
Sarrasins que fait notre héros :
Si les abat le vassa! adurez
Gom Ii fauchierres le fcin a val les prez.
ApréscelaRenouartdélivreBertran, Guyelin, Guichart,Gaudin-le-
Brun, Hemaux-lc-Sage, Gautier de Termes, etc, qui étaientretenus
pnsonniers dans un chålan ( espéce de bateau dont le nom s^est
coDsenré jusqu'å nous) , tue plus de dix mille paiens, et, dit le poéte :
1. 25
386 NOTES.
A son tynel fist de tors tel lietiére
Quc sus la terre queurt le sanc com riviére.
Malheurensement , du méme coup doiit il tue le roi Aiicybien, il
brise son tynel. Lcs \mens s'en aperf^oivent, et, le voyant désarmé ,
accourent en foule Tattaquer. Alors Renoiiart les frappe å coups d^
poings ; puis , tout-ä-coup se souveiiaiit de Tépcc que lui a donné
Guibonrc, il la tire et en tue Golias. Bientöt d^ailleurs Guillaume ar-
rive ä son secours, et le dégage. Cependant, au milieu de la mélée,
Renouart se trouvc en face du roi Dcsramez. II IVntend nommer
et reconnaf t son i>érc ; mais excitcs par la difTérence de religioa, ilg
8'élancent Tun sur Tautre et le combat commence. Heureusemeot
ils sont séparés par Jamba , aulre fils de Desramcz, qui se prédpite
entré eux, et qui est tué par Renouart.
Apres la victoire, on revient å Orange. Lcs chevaliers se rendent
chacunä leur palais; mais Guillaume, dans sa joie, oublie Renouart,
et le laisse hors de la ville. Cclui-ci devient furieux ; il dit qu*il se
vengera du marquis , qu'il fera couper la tiHe au roi Louis , qu*il
deviendra roi d'Aix-la-Cliapelle , et fera sa volonté d*Aali8. Pois ii
retoume en Aleschamp. Mais Guillaume, qui vient d'apprendre sa
colére par des clievaliers, court apres lui avec Guibourc et Tapalae.
De retour a Orange , Renouart avoue å Guillaume qu'il est fils da
roi Desramez, et raconte å Guibourc quc , jouant un jour avec un
de ses fréres sur Ic bord de la mer, il Ta tue dans on moment de
colére \ qu*alors il prit la fuite par crainte de son pére , et que , re-
cuelllt par des marchands, il fut par eux emmené ä Salerne , et vendu
au roi de Francc. II ajoute cncorc :
Une suer ai , ne sai en quel regné ;
Orable a non; multcstdc grant biauté.
Roy Tiébaut l'ot a moillier et a per.
Orenge tint jadis en hérité ;
Més un Fran^ois Ten ot dcshérité.
Ma serour prist par son ruistc banii*
Lever la fist et ot crcstienté,
Le cuer me dist et Tai souvent ponsé
Que c'cstc8 vous , etc.
Guibourc se jette alors an cou de son frére, et Guillaume et Ay-
meri se réjouissent de cette parenté. Peu apres, Renouart fot bap-
tM et armé chevalier. On lui flt present de la Tille de Tortonle, mot
NOTES. 387
qui probablement désigne la cité espagnole de Tortose, de celle
de Pompaillart, qui siei sus mer Betee, et dont le revenu était de
mille marcsd^or et de cent muids de |K)ivre; puii^ il épousa Aalis,
dom il eut Maillefer,
Le plus fort horn qui fust de mére nez ;
M és k sa mére en fu ie cuer crevez :
Trait fu du cors tres parmi les costez.
Pour ce qu'au fer fu de mére^getez
Fu Maillefer en baptesme nommez .
La aveotures de Renouart se continaent encore dans la cbansoii
suivante, qui est intituléa : Comment Renouart paroie ä ctls de la
9^f, Lea Sarrasins vienneiit attaquer Pompaillart, sons la conduite
de Loquifer. Renouart livré å celui-ci un coinbat singulier qui dure
loDg-temps \ car le Sarrazin posséde un baume qui guérit ^e% blessii-
res , et des anges descendent du cicl pour cicatriser celles de Re-
nouart. Ce demier reste vainqueur; mais les Sarrasins s^emparent
de Guibourc, qui est délivrée par Guillaume, lequel tue en outre le
roi Desramez. Cependant Maillefer a été enlevé par les Sarrasins, et
Renouart le cherche. Soudain, pendant qu'il est endormi , des fées
le transportent a Avalous ou demeure leur reine Morgane» et Ty
laiasent en compagnie dVVrtus , de Gau?ain , de Roland , etc. Peu
apres Morgane fait conduire Renouart å Loquifeme , oä son fils est
retenu *, mais, chemin faisant, il fait naufrage , et est sauvé par des
sirénes , qui le raménent å Pompaillart. Peu apres , il s^en échappe
et se fait par chagrin moine de Saint-Julien. Je ne parlerai pas des
aventures qui lui arriveiit durant son moinage ; elles sont beaucoup
trop communes. Je dirai seulement que, pendant ce temps, Maille-
fer , qui de Pompaillart a été transporté h Loquifeme, y est élevé ,
apres avoir failli étre de'trancfie , et sert le roi sarrasin Tiébaut.
Apprenant qu'un chrétien (c'est Renouart) pille les vaisseaiix paiens
qui débarquent au-delå de la mer, et quHl a envoyé an roi Tiébaut
tine galée pleine de mörts, Maillefer jure qu'il passera la mer,
Et fera assaillie
A dantGuillaumc qui tant les atenuie,
Et Ii toudra Oreng^e la garnie ,
Et Pompaillart oii claime avoueric.
11 se fait faire alors aussi un tynel, et part avec cent mille Tures,
que lui donne le roi Tiébaut. Maillefer débarque, prend Pompail-
25.
l.o''''
I Oi«a*''
Fr"
NOTES. 3ft9
iHMUt en jiui* l«!i paieiiscnveiilrr,
un coutiaui nu f ont pas ä loer.
il qu'cs fi«t, ne n'esi |)our juiii copiT ,
•ntre forcenc iK-vciitrndurtT, -
ti ot le cuer riuII iraicu ;
v mel le liTanc il'acicr mo jIii ,
el prenl qiii {lar iklvz liii fii.
•iUefer leu vieiit ciip esteiiilu.
ni ur l'en a tel cop féru
efpmllel, sus le cuir <[ui dur hi.
ipin vkillaut il ,i. Tcslu,
rtiel rebondist par vertu ,
il eiut .t. jMirruii cuiisjtéu.
et prUt .1. dun d'ai'ier niouiu ,
Migna par niult ruiste vertu
1 forrel qii'ä suu eol ut pendu ,
irt Gert
oi wnl. Ii baron apretlé:
iqntert Tautre par vive pocBti:.
GopsH donent u leurs liniai quurrc:
ntien Mnibletit qui sojcnl ncupé , etc.
rt retiverec Alaillefur, <'t va lui coui)er U läte »yec
cdui-ci prouiet de ic Taire fltretien. Reiiuiiari lui
ni*prÉs recouiialt eii lui inUh quil a laiil pleuré.
Hnméue, le Tail t)aptiser, et , |)ar le couseil du Guil-
ibieutdlpourfemmeFlureline, Alle de Grcbedues,
u mer. Apres cela Reiiouart retoiinie <laiu< son alt-
qoe, ai januix les Sarrasiiis passeiit la mer, oii ii'a
reber. Le roman ne nous dit pas ai on ful rorcc pliu
T k liii. It uoxts ajiprend seulemeiit que Iteiioiiart
[tans.
pie 26* :
i-vouB de la chichelace ,
Mis mordra s'el vous encoulre.
rettt de vette expressioii , chicheface , qui littérule-
visage fäcUeuK , visane ch.igriii , scrait aujounlUmi
loDDer si le petil poéiue suivaiit, reste iuédit jusqu'å
etroDVe au tolio 3:23 du uiaiiuscrit 7218 apparteaaiil
388 NOTES.
lärt, et court assiéger Orange. Giiillaiime ne poiivant lui résistér ,
se mel a In reclierchc de Jlenouart . et arrive å Drides, oti il loge
daus Tabbaye. lÅ justement il reiicontre le héros au tyiiel , qui ne
demande pas inieux ({ue de le secourir; car, dit-il .
(( Se ge cstoie en Paradis couchiez
n Et QC séusse que besoig cussiez ,
« Ge m'en istroie se le me mandiez.)»
Renouart arrache dans une forét un enorme pommier, s*ea tait
faire un tynel , et part avcc Guillaume pour Orange, que Guibourc
et cinq cents dames qui ont pris la cuirassc défendent. Rientöt lee
deux arrivans Jispersent les Sarrasins ; inais Maillefer vient å leur
rencontre, et le pére et le fils se trouvent fare å face. Ils échangent
quelques coups , puis ils conviennent de se livrer le lendematn sous
les nrars d^Orange un combat particulier, dont Tissue décidera da
sort de la ville et de eelui des Sarrasins. Le lendemain donc les deux
rivaux sonten présence; Maillefer iné|>rise tellementson ad?ersaire,
tpiHl ne veut pas se lever de terre ou il est assis, pour combattre Re-
nouart , et qu'il engage celui-ci a aller chercher vingt de ses plus
forts Gompagnons. Renouard outré frappe Maillefer au visage avec
son épée. Celui-ci alors se leve iriez comc sangUer , et le oombat
commence. En voici le récit :
(Maillefer} . . - Vet Renoart frapper
Desus son heaiune rpi'il Ii fist cmbarrer :
Les bones pierres en a fet jiis aler;
En resachant fet le tynel coulcr.
Si vet bruiant comme vent fet en mer :
L'un bout en fet dedcnz la terre entrer ,
Et puis commence hautenient ä erier.
« Fil a putain , or vous convient Aner. ■■>
Renouart Tot, adont ruida clesver :
Seure Ii queurt , grand cop Ii va doner.
Parmi son hiaume qirot fet envcloper
D'un qiiapadoce pour la pierre gärder ;
Mes tant icrt dur ne le pot entanier.
En Renouart n'ot adont qu*aircr.
Le brant qu'il tint prist förment å blasmer :
" Brant, qui te fist Diex Ii puist mal douner,
<( Quar tu ne vaus le montant d'un soler.
' Miex vauluionfust , certcf que toid'assez.
NOTES. 389
« Trop iiiiei eii puis Ics paiciis craveutor ,
(t Quar tiex coutiaus ne fniit pas k loer.
« Mal ail qu*cs fist, se n'csl pour pain coper,
« Quar autre force ne pevent endurcr.'>
Renouart ot le cuer niuit irascu :
Elfuerrc met le branc d^acicr moulii ,
Son tynel prent qiii par delez lui fii,
Vers MaiUefer s'en vicnt cop cstcndu.
Par grant air Ten a tel cop féru
Par les espaullcs, sus le cuir qui dur fu,
IVe Tempira vaillant ii .1. festu,
Et le tynel rebondist par vertu ,
Com s'il eust .1. perron cunsséu.
iVlaillcfer prist .1. durl d'urier moulu ,
II Tempoigna par mull ruiste vertu
Hors du forrel qu'ä sou col ot pendu y
Renouart tkrt
Ambcdoi son I, Ii baron aprestr:
L*un requiert Tautre par vive poesté.
Granz cops se doneut a Icurs tiniax quarré :
Charpcntiers seniblent qui soient acopé, etc.
Enfin Renouart renvcrse Maillefer, et va lui couper la tete aver
son épée, quaud celui-ci promet de se faire chréticn. Renouart lui
laissela vie,etpcuaprés reconnait en lui le fils quil a tant pleuré.
11 Tembrasse, remméiie, le fait baptiser, et , par le conseil de (>uil-
lauine, lui donne bientot pour femme Florctine, fille de Grebedues,
roi des illes desus nier. Apres ccla Renouart retourne dans son ab-
baye, en disant que, si jauiais les Sarrasins passent la mer, on n'a
«|u'ä venir le cherclier. Le roman ne nous dit pas si on ful forcé plus
tärd de recourir å lui. II iious apprend seulement que Renouart
resta moine vingt ans.
Page 248, ligne 26^ :
Gardez-vous de la chicheface ,
Elle vous mordra s'el vous encontre.
Le sens rigoureux de cette expression , chiclwface , qui littérale-
ment veut dire visage fäclieux, visage chagrin, scrait aujourd'hui
assez difticiie ä doimer si le petit poeme suivant, reste inédit jusqu'å
present, et tpii se trouve au Tolio ^'25 du nianuscrit 7218 appartenant
Sgo NOTIiS.
a ]a Bibliothéque royale , ne venait en déterminer la significatioii
d*une maniére precise.
Dt: LA CHlNCHEFACHE(l).
Oicz coinmunenient , oiez
Et de parler vous amoiez.
Si vous dirai teles nouvelcs
Qiii aus males fames sont bclcs
Et aiis preudcs fames pesanz.
Il n'a mie passé .11. aiiz
Que chevauchoie en Lokeraioo
Parmi iinc forest soutaine {"i),
lluecqucs trovai une beste :
Ainc 11 US horn ne vit si rubeste.
Laide estoit de cors et de fachej
L'en Tapeloit la chinchefaclie.
Lez denz a lons conimc broqucrie\,
Et si vous di qu*ele a les iei
Aussi gros comme uns corbisous
Et elers ardanz comme uns tisous ;
£t s'a bien de lonc une toisc.
Cele beste n'est pas cortoise
Ne debonére por jouer.
Chascun jor Ii voit-on muer
Son poil par force d*anemi ;
Uns paisanz le dist k mi
Qui mult savoit de son usage.
La beste paresl si sauvagc
Concques nul horn tele ne vit.
Or vous dirai dont cle vit :
Des preudes fames dévorer
Qui sagement savent parler,
N'oncques ne sont en itel point
(1) Une main plus möderne que celle qui a tracé le manuscrit le-
quel est du quatorziéme siécle , a mis pour titre : /a Chrachefache^
mais lecorps de la piéce et rexplicit rectifient cette erreur.
(S) Peut-étre faudrait il lointaine.
NOTES. 391
Que por cc se coroucent point
Vers lor sei)pior por rien qu'il face,
De celes vit la chinchcfache.
Quant la fanie a tant de bonté
Que de tout fet la volenté
De son sei.^nor sanz contredit,
Cclc ne puet avoir respict
Que tantost ne soit dcvorée.
N'en i a nule demorée
Cn Toecauc n'eD Lombardie;
Meismement en JNormandic
Ne cuit-je pas qu'il eii oit .ku.
La ehinchcfache est orguillouse ,
^iis une fame ne diportc
Qui son seignor fruté portc .
Si com d'amcr de cuer entir
En bone foi sanz repentir.
Par foi dont n*a ma fame {j^rde ,
Je voi soTent quant me regarde
Que Vel avoit un seul souhait ,
A foi mes nez ait mal dehait ,
Se je n'estoie ain^ois pendus
Que de Borgoignc fusse dus
Sachiez qu clc a des compaignesses
Qui bien sont autretels barnesscs :
S'en sui duremcnt esbahis
La beste vicnt en cest pais :
Por Dieu, dames, soiez garnies
De grans orguex et d'aaties.
Se vo sirc parole ä vous
Respondez-li tout h rcbors.
Se il veut pois qu'il ait gruel ;
Gardez de rien qui Ii soit bel
Ja nule de vous ne H face :
De fain morra la chinchefache.
Se Dieu plest cest commandement
Vous le ferez si bonement
Que n'aurez garde de la beste
S'ele cstoit .c. tans plus rnbestc.
Explicil (k la Clunchejaclu.
392 NOTES.
Page 263, ligne 5< :
n fat né å Chasliau-Landon. ..
Jamais il ne dormiroit aise
S'il ne moquoit ; c'est sa natnre.
Les habitans de Cliåteau-Landon passaient, en effet, pourétre tres-
satiriques. On retrouve ce proverbe, la moquerie de Chåtean-Lan-
don, panni ceux qui composent la piéce intitulée : Dt tApostoUtytt
qu*apubliés M. Crapelet (Paris, grand in-S^, 1851). On Ut encore
dans une picce d'un poéte dont je vais éditer les oeuvres (le celebre
trouvére Rutebeuf) , å propos du fameux professeur de théologie
Gnillaume de St-Amour, rival de saint Thomas-d'Aquin :
Fet TaveK de Chastel-Landon
La moquerie.
Enfin , M. Richard, bibliothécaire de Remiremont , dans son petit
recueil de conies populaires, traditions^ croyancts supersiitieuses ^
praverbes et dictons populaires applicablcs ä des villes de la Lor-
raine^ a rapporté celui-ci : « Cliåtcau-Landon , petite ville mais de
grand renom ; personne n'y passé qui n'ait son lardon.» II est pro-
bable qu*aujourd'hui ce proverbe na plus d'historique que son an-
cienneté.
Page 206, ligne 2« :
Par la grant dame de Bouloigne.
Gette grande dame de Boulogne est la Sainte-Vierge , qui était
protectrice de la cathédrale de cette ville , et å laquelle en 1478
Louis XI inféoda le comté de Boulogne. Les lettrcs-pateutes don-
nées å ce sujet portent que lui et ses successeurs ticndront å Tavenir
le comté de Boulogne immédiatement de la Sainte-Vierge par un
hommage d'un coeur d'or å leur avénement.
Page 270, ligne 17' :
Il n'e8t Garladon ne Béaune,
Par Bieu , qui vaille ce vin cy.
Ha! ha! c* est rapé de Quercy.
Le rApé est une cspéce de liqueiir fermentée fal te avec du marc de
raisjuj on s'en sert encore dans beaucoup de provinces. Quant å ia
NOTES. SgS
▼ille de Galardon ou Gallardon , en Beaucc , elle n'est plus renommée
aojoiird*hui par son vin , mais par ses haricots et ses lentilles.
Paf e 283 , ligne 5* :
Helas ! j'ay goute miséraigDe ,
J'ai rafle , rifle , et roigne et taigne , etc.
On retrouve une énumération de maux de ce genredans les .xxui.
maniéres devilains, petit poéme du treiziémesiécle. (Yoy. Tédition
quefenaidonnée en coUaboration avec M. Eloi-Johaoneau, p. 14.
Paris, Téchener, 1854.)
Page 298, ligne 23* :
Mais por le venin de sa claase ,
11 baille la fin saint Liénart ,
A Ysengrin et ä Renart.
Slint Liénard ou Leonard de Vandreuve ou de Gorbigny naquit
dans le pays de Tongres. Aidé par saint Innocent, évéque du Mans ,
il båtit un monastére ä Yandreuve et y rassembla beaucoup de dis-
ciples. Leur nombre effraya Clotaire I*% qui resolut de chasser le saint
dn royaame ; mais les soldats envoyés pour le saisir furent tellement
toachés de ses discours , qu'ils vinrent détromper le roi , lequel com-
bla par la suite saint Leonard de bontés. G'est å cette aventure que
Cait allusion le vers de notreMystére.
Page 304 : Ct commeiice la vis MONSsiGirEUR a. fiacrb.
Saint Fiacre, anciennement appelé saint Féfrc, sortait d'une noble
tamille irlandaise et fut élevé sous la conduite de Gonan , évéque de
Söder, n passa en France pour s'y livrer au service de Dieu dans la
aolitude, et alla trouver saint Faron, quilui assignapoursa demeure
un lien écarté dans la forét de Breuil. Saint Fiacre y båtit un ora-
toire oili ii fut enterré apres sa uiort, advenue le 30 aoOt 670. La Bi-
bUotbéque royale contient, sous le n^ 8190 du fonds general , une vie
du glorioix ami de Dieu , monseigneur saini Fiacre , qui est inédite ,
et dont la marche est exactenient celle de notre Mystére. En voici
quelques fragmens :
394 NOTES.
s'ENSL'IT la VIE du GLORIEUX AMY DE DIEU MOlfSIEOR SAINCT
FIACRE.
» Tout ainssy comme Taigle instniict ses petits poussins å voller
å Tencontre du soleil , aiiissy debvons-nous appeler et invocqaer
Tayde des bénoytz sainctz, et ensuy vre leurs vertueuses caavrei , si
nous voulons aller en paradis. Pourtant est décent cmignoistrtt leor
sainete vie å causc de quoy me suis entremys å llionueur de Dieu
déclarer cellc de monsieur sainct Fiacre , qui est uog sainct de
grand mérite et auctorité , trcs-glorieux confesseur et dévost her-
mite. Premiércmentestå véoirde quelle lignée il fut, et la vertneuse
vie qu*il mena. Le benoist sainct Fiaere fut filz d'ung contte tenant
soubz luy la seigneurie d'Iberuye , qui depois fut moult ennoblye
par la sainete vie Monsieur sainct Fiacre, lequel selen droict devoit
estre successeur de la seigneurie de son pére ; mais pour avoir la
gloire étemelle renonsa ä tous bicns, honneurs et faveursda monde.
et se rendit en ung hermytaige. Il fut en sa jeunesse trét-bien ins-
tniict en doctrine ; mais Dieu, qui ne laisse jamais ses amys , par
son inspiration divine imprima en luy la racine de vraye science » en
telle maniére que le bénoist sainct ce donna ä luy de Urat son
cuer, sa pancée et son entendcment ; et eroissoit de vertus en ver-
tus Si pensa son pére luy donner en mariage la fi11ed*inig
contte ; mais Tenfant qui estoit saige ne si Toulut accorder. Toutes
foysy la Glle fut admenée devant luy pour le prier, disaot : « Mon-
» sieur mon amy, si\ vous plaist de votre grace recevez-moy pour
» votre ancelle , et que vous soyez mon époux combien que n*eu
» soys pas digne. Je vous requiers que å ceste heure le tratcté soit
» faict entré nous deux. v Saint Fiacre luy respondit : « Je toos
» diray ma voullante qui est telle : jamés ne me mariray , mais en
D pureté et chasteté je veux toujours servir å mon Dieu. Je vot»
» prie de ainssy le faire, car virginallc intégrité est une fleur mook
» belle , fort agréable å Dieu, et de grand mérite å ceux qui la gar-
» dent. » Ce oyant la pucelle , moult triste et honteuse 8'en re-
touma, et le bénoist Fiacre, touche de Tamour de Dieu, se mist en
chemin pour passer la mer affin de s'en aller rendrehennitte au pay»
de Brye prés Meaulx. Et ce adressa vers sainct Faron, luy donnant
å congnoistre sa >oullante. »
NOTES. SgS
Soifeiit alors lesmémes érénemenB que dans le mystére, c*est-å-
dire Tairivée de la denioiselle qne saint Fiacre avait ad épouser, et
qai pmsse la mer pour aller ä sa recherche , la dénonciation qoe
fok å saint Faron la femme siu*prise de voir les arbres tomber tout
seuk devant saini Fiacre, etc, etc. Seulement voici un mirade dont
il n^est question que dans le manuscrit 8190. Quand saint Faron ac-
oDortpour foir si le rapport qu^on lui a fait est exact, il troove saint
Fiacre aasis sur une pierre, qui « par la vertn divine fut phis amol-
lye qoe phine. Eucore est-elle dedans Féglise, non pas qu*elle soit
moUe oömme elle fat soubz sainct Fiacre. Incontinant apres, devint
dure , et pour démonstrer le myracle demoura cavée comree ung
oreiller, oä on ce seroit assiz. »
On retronye ensuite la plupart des miracles et des guérisons de
målades qui se lisent dans notre mystére.
Page 314 , ligoe 26*" :
Se révesque Pharon trouvoie.
Saint Pbaron, appelé primitivement Burgondofaro , cequi signifie
qii'il iortait d'une racebourguignonne , fut le quatorziéme évéquede
Meaux. Il passa les premiéres années de sa vie å la cour de Théode-
bertn, roi d'Austrasie; apres la mört de ce prince et cellc de
Thierri son successeur, il se rendit å la cour de Clotaire II, qui réunit
toute la monarchie dans sa personne. Il remplit auprés de ce roi les
foDctions de référendaire ou de chancelier ; inais il ne tärda pas a re-
noncer åcette position pour embrasscr la vie monastique. Il devint
évéque de Meaux vers Tan 626, et mourut le 36 octobre67S, ä Tage
d'environ 80 ans.
Page 335, llgne 2« :
Je te tranchasse la capusse
De ma coustiUe de Randon.
La capusse , la tete. Quant ä la ville ou au village de Randon , peut-
étre est-ce le Randan actuel en Auvergne , pays pauvre et ou proba-
blemenl ä cause de cela on fabriquait beaucoup de i)etits couteaux ,
probablement ce que nous appelons des eustaches. Parmi les prover-
bes du moycn-age ipii nous sont parvenus je n*en ai trouvé qu'uu
seul qui soit rclatif A la coutellcric. II concemcles couteaux de Pc-
rigueux , coutcax de Pierregort.
jfjff .NOTES.
I« ne fioini p» nm» ameoder un« opinion que j*ai enoneée å la
|ia^« M4 rk gm nr>t«ft , a propo» du dicton : joutr des ars de Tou-
lr,u. y»unin ä(i ajoul«r en effet qiia sa réputation de jooglerie,
Tol^Je ajofjtait c<;lle d'étre iine école de magie. Cest lä que Ics
légen^iet roinaiie«<|ue<$ fontapprendre le :fdrrd:i/KM# åCharlemagne.
rVoy. 1). Howfuet, V.29r>. c. et Philippe Mouskes, t. 5S90.) D*apré9
itujautt mrrveilleux dt f^ir^ilie f Paris, GuilJ. Ny vert) , ce poéte
vint aiiMi dant cette viJle pour apprendre les ars de yifgrofmence.
l/ku»tf>ire de Garin de Moiitglave et de Maugis d^Vigremont (Paris,
Michel I^iioir, 1SI8), y amene au»si ce dernier poar le méme motif.
Kufiii, au dixiéine siéde, Gerbert» depuis papesous le nom deSyl-
ventre II , apn>M avoir étudié dans le monastére d*Aurillac , voulant
^teudre »es couiiaissauces et s'initier aux mystéres de TOrient, se
reiiditå 'J'olédc, oii pendaiit trois ans il étudia les mathématiqueSf
TaHtrologur jiidiciaire et lainagie sous les docteurs arabes ; ontrouve
auHM , dans li?» notes de rédition du roman dEustache-le-Moine .
faitepar M. FranciK(|uc Michel, plusieurs citations emprantées au
fabliau de sainte Léocade , di) ä Gauthier de Coinsy, an roman du
Hmiart cl å celiii de la Rosc, oii il est question dn renom qu^avait
obteiiu Toléde dans Tärt de Nigromence.
KIN DKS ISOTES.
TABLE DES MATIERES.
IWTRODUCTION PagC V
Le Mystcre de saint Étieniie 3
La Conversioii de saiut Paul 25
La Conversion de saint Dcnis 4S
La Gonversion de saint Pierre et de saint Paul 6i
Le Martyre de saint Dcnis et de ses compagnons 100
Les Miracles de sainte Gencvitrvc 169
La Vie de saint Fiacre 50*
Notes 555
FIN DU PREMIER VOLIIME,
PfTBLIGATIONS DU MÉME ÉDITEUR QUI SE TROUVENT
CHEZ LE MÉME LIBItAfRE
Lt Fablel du Dieu tTAmour, avec une préface et quelques notes
(Airologiqiies (presqiie époisé).
Les f^ingi' Trois maniéres de FUains , piéce satirique du treiziéino
siécle , accompagnée d'une traduction en rcgard , et suivic d*im
commentaire , par M. Éloi-Johanneau.
La Complainte d'outre'mer et celle de Constantinople ^ parRute-
beufy accompagnée d'une notice sur la vie et les ceuvres de ce
^Trouvére.
Le Mystlre de la Rcsurrection du Satweur , fragment dramatique
du douziémc siécle, avec une traduction en regard.
Un Sermon en vers , piéce du treiziéme siécle , publiée pour cor>
roborer Fopinion qu*au moycn-åge on précha quelquefois en vers,
émise par un érudit anonyme , en tétc de la préface d'une edition
rirée ä 125 exemplaires , et en caractéres gothiques , d'un Ser-
mon de Guichard de Bcaulicu.
La Complainte et le Jeu de Pierre de la Broce , cliambellan de
Philippe-le-Hardi , pendu le 50 juin 1278 , piéces du treiziéme
siécle, dont la derniére est fort importante pour nos origines dra-
matiques.
La Legende de Saint Brandaincs , publiée , pour la premiére fois ,
en prose latine d^aprés un manuscrit du onziéme siécle , en prose
frangaise d'aprés un texte du douziéme, et en poésie romane
d'aprés VImage du Monde ^ poeme du treiziéme siécle.
Jongleurset Trouvcres, ou choix de Saluts , Épltres , Réveries, et
autres piéces légércs des treiziéme et quatorziéme siécles. —
Prix : 8 fr., sur papier ordinaire; (velin fort); — 20 fr. sur papier
de Hollande; — 30 fr. sur papier de Chine.
La Tapisscrie de. Nancy ^ ou Fac-Simile et explication en neuf
feuilles, grand in-folio, avec une couverture papier grand-aigle,
de la tapisserie qui formait la tentc de Charles-le-Téméraire , au
sugt de Naoqi' , en 1477 ; dessios grarés ao trail, sur coiTre, par
M . Victor Sanaonetti, texte de M. Achille Jubinal , rree im beau
portrait, graTésor bois, de Charles-4e-Téiiiéraire ; prix : 15 fr.,
sur papier ordinaire ; — Åt) fr. sur papier de Chine ; — 60 fr. avec
coloriage d*apres les tons aclueLs de la tapisserie.
Sous presie :
OEui^res compUUs de Ruttbeuf^ trouvére du treiziéme siéde, com-
prenant plus de soLxante piéces en vers , la plu][)art historiques et
inédites, relatifes aux fréres de S. Louis, au roi de Na värre, aux
chevaliers celebres du teinps, aux croisades, aux querelles de Tu-
niversité et des ordres religieux, plus une piéce de théåtre, h Mi-
rade de ThtophiU, complétement inédile; deux volumes in-S^,
avec plusieurs fac-simile , une autobiographie de Rutebeuf , un
glossaire et des additions.
MYSTERES
INÉDITS.
Å
MYSTERES
INÉDITS
DU QUINZIÉME SIÉCLE.
PUBLIKS POUR l.i PBEMIERE FOlS,
3orc rautoridatton ht ifl. le illintdtrr br rinetrurtlon.publiqur,
PAR
ACHILLE JUBINAL,
DAPRÉS LE MSS. INIQUE DE LA RIBLIOTIIÉQUE STE. CENEVIÉVE.
TOME DEUXIEMC.
■■»HMiH'
PARIS,
TÉCHENER, PLACE DU LOUVRE, 12,
ET RUE DE SEINE. 25. AU DUREAU DE.S ANCIE.NNES TAPISSERIES-
M DCCC XXXVII.
MYSTERES
I N É D 1 T S
DU QUINZIÉME SIÉCLE,
PUBLIKS POIR I.A PBEMIERK FOJS,
3i9t( l'autori)»atio)i ht ifl. le illtntdtrr be rinetrurtion.publiqut;
PAR
ACHILLE JUBINAL,
DAPRÉS LE MSS. INIQUE DE LA BIBL10TII£;QUE STE. GENEVIÉVE.
TOME DEUXIEMC.
•mmmi^^t^^.-
PAIIIS9
TÉCHENER, PLAGE DU LOUVRE, 12,
ET RUE DE SEIWE, 25. AU BUREAU DES ANCIENNES TAPISSEBIES
M DCCC XXWIl.
PREFACE
*^i
En tete du premier voiume de ce recueil }'ai donnc
quelqucs renseignements bibliographiques kiir les
Hfyuéres que mon livrc devait reproduire, mäis peut-
étre ai-je trop peu parlé du manuscrit d'ou je l^tims^
Je vaiift tåcher de compléter ici les détails dans^ Jesqueia
je suis entré, en disant qu'apfés le Mjrsthre de Ui
Passiouy qui commence au folio 71 et 6e tern^jinc £(Vi
folk) 1 16, ou trouve dans le Mss. de la bibliothéque
Ste-GeneviéVe , 'noais sans titre, une priérequt com-
mence ainsi :
Royne de pitié^ Marie,
£q qui déité pure et clére
A mortalité se marie,
Tn es vierge et fille et mére , .
Et mére vierge enfaQtas
Tu ea suer, espouse et amie
Au Roy qui toudis fut et ére ;
Ta es vierge seiche et flouiie,
Doulx reméde de mon aniére f •
VI PREFACE.
Ta es Hester qai s^umilie,
Tu 68 Judit qui beau se pére ;
Amen {Aman) en pert sa seignorie, *
Et Oloforoes le compére, etc.
Gette piécc, qui est environ quinze fbis aussi longuc,
sans que le reste en soit plus remarquable , est suivie
immédiatement (folio 1 18, r"") du portrait h la plume
que Dous avons fait gräver sur bois, et qui est placé
en tete de ce volume. On trouve ensuitc les lignes sui-
vantes^ qui ne manquent pas d'importance, å cause des
aveux qu'ellcs contiennent, cc qui fait que nous les re-
produisons :
«« A tönt crestien cpii Jhésucrist et ses sains- reqniert et lioiiiieure
est grant hien et bonneur et pronfit de savoir aacane chose des ver-
tnSy mirades et boutés que Notre-Seigneur ( a ) en eulz et par eulz,
ponr Dienamer plus parfaictement, pour les sains honnourer plns
deroeteinent et potir prendre exemple et doctrine de saotemeDt.
Healtde gens requiérent madame saincte Geneviefve^qni de* e^ vit
et de ses tertus sc^vent pou ou nient. Sa vie avons en latin mult
proprement et en fran^ois rimée moultgentement ; mais fy ptusieurs
n^entekäeni pas latins fy autrts n^ont cure de riMerie pour ce fut
on y ådMSt ajoustår, öster et nrner autrement que ii n^esi nm i€9t€<
sy est e^cripte cy ^rés en prose sans rime, estraite da latin.en Fran-
cis yeritablement et loyaulment, ä la gloire de Dieu soit^ å ton-
neur de la F^ierge et au proufit du pueple. Amen ! »
En cet endroit comraence' alors la vte de sainte Ge-
neviéve, sans rime; ellesepoursuitdansPördre ä peu
présconservé parleMystére, etsctermine au folio i36,
v**, par ces möts : « Les rairacles que Notre-Seigneur a
« fait etfaitcontinuement pour l'amourde elle en plu-
(( sicurs licus par le monde, ne saroit nulz certes réci-
« ter ne escripre. II souilit de ce pou.qu'il ne tourne ä
• t
« "I .
PBéFACB. WC
! ennuy. Glorefie soit ie Pére et k Fila otie Saipt-Es-
périt, qui par ies mériles de madame sainte' Gen^
•
viévc nous vueiUe noz pediiez pardonner ef sa gråoe
donnefi et å sa benoiste vision meDer.' Amenl* » "'
Apres celte vie de ^linte Geneviévojvienoent idtés
roisons qui commencent ainsi :
Geneviéve, foataine
l>e Tyaue pkine -: : -i
Qui Paradis arrouse,
Arrouse nCåme vaine . .
^' ' Quiséche est et mal saine, etls.
Quelques-unes de ces oraisons sont en låtan;
3s autres en franfais rimé ou å peu prés. Elles aoot
uiyies immédiateraent des Representations des nuuh
ires S^ Estierme , S. Pére et S. Pol ^ S* Defus^ et
■e,f Miracles madame sainte Genei^iéi^e^ qui tprmt-
ept le Tolume au folip 217, : .i? a
. T^Is.sont ies détailsqueje désirais^'outei: ä mufge-.
(uere .descriplion du Mst. qui coniieotnos My^t^refiif
Makitenant je prie le lectcur de me permetlre de
épar$r humblement ici quelques erreurs ou owAflions
[ue, j^ai rencontréesdansmpn précédwi voluipede*^
ijiis sa publication. La premi^e cppsia^ eo -unj /!e^r'
US, qui y dans la pi éfacc , p. yii , ip'a, ^. attinj>iy4r.it
i. ,Jean-Chrysostume le drame da Cfiri^^ SjSH^nVtllk
XipOTO( TT^coxciiy), don t on ne.connait pas l'au|:eur. E#:
iRet, M. Eichstadt, daus sa dissertation sur ce <}rani0
léna, 1 81 6), rapporte a ce sujet plusieurs opinions.
^es unsattribuent le Christ souffrant k Grégoire de
fezianze; d 'autres le déclarent indigne de lui et veu-
VIII PRBPACB.
leni qu'ii soit (l'Apollinaire ; une troisiéme opinion en
bÅt l'ouvrage d'un moine ignorant (pro/ectum ab in-
doUo monacho putant)\ le plus certain, c'e5t qu'il est
fort h^ardeux d'affirmer quelque chose å ce sojet.
J'Åi donc eu tort d^ citer S. Jean-Chrvsostöme la ou
son nom n'avait que faire : cet admirable orateur, ce
pére des Péres de 1'Église a bien assez des bcUcs bo-
mélies don t mon ami M. de Sinner nous donne en ce
moment une si magnifique edition, sans qu'il soit besoin
de lui atlribuer une ocuvrc qui ne pcut rien pour sa
gloire, et qui, en déBnitive, ne lui appartient certaine-
inent pas.
Par contre-coup de ce qui se trouve ainsi å rctran-
cHer dans mapréface, j^auraispeut-étredii, page xlvhi
et xLix, au licu d'une courte et rapide énnmération
de» perawnages qui jouérent le Mystére de S. Mar-
tin dans la ville de Seurre, en i496> donnor la liste
conopléte qui contient les noms des acteurs. Cette
Ijste, qui ne manque pas d'intérét en ce qu'elle noos
montre que ies röles de femmes étaient remplis par
des hommes, et que c'était exclusivement le ticrs état,
joint ä quélques-uns des membres de la cléricature,
qui représentait alors pieusement les Mjrsthres\, est
malbeureusement un peu longue ; mais , comme eilc
me m'a pas paru ennuyeuse^ j'ose espérer qu'å la lec-
töre , 1'inconvénient de son étendue disparaiträ. La
voici :
PREPACE. IX
S'ENSUIVENT LES NOMS
DK CIULX QUI ONT JOUK
LA PRÉSENTE VIE Mgr. SAINCT MARTIN ,
Selon les (»rsonnaiges å eulz atribuez et l'ordoDiiaiice
du registre.
Premiértmtnt les conducieurs :
MONSIEUR LE MAIRE DE SEURKE, Guyot fisRBis.
SIRE GUENIN DRUTT , contre registreor.
SmE ROBIN JOLYCCEUR.
PIERRE GOILLOT.
PIERRE LOISELLEUR.
MAISTRE ANDRIEU DE LAVIGNE, portant le registre.
S^ensuwent les parsonnaiges du lundi au malin, premier jour,
selon le registre.
Le premier metsagier, Geoege Fallot.
Le eecond messagier, Jehan Loiseleur.
Luciifer, Amye Oudot.
Sathan, Stmphorien Poincenot.
Bwrgibiis, Pierre Bellevillk.
Proserpine, Messire Ponsot.
Astaroth, Jeiian Bonfilz.
Agrapart,
Béritb, Robert Tordis.
Le pére S. Martin, Messire Oudot Gojboxon.
La mére, Estienne Bossuet.
Sainct Martin, Jehan de Portboux.
Franeequin, premier escuyer, Maistre Pierre Masovir.
Second et tiers escuyer, Pierre Guillier le jeiiiBe.
La premiére demoiselle, Jehan Morandet.
La seconde et la lierce demoiseile, Le filz Maulprest.
PRÉFACE.
Le premier chapellain,
Le seoond prestre,
L'ei|ipereur,
Le-connestable,
Le firmce d*Anthiocbe,
Le conte de Lislede,
Le duc de Fälaize,
La trompete,
Le measagier.
Le portier,
Le duc de Yilleboreau,,
Le comte de Caruelles,
Le marquis d^Ostrie,
Le povre S. Martin,
Messire Pierre Rebillirt,
Messire Jagques Bossuet.
Pierre Loiseleur.
Jehån Reullier le jeuue.
Pierre Goillot.
Jehan Lequeox.
Jaques Perressot.
puilibert bourdin.
Le filz Pierre Loiseleur.
Broutechou.
Jeuan Bbuffabt.
Jehan Piellier.
PiiiLiBERT Gon.
Messire Jehan Cbevrel.
L'08teS. Martin,
Jehan Gruyer.
Son valet,
Claude Ouvier.
Dieu,
Phillebert Bertiielet.
GabrieJ,
Fran^ois Gruybr.
Sainct Michiel^
Le filz Jehan Bertran .
Raphael,
Le filz Girard Dupin.
Uriel,
Philibert, filz de Pier
seleur.
S*ensuiv€nt Its parsonnaiges dudit lundi apres le disntr.
Premiéremeut toute la deablerie.
Le roy de Barbarie,
Le grant Ture,
Le grand Sonbdan,
Le capitayne,
Le baron,
he connestable,
Le mcssagier,
guyot moughet.
Pierre Druet.
Phillibert Gon.
NiCOLAS.
Maislre Pierre Masoybi
ESTIENNE PeRRENIN.
Claude Ponsot.
PREFACE.
XI
Le portier de la ville,
Le maire de U Tille,
Le bourgois,
Le premier chevalier,
Le secoDd chevalier.
Le tiers chevalier,
Broutechou.
TiERSON.
Perrenot le Barhier.
Pierre Lartilleub.
Jehan Buffart.
GuENIN GUILLIER.
Sainet Hillaire,
Son chapellain,
Le pére S. Martin,
La mére,
Messire Pierre Druet.
Messire Pierre Rebillart.
Messire Oudot Gobillopt.
ESTIENNE BoSSCET.
Tout-li-fault,
8oul-d'ouvrer,
Coarte-oreille,
Sote-trongne,
Premier marcbant,
Second marchant,
ffrigans.
Le Roy Fallot.
PlERROT BeLLEVILLE.
Messire Jousse.
Enguerrant.
Claude Bouchart.
Jehan Buffart.
S*€nsuit les parsonnaiges du mardi au matin.
Le Prevost des mareschaux,
Le premier sergent,
Second sergent,
Tiers sergent,
Quart sergent,
Le boorreau,
Son talet,
L^eyesque des Arriens.
Le premier maistre.
Le second maistre.
Le tiers maistre,
Le secrétaire,
Le premier tirant,
Claude Guillier.
DONA.
Pierre Babbier.
Jehan Chenevey.
Robin Valot.
Martin More.
Jacot Roubert.
Frére Pierre Caillot.
Frére Jehan Yexanel.
Frére Guenighaut.
Frére Claude.
Frére Guienot de la Fayb.
Pierre Druet.
XII
PRÉFACB.
Le second tirant,
Le tiers tirant,
Le quart tirant,
Paradis et EnfTer.
Sainct Hiilaire.
Sainct Martin.
Le chappellain.
L'abbé.
Lepriear.
Le soub-prieur.
Le moyne chantre.
Le cellerier.
Le cathecumynaire.
Le procureur.
Sainct Sevére.
Sainct Galle.
La garde du målade.
Phillebert Gon.
ESTIENNE PERMSFnr.
Jeiian-le-Gueux.
S^ensuit ceulx du mardi apres le disner.
Paradis et enffer et toute Tabbaye.
Le boiirgois,
La bourgeoise,
Hannequin-le-Hazardeur,
Le doyen de Tours,
L^official,
L'arcediacre,
Le trésorier.
Le chantre,
Le premier chanoyne et le second,
Le derc de chapitre,
Le baillif deToors,
Lemaire,
Le premier eschevin,
Le second eschevin,
Georges Casote.
Messire Jousse.
Pierre Dellbville.
Maistre Pierre Perrenin.
Messire Jacques Bossuet.
Messire Pierre Languet.
Messire Pierre Druet.
Messire Jehan Taconot.
Messire Pierre Rebillart.
FRANgOIS LOYS.
Christofle Berthelet«
Jehan Gruyer.
AnTHOYNE GlBAULT.
Pierre Breullic^.
PRÉFACE.
XIII
Le commim de Poitien,
Le nistauU de tille,
Jacqpes Poirresot.
Maistre Pierre Måsoyer.
Le premier presbtre payen,
Le second presbtre payen,
Le tiers presbtre payen,
Le larron ressmeité.
Claude du MOlfD.
Claude Grant Died.
Jacques Grusset.
Jehan Allart.
Le princc du temple antique,
Le premier Gentil,
Le second Gentil,
Le tiers Gentil,
Le qnart Gentil,
Le prestre payen,
Jehan Reullier le jeiine.
Le Cordelier.
JehAN PlCAROT.
Pierre Guillier.
DONA.
Jehan Guillemot.
S'ensuit ceuix du mcrcrcdi au matin.
Paradis et enffer.
Le premier ydolåtre,
Claude Bouchart.
Le second,
Pierre Tiellier.
Le tiers,
Bastien Droguet.
Lepére,
Liévart de Moncognys.
La mére,
MiGHAELIS.
Lafiile,
Tacot.
Laseur,
Le filz MiCHELIN.
Le desmonyacle,
• Le Roy Fallot.
Le premier tétradi,
ESTIENNE BOSSUET.
Premier serviteur,
Jehan Thibart.
Le second,
Jehan Barbier.
Leladre,
Messire Jehan CiiEVREk.
Lepére,
Georges Tasote.
La mére,
Messire Josse.
La fille målade des flévres.
Le Clerg du Bel Hostb.
•
La femmc vcsvo.
Jehan Tasote^
XIV
p[\i:facb.
Laseur,
Le nepveu,
La cosine,
L'enffant ressuscité,
Le premier payeii,
Le second,
Le tiers,
Le quart,
L*empei'eur,
Le premier conseillier,
Le second,
Le portier,
L'usurier,
Le juge,
Le premier sergeut,
Claude la Gente,
Son filz,
Le mori ressuscitc,
Sainct Martin.
Sainct Sévére.
Sainct Galle.
Le petit Morajhdet.
Iehan Falot.
Jeuan Manghot.
Chevreli.
Anguearan de Ciioisy.
Le Roy Fallot.
Le serviteur Charmajllb.
Jehan Gcjillemot.
Pierre Loiseleur.
Jeuan Buffart.
Jacques Goijsset.
GUILLAUME CarRÉ.
Pierre Goillot.
GwTUN Taconot.
Grosber.
Jeuan Picart.
George Fallot.
Messire Jehan Cuevrel.
S*ensutt les parsonnaigcs dudit mercredi apres le disner.
Paradis et Enffer.
Claude la Geute.
Son filz.
L^osurier.
Le juge.
Le premier sergeiit.
Le secoud.
Le povre^ Messire Jehan Cuevrel.
Le fHpier, Gi rardin Coctier .
Tous les chanoynes et tous les moyiies.
Sainct Brice.
Le premier disciple S. Martin, Le Cordelier.
Le second disciple, Brouteghou.
PREFACE. XV
U est encore unc addilion que jc désire faire k
Vone des notes de mon premior voiume. Cette ad-
dilion est d^autant plus imporlante qu^eUe concerae
uDe tradition peu connue, mais'qui n'en a pas moins
excité , ä plusicurs repriscs, le zéle des érudits.
A la page 38g de mes notes (t. i"), j'ai rapporté un
petit poéme qui demontre que la Chicheface^ dont il est
qucstion dans le Mystére de Sainte Geneviéve^ était un
animal fabuleux du genre des loups-garous mödernes,
animal qui se nourrissait exclusivement des femmes
qui étaient bonnes , d'ou Ton pourrait conclure qu^il
ne devait point Faire de fréquents ni de copieux repas.
II parait que la croyance å cette bete fantastique
n'avait pas toujours cté le partage des simples ou des
mauvais plaisants y et qu'avant d'exister dans Fimagi*
nation satirique des jongleurs, la Chicheface Sivaii
fait partie sinon du monde réel, du moins d'un monde
un peu plus materiel que celui de i'intelligcncc. En ef-
fet^ je trouve p. 2^7 d'un excellent voiume intitulé:
Description des monuments des différenis dges ob-
servis dans le departement de la Haute-f^ienne^ et
åik å mon estimable confrére, M. Allou, membre de la
Société royale des Antiquaires de France^ une mention
intéressante de la Chicheface ou Chiche. La voici
dans son intégralité : (( Un monument non moins cu-
rieux que les précédents (1'auteur vient de parler
de lions sculptés), se voyait autrefois dans une
niche pratiquée sur le mur méridional de Téglise
de 6t-Martial ; il étail désigné par le peuple sous le
nom de Chiche^ dont on n'a pas encore donné d'éty-
XVI PBÉFACE.
mologie raisonnable (i). Cétait un bas-relief assez
saiilant, d'€iiTiron 3 p. de large, sur an peu plus de
hauteur, d'un granit semblabie å celui du Hon, et d'un
dessin extrémement grossier. Tout, dansce monu-
ment y d^ailleurs trés-fruste , semblait annoncer une
haute antiquité. Ce bas-relief, respecté jusqu'^ Tépo-
que de la révolutioD| fut déplacé lorsqu'on commen^
k démolir l'église de St-Martial ( 1794) 9 M. Juge St-
Martin en fit racquisition^ et lo mit dans sa pépiniére.
II fut cédé, en i8o4) ä un particulicr, qui Tenvoya k
M. Choiseul-Gouffier. Du cabinet de ce savant, il
passa au Musée des Antiquités nationales. On ignore
ce que sera devenue la cbiche, apres la dispersion des
objets qui composaient ce bel établissement, mais on
doit regretter qu'elle n'ait pas été conservée par la Tille
de Limogesy pour qui sculeelieavaitencore, outre soo
mérite particulier, celui d'un rnonument national.
» Autant qu'on pcut en juger par les dessins que
nous avons sous les yeux , et qui ne sqnt méme pas
touträ-fait identiques, ce bas-relief, dont 1'explicatioii
a donné lieu k une foule d^hypothéses plus ou moins
bizarres, représentait, sous un fronton assez aigu et
<H*né de quelques moulures , une lionne couchée , et
tenant entré ses pattes plusieurs lionceaux , dont Tun
(i) Noas croyons cependant pouvoir hasarder celle-ci : chkhou ,
en patois (Yoy. le diet. de D. Dudou), veat dire le petH d^me
chienne ; u^est-il pas trés-probable que cette figure, d^im deaain «Zr
trémement grossier, aura été prise, surtout par le peuple , pouf
celle d'une chienne qui allaiie ses petits ?
Note (it M. Aliou.
PRÉFACB. XVII
paralti dans quelques dessins, se disposer k la frapper*
Au-dessus de la lionne, iine figure d'hoaiine , par&i-
tement de face, et d^un style loUrd et incorrect, sem-
Ud 8'appuyer sur le dos de ranimal^ et le praeeer en-
core du poids de deux grosses boules qui terminent
ses brås (les mains do sont pas indiquées dans oes des-
sins). Au bas de ce monument, on lisait autrefois Tin-
scription ci-apré), sur une plaquc de cuivrey enlevée,
å ce qu^ii parait, vers la fin du xvi'' siécle :
Alma lesena duces ssvos parit, atque coronat ;
Opprimit lianc natus Walfer, malesanus, altunnain,
Sed pressus gravitate, luit sub pondere poenas.
M II faut remarquer que , d'aprés Beaumesnil , une
pierro, placée au-dessous de la Chiche^ et qui faisait
partie du mur de Téglise, ofTrait deux boules en relief,
tout-ä-Tait semblabics a cclles qui termioaieot les brås
de la figure principale.
i> La plupart des érudits qui ont parlé de ce monu-
ment curieux s'accordent k en reporter l'origine au
tempsdeLouis-Ie-Débonnaire, qui, apres avoir édifié^
souB le nom de Saint-Sauveur, la basilique dédiée de-
puis å S. Martial, voulut consacrer le souvenir des
yictoires de son aieul Pépin sur le duc Waifer. Mais
ici les opinions commencent k diverger d'une maniére
sensible; quelques écrivains ont prétendu qu'au-des-
soos dela chiche devait se trouver la sépulture de Wai-
fer, et que ce prince lui-méme était représenté par la fi-
gure qui surmonle la lionne, embléme ordinatre de
XVIII PREFACE.
TAquttaine. On peut expliquer ainsi le second vers
(Opprintity etc); mais que signifient alors leslion-
oeaux et le premier vers de la mémc inscription ? Sttfc-
vänt quelques personnes , il v aurait ici une doubie
ullégorié, et le duc serait indiqué, ä la fots, par ie
Honceau qni se dispose h Trapper sa mére, et par la fi<*
gure appuyée sur la lionne. L'épitliéte de scevos ( on a
lu mal ä propos sanos et sahos) convient d^ailieurs
trés-bien, suivant Ics histonens dii lemps, au duc
Waifer et aux princes de sa famiile.
»Le P. St-Åmable, toujours occupé de la gloire de
säint Martial et de son église , ne veut voir, dans le
bas-relief dont il slagit, qu'une allusion au couronne-
ment des ducs d'Aquitaine , dans la basilique de St-
Martial. Suivant lui, la lionne serait cette église méme,
tn possession de créer et de nonrrir des ducs et des
rois (parit atque coronat) et le lionceau qui semble
la ipehacer représenterait le duc de Waifer. »
Je terminerai en disant qu'il serait bon qu'on exhu-
m&l encore quelques-uns de nos anciens Mysteres ;
d^bord parce qu'ils nous montrenc a son origine un
art quiest devcnu trés-influent dans les sociétés nio*
dem^ ) ensuite, parce que le théåtre, apres nos vieux
fabliäux^ est peut-étre, parmi les diverses branches de
la littérature du moyen-age , cello qui est appelée k
ftous réyéler le plus de traditions locales, å nous doo-
ncr la clef du plus grand nombre de locutions obscu*
res et d'usages stnguliers. C^est ce qui m'a engagé å
metire en nnémc tcmps sous presse un nouveau Re^
eueil de Contes et de Fabliaux des xii, xiii, xiv «t
PRÉFACE. XIX
XV* siécles, auqucl je tr«ivaillc dcpuis long-tcmps ,
ainsi quc deux nouveaux volumes d'essais dramatiques
empruntés cetlc fois, non plus au xv*, mais au xiv*
siécle.
ACHILLE JUBINAL.
CY COMMANCE
LA NATIVITÉ
N. S. JHÉSUGRIST.
M»»04
principio creavit Deus celum et terram^ etc.
Benois soit-il qui se tera
Et fera paix pour mieulx oyr
Chose dont tout cuer resjoir
Se doit qui a entendement.
Sy requerrons dévoctemeot
Tous et toutes au primerain ,
La mére au Roy souverain ,
Cest Marie plaine de grace ,
Qu'elle me doint temps et espace
Que tel chose je puisse dire
Qui soit au plaisir nostre Sire,
Et de toute la court des cieulx
Dont ä nos ämes soit de mieulx
Et h Tanemv confusion :
■Ji
LA NATIVITK
* ■— *
Sy vous pric que nous en dison
Åinssy com Tangle dit ly a
En disant : jive Maria,
In principio^ etc.
En Genesié, ou premier livré ,
Peutvéoir tout a delivre
Comoient le vray glorieulx Diex
Créa premier et terre et cienlx ,
Et sy avoit sy grant povoir
Que seulement par son vouloir
Trestout fut fait h sa devise ,
Sy com nous lesmoygne l'Église :
Ce scevent ceulx qui oy Tönt ,
Mandavit et creata sont.
Puis fist le soleit et la lune,
Les planeotes, et nomma Vune
Mars et Venus, Pautre Mercöre,
Et puis sy voult mestre sa cure
A faire oyseaulx, poissons et bestes
Qui vers terre pendent lez testes ,
Et puis du lymon composa
Adam , qu'en Paradis pösa ,
Et luy inspira ou corps l'åme;
Quant il dormoit luy fist sa fame
De sii coste, c'cst chose voire.
Et puis le doulx Roy de gloire
Saigna Adam et ie leva ,
Et dist : « Adam, v6ez-cy Eva ;
DE N. S. JESUS-CHRIST.
(( Pour conpaigoe je la te donne
(( Et trestout le fruit t'ahandoniic
« Qui est en Paradis terrestre,
« Et en soiez sires et maistre,
(( Fors seulement dii fruit de vie
« Garde bicn quc n'y touches mie.»
Mais certes Adanx tropt mal cassa,
Le commandcment Dieu trespassa,
Gar l'anemy qui le de^ut
Don t ä douleur la mors re^ut,
Et par cc tout Tumain lignage
Fut mis en doulereulx servaage
En enfer grant piece de temps
Par Fespasse de .v. .m. ans.
Mais Diex, qui tant est débonnairc,
Voulut les siens ä soy atraire ,
Eslut pour nous salvacion,
En la Vierge prist incamacion
Et demoura et vierge et purc
Oultre le terme de nature ,
Vierge con^eut, vierge enfanta.
La mére qui tel enfant a
Sans corrupcion , sans détresse
Enfanta son Hlz en la cresce ;
Lä soubmist la déité
En figure d'umilité.
Doulces gens , or ne vous esnuit;
Ge Dieu plaist , vous verrez ennuit
Au plaisir de la Trinilé,
De la haiiltc Nativitc
I.
j LK NATIVITK
Du doulz Jhésucrist ie misterc;
Sy requerrons luy et sa mére
Que ie puissions si bien entendre
Que en nos cuers veille descendre.
Et qu'eslirc puissions la voie
De Paradis , la noble joie
A laquelle nous doint venir
La Trinité qui sans fenir
Fut et est et tousjours scra
In seinpitermi secula,
uimen.
DIEU LE PÉr.E.
Or ay-je fait; par mon couvant,
Le ciel sera touzjours mouvant ,
Ne cessera pointde tourner
Nuit et jour sanz point sejourner;
La lunc y est et le soleil
Qui donront clarté non pareil ,
Et si fera la nuit fenir
Quant sa clarté devra venir;
Ainssv av fait la terrc rondc
Et la mer sy sera sy monde ,
Et sy ay fait a grant foison
Bestes et oysiaux et poisson.
Or vueil former ä mon vmage
Ilomme qui aura avantage
Par mon plaisir et seignoric
Sur toutes choses qui ont vie,
Pour recovrer de Paradis
Les siéges dont j'ay (jeté) jadis
DR N. S. JÉSUS-CtlRIST. i>
Luciter, par son grant orgueil.
Cy preingiie Dieu du limon et face semblantde fau*e Adam; et Adam
et Éve soient couvert d'uii convertour, et Dieu die :
Adam , va sus, que je le vucil ;
Vien-t'en en Paradis ter rest re,
Car il y fait bon et bel estre,
Et moult est délitable lieu.
ADAM, å genOUii.
A tres glorieux puissant Dieu,
Toy doy-je bien regracier
Et de vray cuer mercy pricr,
Bien pert que tu ez mes amis
Quant en ce biau lieu tu ui'a niis
Ou est la joie sanz finer.
Un poy me vueil sy acliner
Et repos prendre.
Gy face semblant de dormir de costé Éve.
DIEU.
Puisqu'Adam dort, je vueil entendre :
Une fame je luy vueil faire
De ce costé et lui atrairc,
Et partant sera sa pareille.
Or sus, Adam, sy te raveille.
Dieu preingne Adam et Éve par la main et die :
Éve ta conpaigne sera,
En touz licux son povoir fera
De tov servir et honnörer.
Vous avez ev biau demourcr ,
Multiplicamini ^ crescitCj
LA NATIVITE
Et ne soufirez nécessité
De touz les fruiz que vous véez ,
Mez cestuy-cy vous est devéez ;
De touz les autres povez prendre,
Més cestuy-cy vous vueil dcHendre.
S'en mengiez grant mal en vendra :
Touz Ii mondes l'achetera.
Je m'en voiz, ycy deinourez.
ADAM.
Sirc , tu soiez aourez
Quant tu m'as faitc ceste famme.
Je la garderay sanz difTamme y
Sans contredire.
ÉVE.
Je te regracie, trez vraiz Sire,
Tout-puissant Dieu glorieux ,
Qui tant es grans et vertueux
Que par ta volenté purc
Tu nous a crée ä ta figure.
' Certaine suy et sy say bien
De vray que nous n'estion rien.
A touzjours mais vous sei*viray.
ADAM.
Éve, in^amie, je te diray
Je vueil de tout mon cuer entendre
A moy bien gärder de mesprendre
Et tenir vraye obédiance.
ÉVE.
J'eusse volentiers cognoissance , .
Ne say se Tavez entendu,
DE N. S. JESUSCHRIST.
Pouf(|uoy a ce fruit den*endu;
Mez trop volentiers eii niengasse, '
Soiez-en certain, cc j^osasse,
Ne say qu'en die.
ADAM.
Éve, doulcc seur et amie,
Je ne say pas certainement
Pourquoy il l'a fait ne cofnmciit ,
Mais ä tout ce j'obairay.
EVE.
Et raoy aussy je le feray ;
Mez moult voientiers en mengasse
Pour certain, se je ne cuidassc
Faire offcnce.
Soit I. diable de costé Tarbre et face semblant de templer Eve
BELGIBUS.
Le Maistre si a fait deirencc
Par trop grant mauvestié h l'ouiui(^
Qai ne raengusse de la pomme.
Sy savoit du fruit la puissancc
II en mengeroit sanz doubtence;
Sy tost que mengié en aroit
Tout au tant comnac Dieu saroit
De toutes choses bien et rnal ;
A son maistre serbit ygal ,
Et le povre homine pas ne pence
Por quoy Ii a tait la detfence;
Et sy en penroit sanz dcngicr
Se il vouloit asscz mengicr,
8 LA NATIVITÉ
Et saroit tout mal et tout bien :
Sy n'en verroit le Mestre rien
Qui cy Ta mis.
ÉVE.
Adam , chier compains et amis,
Pour certain te fais assavoir
Que tu ne puez science avoir
Ne a grant digneté vénir
Se tu te veuls ainssy tenir
De ce fruit mengier, bien le say.
Mengus-en, je ferai Pessay
Et je t'en prie.
ADAM.
Éve, je ne le feray mie :
Au fruit la main ja ne mestray,
Mez de mon povoir j'entendray
A gärder le commandcment.
Decevoir me vuels laidement
Se te vueil croire.
EVE.
Je te dy, pour parole voire ,
N'as garde que je te de^oive ,
Ne aussy que Diex s^aper^oive
Se toy et moy nous en mengions.
ADAM.
Eve, förment nous mesprendrions
Se, contre le plaisir de Dieu,
En mengions, cerlain en sieu.
A tärt seroit le repenlir.
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. C)
ÉVE.
Adam, je vous dy, sanz mentir,
Que grant profit nous en vendra.
Plain de science vous rendra ;
Je vous prie , or essaiez.
Adam prengne la pomme et morde et se prengne parmy la gorge
et die :
Ha hay! je suy mal avoiez:
Ce morcel ne puis avaler.
Las douiereux! qu'il est amcr!
En la gorge la mört me lien t.
Helas ! trop å tärt me souvient
De la parole que me dist
Nostre Seigneur quant il fist
A poy que de couroux n'enrage.
Las, dont m'est avenu se couragef
J'ay ofTencé a mon Seigneur,
Sy en moray a grant langueur.
En enfer est ma placc eslite,
Autrement n'en puis estre quitc ;
Aler me fault ä dampnement.
Desnué suts de vestement ;
Mon mefTait puet bien aparoir.
Helas! devant luy comparoir
N'oserai-ge : las! que feray?
Quelle responsse ly diray ?
Excusacion riens n'y vault.
En grant langueur morir mc iault.
Éve, tu m'a8 tbrment de^eu ;
Je m'cn suis Irop lurt apper^cu ;
I o LA XATIVITE
De cc p<k:hié förment me doubte
Et ma postcrité trestoute;
Assez puis gémir et piourer,
En enfer me fault dcmourer
Par mon mefFait.
DIEU.
Adam, Adam, et qu'as-tu fait ?
Dont t'est venu le hardement
D'avoir péchié sy laidement
Ou péchic dMnobédiencc ?
Souffrir t'en convendra pénencc.
Tant que en ce siécle scras
En douleur ton corps useras
Quant mez commcnz as trespasscz.
.v. .M. ans sy seront passez,
Et le ticn pour chose certaine,
Ains que lu soiez hors de paine.
En teire ta vie quesras;
Ta faule cléremcnt verras.
Or t 'en va hors de Paradis.
ADAM.
Ha: mon Seigneur, j'ay trop mespris
Vers vous, aiez de moy mercy.
Sainl Michel Ueiigiic une espée ardaiit et boute Adam et Kve hora
de Paradis et die :
Avant, avant, va-t-an de cy !
Tu n'ez plusdigne de cy estrc^
Fuv tost de devant ton mestre
Puis(|ue Ui es trouvc sv lauls,
Sy Irailes, s> dcslovaulx,
DC N. S. JESUS-CHRIST. I 1
Quc son commeDs n'as retetiu.
Malement t'est desavenu
De courroucier ton Creatour.
Va-t-an! en terre de labour
De tes mains te faudra ouvrer
Se ta vie vuels recouvrer.
Touz ceulx qui apres toy vendronl
Par ton grant meffait se tendront
De Paradis déshérité.
ADAM.
J'ay fait trop grant iniquité,
Je le cognois bien, monseigneur,
L'an ne pourroit faire greigneur.
Et quant ne povons plus cy estre,
Or nous enseignés tres cbicr mestre
Qiie nous ferons.
DIEU.
Moult avez eu lez cuers félons
Quant ainssy avez désobay ;
Trop malement vous meschay.
Sy tost qu'au fruit la main tandis.
Te souvicnt-il que je te dis :
Tu désobays, tout en Peure
En enfer en feras demeure ;
Puis .1. horns en la croiz mourra.
Au tremen t estre ne pourra ;
Et par sa mört 1'umain lignage
Sera osté de gricf servage.
Or prens a .11. mains une bescho
Et la terre fouiz et beschc,
I 1> LA NATIVITE
Et te vest de robe de honte.
Ton pccliic tout autrc sunnonte :
Tu peuz assez gémir et plourer.
AD\M.
En tcrre me &ult iabourer
Sanz plus atendre.
Cy preigne une bescbe et laboiirc.
EVE.
II me convient aussy entendrc
Sanz delay å faire besoigne,
Et (iller tantost ma queloigne
Pour £siire dräps et era vechicz ,
Näppes, touailles et oreilliez.
Faire le fault quant le convient,
Car tel ovraige m'apartient.
Cy parlent les .11. prophéics.
AMOS.
Hélie, entendez, amiz :
J\iy en mon cuer ja pie^ä mis
Une merveille que vous diray.
Vous savez bien, et c'est tout vray,
Et hoc scio ita esse ,
De la ligniée de Jessé,
Une vierge sy doit issir;
Et cellc vierge doit flourir,
Et apres tel Iruit portera
Qui le |)euple confortera :
<j'e8l Tatendue de nos |)éres.
UÉLIE.
Anios, vos parolles sont clére.s.
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 1 3
Et sy est tréz bien limité
En une autre auctorité
Ly ceptrcs royal de Judée;
Nullement ne sera tausséc.
Cilz qui est l'expectation
Du peuple et la rédempcion,
Et erraument que il naistra
Toute Judée périra ;
Pour ce devons nous tous veillier
Et contre luy appareillier.
Bien say que de nuit il naistra,
Mez je ne say quant ce sera^
Et pour ce veullier nous convient.
AMOS.
Je cognois bien que de prez vient,
Et le povons trop bien savoir;
Escript est, je le dy pour voir,
Et est senefié de pie9a.
Vée cy le sirequi vient 9a
Et tous les sains avec luy.
Et celluy jour trestout par luy
Sera grant lumiére partout.
Autre chose n'a que je dout
Le rov Sérar en son palais^
Qui moult bel et nommié lais
Sy a pardedans un ymage
Qui au cuer ly fera grant råge,
Car {xir dessure il est escript:
II n'est nulz qui le defTéist.
Cest ymage trebuchera
I 4 L\ !<I.\TIVITÉ
Quant Vierge mére enfantera,
Et ainssy savoir le povons.
HÉLIE.
Ne say point se nous le verrons :
A lentement de la Vierge
L'estoille plus clére que ciei^e
Sv luira droitement ä Feure
•I
Que renfant naistra sanz demeure.
Baiaam sy le prophétiza
Lors que son asncsse pärla ,
Que de Jacob estoille ystroit
Qui grant clarté demostreroit.
Ver» les parties d'Orient
En sera raparissement
Pour vérité.
AMOS.
Hélie , suz rauctorité
Devons enlendre Sébile
Qui fut royne moult nobile,
Et dist q'uns naistroit de famme ,
Sanz corrupcion, sans diffeme,
Lequel Dieu et homme seroit ,
Mört et passion soufTreroit
En un fust dont Ten feroit croiz
Pour nous racheter des destroiz
D^enfer, ou trestout noz sains péres
Sont qui souffrent paines améres.
Pour tant je vous lou et conseille
Que entré nous faisons la veille,
Sur nous soit, non pas sur le peuple
DE N. S. JtisrS-GIIRIST. l5
Que Ten doit bien tenir avucugle.
Point n'entendent les escripturcs
Qui Icur semblent pesant et duros
Et ne les veulent eacouter.
HÉLIE.
Amos, il nous fault rapourter
Auls escrlptures et les entendrc
Quc nous povons moult bien comprendre :
.1. filz en Bethléem naistra
Qui d'enfer nous délivrera
Ou noz pércs sont maintcnant.
AMOS.
Hélie, je dy certainemcnt
Ainssy est-il; sy est merveille^
Oncques mez ne fust la pareillc ,
Que Vierge sy doie enfanter;
Mais il nous en &ult raporler ,
Soiez-en certain, k la letre.
HÉLIE.
Amos , sanz ajouster ne mestre,
Je croy moult bien les escriptures
Que aucuns trouvent pour obscures
Qui en parolent proprement;
Sy en loons Dieu haultement
En luy regraciant, par sa gr&ce,
Que il nous doint temps et espacc
De le véoir se ce puet estre
Comme vray Dieu et rov celeslrc.
1 6 LA WATIVITÉ
€y parle Adam qui veult trespaeser.
ADAM.
Mod Dicu , mon pére, mon Seigneur ,
Moiilt me fistes tréz grant honneiir
Quant de terre vous me formastes
Et en Paradis me posastes :
Bicn le dov avoir en mémoire.
Pleust a vous que gM feusse encorc !
Se vos commens eusse tenu
Il ne m'en feut pas mal avenu.
Mon créatour , je fiz grant tort ;
Jamez nul jour ne feusse mört.
Or voy bien que par mon dé&ut
Assez briefment morir me fault ,
Et aussy touz autres moront.
De mört eschaper ne poront,
Et quant ceste présente vie
Sera trespassée et fenie,
S'åme droit en cnfer yra ,
Doni jamez ne se partira
Se de nous ne vous prent pitié.
Sy vous requier en charité,
Doulz roys de pais et de concorde,
De doulceur , de miséricorde ,
Qu'au jour de mon trespassement
Vous m'envoiez arousement. .
De Fuile du saint Paradis.
Mon corps est förment maladis ,
Méz de Tame tropt plus m'esmay.
DE N. 8. JÉSUS-GIIRIST. 1 7
DI£U.
Adam ^ amis , entens å moy :
En enfer pcine soufFreras,
En la fin arouscz seras
Du sanc qui me sera osté
Des piés, des mains et du costé.
Mez moult m'as fait le cuer dolent
Quen faussas mon commandcment.
Refois la mört en pacience ,
Gar par moy auras délivrance
Quant .v. .m. ans seront passez;
Va-t-an , je t'en ay dit assez ,
Plus n'on veuil dire.
O trez-puissant gloriex sire,
M'åme et mon corps je te commant.
Cy se voise Adam coucher sur une coiiverture , et en alant die;
Cep, mon enfant , isnellement
Va-t-an en paradis bon erre
Pour Dieu prier et requerre
De trez-bon. cuer piteusement
Qui m^envoit rennoliement
De Tuille de miséricorde ,
Gar Belgibuz tient ja la ooixle
Pour moy fort lier et estraindre :
Je ne puis plus icy remaindre;
Or y va toust et je t'en prie.
CEP , filz Adam.
Mon cher pére , sanz point destrie
Iray tantost voz plaisir faire.
II. 2
1 8 L\ ISATIVITK.
Pas ne doy aler au contraire,
Mez aiez en Dieu bonne espérance,
Bonne fov et bonne fiance
Que certes Dieu vous confortera ,
En touz vos maulz vous aidera.
De vostre esnuy certaihement
Suis courrouciez moult malement;-
Ne »ay qu'eii doie devenir.
Je m'en vois pour tost revenir.
Cy 9'en va å Dieu en Paradis , et die :
Gloriex Diex puissant et fin ,
Sanz commancement et sanz fin ,
Roy sur touz rois , vrais droituriér ,
A mains jointes je te requier
Par ta douleur et amistié
Que de mon pére aiez pitié ,
Gar il est au Ht de la mört.
Quant au monde est déMvre mört
Pour le mors qui fisten la pomme,
Or vous requier trez-humbletnent ,
Donnez-ly Penoliement
De 1'uille de tniséricorde ,
Par quoy il ait pais et accorde
Que aus vostres avez promis. •
DIEU.
Raphaél , enteA» 9a , doulz amiz :»
Véez cy Cep, qui est filz Adatn ,
Par qui je souffirére dur aham ,
Qui me requiert pitetisement
Pour son pére enouliement
. t
DE N. S. JÉSUS-GHRIST.
! . t
{ >
De 1'ulle de miséricorde
Dont puisse avoir pais et conocrde.
A Cep l'enfant tu t'en yras
Et de par moy ta Ii diras
Quant son pére sera feniz
Et il sera en terre tnis,
Quc tantost de plan ter s^ayence
Dessus sa fosse ceste branche.
Ce rain tant montepliera
Que une crois faicle en sera
Ou la vie recovrer» mofl -» //
Qui aus åmes donra cohIdM ; ^ >
Or ly va dire.
RAPHAEL. t
II est bien raison , trez-doulz sire ,
Quc je soie prest d'obéir ,
De faire tout vostre piaisir.
Cy voise Raphael å Cep et ly baille la branche , et die :
Cep, beaiis amis , emens ä moj : ' '
Dieu le pére m'envoieå toy
Et par moy t'enToie ce rain
Qui est du ponunter , poiir certam, • .
Dont ton pére menga la ponorne» *:: /
Va-t-an de cy ^ coagié te donne, > i :
Et quant ton pére sera mors ,
Dedans sa fösse, suz son corps ' . ' ' 'A
Le planteras 9 Dieu le coinaÉandé^ ; .ly-y
A present plus ne Ii demende ,< ' . r/ . n '-^
Gar de luy plus n'enportcrafiuo! ur '>J
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Yoisqtf»**^."'^*^*^^"^'
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Ii
DE N. 8. JÉSUS-CHRIST. 21
(Se met Genesis en son livré) ,
Aiez pitié dCAdam, moQ pére
Et de £ve ma lasse mére
Dont je doy faire marrement ,
Qui tant de paine et de tourment
Ont en enfer et nuit et jour ,
Sanz repos prendre et sanz séjour.
Suz eulz la branche planteray
Et aprez oroison feray
Dont il leur puist estre de miex .
Cy plante la branche , €t å genous die :
Nostre Pére , qui es és cicx ,
Ton non sy soit saintefiez
Ton royaume aviegne, si re Diex ;
Ton Youloir saint et ardefiez
Soit fait en la terre et és ciex.
Nostre pain chascun jour nous donnez ,
Touz noz péchiez nouveaux et viex
Tout en la forme nous pardonnez
Comme nous pardonnons , et miex
Qui mal nous ont fait et triboulez.
Ne seuflfipe que temptacion *"'
Ne nous surmonte n^enviex
Mais å nostre salvacion
Nous veulle estre graciex
Et de noz péchiez rémission .
ADAM , en enfer , die :
Vray Dieu , veulle nous secourir !
(Cy ne faisons quc lengourir)
Et nous délivre de ccst tourmehlS
22 LA NATIVITÉ
Que souffirons sy crueusement.
Hé ! glorieux péres, roys Jhésus ,
Se par toy ne sommes secoaruz
Touz sommes å perdicion
Paroe que tis transgression
Du commandement nostre Sire.
Éve mie fist le mal eslire >
Le bien laissier.
KVE.
Je vous tis a péchié plaissier ,
Ce poise moy, je m'cii repen;
Je ne cuidoie pas le aliam
Jamats ne pourroie recovrcr.
L'anemy me fist mal ovrcr.
Trestout est avenu par moy
Et le lourment et Tennoy
Que nouz et touz ceulz souflrerout
Qui de nostre Ugniée ystront.
Vrays Dieus, donnez-nous aligence.
YSAiE , premier prophéte.
Dieux qui sur touz as la puissance ,
Secours-nous , Sii^e , sy te plaist ;
Tourment nous font, dont nouz desplaist^
Les anemiz qui ycy son t;
D'aligement point ne nous font.
De nous maji faire tuit se painent
Et de ce faire joie mainent.
Sy voi^z prionSy doulz roys de gloire,
Veulliez nouz avoir en mémoire^
Car nouz somn^es en grant miséfc.
/
DE N. S. JÉSUS-CURIST. !k3
DANiBL, secofK prophéte.
Moult est cents grant le misljére
De toy^ Dieu et Roy de tout le monde;
En paine sommes qui surabonde.
Sy ne me pourroie tenir
De förment pUindre et géfnir
De la paine quenous sentoos. .
Et lonc temps prophétisié avons
Que tu devoies sa jus descendre
Char et sanc en la Vierge prendre,
Pour nou5 öster de cest oaartirc.
YSAIE.
Hal vrais Jhésus et vrais sires!
Par ta moseuse amistié , .
Aiez, sy te plaist, de nous pitié.
Et nous met hors de cesl tourment
Que tant souflVons certainement.
Puisque tu dois venir en terre •
Pour nous öster de ceste guerre , .
Vien bien tost, sy nous en délivrea.
DANIEL.
Vrais Dieux , bien trouvasmes eiinto Jivres
Qu^encoire serions^nous rach^.
Monstre-nous ta grant charité t . i ; ^
Que tu nous fis a ton ymage^^
Gar nous met hors de oest servage^) ;
Sébile bien Je prophéUfla r .
Et expressemen t devisa ,
Sy comme est escript en son livré ,
Que nous devons estre^délivre
a4 I^A NATIVITÉ
Par Tenfant qui vendra sur terre
Pour nous öster de ceste guerre
Et ou sommes en prisonnées.
BELGIBUZ.
Harou , je suis tout forsonnez.
Bellias, compains, os- tu point
Comme celuy-lä se complaint.
Il dient qu'il eschaperont
Lone temps approphétizié l'ont.
£ncoire seront rachetc
£t pour ce ont tant quaqucté.
Et rampLlront lez liex des ciex
Dez quiex nous tist trabucher Diex.
J'en av en mon cuer grant envie.
BBLLIAS.
Encoire, ne nous eschapent-il mie^
Se seroit trop estrange guise.
Se sy orde chose esloit assise
Sur lez ciéges scélestiens.
Comme ly boms est tcrricns
Qui sont fait de limon , de boe ,
A Dieu en feroie la moe.
Sy remplissoit son Paradis
Oä nous fiimes assis jadis.
Fais nous avoit par son plaisir
Pour luy obair et servir.
Chascun de nous plus cler estoit ,
Plus cler que le soleil ne soit ,
Et nosirc mestre Lucifer ^
Cesloit de nous .ix. (bis plus cler
DB N. S. JÉSUS-CHRIST. a5
■ ■ >■ ' ■
Par orgueil et entencion
De mettre siége en aquillon ,
Et estre semblables k Dieu.
Sy consentismes touz ce lieu ,
Et pour ce Dieu le trabucha.
Ou font dCabisme 1'aficha
Et nous aussi qui rensuismes ^
Gar ä iuy nous meflféismes.
S'en trabucha .ix. legions
Qui de sa partie estions
Lucifer , qui sy trez-cler feu ,
Est nommé menistre de feu^
Et tuit sommes sy compaignon.
Commission avons et renon
De Dieu qui est nos souverains
Et qui tout tient ii sez .11. mains
De tempter toute créaturei
L'un d^orgueil , Tautre de luxure ,
De convoitise , de d(^sespoir;
Sur seulz nous a donné povoir
De lez mener en noz prisons
Dont jå n^auront rédcmpcion .
Lucifer ne (ist qu^un péchié
Dont il (ut sv mal atechié.
(^ommcnt cuident donc cilz séoir
Et noz nobles ciéges ravcMr
Qui bien en font nuUe le jour,
Et riens ne cresment leur Seiguour?
Enclins sont a leur pourrilure.
Je cuidc quc Dicux n en ait cure
26 La nativité
D'eulx avoir en sa compaignie.
N'a que faire de tel mesnie.
A nous ne feroit pas raisoa
Sy lez mestoit en sa maison :
Regarde , compaing, se il puet estre.
BELGIBCZ.
Ha, Béliasl Dieu nostre mestre
Est plains de grant oruåuté ;
Point ne nous fera loiauté,
Et pour nous faire plus de despit
Donra ä ceste geni respit.
Et afin que plus nous esnoie ,
Leurdfmra la parfaite jote;
Et piecä Pont dit cilz prophete
Qui en ont jk grant joie £aite ,
Qui ou limbe d'enfer se séent :
De mal talent ibrment nous héent
Et dient que Dieux descendra
En une vierge et char prendra
Qui disposa avant que nous,
Et veul bien que ce sachiez vous,
Que saint Jei^ian , qui est con9eu ,
Sy sera devant Dieu véu
Et s'en entrera és desers.
Il est sains, ne puet estne sers.
A péchiéy en enfer vendra ;
Pas longuement n'y demourra
Gar åprez lui vendra son meistre
Qui despouUera tout nostre estre ,
El t oeulx qtii se^sont contenu
,4.
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 27
CoDtre péchié et oflfendu ,
Et qui ä leur povoir Pont servy.
BÉLIAS.
N0U8 a donc Dieu sy aservy
Pour le propos que consentismes.
BELGIBUZ.
Oil y car trop nous meiTéismes :
Abatre volions sa grandeur.
BÉLIAS.
Usurierset termineiirs,
Désespérans envieux
Et iez remplis de convoitise,
Ceulz que luxure art et atise ,
Et cez fauz gloutons rechiniez,
Ne Iez avons-nous pas gaignez?
Puis qui meurent sanz repentance ,
Sanz avoir de Dieu cognoissance ,
Ne Iez justicerons-nous mie?
BELGIBUZ.
Adez seroiit de noz mesnie;
Ardant ou plus grant feu d^enfer
Avec noz mestre Lucifer
Nous Iez mettrons trestous ensemble.
BÉLIAS.
Compaing, c'est bien cc me semblc :
Nous leur ferons assez tourment.
YSAIE.
O trez doulz roys du firmament ,
Aide-nous par ton plaisir ,
Car il nousFault ycy gésir
LA NATIVITÉ
En grant tourHaent et k martire.
Il n'a langue qui le peut dire.
Vien bien tost, sy nous boute hors;
Vrais Dieu ! qui es miséricors
Et tout gouvernes par ta main y :
Et qui partout es souverain
Hault et bas tout k la raonde ,
De ceste paine qui surhabonde
Nous vueille bien tost délivrés
Qu'a grant honte sommes livrés. .
dieC.
Michiel, entens que je veuU dire :
De ce ne me fay contredire.
Je te fiz tel pour moy servir^
Pour tant doiz &ire mon pbisir:
Quant le monde je composay ' i
Je (is .1. faomme et le posay
En mon paradis de délices ,
Mais il fut outrageux et nices
Et mänga du fruit devée
Dont il fu trop mal nvé^tftf b
En enfer est ä grant dofilciiirx,
Or t'en va, saoz faire séjour.
En Nazareth , et de par moy
Dy k Tévesque de la loy
Que je ly aiande que il marie
La fille Joachin sanz détrie,
Et face devant luy venir
Et k chascun face tenir
I. baston tout a descouvert
DE N. S. JÉSUS-GHRIST.
29
Qui soit tout blanc et non pas vert.
Cilz en quel main il florira
Marie au cler vis aura.
Et sera fait le mariage
En gardant la loy et Tusage :
Ainssy le vueil et sy doit estre.
MICHIEL.
Dieu tout-puifisant et Roy céle&tre ,
Je y vois tantost appertement
Sanz point faire d'arestement.
l'emperiére césab.
Je vueit aler sacrefier.
Touzjours doit 1'en satiffier
Et visiter trestous mez Dieux y
Et lez nouvcaux &is et lez viex .
Maistre Sartan, se estes sage
V0U8 vendrez aourer Tymage
De Jupiter avecque nouz.
SARTAN.
Sire, g'iray avecque vous
Puisqu'il vous pJaist que cnssy est.
Jupiter acomplir vous laist
Tout ce que vous ty requerrez!
CéSAR.
Maistre Sartan, tantost verrez.
Regardez-onoy celle escripture .
Qui est en ceste pierre dure
Dessus Jupiter le grant Dieu
Qui lez a mises en ce lieu.
Or lez lisicz; je vueil savoir
3o Lk fiATlYITÉ
Pour certain qui 1 y puet avoir.
Je croy qu'il yeult miracleiairQ, .
Ou aucun Dieu ly est contrsiiv,
De quoy c'est app^oeu. »
SARTAN.
Jamais nul jour je n'araie ieu -
Tout pour certain ceste escripture.
Sy metez ailietirs voetre cure
Gar ce n^est chose qui vous: touche.
GÉSAR.
Vous lez lisez de vostre bouche ,
Ou le chief tranchier tous ferafy.
SARTAH.
Si re, volentiers lez liray^
Avant que f aie tel domage.
II est escript dessos rimage
En latin, (quant bien l'entetidrez,
Pour deceu bien vous tendrez : )
Diim virgo mäter paritt
istajrmago corruet.
Cest ce qu'il Ii a beau douz «sirc.
CÉSAR.
Sartan, il lez vous convient lire
Et lez exposer en romant.
6 ART AN.
Je obairay k vous oommant^i
Mon entente y vueii bien melre.
Or entendez que dit la letre :
(( Quant viergc mére enfantera^
« Gest ymage trabucbcra.^)
T-
DE N. S. JÉSUS-GHRIST. 3l
Autrement ne lez say espondre.
GÉSAR.
Faites ont esté pour confondre
Nostre loy et mestre audessoubt. t
Mettons-nous tous .u. ä geoouz;
Sy faisons ä noz Diex priéres
Qui soient saines et entiéres
P;ir quoy il« la puiseent deffendrei
SARTAN.
En cela vueil-je bien entendre
De lez prier; faire le doy
A genous me mettray cy enooy. •
SAINT MICHIBL.
Évesque, entcios ma parole
Et ne la tiens pas ä favole :
N'aiez doubte, mais fay grant joie.
.1. angie suis que Diex t'envoie:
De par luy t'aporte message ;
Obéis , cy feras que sage ,
Au mandement de Nostre Sire^
Je te vien anuncier et dire
Que Diex sy te mande par moy
Que selonc Testat et la loy,
Lequel tu doiz assez savoir ,
Tu faces . i. mary avoir
A Marie , (ille Joachin,
Qui a cuer noble et fin ,
Et par elleccioaJa marie . '
Et face tost 3anz mal detrie ;
Sy te diray que tu feras : , '
•/
33 LA NÅTIVITÉ
Touz les bacbcliers manderas
Et chascuD une verge tendra
Sanz escorce ; ce t'aprendra ,
Ccluy te fera asavoir
Qui Marie deyra avoir ;
Et quant verras la verge séche
En la main florir, lä t'adresclie ;
Soit jeune ou viex , tout en present
De Marie ly fay present
Et lez espouse sanz délay.
L^EVESQUB.
Au plaisir de Dieu je feray
De ceste chose mon devoir,
Car je say trestout de voir
Que Marie est prédestinée ,
Saintefiée avant que née.
Et Dieu pour luy la veult gärder.
Or ne vueil-je plus retarder :
Marie convient aler querre ,
Et lez homes de oeste terre
Qui sont de Marie habile.
Crier feray en ceste ville
Et publicr tout maintenant
Que chascun viegne ä moy tenant
La verge pelée en son poing.
Légier , va crier prez et loing
Que chascun viengne såna délay
Devers Tévesque de la loy ,
Et que chascun en sa main porte
Verge pelée ^ séche et mor te.
DE N. S. JéSUS-GHRlST. 33
Et aussy va dire ä Marie ,
Fille Joacbin, Dieuainie,
En luy faisant commandement
Qu'elie viengne au mendement ;
Or t'avence de retourncr.
LÉGIER, mesagier.
Je n'ay talant de séjourner;
Se Dieu me puisse seconrir
Je ne sesseray de courir.
Et sanz arrester en nul lieu
Au cbemin me met de par Dieu .
CÉSAR, emperiére.
Jupiter y Dieu trez-souverain ,
Qui tout faites par vostre mairi ,
Celui qui vous forga et fist
A vous forgier grant cure mist,
A6n que fussiez bien polie,
Belle 8ur toutes et jolie. .
Or estes-vous le plus beau diex
Conques je veisse ä mes .11. yex.
Faire vous feis du plus fin or
Qu'en pot trouver en mon trésor.
Sire^ par vostre grant puissanoe,
Gardez-moy mon corps de meschanoe,
Car bien en avez le povoir.
.c. mille mars de mon avok
Donray pour vous faire essaucier.
Veulliez nostre loy surhaucier;
Mains jointes le vien requérir.
II. 3
34 L4 NATIVITt
S ARTAN.
Jupiter, qui tost secourir
Povez, car me failessecours.
Maintenant, pour honneur de vous,
Veul-je mettre toute ma cure
A dcfTacier ceste escripture.
Cy face semblant de deffacier, et die, en soy désespérant
Et qui pot faire tel ouvragc?
A pou' que de despit n'enrage
Quant ces lettres ne puis despecier ,
Ne planier^ ne lez efthcier; ^
Ne say commenl lez puisse defTaire.
césar.
Qa, voz coustel , lessiez-moy faire;
Cerles, je lez despeceray,
NejJi letre n'y lesseray.
Jupiter, de vous av grant yre
Quant ne puis cez Ictres desti*uirc *
S'en suis courrouciez malennent.
1.ÉGIER, messagier.
J'ay tant erré certainement
Que je suis venuz de bonne heuré
Ou lien on Marie demeure
Qui tant est däxwnaire et sage.
Je ly vueii dire mon mesage :
Marie, Dieu sy vous doint joie.
Nostre évesque a vous m'envoie
Qui vous iait .1. commendemenl
Que vous ne lessiez nullement
Que tantost k luy ne soiez ;
k 4
■■j:»
DE N. S. JÉSCS-CHUIST. 35
Pour ce suy k vous envoicz.
Adicu, je na 'en vois autrc part.
NOSTRE-DAMB.
Alez donc ä Dieu qui vous gart
Et vous deflende de contraire.
Vers Tévesque je me vucil traire;
La longue attente riens n'y vault;
Cy voise å Tévesque et die :
Sire, qui tout puet vous saut
Et veulle croJtre vostre honnour!
l'évesque.
Marie, Dieu vous doint benoist jour
Entendez cy, ma douice amie :
Dieu vuelt que je vous marie ; '
II ne vous doit mie desplairc.
NOSTRE-DAME.
Sire, je suis preste de faire
Le doulz commendement de Dieu
Que c'est raison en louz lieu:
A luy touzjoursobairay.
LE MESAGJER. ' '
Pour certain plus avant n'iray. ' :
Je ne me veul plus détrier ;
En ce quarrefour veul crier
Le commendement de mon sire.
Or entendez que je veul dire :
Le grant évesque de la loy
A tous et ä chascun par' soy
Vous mande par letre patenle
Que devant luy, sanz faire atenté
1 1
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De »»""irie «»* ■
p«eJ»chmle ^^^.
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Jute «»»«"""?,
Hle est be«e, c» iue;
•I X ma voVeuvé V
^'esipucettequ^^^ ^^^^^V>\e,
S« ovroDS I é>'e'*H
DB N. S. JÉSUS-CHRIST. 3']
JOSBPH.
Avec lez autrez vueil aler
Au temple regarder Tafaire
Du mariage que doit fhire
Nostre évesque de la pucelle
Qui tant est gracieuse et belle;
Ciray bellemeut saoz courir.
Se Diex me puisse secourir
Au temple monteray a paine.
LE MESAGIBB.
Mon chier Seigneur^ je vous amaine
Tant de gens et groz et menuz;
Trestous sont volentiers venuz
A vous quant mande iez avez.
L^ÉVESQUB.
(^By beaus seigneurs, vous ne savc?
Pourquoy vous ay envoié querre
Et asamblez en ceste terre?
Pour ce le voua vueil bite enteadre ;
Marie me faut sanz attendre
Marier par ceste ordonnance.
Que vous^ qui estez en présenoe,
Prengne une Vierge sanz vordure ,
Et priez Dieu d'entente pure :
En quelle maia elle florira ,
Soit jeune ou viez, Marie ara,
S'en est la somaie.
JOSBPli.
Onque mais nul jour sy fol homnM
Ne lut, ce croy , comme je suy ,
38 • LA NXTIVITÉ
De comparoir en ce lieu-cy
Avec ceulz qiii sont cy venuz.
Touz sont jeunes, je suis cheouz ;
De moy se devroient bien moquier
Et moy appeller dam Riquier :
Honteux suy d'y estre venu.
LE MESAGIER.
Regardez ce villain chenu :
Tout pour certain l'en luy donra
Marie, qui miex ne pourra ;
Il en puet bien estre ^sseur :
.XX. ans a qu'il est tout meur
Et qui comman9a k florir.
II atent trop a soy mourir,
Cest grant domaige.
l'évesque.
Compaing, tu ne dis pas que saige :
De l'omme ancien escharnii*,
Nul bien ne t'en pourroit vcnir.
Or 9a, seigneurs, sanz plus atend^e,
Chascun veuille sa verge prcndre
En faisant å Dieu oroison.
TOUZ ENSAMBLE.
Volentiers, sire, le Feron. . ■
Que Dieu nous puisse secourir!> »
LE MESAGfBR. < ^>
Se ceste verge puet flourif r-
Oix il n'a de verdure point,
Mariez serez bien å point, i< i'-
L'évesque sy le vous octroie.
. • . i
{
DE N. S. JÉSUS-CURIST. 3g
Mcz n^cn estes pas ä .11. doie'
Que la pucelle ä vous atoucbe ;
Vous n'avcz mais dens en la bouche:
Elle arait beau mary en voue!» ' *
l'évesque.
Mettons-nous tre^ous a genous
Et requérons dévotement
Dieu, qui créa le firmament, >
Sy luy plaist nous face savoir
Qui la pucelle doil avoir,
Et^ par sa trez-saintime grace,
Ly plaise envoier sanz espace
En present sanz aucun démoui
De sez sains ciex la digne flour
A celui qui mary doit estrc
A la pucelle. Roy céicslrc,
Car bien en avez le povoir. ,
Cy face pose et puis die :
Je voy la merveille apparoir^- .,
Car je voy la verge florie
A Josepb; il aura Marie.
Joseph , Diex veult que vous l'aiez :
Ja de ce nevous esmaiez, . • .
Vous, puisque Dieu le veult. * «
JOSBPU.
Puisqu^autrement estre ne puet ^
Sire, je ne la refuse ouQ :
De moy sera adea servie.
Quant Dieu le veult je,la ptcndray i
Et a luy gärder entendray ,
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'^*>«^^^'trer^c^^'!>
por ^"""'^
Et
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 4'
Les nopces nous conveodra faire.
J06EPH.
Douice compaigne débonnaire
Jä de riois ne soiez en doubta ;
Vostre volenlé feray toute :
Je voiz quérir nostre iignage.
Or vous maintenez comme sage
En Dien servant.
NOSTRE-DAME.
Joseph , sire ; a Dieu vous comment
Qui vous remaint sain et hétié.
LE PKBMIER BAGHELER.
Beaux seigneurs , véez cy grant pitié.
Diex a fait k Joseph grant grace :
Tout maintenant en cestc place
Sa verge porte ileur vermeille!
LE SEGONO.
Onques ne vy sy grant merveille.
Au dire voir c'est noble chose,,
Et pour tant certain je suppose
Que c'est grace et euvre de Dieu.
LE TIERS.
Seigneurs, oncques mez en nul lien
Je ne vy telles nierveiiles j
Oncques horns ne vit lez pareiiies
D'un baton sec qui est floris.
LE PREMIER.
Ralons-nous en nospaio,
Car ycy ne taisons-nous rien
De
• treSaf^^' "rd'etvno^•
Q«® ' 'T' "» eswe ne
,ett»öree'
•,e \o«* ^*'"** , »nrroVc
v^ -^f-^^tllV ^rM.
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^o\^s
ivou
voo^
eo"«*
DE iN. S. JÉStiS-CliUIST. ^Z
Qui moult noussont aspres et durcs,
Dez sains prophétes andens
Qui furent homes terriens
Et devisérent moult de choses,
Et exposérent en leur gloses,
Dont nous trouvonsen Ysaie,
Qui disoit en sa prophécie :
Ecce f^irgo concipiet
jitquejillum pariet.
Véez-cy, la Vierge conccvra
.1. filz et sy le.pourtera,
Celuy sära le bien eslire,
Et le bien du mal contredire.
Enmanuel nommé sera ,
Lez bonz et mauvaiz jugera.
En .1. au tre lieu est escript,
Et ne le tenez pas en despit ,
Que de Tarbre Jessé vendra
Une verge quiilorira;
Et sy nous dist au86y Sébile,
Qui fut royne de Sezile ,
Que uns boms nestroit d'uue famme
Sanz corrupcion de diflamme.
Balaham aussy propbétiza
Quant son asne a luy pärla ,
Que une estoille ystroit de Jacob.
Ce devroit estre a ce qob
Que Vierge mére entantera,
Et cest ymage trabucliei a ;
Et sur ce le povons bien pi^endre.
44 L4 NATIVITÉ
l'£MPEBIÉR£.
Sartan, or vous vueil defTendre
Que ne lez lisiez å nul homme;
Morir vous feroie, c'est la somme.
Gest example y soiez certain ,
Sy est doumagable et villain
Pour nous et pour nostre loy.
J'en ay en mon cuer grant esnoy.
Ha, Jupiter! Dieu souverain ,
Qui tout avez en vostre main ,
Viieilliez monstrer vostre puissance.
SARTAN.
Sire , je tien ä grant ofTence
Vostre gémir et vostre plaindre;
II convient oez lelres remaihdre ,
Je le vous dy certainement ,
Puisqui ne puet estre autrcment.
YSAlB, prophéte d^enfer.
Vray Dieu puissantet roy céiestre,
Cy nous lessiez longuement estre ;
Nous soufTrons cy tant de doulour!
Enten8,'sy te plaist^ ma ciamour
Et nous ostez de ceste paine.
DANIBL, proyhéte.
Crier devons ä haulte aiaine
De la doulour que nous sentotis :
Ha , roy Jhésus , toy demandons.
Dessens tost , sy nous vien hors traire.
BBLGIBUZ.
Ja pour vosrre crier ne braire
tih N. S. JÉSUS-GHR1ST. 4^
N'istrez encor de not prisons ;
Vous y serez longues saisons
Pour réparer la forFaiture
Que Adam fist en la morsseure
En la pbmme que il menga.
£ve de lui bien se venga
Comme conseillié iuy avoie.
Elle ensuy tantost la voie
De faire mon commendement.
Ainssy pluseurs oommunenient
S'aclina bientost envers moy ,
Et sy dé^ut äutry que soy.
Fay, Bélias, &y bon feu de lä ,
Et j'en feray aussy de sk.
Nous en veorons trop bien k chief
Et leur ferons assez ntieschief
A vant que soient eschapez.
BiUAS.
II sont ore bien atrapez
Ceulz que tenons en noz prisons;
De crapaux aront venoisons ,
Rost de serpens et de couleuvres.
On lez sert touz selonc ieurs 4MiTres ;
Puls entremez d'escorpions,
De chesnes ardens lez lions ; '
Ainssy servons-nous noz subgiez.
YSAIE.
Hé, vrai Dieu, sommes-nous Jugié
A touzjours sanz rédempcion ?
Accomplissiez , nous vous prion ^
46 LA NATIVITK
Car förment sommes engaigié.
BELGIBUZ.
Je croy que cilz sont enragié,
Qui tant braient ore förment.
BRLIAS.
Belgibuz, il ont sentemcnt
De ce que Diex Icur a promis,
Et pour ce le te diz, amis ,
Une vierge est mariée
Que Dieu a partant honnourée
Par laquelle au monde vendra.
Vierge devant , apres sera ,
Et sy sera <Je tel regnon
Que qui rcclamera son nom
Ne pourra faire tant de mal,
Soit veniel ou criminal,
Soit par promesse ou par don ,
Que ne ly face vray pardon
Qui se voudra a elle offrir.
BELGIBUZ.
Faisons-leur assez mal souffrir
Tendis que nous les tenons ,
Puisqu'ainssy perdre lez devons ;
Par Éve lez avoie conquis,
Et par paine et labour aquis.
DIEU.
-Gabriel, vien 9a, douz amis;
Je vueil que tu soiez commis.
Ma promesse vueil acomplir
Certainement saoz dé&illir.
DE S. S. JÉSLS-CimiST. 4?
Et cez prophctes que j'o lä
Crier en eiifer lonc temps a ,
Je ne puis plus leur cry souffrir.
Mez cielx me convient aourir
Et pour eulz devandray hoinme;
Mört souffreray pour cclle poname
Qu'Adam mänga; ce fut mal fait :
Sy fault que par inoi soit refait.
En Nazarcth tu t'en yras, ,
Marie ou temple trouveras,
A qui tu diras de par moy
Que je voudray naistre de soy,
En luy voudray char et sanc prendre;
Je ne puis en meilleur descendre.
Avant que je feissc le monde
La prédestinai-ge sy monde
Que pour moy on ne pourroit miex;
De luy naistray et homs et Diex. ,
Je luy seray et filz et pcre;
Elle est ma fille et sy est ma mére.
Vierge avant et aprez sera,
Ne jå son corps n'enpirera.
En luy prendray humaine vic ; .
De moy sera touzjours seryie .
Et touz humains racheteray.
Et gloire et joie leur donrray.
Va-t-an bientöt sanz fairearrest.
GABRI£L.
Sire , g\ vois et suis tout prest.
A la vi^rgc digne et loial
48 LA NATIVITÉ
Qui n*a pas le cuer desloial ,
Je voiz tantost sanz riens dolotr ,
Et fcray tout vostre vouloir.
Cy voise å Nostre-Dame, et die å genoDx :
j4{fe Maria gratiå plena,
Marie, Dieu te sault, Marie.
nOSTRE-DAME.
Ha , mon douz Créatour , vostre aie !
Onques mais ne viz tel clarté.
GABRIEL.
N'aiez le cuer espo vente ,
Envers Diea as grace trouvéc ;
Par toi est joie recouvrée
Qui par Evain estojt perdue.
N'aiez paour de ma venue,
Marie , en trestout bien encline.
Voy Elizabeth , ta cousine ,
Qui estoit brehaigne clamée ;
Nostre Sire l'a tant amée ,
Et sy bien y a proveu ,
.VI. moisa^u^elle a conceu.
Marie Vierge , yceluy Diex ,
Qui créa la terre et lez ciex,
De sa gråoe t'a remplie,
De ses angtes seras servie.
Cy rafuray le nom Éve
En toy disnnt lez douz ave.
Diex te mende qui est ton pére ,
Qu'il est ton Klz et tu sa mére ;
En toy il prendra char hufnaine
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 49
t ' V-'
Pour cez amis öster de paine ;
.1. tel enfant tu concevras
Dont ä ton cuer grant joie auras :
D'Adam vuelt paier le forfait.
NOSTRE-DAME.
Angles, comment sera-ce fait?
Oncques n'eu d'omme atouchement.
J'ay touzjours vescu chastement ;
Dy-moy comment estre pouroit
Que vierge mete enfanteroit ?
N'cn plus ne pouroit avenir
Que en ce pot peust florir
Une verge, ce seroit fort.
GABRIEL.
Marie, n'aiez desconforl, '
Mais soiez certaine et seure ''
Tu demoras et saine et pure,
Et vierge ton corps demorra j
De riens qui soit n'enpirera ,
Mais tout ainssy com la verriére
Du soleil qui demeure entiére
Quant son ray par my oultre passé
Qui ne la brise ne ne quasse ,
Ainssy demoura ton corps sains.
Du lait dez ciex est ton sain plains ,
Marie, de quoy sera norris
Et aletez le doulz Jhesucris; ,
Gar en toy prendra forme d'omme
Ly Roys des roys, ce est la sofnme;
Tu es sa mére, il est ton fiex ;
u. 4
50 LA NATIVITÉ
De toy naistra et horns et Diex.
Dieu fu avant par déité ,
Horns sera par humanité.
Adonc se mettra en toy
Et abatra la maise loy ;
Nulle rien impossible n'est
A Dieu sy.tost com il ii plaist :
En toy vendra le Saint-espéris.
MOSTRE-DAME.
Ainssy soit (ait com tu me dis :
Diex en qui est toute bonté ,
De moy face sa volenté ;
Car je vois la verge florie.
Diex, qui sur touzas seignorie,
Mon Créatour, je suis t'encelle ,
Je suis ta serve , je suis celle ,
Preste suis de toy recevoir.
GABRIEL.
Marie , plus cy remanoir
Ne puis, je m'en revois és ciex.
NOSTRE-DAMEi
A vous me rens , gloriex Diex ,
A faire vostré volenté.
Dez biens me faites ä plenté ,
Mon cuer savez certainement.
Et mon désir entiérement.
Faites de moy tout voz plaisir y
En voiis amer est mon désir.
Cy descende .i. coulom qui soit falt par bonne maniére.
DE N. S. JÉSUS-CHHIST. 5 1
LB MESAGIEB.
Cy ne fais rien certainement,
Aler m'cn vueil isnellement;
Horns olscux ne vault une pomme.
Je m'en yray tout droit ä Romme.
L'évcsque n'a de moy que faire,
Vers l'emperiére me vueil trair.
Bien say 8'il me veult retenir
Moult grant profit m'en puet venir,
Meillieur ne puis aler quérant
Et je suis légier et courant,
Aler y veuil sanz plus atendre ;
A celle fin vueil-je entendre.
JOSEPU.
•
Certez dure men t suis lassez,
Gar j'ay soufTert paine assez
Et ay longuement séjourné;
Or suis, Diex mercy, retourné ;
A paines me puis soustenir :
Hasté me suis de revenir.
Marie, belle trez-doulce amie,
Pour Dieu ne vous desplaise mie
De ce que j'ay tant demouré.
NOSTRE-DAME.
Louez soit Dieu et aouré !
Je vous désiroie förment
Bien veniez certainement.
Estez vous sain et bien haitié ?
De voz travail ay grant pitié.
Comment le fait noz parenté ?
4.
Vavo^e ''''\^, liva to^'= \^ cV^fevc
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DE N. S. JÉSUS-CHHI^. 53
l'emperiére.
Beau sire, je le vous octroie ;
Comment avez å nom ? dictez le moy.
LE MESAGIER.
Lcgier äy nom , sire , par foy ;
Ainssy m'apel-t-on certainement.
l'emperiére.
Legier semblez-vous vrayment ;
Je vous retien, mon mcsagier.
Maistre Sartan, sanz plus targier,
Envoiez-lc ou vous savez.
S ART AN.
Legier, ne say s^apris Tavez, •
Il convient que tantobt errant
En Bethléem , alez courant
Crier par toute la contrce
Que chascun sanz taire arrestéc
Viegne ä César sanz délaier
Pour sa distribucion paier
A quoy il son t trestouz tenuz.
... j
LE MESAGIER.
Tantost je seray revenuz
Et feray voz commandement.
SARTAN .
Va-t-an bien tost legiérement
Et met en sauF ceste monnöie
LE MESAGIER.
Maistre Sartan , Dieux vous doint joie !
Je n'ay que de courir talant ,
Boire me fauldra en alant.
54 LA NATIVITÉ
J08EPH.
Vrais Diex , que mes cucrs est plains
Et de douleur est mon cuer tains.
Et que trez förment , il m^esnoie !
Certez , estre mört je vouldroie
Que trop laidement suis deceu.
NOSTRE-DAME.
Joseph y qu'avez vous apperceu ,
Qui demenez tel marremeni?
Je vous voiz penssis malement ;
Avez chose qui vous ennoie.
JOSEPH,
Certes, bien mourir je vouldroie,
Que j'ai le cuer abosme et triste.
NOSTRE-DAME.
Quel chose vous a esté dicte ,
Trez-doulz frére ? dictez le moy.
JOSEPH.
Il est escript en nostre loy
Que fame prise en advoultire
Son corps est livré ä martire :
Tantost est arce et lapidée ;
Y ceste loy est en Judée.
Or , voy-je bien qu'ainssy mourrez :
Excuser ne vous én pourréz.
Vous estez grosse, bien le voy ;
Pas ne direz que c'ést de moy ,
Et puisqu^ainssy estez ensainte,
Convaincue estez et atatnte.
En ce pais n'a baulte dame,
DE N. S. JÉSUS-GHRIST. 55
S'il luy avenoit tel clifTamme,
Qui ne fust errant lapidée.
Quant OD sära la renommée
Que n'cstez pas grosse de moy ,
Arse serez, cc poise moy.
L'évcsque m'avoit enchargié
Que voz corps ne fust empirié,
Or, avez-vous trestout gaste
Et perdue vostre chasté ;
Ensainte estez de virenfant:
En voz flans le voy remuant.
L'en vous faisoit et necte et pure ,
Mais or voy lever voz sainture ,
Et combien que soiez delTaite
Ne pourroie véoir que deffaite
Fussiez, et pour tant m^enfuiray,
En longtain päls m^en yray,
Et sy ne say quelle partie.
Diex sy a pure départie ,
Je m'en voiz, vous demorez lasse,
A grant douleur vous serek arse ;
Se poise moy ne vous puis aidier.
NOSTRE-DAME, å genOUS.
Vrais Diex qui me feistes nuncier
Par Tangle et dire le salu
Qui me vauldra le mien salu ,
Vous reposez dedans mon corps
Tant que bien appert par dehors
Onques n'en senty nuUe painé,
Mais demourray entiére et saine^
56 LA NATIVITÉ
Et sy say bien certainement
Que je vous sens pesiblement
En mez flancs. Vrais filz et vrais pére,
Confortez voz fille et voz mére,
Et ce preudomme qui s'en fuit,
Envoiez luy vray conduit,
Et luy donnez sy bon confort
Par quoy il reviegne å droit port ;
Vray Dieu, ä vous me suis donnée.
DIEU LE PÉRE.
Gabriel, va sanz demorée
A Joseph ; de par moy Ii dis
Qui ne s'en voit point hors du pais
Pour Marie, c'elle est ensainte,
Gar elle est Vierge, pure et sainte :
Du Saint-Esperit est toute plaine ;
D'elle, naistra mon Blz sanz paine,
Ja son corps n'en empirera ;
Vierge devant, aprez sera.
Il fait que fol de s'en Fouir,
Méz il se deult bien resjoir
Et tenir bonne coaipaignie.
GABRIEL.
Sire, g'i vois, n'en doubtez mie,
Faire vueil voz commandcment,
Trez doulz pére du firmament.
JOSEPH .
Vray Dieu, vray pére omnipotens^
Je suis au cuer triste et dolens,
Quant de Marie me souvient
i
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 5'J
Et ainssy aler m'en convient.
Vray Dieu, pour quoy avez souffert
Que Marie la vie pert,
Et qu'ellg a fait sy grant oultragc
Qu'elle a brisée son mariagc.
Or, convient-il que je la lesse ;
Jamez nul jour je n'aray léesse.
Or, suys-je certain sur mon äme
Qu'il est fol qui se fie en famme.
Doulz Diex, envoiez Ii confort!
GABRIEL.
Joseph, pren en toy reconfort,
Ne te vueille desconforter,
Nouvelles te viens apourter,
Et angles suis qui viens h toy.
Dieu dez ciex te mende par oioy,
Que tantost tu ne lessez mie
Que ne retournes å Marie,
Et gardez bien que å nul fuer
Tu n^aiez couroux å ton cuer.
Diex Va de sa grace inspirée
Dont elle n'est point empirée,
Car elle oon^ut dignement
Et sanz charnel atouchement.
Son fruit le mont rachetera,
De douleur le delivrera ;
Retourne tost sanz contredire.
JOSEPH.
J'obairay a nostre sire,
Avcc Marie mc tendrav
58 LA SATIVITÉ
E diiigammeot garderay,
Puisque Tangle ainssy m'a dit
Qu'ensainte est du Saint Esperit.
LE MESAGIER.
Je veuil cy crier hauilcment
Et laire le commaodement
De Césaire qui m'a commis
L^emperiére, et m'a transmis
A crier cy ä haulte voix :
OeZy seigneurs, oez^ oez,
De par rcmperiére de Romme
Et le graigneur de touz iez hommes^
Que portez voz distribucions
Chascun ou temple, c'est raisons.
En la cité de Bcthléem
Assez prez de Jbérusalem ;
Alez y sanz arrestoisou
Dedans .111. jours, que c'est raison.
Sachiez qui ne l'y pourtcra
A remperiére tort fera ;
Or, y alez hastivement,
Que c^est raison certainemeut.
JOSBPH.
Vers Yous reviens, ma douloe amie,
Pour Dieu ne vous desplaise mie
Que certez vous ay mespris.
IIOSTRE*DÅiIE«
Loé soit le doulz Jbesucris
Qui ainssy vous a visité !
Sien avez-vous touzjogrs esté ;
DE N. S. JÉSUS-CimiST. 69
De voslTc retour suis bien aise.
JOSEPU.
Pour Dieu, m'ainie, ne vous despiaise
Du blasme que je vous ay dit.
Point ne le tenez en despit :
Mercy vous en ay humblement ,
Car je S9ay bien ccrtainement
Que vous estez et nete et pure
Sanz nul péché, sanz nui ordure,
Et sy portez entré voz flanz
Le roy qui partout est puissans.
Or, vous ay folement mescreu
Que d'autre vous eussiez conceu ;
Trez douice amie, non avez,
Je le s^ay et vous le savez :
Mercy vous cry douice Marie.
NOSTRE DAME.
Joseph ne vous courrouciez mie ;
Pardon vous fais ccrtainement.
Loé en soit Diex haultement
De quoy vous estez revenu ;
Or, sachiez que Diex Pa volu.
Sy voiz visiter ma coustne
Elizabeth qui est moult digne,
Qui est ensainte vrayement
D'un saint enfant ccrtainement,
Car le saint angle le me dist.
HONEST ASSE.
Dame, tout ce sy passera
6o LA NATIVITÉ
Ce povez savoir ceste nuit,
Et pour Dieu qui ne vous ennuit
Une autre fois miex vous Ferav.
NOSTRE-DAME.
Joseph, cy me reposeray,
Mais vous n^arez pas loisir,
J'en suis certaine, de dormir ;
II vous fauldra aler bon erre
En cesle ville du feu querrc ;
Pour ccrtain je veuille traveiller.
JOSEPU.
Ne sai qui m'a vouldra baillier
Pourcertain, ma trez doulceamie,
Mez pourtant ne demorra mie
Que je n'en quiére ou prez ou loing
Si tost qu'il en sera besoing.
Je n'y feray pas longue ätten te,
A vous servir metray m'entente,
De toutes eztez non pareiHe.
LE MESAGIER.
11 est temps que je m'apareille
Pour m'en aler tantost arriére ;
De vers mon mestre Teraperiére
En Roménie retournerav
m
Tout au plus tost que je pourr^y
Bonnement sanz moy traveillier
Gentillement comme mesagier.
NOSTRE-DAME.
Joseph, se Diex vous puist secourir
Alez bien tost du feu quérir
\
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 6 1
Ne faites pas longue demeure,
De traveillier s'aprochc l'eure,
Joseph ne vueilliez plus actendre.
JOSEPH.
Volontiers j'yray du feu prendre
En Thostel de ce marichaK
LE MAlCHfAL.
Trainez å qucue de cheval
Puist estre aujourduy mon varlet !
Assez pis vauh qui ne soultoit
Que de mon profit peu s'en soigne.
Point ne veult venir en besoigne,
En luy ne trove point d'aventage,
Mez que tout cotiroux et domage
Pas ne me fault yty sbngier,
Et mettre me fault ä forgier.
NOstftE-DJkME, å genoos.
Ha ! douz pére du Brmament
Qui tout Feistes certainement
Le ciel et la terre et la mer,
Vous doy-je servir et amer ?
Et sy savez bien la mesure
Combien ciel, terre et mer dure.
Sire Dieu, quand le ciel fut iait
D'angles l'amplistez tout-å-fait ;
Mez ceulz en enfer descendirent
Qui ä orgueill se conséntirent. '
S'y vous prie douz roys dfex ciex
Qui estez péres et vrais Diex
Que confort me vueilliez donnef', '
62 LA NATIV!TÉ
Et vostre grace habandonner ;
Pas ne m:'avez mis en espasse
Du quel don, de la quelle grace.
Trez doulz Dicx, je vous regracie
Trez humblement et remercie,
Car plus de grace fait ni'avez
Que de biens en moy ne savez. .
Puisqu'il vous a pleu å moy faire
Tel don de trestout mon afTaire ,
Je vous requier et vous supplie,
Qu'ainssy com vous m'avez remplie
De vostre filz et sanz délit
Doulz pére sy com vous abelit,
VeuUiez douflrir par vostre amour
Que sanz doulour, que sans clamour
A Ten&nter delivre soie
A sauveté et ii grant joy^.
DIEU.
Michiely Gabriei| venez a moy ^
Alez-vous en, sanz plus d'asnoy,
En Bethléem sanz arester
Ges cicrges å Marie porter :
LES AMGLES.
Nous yrons, sire, hastivement.
En chantant chascun s'y octroit
GABRIEL .
Or y alons chantant tous di*oit,
En portant ces cierges ardant
A la Vierge digne puissant ;
Or nous mettons touz ä la voie.
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 63
M1CHTEL
Bien devons tuit demener joie
Quant ia dame du Brmament
Diex dez ciex servir nous envoie
Qa jus en son cnfantement.
(Gy chantent Feni creaior Spiräus, en alant i Nostrc-Dame, et puis
die.
GABRfEL.
Da mes qui cstez vrayment
De touz angles la souveraine ,
Dieu veult que certainement
Vous délivrez sans nulle paine :
Tous ly mondes en aura joye.
MICHIEL.
Dame, voz filz veult c'on y voie
Lå ou g^siez sy poTrcment :
Dez cierges ardant vous envoie^
Par nous sachiez certainement.
GABRIEL.
R'alons nous en ysnellemcnt
Et demenons tres tous grant joie.
Diex iy péres du firmament
Donra lumiére qui claroie
Au monde véritablement ,
Gar c'est cilz qui touz biens enVoie.
joseph;
Feure, amiz, pour Dieu mercy
A grant besoing suis venuz cy :
De vostre feii me vuerlliez donner.
64 LA NATIVITÉ
LE MaRICHAL.
N'en vucille^ nul mot sonner^
Point n'en arez certainement.
R'alcz vous en hastivement,
Sire viellart, fuiez de cy.
Qui vous fait point venir ycy
Pour moy empeschier de forgier ?
Bien me faitez cy cnragier.
Fuiez de cy, sire villains ;
De mal talant estez touz plains :
Je croy que vous estez espie.
JOSEPH.
Amis pour Dieu je voussupplie
Ne vous vueilliez pas courroucier.
.1. pou vous vueilliez avancier
De moy donner .i. pou de feu y
Gar je ne S9ay ou trouver lieu
Ou puisse avoir, cc n'est ä vous ;
Et je vueil bien que sachiez vous
Que ma tamme souvent travaille.
Sy (ault que bien tost ä luy aille
Et sy a'avons point de clarté :
Assez avons de povreté
Et de paine et de travaili,,
LE MARICUAL.
«
D'mi gros båton de ce travaill
Je te donray ä boime chiére
Se ne te trais tantost arriére.
Or te diray que tu feras:
Point de mon feu n'enporteras
DB N. S. JESUS-GHRIST. 65
S'en ton mantel tu ne l'enportes.
Ne sqay pas se lez gens enortes ,
Gar point n'en auras autrement.
JOSEPH.
Je le vueill bien certainement ;
Sy vous plaist ycy m'en donnez.
LE MARICHAL.
Tenez, viellart, cestuy prenez
Et Femportez en voz giron.
Cy le mete en son giron, puis le regarde.
JOfiEPH .
Diex le vous rende, biau preudon !
LE MARICHAL.
Ha las^ amy, j'ay trop mespris :
Certes bion doy estre repris
Du blasme que je vous ay dit ;
Pas ne le tenez en despit.
Vostre bonté pas ne savoie,
De ce que je voiz ay grant joie,
Gar vous étes .1. preudons sains ;
Vos gironz demore touz sains.
Et c'est le feu enclos dedans.
JOSEPH.
Je vous pardonne maulx talans,
Gar cilz qui touz biens envoie
Vous doint honneur, santé et joie !
Gy voise ä Nostre-Dame en portant le feu en son giron et die :
Ghiére dame, ne vous desplaisc
De vous estoie en malaise ^
II. 5
66 LA NATIVITK
Mais certes je vous fais savoir
Que du feu ne povoie avoir,
Ma doulce amie débonnaire.
Dont vous vient ce beau luminairc ?
Oncques ne vys sy grant clarté.
NOSTRE DAME.
Les anges ly ont aporté
Tout maintenant du paradis.
Joseph, biau frére et amis,
Alez pricr å Honnestasse
Qu'elle viengne cy une espasse
Pour recevoir le vray sire
De tout le mondc et de rempire.
Joseph, ä vous pas n'apartient
De estre cy quant le temps vient;
Sy ne sens-je mal ne détresse,
Ains est mon cuer plein de léesse,
Car je demeure fille et mére,
Sans sentir nuUe paine amére.
Joseph, faites la sä venir.
JOSEPII.
Dame, g'i vois sans alentir.
Ne tarderay ne pas ne heure :
Je prie å Dieu qu'il vous sequeure
Par sa mercy et face aie.
Cy voise å Uonestasse et die :
Doulce amie, je vous prie
Qu'un pou viengnez ä ma moillier,
Qu'elle commence a travaillier
Tout maintenant de vif enfant
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 67
Du roi du monde tout-puissant.
Pour Dieu, belle, je vous en prie.
HONESTASSB.
Certes, amis se g'y aloie
Aide ne ly pourroie faire
Dont ce me vient a grant contrairc.
Nulles mains n'ay que .11. moignons
Qui sont enclos en cez manchons,
Que véoir povez sy en droit.
JOSEPH.
Belle, pour Dieu ne vous ennoit !
Vous savez qu'å moy n'afierl mie.
N'å homme qui enfant manie
Nouvei ; sy venez luy aidier.
De riens n'en povez empirier;
Je vous en prie, or y venez.
HONEST ASSE.
Biau preudons et amis senez
A mon povoir ly aideray
Et Tanfant enmailloteray,
Certes j'en feray mon devoir
Selon la loy a mon povoir :
Cest charité ä Dieu plaisans
Aidier auls povres passans,
Et Dieu en la loy qui bailla
A Moyse le commanda
Il est certain, ne doubtez mie.
Cy Yoise å Nostre Dame et die :
Diex soit avec vous, doulce amie.
Et vous doint paix, santé et joiel
5.
68 LA NATIVITÉ
NOSTRE DAME.
Amen^ amie, Diex vous en oye,
Et vons maintiegne en sainte foy!
M'amie5 soiez avec moy.
Honestasse, ma doulce amie,
Betenez le doulz fruit de vie
Et lo sauveur de tout le monde
Que je conceups et vierge et monde,
Sans de mon corps empirement
Et sans charnel atouchemcnt;
Vierge en fus et suis encoire.
HONEST ASSE.
Or VOUS tien-je doulz roy de gloire,
Mon vray Dieu et nion vray seigneur.
Bien m'avez fait honeur greigneur
Que vers vous n'avoie deservy.
Vous m'avez bien en gré servy ;
Je n^avoie ne doiz ne main,
Benduz les m^avez pour certain.
S'en ceust que ennuit deussiez nestre
On vous eust receu comme grani mestre,
Gar piesga estes attenduz.
Or, estes-vous, sire, vcnuz
Ce n'est pas en sale parée
Mais en hale désordonnée.
Or , ne sgay comjoae aliOttcbier
Quant n'ay drapiaux pour le coucbier;
Je fais doubte que ne vous blease.
Coucbiez serez en cestc crcche.
La nuit est de froidure plaine ,
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 6g
Et cez bestes de leur aiaine
Sy vous feront venir chaleur.
Autrc conseil n'y s^ay meillieur.
Couchiez serez moult povrement :
Vous le deussiez estre autrement.
LES ANGES, chantant Fenicreator spiritus,
Josephy venez hastivement.
Véez-cy le roy du (irmament ;
Faites de i'eaue chaufer bien tost.
JOSEPU.
Madoulce amie, je voiz tantost.
GRATEMAUVAiz, mesagier.
Par Mahon , j'ay ionc-temps séjourné ,
Ne rien n'ay fait ne cheminé ,
Et touzjours n'ay fait que despendre.
Or veull déz hors mais entendre
A gaignier .1. pou de monoie.
Je in'en yray par cesle voie ,
Mon chemin par Rooime tendray,
Et ä l'emperiére m'en yray.
Cy s^en voise par devant lez ydoles et lez regarde cheutes et
puis die :
Ha hay ! Juppiter est trabuohiez ,
Et sy est Tescript eflaciez.
A Temperiére m'eii yray
Et trestout ly raconteray.
Troter m'estuet ysnellement :
Plus ne fejray d'arrestement.
Cy voise å Temperiére , et die a genou» i
Empereur , souverain roy ,
fO L\ NATIVITE
Je vien å vous par grant desroy ;
Nou velies vous vien apportar.
L'EMt>EllEUR.
Juppiter te puist gärder I
Or me diz bientost cez nouvelles.
LE MESAGIER.
.Volentiers, mez ne sont pas belles
Pour vous, sire, ne doubtez mie.
L'autruy passay par Romcnie :
Lä viz touz vos diex trabuchiez ,
Et sy est Tescript deffaciez ;
Ainssy est-il certainement.
l'£MPERLUR.
Ha hay, Sartan! véez-cy lourment;
Se mesagier me dit la råge.
Ha hay , que ferai-ge ?
Juppiter sy est trabuchiez
Et sy est Tescript deffaciez;
Bien me doit le cuer fondre d'ire.
SARTAN.
Or alons lä hors véoir , sire ,
Se celle est elie point appert
Don t Balaam par le en appert.
Cy voisent hors de leur eschaufault et regardeDt le del , et
puis die :
SARTAN.
Sire, véez-la, elle est apparué.
Certes , ce est bien chose sceuö
Que vierge mére a en fante.
DE N. S. JÉSUS-CIIRIST. »7 1
l'empereur.
Sartan, je voy la grant clarté
De restoille qui resplandist
Ainssy comme Baiaam le dist.
De ce ne veull pas contredire :
De moy est nez .r. plus grant sirs.
DIEU LE PÉRE.
Gabriel, en tens que je vueil dire ,
De ce ne me fay contredire ;
Va-t-en nuncier auls pastoreaux
Qui lä jus gardcnt les aigneaux ,
Que le filz Dieu est nez de mére,
En Bethléem , c'cst chose clérc ,
£t a couvert ma déité ,
Par puissanced'u mani té :
Au peuple le facent savoir.
GABRIEL.
Sire , g'i vois sans remanoir
Vostre naissance anuncier :
Auls pastoreaux vas prononcicr ,
Gommen t estes nez de Marie.
Je m'y en vois sans faire eslrie.
Cy voise auls pastoreaulx et die :
GOBELIN , premier bergier.
Riflart, es-tu lä, je te prie?
R1FLA.RT, second bergier.
G'y suis voir ou je n*y suis mie.
GOBELIM.
Be déa, Kiilart, di-moy, es-tu ce?
^2 LA 3fiTITlTE
Rf FL ART.
Or 3sAu bien teste d^aotroce :
Ce suis-je ou oe ne sois-je pas ?
GOBELIN.
Vas-Ui ou le tröt oo le pas?
Ne me re^)ODt poiot de trarers.
RTFLART.
Je vois OU adant ou envers ,
Ou droit oe je ne me repose.
GOBEL1N.
Eli non Dieu Tecy bonne diose :
Tu me tiens bien pour .t. fol quoquart.
RIFLART.
Or escoute , moquin moquart ,
Donne-moy pinie au matinet.
G0BELn«.
Mais sus ta teste .i. bacinet,
Je tedonray ou .111. foisou .un.
RIFLART.
Mais tu auras la fiévre quarte >
.XX. acezou .xl. ou .xxx.
GOBELIN.
J'ay plus chier que ceste rente
T'aviengne, car je n'en ay cure.
RIFLART.
Va 9 donne-moy d'une froissure
Ou la mulete d'un mouton.
GOBELIN.
mais .1. estron t.
DE N. S. JÉSUS-CURIST. ^3
HIFLART.
boif.
GOBELIN.
Je n'ay pas soif ,
Il me fanxh ou fleute ou flaioil.
RIFLART.
Va vendre .1. fassel de glaioil ,
Sy achete ou musetes ou pipes.
GOBELIN.
Donne-moy denrrée de tripe»
Et je te donray de mon poin.
RIFLART.
Le veul-tu ?
GOBELIN.
Oil.
RIFLART.
Ten ta main.
Cy crochc.
GOBELIN.
Grant male meschaiice t^aviegne !
RIFLART.
Mais au plus mauvaiz de Compi^ne y
Ou au pire de Harecourt.
GOBELIN.
Je vueil desjeuner brief et court ,
Il me lault aler sur grant pont.
RIFLART.
Atens Toef , ma geline pont.
GOBELIN.
Ou dca, cest acertes, Ritlart.
74 LA NATIVITÉ
RIFLART.
Par saint mört , tu diz voir guimart ,
Fay aussy sv t'en pren envic.
GOBELIN.
Je te vueil tenir compaignie.
Cy se séent et mengussent jusques Tange parle å euls.
GABRIEL.
Åmis, ne soiez en eflroy
Et vous metez en bon aroy,
Car Diex ly péres Jr vous m'envoie
Pour anuncier une grant joie
Qui est venue par tout le monde.
Diex a son fliz envoié au monde,
Qui vrayment est nez de mére
Et sy soufirera mört amcre.
En Bcthléem le trouverez,
Puis au peuple Tanuncerez;
De riens esbahis n'en soiez.
GOBEUN.
Ha ! hav! que je suis effroié,
Onques ne vis sy grant clarté
Et say lonc-temps bergier esté.
D'une voiz ay-je oy le son,
Dv-nous comment tu as ä non
90
Qui as parlé ä nous sy fort.
GABRIEL.
Point ne soiez en desconfort :
Je suis anges de paradis
Que Diex m'a sy a vous tramis
DE N. S. JÉSUS-CHRIST. ^5
Pour vous anuncier ces nouvelles,
Et qui tant sont bonnes et belles ^
De par luy le vous fais savoir. •
RIFLART.
Amis, or nous fais asavoif ^
Se Diex est nez de paradis.
Ne soiez du dtre tardis
Des Douvelles telles qui sont.
GABRIEL.
Moult grant joie ensamble Tönt
Touz les angez du paradis.
Si vous diray, biauz doulz amis.
En Bethléem est nez nouveaulx
Ly Roy des roys célestiaux.
Je le vous dy certainement;
Alez-y tost ysnellement
Et sy le denunciez au peuple^
Grant joie en sera pour le peuple i
Je m'en vois, plus ne demorray,
Certes plus ne vous en diray*
A Dieu; soiez mes bons amis,
Qui vous doint paix et paradis.
GOBELIN.
Riflart, entens-tu ces nouvelles?
Oncques mez n'oy les pareilles
Ne les merveilles que cilz nous a
Contées qui ä nous cy parlé a.
Il dit^ je Tay bien enlendu,
/ Qu'en Bcthiccm est ilescendu
76 LA NATIVITÉ
.1. bel enfant sy povrcment
Qui est sires du firmament
Et roi du monde et roi des cieux.
RIFLART.
Certes, je l'ay entendu mieux
Que tu n'as &it biau Gobelin.
Mon amy es et mon voisin,
Véoir l^alons et je t'en pric ,
Et sy disons une estampie
De noz .11. bons instrumens.
GOBELIN.
Alons, tu es bons garnemens
Et chalumelons touz .11. ensamble.
RIFLART.
Je le vueil , monstre moy examplc
Et apres toy, g'iray trop bien.
GOBELIN.
. , .Or vien .
Cy voisent å Nostre-Dame» et de loignet die.
GOBELIN.
Il me samble certainement
Que Tenfant voy sy povrement
Entré ces bestes la gésir ;
Ailleurs ne le vueil-jeplus querir.
Dy moy beau conpaing, le voy-lu?
RIFLART.
Malotru, quoquart, testu,
Je le voy mieux que tu ne iais.
GOBELIN.
Tu as inenty, voir tu n^onfais.
DE N. S. JES13S-CI1RIST.
77
Tu n'en fais mio lo samblant.
RIPLART.
Tu diz voir c'est .1. bel enfant;
Je le voy bien avec sa mére.
Jc te prie, faisons bonne chiére
Et iouons Dieu bien hauUement.
Quant Tavons veu certainement,
Au peuple bien tost Fanun^ons.
GOBELIN.
Ccst trop bien dit ; or y alons,
Et en detnenons trés-grant joie.
Or nous metons tost a la voie
Et je feray une estampie
Pour Marion, ma douice amie.
GR\TEMAUVAIZ.
En mon dorment hier, je songoie
Qu'en la ta ver ne joliz estoie
Et demenoie moult grant feste ;
Mais chanler nne covient de jeste
Une chan^on tropt merveilleuse
Qui au cuer me fut angoisseuse;
Car quant j'oy mengié et beu,
Je me trouvay tropt bien dé^eu ;
Car a paier il me covint.
Ne s^ay que mon argent devint,
En ma bource n'en trouvay point
Ce meschief me vint mal h point,
Car gaige mc covint lessier,
Qui me fist mon jeu abessier.
!.« i^r^^^Ti lE f T. -i=.-^=-»Dmi5Fr.
'T*' jm Dia -ai- Mvnit; sseruicc
"^ 'nan&inft iåst::i& ts. 3inu&
L . ±X?^i VT
CY COMMENCE
LE
GEU DES TROIS ROYS
QUI ALÉRENT AOURER N. S. JHÉSUSCRIST.
PREMIEREMENT LE SERMQN
yidimus stellam ejus in Oriante et venimus cum
muneribus adorare Dominum,
Trés-doulces gens , or entendez
El diligaument regardez :
Noble chose voirrez relraire
Qui ä l^ennemy est contraire,
Que ce soit voir la vraie mére
Du monde , qui sans tache amére
Porta le juste crucefix
Et cell e de quoy estre filx
Doit chascun corps de créature;
8o LB GBU DES TROIS ROIS.
Car sur fortune et sur nature
Est royne et mére clamée,
Des anges servie et amée
Comme non pareil de valae.
Sy est droit c' on la salue
Du salut qui nous conforta
Quant Gabriel ly apporta
Du vouloir Dieu en révélant.
Sy disoBS en luy appelaoc
Agenous: a j^^fe Maria.
f^idimus stellam eJuSy etc, »
Diex ly doint bien qui se tera
Et en paix jouer nous lera !
Or vous prie trestous ensamble
Que regardez ce bon vous samble.
Retraire verrez noble chose
Qui au cuer nous doint estre enclose.
Et sera k tous profitabie
Sy plaist a Dieu l'espéritable.
Chascun de nous sy doit savoir
Que nous devons le cuer avoir
K Dieu qui nous fist et forma
Et qui doulcement nous ama ,
Que nestre voult de vierge mére
Pour nous 06ter de mört amére.
Sy entendons diligemment
A luy «mer pariaitement,
Et en ces euvres voulions entendre
Que meillieurs ne povons aprendre.
Or vueil retourner ä matiére
LE GEU DBS TROIS ROYS. 8 1
Qui sera boDne, ferme et eotiére ,
Sy en prie Dieu de cuer fin
Que venir m'en doint ä bonne fin.
Quant le vray Dieu fut nez de mére
En Bethléem, c'est cbose dére,
Diex ly péres certainement
Envoia tost isnellement
L'ange nunder aulx pastoureaub:
Que nez estoit ly roy nouveaulx,
Qui seroit roys de toul le nionde
Et qui tout tendroit å la ronde ,
Et qu'au peuple le denun9assent
Que nuit et jour point ne oessassent. *
Trestout cecy verrez retraire
S'un pou de temps vous voulez taire ;
Puis sy verrez sans faire aloigiie
Gomment lez .iii. roys de Golc^gne
Virent Testoille en oriant
Qui leur aloit segnefiant
Que nez estoit ly roys des roys
Et qu'aourer ly soient touz trois^
Sy com Balaham profétiza
Ainssy le dist et devisa
Qu^esloille ystroit de Jacob
Et sy naistroit lors ä ce cob
.1. enfant des flans d^une famme
Sans santir natureil difiamme*
Ainssy se mistrent ai:| chemin
Ges .111. roys comme :pelerin«
L'un de Tautre rien» jie savoit
u.
t
82 LE GBU DES TROIS ROYS.
Que Diex ainssy lés gouvernoit,
Et puis apres sV s'asaTnblérent;
Pas longuement ne demorérent
Et ce mistrent en une route :
Leur chemin tindrent par Hérode ,
Et tant qu'avcc löy furent
Oncques l'estoille n'apper9urent.
Sy ly oontérent leur afaire
Les .111, roys de noble afTaire
Qui h Hérode förment desplut,
Més son courroux riens n'y valut.
Sy dist aulx roys qui retoufnassent
Par luy quant ils repassassent ;
Ainssy les .iii. roy oe partirent:
Tantost leur estoille revirent ;
Dieu en loérent haultement
Quant it leur fistdetnonstrement.
L^estoille d'aler s'dpresta
En Bethléem ; Ik s^aresta
Ou nez estoit le vråy roy
Et \k se mistrent en aroy.
Les .111. roys de grant noblesce
Acomplir vouldrent leur promesse
Devant Tenfant le roy Jhésus :
La ce sont lez roys aparus.
Sy ly oflFrirent léurs présans
Or, rairre avec encens
Que Diex re^ut et prit en gné
Dont ilz viiidréiA en hault degréV
Quant lez roys öl^cnt acömply
LE GEU DES TROIS ROYS. 83
Que Diex ne mist pas en obly,
Isnellement se départirent ;
D^eulz r'ennaler sy entendirent.
Par Hérode tindrent 1'adresce,
Car tenir youldrent leur promesce ;
Mais de dormy» leur prist talant.
Sy s'endormirent incontinent
Et tantost Diex leur envoia
Son ange qui les avoia
Et leur dist que pas ne r'alassent,
Par Hérode, mez s'en alassent
Par autre voie , car morir ^
Lez feroit sans point alentir. 1
Quant l'ange ot fak son message
Lez .111. roys de noble parage
Se esveillérent isnellement.
Oy avoient en leur dorment
Ce que Tange leur avoit dit.
Pas n'alérent au contredit,
Mais une autre voie espiérent.
Droit en leur pais s'en alérent
Dont Hérode fut moult déceulz.
Sy s'avisa comme confus
Dez .111. roys qui pas ne venoient
Sy comme promis.ly avoient.
Cez sergens inanda par grant yre :
Apertement leur ala dire
Isnellement sans plus tarder
Ålassent lez portes gärder
Que les .ui. roys pas ne passassent,
6.
^
*
I u tii«eie
iM fi0r^m^/ «t4iMC iift JutUm ia <säaBn « linr r«La ra0ff«
I /«/fiM fdHi cUz qui lönt avoie !
LB GEU DES TROIS ROYS. 85
L'estoille voy certainement
Dont Balaham fist le trestement
Et dist en la prophécie,
Bien pert qu'elle est assaucie,
Que de Jacob estoille ystn^t
Et .1. enfés de vierge naiströit
Diex ly péres omQipotens
Vers lez parties d'OriaDty
Et que .111. roys le requerroient
Qui de sa ligniée ystroient.
Or avons lonc temps actendu
L'estoille qui nous a rendu
Sy grant clarté nouvellernent ;
Or s^ay-je bien certainement,
Gar oncques méz nulz ne la vit,
Suir la vouldray sans respit
Tant que l'enfant aray trouvé
Et de mon trésor aprouvé.
Du plus lin or que fineray
Presant et bonneur ly feray.
Ceste coulpe cy toute plaine
Ly offreray ix son demaine.
C 'est droit que or aifiert ä roy ;
De naouvoir veul prendre Taroy.
Ja pour homme ne le lesray
Que je ne suive cest cler ray,
Ne pour guerre ne pour baine
De moy face de voir ly digne.
N'aresteray ne bourc ne ville,
Non pour quant le roy de Sezille
86 LE GEU DES TR01S ROYS.
Me het a mört et Quins de Terce^
Gar moult leur av fait grand apresse
Par guerre dont les ay grevez.
Sire, vuelliez que sauvez
Soie tant que trouvay vous aray
Et plus d'arest je nV feray
Qu 'apres cc roy je ne m'en voise.
MELCHION , second roy.
Trés-doulz Diex , pas ne me poise
De ce fait cy certainement
Qui cy nous fais démonstpement
Par celle estoilie que je vois luire ,
Qu'å moi n'ä aultry ne puist nuir&
Fors profiter en monstrant
La Nativité de Penfant
De quoy Balaham prophéti^a.
Ainssy raconté esté nous a
Que de Jacob estoilie ystroit
Et adonc .1. enfés nat3troit
Roys des cieulx et roys du monde^
Je voy bien quUi est nez au monde.
Par ce cler signe que je voy lä
Tant le suivray que gMray Ik
Ou celuy est qui Ta fait luire.
En ce fait me veul-je déduire :
N^aresteray pour mört pour vie
Ne pour homme qui me guerrie>
Et sy me het le roy d'Arrable.
Or m'en gart Diex 1^3spéritable '
Qui fist la mer et toutez gens :
LE GEU DES TROIS ROYa. 87
Ceste bouite plaine d'enQens
Ly porleray pour sacrefice.
Chose ly face qui ly souffise
Et me ramoint ä sauveté.
JASPAR, tiers roy. '
Grant joie ay de la clarté
Que je voy lä qui cy resplant,
Qui luit plus cler qu^un oriflaal
Dont Balaham fist le trestement.
Ainssy est-il certainement
Q'une estoille ystroit de Jacob,
Et s'y nestroit hors a ce cob
.1. enfant dez flans d'une famme
Sans sentir naturel diffamme.
Or voy bien qu^ cilz est nez :
J'en puis bien estre assignez
Par ce cler signe que je lä voy.
Or vueil je prendre errant Taroy
De le servir sans plus d'arrest.
Tant que saray ou Teniant est
Ne doubleray ne roy ne conte
Tant me hée de quoy tace conte
Gar ne leroie pour morir
Gesle clcrc estoille ä suir
S'aray trouyay ce doulz condliit
En la quel main nous somme^ tuit,
Et pour ce qu'a pris corps mortel
Ly porteray oflrende tel
Gommc de mirre plaine boii^t ^ . :
Oigncnicnt est qui ce lient mpilo :
j
88 LE GEU DES TROIS ROYS.
S'afiert bien ä la sépulture
D'oaime mortel et ä nature.
A celuy m'en yray droite voie ;
Or ly prie-je que je le voie:
Ge ray suivray sans arestance.
BALTAZAR.
Sans faire longue demorance
Sy me sarray pour esprouver
Comment conpaignie trouver
Pouray qui s'en voit ceste voie.
MELCHION.
II me samble que séoir voie
.1. roy en my ce chemin
Tout seul comme .1. péierin *
Baltazar est, ce m'est avis,
Roy d'Arable k tous plevis;
Espié m'a si com je croy.
A luy yray sanz désaroy,
Mercy et pardon ly requerray ;
Sy m'asault ne me defTendray
Qu'å luy n'a aultruy ne vueil mal,
Ains pardon tout de cuer royal
Et vueil com vrais martir morir.
BALTAZAR.
Il me semble vers moy venir
Que je voy Meicbion de Sezile.
Ne s^ay sy scet par nulle guille
Que je doie passer par cy .
A luy yray crier mercy
De tout ce que mefTait ly ay,
LE GBU DES TBOIS ROY^. 89
Car moult lonc temps guerroié l'ay :
Ne scay si m'en fera pardon.
MELGHION.
A roy Baltazar, ou saint nom
De celui qui sa jus nous maine,
Vous cry mercy de la grief paine
Que vous ay fait en guerroient.
Ce voulez, jetie suis néant,
Prenez mon branc, copez mon cbief ;
Bien en povez venir å chief :
Vers vous point ne me deflendray.
BALTAZAR.
A roy Melchion, non feray,
Ains me met en voz volentez.
De moy faictes vo?^ talantez :
Copez mon chief, ce povez faire ;
Faites hardiement sanz meftaire
Car pardon vous fais bonnement.
MELGHION.
Sy fais-je å vous certainement.
Baltazar, qui vous amaine cy ?
Ne pour quoy estez venuz cy
Tout seul ainssy sans conpaigoie ?
B ALT AZ AR.
Celle estoille de ray gai^nie
Dont Balaham fist le trestemei^t^
MELGHION.
Certes sy vicn-ge prestement
Apres lui tant que soie assigné
A l^enfant petit nouvel né
go LE GEU DES TROIS ROYS.
Et pour oe sui&-je venuz cy.
Or nous seons .i. pou icy.
Venir me semblc le roi de Tarce :
Vers nou5 s'en vient sanz fairo espasse ;
Le plus qui puet vers nous s^adresse.
Vrais Diex que j'ay grant léesse !
Baltazar voy et Melchion
Parler ensamble sanz tancoa.
Je cuit qui soientt acordez,
Point ne lez voy désacordez.
Je me tiens en pbédiance,
Vrais Diex, qu'avez grant puissance^
Ces .11. ai guerroiez lonc temps.
Ne scay si spnt de moy cQntemps.
De tout ce que leur ay n^efiait
' Ne scay s'il yront au deAait :
J'irai ä eulz crier mercy
Puisque trouvez le^? ay ycy.
Cy voi&e présd*eulz, pois die :
Seigneurs .11. poysqui este^ lå,
Aiez mercy de moy qui a
Mespris vers vous en toutes guises.
Toutes vengences soient prises ;
A vous me rens tout ä bandon
Et de ma moit vous fait pardon :
De moy faictes touz voz plaisir.
B\LTAZ4R.
Nous voulons faire voz plaisir '
En l'onncur de celui qui cc ray
LE GEU DES TR0I9 ROYS. 9 1
Nous envoie par conduit vray.
Ou alez vous ? or le nous dites.
J ASP AB.
Les choses sont ainsy escriptes
Qui sont prophétiziés de pie<jå,
Que une éstoille que je voy la
Qui nae malne vers Oriant,
Et la est nez ly roys puissant,
Et celuy vois-je-aourerj *
Servir le vueil et honorep,
Et pour ce suy-je cy venuz.
MELCIIION.
Sire, vous soiez ly bien venuz!
Loez soit Diex de cest afTaire !
Bien nous doit ä tous .111. plairo
Qui ainssy nou$ a asseinblez \
Prions ly que désassemblez
Ne soiens tant que l'aiens vcu.
BALTAZAR.
Puis qu'ensy est qui ly a pleu
De nous ainssy aconpaignier,
Or vous prie-jc sans espargnier
Que ne veullons dcmcure faire
Et n^empeschons pas cest aflaire ,
Car bien véons noble exanoplo.
MBLCHION.
Seigneurs, je lou que tous ensambic
Nous nous mestions eit-esrav
t/
Et pour certain je croy de vray
Que cilz qui touz bions nous envoie
Gettes, c ^ ^ quan^ * V--
Car toou^t ^ ^;^^^. . ^
LE GEU DBS TROIS ROTS. pS
Ceste estoille aler nous fera.
Bien per t que cilz est grans sa jus
Qui tel signe fait lassus.
Certainement cilz est Dieu vray
Qui sur nous fait luire ce ray ;
Et quand Diex le nous envoie
Pour nous mencr ä droite voie ,
Or me dites, qu'atendons-nou8 ?
MELCHION.
Sire, c'est voir ; avan9ons nous.
€y voisetit en tonr le champ puts die :
MELCHION.
Seigneurs, au poroir Hérode somes ;
Cest .1. grant homs enlre lez homés.
Yrons-nous point parler a luy?
Savoir sy scet riens de celuy '
Que nous quérons et nous adrecier ?
Ce nous pourra bien avencier.
Bien croy quMl nous ensaignera.
JASPAR.
Alons y véoir qui nous dira ;
Ne puet qui n'en saiche parler.
BALTAZAR.
Cest bien dit : penssons de Tåler.
Cy voisent entonr le cfaamp jusques le mesagier dit parlé.
TRÖTEMENU, mesagier.
Aler m'en fault ysneltement
A Hérode certainement
Pour lui conter et retraire
De ces .iii. roys lout leur aiaire .
94 I^K ^^^ ^^^ TROIS ROTS.
_ - ----
Qui eiitrcz sout en son pais :
Ne scay sMl est de eulz hais.
Troter me fault plus que le pas ;
Plus ne feray ycy repas
Que ma borce est mal garnie ;
Aler ne puis en conpaignie.
Y n'i a miton ni croisete ',
Une chose est qui me dehete ;
Sy sachiez bien certainement
J'cn yray plus légiérement.
Yoise .1. ^ur eutour le champ, puis dieå Hérode
Hérode, roys de noble affaire,
De grant Dieu vous vueille parfairel
Nopvelles vous viens anuncier.
HÉRODE.
Bien soiez venuz, mesagier,
Or le nous dy appertement.
TROTEMEISU.
Tantost; sire, certainement
Vous en diray trestout le voir.
Hérode, bie vous faiz sa voir
Que .111. roys son t en vostre terre
Entrez; ne scay qui viengnent querre,
Et touz ceulz son t sans conpaignie,
Sans bacheler ne sans mesgnie,
Ne je ne scay quelle part ilz yont
Ne de quelle partie iiz sont.
L'aultruy lez viz a Garnemuz
Et tantost vers vous suis venuz.
(i) Petites piéces de momiaie.
LB GEU DBS TROIS BOYS. gS
Ainssv est-il, Irés doulz beaulx sire.
HÉRODE.
De cc que me diz ay grand yre.
Maistres Hermés, venez avant;
Plus corrociez suis que devant.
Avez oy que cilz m'a dit :
En mon cuer en ay grand despit.
Il dit que .iii. roys entrez son t
En mon royaulmc bien parfont ;
Conseilliez m'en que j'cn feray.
IIERMÉS.
Certes, sire, je vous diray
II sera bon que vous sachiez
Quel part ilz vont, et en sarchiez
Qui vont quérant ne qui demendent.
HÉRODE.
Tantost saray a quel fin tendent.
Mesagier, bien tost ysnellement
Va-tcn, bien tost appertement
Et te diray que tu feras.
A cez .III. roys tu t*en yras :
Viengnent bien tost h moy parler
Que savoir vueil qu'ils vont quérant.
TROTEMENU.
Cerlez, sire, g'i vois, corant
Et vostre commendement feray,
Et aux .III. roys bien je diray
Ce qu^avez dit, mon chier seigneur.
HÉRODE.:
' Va, n'areste ne nuit ne jour.
96 LE GEO DES TR018 BOTS.
TROTEMENU.
Aler m'en &ult saoz demorée :
Faire me fault bonne journée.
Au 111. roys bien tost in'en yray
Et mon mesage leur conteray.
Cy Toise au .ui. roys el die :
Seigneurs .iii. roys de noble afaire^
Le grant Dieu vous vueille par£aiire I
Ilérode, le grant roy puissant,
IVfenvoie a vous tout en présant
£t vous ooende ainssy par moy
Que vous ailliez sans nul desnoy
A luy parler ysnellement.
Véoir vous veult certainement ;
Alez y tost sanz plus d^arest.
De movoir me vueil fåire prest
D'aler en .1. aultre mesaige ;
Laissier ne vueil pas mon usaige :
Je m'y en voiz hastivement.
BALTAZAR.
Tantost yrons certainement.
Seigneurs , or penssons de l'aler :
Sy alons k Hérode parler ;
C 'est .1. grans horns cntre lez homes.
En sa subjeccion maintenant somes.
Et aussy parierons k luy
Savoir sy scet rien de celuy
Que nous quérona et nous atrecier :
LB GEU DBS TROIS ROYS. 97
Ce nous pourra bien avencier ;
Sy alons véoir qui nous dira.
MELCHION.
Espoir quMl nous ensaignera;
Ne puet qui n'en sache parler.
J ASPAR.
Cest bien dit, penssons de l'aier.
Cy Yoisent entonr le champ pais die :
«
BALTAZAR .
Seigneurs, entendez a moj.
Il me samble que je Ik voy
Hérode, roy de noble afaire.
Alons-y nostre fait retraire :
A luy parleray le premier.
MELCHION.
Or le faisons sanz détrier.
Gy Toisent å Hérode, pais die :
BALTAZAR.
Hérode, qui a grant povoir
Et qui tout fist a son vouloir,
Vous doint santé, joie et honeur !
HÉRODE.
Bien viengniez-vous, noble seigneur !
Dictez-nous, sy vous vient k plaisir,
Dont estez vous et que quérir
Venez-vous cy en ceste tcrre ?
Estez-vous chaciez de guerre ?
Dictez-le nous, je vous en prie.
MELCHION.
Hérode, voulez que je vous die.
II. 7
or toe d\te9 ^ -^^et.
Q«Vano«9C«*^^„,^vé«
Nesté,q«^^°;^b„a»a«e,
-route créa^^^^^^ ^^p,^go^c.
Vou9 et too ep\anie.
LE GEU DES TaOIS ROYS. 99
Que de Jacob estoille ystroit
Et .1. enfés de Yierge naistroit;
Et celluy entré nous quérons
Donc Festoille veue avons.
Pour luy servir et honnörer
Venons nous cy, pour aourer,
Et ly portons de nos trésors.
liÉRODE.
Uermés, bien son t de leur sanz hors
Cez .III. roys qui sont cy venuz.
Ilz nous dienl qu'il est venuz
I. bel enfant qui vont quérant
Vers les parties d'örient,
Novel nez qui est roys dez roys
Et hault juges sur toutes loys.
A poy ne me font enragier ;
ConseiUiez-moy sanz estargier
Et me dites que j'en doie faire.
HEHMESa
Sire, ne me pouroie taire :
Ce mon conseil croirre vouliez^
Il sera bon que vous sachiez
Leur afaire certainement.
HÉHODE.
Sa, beauls seigneurs^ venez a van t :
Dictes bien tost sanz contredire
Ou alez querre c'est grant sire ;
Maintenant savoir le voulons.
JASPAR.
Certes, sire, nous ne savons
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LB 6EU des TEOIS ROYS. 101
Entré lez princes de Judée^
Terre pelite est apelée,
Certcs de toy .i. roy ystra
Qui tout Ysrael gouvernera ,
Son pueple et gistera d'essil.
Et je croy que ce est sil
Que cilz .III. roys vont sy quérant;
Et sachiez bien certainement
Que le monde h luy feront croirre,
Et diront en parolles voire
Que cilz enfés est roys du monde;
Et trestout tendra h la raonde.
Sy regardez qu'en voulez faire
HÉBODB.
Ce fait cy ne me puet plaire.
Seigneurs, .iii. roys^ venez avant :
Quant vous aurez trouvé Tenfant
De cuer prié et aouré,
Servi, amé et honouré,
Je vous pri, retournez par cy.
Ciray a luy crier mercy>
Car sachiez, je suis désirant
De aourer le roy puissant,
Et me sachiez dire au retour.
A luy yray sanz nul séjour,
Gardez qu'en cela n'ait defTaulte.
MELCUIOM.
Sy ferons nous sanz nulle faulte;
Tantost retournerons par vous,
Car certes n^i a nul de nous
loa
LB GEO ^2__—
^ , ne f aictes du contralre
Gardex ne wi
Etpenssextostdurev
Nnstre estoiVle pw» J"
SrTsuis förment esbah..
Gettes mes cuers ^^^^^^
«n'entre nous SJ
^^^^^ T,cehau\tcondmt
Xious avons taii h .
^dUquaecondua^^^„,,,engne.
5«-^'°"'ronrW.etenir7
l^asl ou pourrons
,svvousv\entäp\ai«^
Seigneurs, sy ^ g^„ous ,
Metons-nousto«*^.^^^^^„ous
sy P"°"t^^'^me nous renvole
^^ ^"^ ^"^Sotement
^^^^^"aonncondmsement
Quc ne savuii
LE GCU DES TROIS ROYS. Io3
JASPAR, ågenous.
Vrais Diex en qui n*a point d'amer,
Vueilles nous secourir sy te plaist.
Perdu avons dont nous desplaist
L^estoille qui nous conduisoit,
£t en Oriant nous menoit :
Sy ne savons qu'avons meftait.
Vers toy quant vais au delTait
Si le prions doulz roys dez ciex
Qui es vrais si res et vrais Diex
Que Testoille tu nous renvoiez
Que envoié tu nous avoiez,
Par quoy nous le puissons trouver
Et tout noslre fait achever.
Gar moult grant désir en avons ;
Méz plus aler nous ne savons,
Perdu avons nostre lumiére.
BALTAZAR.
Seigneurs, or faisons bonne chiérc ;
Je voy l'esloille raparoir.
Or la povez-vous bien véoir.
Gar cilz veult que nous la véons,
Seigneurs, qu'enlre nous sy quérons;
Gar point ne nous a oubliez.
MELCmON.
Il nous a moult bien desliez:
Louez soit-il de cest atfaire !
Sy ne voulons demeure faire,
Et penssons fort de Tåler.
Io4 hl& GEU DES TR0I9 ROYS.
J ASP AR.
S'ä mon souhet povet aler,
Nuit et jour d'aler ne feroie.
BALTAZAR.
Gertainement aussy vouldroie.
MELCHION.
Cheminons; que Diex nous conduise !
J ASPAR.
>
Ålons et ja riens ne nous nuise !
Et ne cessons tant que nous soions,
£t que Tenfant trouvé aions !
Cy voisent .i. tour ou .11. enmy le cbamp et puis die Baltazar.
RALTAZAR.
Beaulx seigneurs, entendez ä nioy,
Et arestez .1. poy en quoy.
Laissiez me dire mon désir
A celuy que lä voy gésir
Comme enfant és brås d'une famme
Qui pain d'ange a homme samme.
Sur luy est Testoille arestée
Qui de nous a faicte la menée.
Puis s'agenoille devant Nostre-Dame, et puis die :
Sires, enfés en humanité,
Roys des roys en divinité,
Nez sä jus de mére sanz pére,
Mais lassus de pére sanz mére ;
De mére nez temporelment,
De pére perpétuelment,
A roy dez roys, mercy vous cry.
Mon cuer vous doin, ainssy le dy
-4
LE GEU DES TROIS ROYS. Io5
De bouche et sy vous fais homaige.
Et en Signe de ce vous ai-ge
Du plus bel de tout mon trésor
Qui voir est ; j'aporte de l'or,
Car or sy apartient ä roy.
D*une part, je voy sy Taroy
Ou vostre amour vous fait descendre
Qui fait votre mére almomie prendrc
Pour pi^ester vous necessitez,
Car vosenterimes povretez
Avez espousée et enprise.
Dame qui messire tant prise
Qui ne puet plus, prenez cest offre.
Et sy le metez en voz coflre :
Bien fut nez cilz de qui vous prenez,
Car ä .c. doubles le rendez.
A vierge mére et du ciel dame,
A vous me rens et corps et äme
Comme ma dame souveraine
Et de toute doulceur fontaine
Et porte de miséricorde,
NOSTRE-DAME.
Mon filz vous doint paix et concorde
Et iy plaise en gré recevoir
Le don que ly avez. fait de voir!
Regardez, mes enfés Jhesus,
Cez -III. roys qui sont venuz,
Vous véoir de longucs contrées.
Seigneurs, or nous soient nommées
Lez terres dont venistes ev.
Io6 LE GEU DES TROIS ROYS.
BALT\ZÄR.
Dame, dame, pour voir vous dy
Pålens sommes de longue terre
Qui voslre filz venoDS requerre.
Je suis Baltazar, roy d'Arrable,
Et sy Jaspar, roy imparablc,
Et Melchion roy de Sezille
Qui maint bourc tient et mainte ville :
Ainssy est-il certainement.
MELCHION.
Hé ! trez-doulz roys du firmamant,
De tout mon cuer servir vous vueil y.
Amer, doubter, plus que ne suel ;
Gar je voy tout pour certain
Que vous estes roys souverain^
Sire, enfés en humanité,
Roys des roys en divinité ,
Grant fin et grant désir avoie
De vous véoir, plus ne désiroie.
Or suis-je venuz a m'entente
Tant suis alé par bois, par sente.
Offrende vous fais d'encens,
Cest une oudeur qui tres-bon sent.
Geste boite sy toute plaine
Vous offre a vost^e demaine :
A vous appart len t bien tel ofTre.
Dame, metez-le en voz coffre,
Et ly prieZy Vierge pucelle^
Dame, royne, humble encclle '
(1) Encelle, anciiia , servantc.
LE GÉU DES TROIS ROYS. IO7
Car il Ii plaise par sa grace
Que de mez maulx pardon me face
Et que sains et saulz nous conduise,
Et que nulle riens ne nous nuise.
Vierge raére et du ciel dame,
A vous me rens et corps et åme
El ä vostre filz que vous tenez.
NOSTRE-DAME.
Roys, cilz ä qui le donnez
A cent doubles le vous puist rendre !
Filz, or vueuUez en bon gré prendre
Lez dons que cilz vous ont ofTert.
Cilz n'est mie fol qui vous sert
Ain^ois a bon entendement.
J ASPAR.
Gloriex roys du firmamen t,
Ne pourroie plus tenir
Que ne disisse mon plaisir,
A vous sire, qui couchiez estes
Sy povrement entré ces bestcs.
Premier estes sans commandement,
Darrain sans point de finement,
Vie sanz mört et jour sanz nuit,
Vole ä droit port, vrais en conduit.
Je confesse voz déité
Et la vraie humanité
De vous, sire, mez grant désir
Avoie moult de vous véir.
Or ay tant alé et venu
Que a vray port je suis venu.
I08 LE GEU DES TROIS ROYS.
Sy vous présente en vos demaine
Ceste boite de mirre plaine :
GraDt vertu a cest oignement.
Je le V9US dy certainement.
Si vous prie, dame débonnaire
Qui ä nulluy n'estez contraire
Que retenez cest present cil
Que j'ay oflert ä vostre filz.
Et ly priez, vierge Marie,
Que vers iui point je ne varie^
Et nous remaint ä sauveté.
MOSTRE-PAME.
Seigneurs, sachiez pour vérité
Que vostre plaisir je feray
Et mon chier filz je prieray
Pour vous en Iui requérant
Qu'entre tous malx vous soit garent.
Doulz Diex, doulz roys, doulz filz de gloire^
Vous vueilliez avoir en ipémoire
Cez .111. roys qui cy son t venuz
De loing pais entretenuz.
Beaulz dons vous ont cy aportez ;
Assez ont eu de povretez
Pour vous, biaulz filz, en vous quérant.
Or leur veulliez estre garant,
Filz dont délivre fu sanz paine
Et com Vierge pure et saine.
En nom de vous prendray cest oftre
Que bien doit estre mis en coffire,
Et vous prie Irés-doulx biaulz fiex^
kAj
LB GEU DES TROIS ROYS. IO9
Qui estes péres et vrais Diex
Que cez predommes qui cy sont
Qui leurs priéres ä vous font
Que lez gardiez d^encombrement
De mal, d'en8nuy d'enpeschement :
R'aler veulient en leur pais.
JOSKPH.
Seigneurs, ne soiez esbahis,
Car cilz pour qui cy venuz estes
Que cy véez entré cez bestes
Vous donrra dez biens a plenté
Et vous remenrra ä santé
En Yoz päls certainement
Que sires est du firniainent.
Sy ly prierons moy et Marie
Qu'å touz .III. vous söit en aie
Et vous remaint ä sauveté.
NOSTRE-DAME.
Mon filz leur donrra a plenté
De ce qu'il y vont requérant;
De touz maulx leur sera garant,
Car moult bien deservy Pont
Que de loing pais venuz sont :
Cilz s'en veulient tantost r'aler.
JOSEPH.
Traveillez sont de tant aler;
Sy prie Dieu dévotement
Qui lez conduise å sauvement,
Car ilz n'ont mie estez avers.
Certes beaus dons ly ont offers ;
110 * LE GEU DES TROIS ROYS.
Sy leur sera bien guerdonné.
NOSTRE-DAME.
Cilz å qui il ont le don donné
Leur rendra bien quant temps sera»
De leurs maulx lez alégera
Car mon filz est miséricors.
BALTAZÄR.
A vous me rens d'åme et de corps,
Saine royne de tout le monde,
Yierge en qui tout bien abonde ;
Å vostre filz nous commandons
Et en sa grace nous metons :
Dame, prenez a vous Tottroy.
MELGHION.
A Yous prenons congié tout troy ;
Priez vostre 6Iz qui soit garde
De nous, car certes moult nous tärde
Qu'en noz pais nous en aillons.
J ASPAR.
A Dieu, dame vous comniandons j
Congié prenons de vous, Marie ;
Sy vous requier Vierge et déprie
Quc nous veuliiez avoir en garde,
Car vravment förment nous tärde
Que nous soions en noz pais.
NOSTRE-DAME.
Seigneurs ne soiez esbahis,
Car cilz qui tout tient en ces maios
Vous conduie et sauls et sains
En voz pais sans vilénie.
LE GEU DES TROIS KOYS. III
JOSEPH.
Certes ilz n'y fauidront mie ;
Car il a re^u a voulenté
Le don qu'ilz ont cy présenlé.
Cy prierons noz filz et noz pére
Qui lez garde de mört amérc
Et lez remaint saulz et senez
És pais dont ilz furent nez
Et leur doint la joie parfaite.
Cy s^en voysent les .ffi. roys.
NOSTRE-DAME.
Joseph ce que dictes me hete ;
Pour quoy je prie mön chier fliz
Que ces .iii. roys veulHcz conduire
Que riens qui aoit ne leur puist nuire.
BALTAZAR.
Seigneurs, entendez mon plaisir :
Acomply avons noz désir
Que tant a veoir covetasmes
Et moult de cuer ly en priasmes.
Sy vous diray que nous ferons :
Par Hérodc nous en yrons,
Car ainssy nous ly promismes
Quant de luy nous départismes
Et ly conlerons nostre affaire;
Car certes moult ly devra plaire,
Et pour certain grant joie aura
Quant retourner il nous verra
Que Tenfant a veoir convetc.
De Taourer förment ly hete.
112 LE GEU I>ES TROIS ROYS.
Si vous diray que nous ferons :
.1. pou ycy nous dorniiron s
Et certes ainssy je Poctroy,
Gar traveiliiez sommes touz troy :
Piega ne finasmes d'aier.
MELCHION.
Baltazar, bien ferons de l'aler
Par Hérode la droicte voie,
Mais avant que plus nous esnoie
Je lou que dormions .i. pctit;
Gar certes, j'en ay appeltt.
Förment nous sommes traveiliiez,
Puis quant nous serons raveilliez
Tout droit nous metlons au chemin.
Et Dieu en louerons de cuer fin.
Et apres a Hérode conterons
Tout ce que trouvé nous arons,
Gar tenir devons nos promesses.
J ASPAR .
Tenir nous fauldra lez adresces,
Mais reposer nous fault avant,
Gar nous sommes touz récréant.
De cy dormir suis bien d'acorty
Gar nous avons fait le plus fort
Et puis s^irons en nostre afaire
Qui bien a Hérode devra plaire.
Cy facent saroblant de dormir jusqoes Tange ait parlé.
DIEU LE PÉRE.
Gabriel, entens a moy ;
Dire te vueil sanz plus d'esnoy
LE GEU DES TROIS ROYS» Il3
J'ay bien entendu ma mére
De moy prier n'est pas amére,
Et m'a requis pour .iii. predommes
Dez quielz servy esté nous sommes
Et sont venuz de loing pais
De riens n'ont esté esbahis
Et n'oDt mie esté avors^
Ain^ois ont leurs trésors overs.
OfTrende ont fait å mon fiiz
Que j'ay transmis ou monde essis.
Cez roys sy Ii ont fait presens
Or, mirre avec encens,
Et viendrent par le roy Hérode
Qui a le cuer félon et rode.
Cilz leur pria qui retournassent
Par luy quant il repassassent ;
S'ilz y vont morir lez fera,
Aultre vengence n'en penrra.
SUras ä eulx et leur diras
Et de par moy leur deflendras
Que par Hérode ne se revoisent,
Mais par aultre lieu sy s'en voisent.
Ma mére m'en a bien proié ;
Por ce vueil qui soient avoié
Par aultre lieu , car obair
Doy a ma mére; ä son plaisir
Faire comme filzel sy ferai-ge :
Ja de riens encontre n'irai-ge
De nulle riens qu'elle me prie;
Et ce veul bien que chascun m'oie :
II. 8
Il4 LB OEV DES TROIS ROYS.
. Qui pére et mére ne honorera
Il soit certains de mört morra
Et sy vendra a maisc fin.
Cest la conclusion et ia fin :
Qui deshonoure pére et mére
Il est raison qui le conpére.
Sy te diray que tu feras :
A cez .111. roys tu t'en yras
Et leur nunceras de par moy
Que du tout obaissent k moy :
Sy t'en va tost sanz plus d'arrest.
GABRIEL.
Certes, Sire, je suis tout prest
Å faire voz commandement.
Au roys m'en voys appertement
Eulz anuncier ce qu'avez dit :
Point je n'iray au contredit.
Cy voise au .iii. roys et die :
Seigneurs .in. roys de grant bontez,
N'aiez voz cuers espoventez ,
Car Diex ly péres a vous m'envoie.
Cest cilz qui de touz malx nestoie,
Commetez-Yous en sa puissance :
D'erreur en vraie cognoissance
Vous avez son filz aouré,
Sy en devez estie honnouré.
Il ne veult pas que périssiez
Ne que point d'enconbrier aiez ;
Sy vous diray sanz parabole,
Entendez bien k ma parole,
LE GEU DES TROIS ROYS. I 1 5
L'aultruy quant vintes par Hérode
Qui a le cuer félon et rode ,
Vous ly demandastes le roy
Nouvel néy que en bonne foy
Le quériez pour luy aourer.
Grant fin aviez de ly honorer.
Il vous dist que retournissiez
Par luy et faulte n'y fissiez ,
Et qui le vendroit aourer ;
Il ment, méz murtrir et tuer.
Etsavez tant qu'avec luy fustes
Oncques i'estoille n'aparceustes.
Sy vous mende Diex nostre Sire
Qui est bon phisicien et bon mire,
(Cest cilz qui de touz malx nestoie,
G'est celui qui touz biens envoie),
A touz .III. vous mende salut.
Sy vous anunce qu'au retour
Vous en ailliez par aultre tour ;
Certes point ne se forvoie
Qui va bon chemin et bonne voie.
Or avez-vous commancié bien
A son vouloir sur toute rien ,
Méz apres bon commancement
Faut-il bien bon définement.
Percéverez touz jours en bien,
Et amez Dieu sur toute rien.
Qui Dieu amera de cuer fin
Dieu aura et gloire sanz fin.
Icy ne feray plus d'arre8t :
8.
il6 LB GEU DES TROIS ROYS.
De Dieu servir soiez toul prest ;
A Dieu soiez, mez bons amis,
Tout droit in'en vois en paradis.
Cy 8*en voise et Baltazar se lieve et die •
BALTAZAR.
Ha hay ! seigneurs, véez cy merveilles;
Oncques mais n'oy lez pareilles.
Je vous dv bien certainement
J'av entendu en mon dormanl
.1. angie qui est descenduz
Du ciel et nous a defTenduz
Que par Hérode ne retournons
Que malvaiz loier en arons.
Cest .1. tiraht de nnaise vie
Il nous feroit perdre la vie :
Tourner nous fault par aultre voie.
MELGHION.
En mondormant bien Tenlendoie;
Sy loons Dieu de cest alTaire
Qui bien nous doit a touz .m. plaire :
Il ne veult pas que périssons
Ne que par ce traistre nous aillons,
Car tous .111. morir nous feroit.
JASPAR.
Gertes bien faire le pourroit,
Gar c'est.i. roy de grant emprise ;
Faire en pouroit tout ä sa guise.
L'ange nous a bien deffendu,
En mon dormant Pay entendu ;
Si obaissons du tout å Dieu.
LE GEU DES TROIS ROYS. II7
Et en allons par nultrc iieu,
Gar bicn devons demener joie.
Loez soit ciiz qui tout avoie
Sy ne faisons plus cy d'arresl.
BAXTAZAR.
Alons nous en, je suis tout prest.
Que le vray Dieu nous conduise !
MELCUION.
Nulle riens qui soit ne nous nuise
Et aler puissions å droit port !
JASPAR.
Le vray Dieu nous soit conforl.
Cy voisent ou ils vourrout.
LE SEMBUR.
Grant tenips a que je oy dire
.1. proverbe ä .i. grant sire,
Et sy disoit, bien m'en souvient :
Qui veult menger guvrer convient
Sy n'a rentes qui le soustiegne
Dont blé et vin souvant ly viengne,
Il n'est roy, duc ne empcriére .
Tant soit sage de grand maniére
Qui sanz peine povist avoir :
Pour ce fault faire son devoir.
Qui touz jours en quoy se tendroit
Oiseure, sy Tafammeroit.
Diex dit : a aide toy, je te aideray,
Ou se senou je te fäuldray ;
Gar cilz qui aidier ne se veult
En grand poverté de fin se treult ,
^ 1 8 LE GEU DES TROIS ROYS.
Poar ce doit l'en grant paine mectre
En labourer et entremectre.
Pour ce me fault-il labourer
Et ina chevance recouvrer.
Du blé feray en ceste terre :
Åucune chose me fault aquerre.
Commencier veul tout maintenant,
^uis semeray incontinant.
Cy face semblant de labourer.
HÉRODE .
Maistres Uermés, entendez 9a :
!^^ous avons atendu pie^a
Cez .111. roys qui par cy vindrent.
Certainement pour fol me tindrent
Quand avec eulz je n'envoiay ;
Certes ne s^ay que j'en feray.
Troublez en suis certainement :
Or me dictes appertement
Que j'en feray, conseilliez m'en.
IiERMES*
Se Diex me met en tres l>on an,
Sire, ne scay que ce puet estre ;
Je croy qui n'ont pas trouvé l'eslre
Encoire ou ly enfés est nez.
HÉRODE.
Certes j'en suis touz forsonnez.
Je vous diray que nous ferons :
Lez passages gärder ferons
Et la ville sera gardée
De bonnes gens et bien armée.
\
LE GEU DES TROIS ROYS. VI 9
Sy ne nous pourront eschaper:
Ainssy seront-ils atraper.
Qa, gens d'arnries, venez a van t ;
Aler vous fault incontinant
Gärder lez pors et la cité,
Et se .111. roys d'iniquité
Passent, par aucune mescliance
Arestcz iez sanz destriance,
Amenez lez appertement ,
Sanz y laire arrcstement :
Gardez qu'en ceia n'ait deffaulte.
Humebroaet et Hapelopin ensamble dient, et soient arm«z bi«n :
Tantost yronssans faire faulte
Et tout vostre plaisir ferons
Que moult grand désir en avons.
Cy facent semblant de aler gärder jusques le semeur ait parlé.
LE SEMEUR.
Des ors inez ne vueil plus attendre :
Mon champ vouldray ycy coraprendre ,
Semer le vouldray maintenant
Sans y faire arresteinent.
J'ay oy dire en .1. proverbe,
Chascuu le scct bien par le verbe :
Qui non laboras iion menduces.
Plus ne vouldray faire pereces ,
Semer le vueil sans alentir.
HUMEBROUET.
Jc me vueil de cy partir;
Hapelopin, en tens a nioy.
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^e scay c« V ^^ ,etra\re
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Cex^^^^^.opfortno'**^:.
poot certe» «op ,ove ,
*.npx »ont p»* , , w^osö-
^''° nus ont faU faire b tn
ne orde Tose •
LB GEU DES TROIS BOYS. 131
De ces .iii. roysque j'ay perdus.
Longuement lez ay attenduz,
Sy ne s^ay que j'en doie faire.
De ce fait cy ne mc puis taire :
Conseiilez m'en isneilement.
HEKMÉS.
Je vous diray certainement
Et bon conseil je vous donrray
Tout le meillieur que je pourray.
Vos gens d'armes prenez errant ;
]Envoiez lez incontinant
pn Bethléem,celle contrée
Lk ou sera la renommée ;
Ou seront trouvez petiz enians
En soubz Taage de .11. ans
Soient tuez et mis å mört
Et qu'å nulz ne iacent acort ;
Car ce cilz enfcz vit et régne
Ii vous destruira vostre régne :
Sy conseille que tuez tout.
HÉRODE.
Par Mahon, je feray trestout
Occire sanz nulz esparnier.
Sä, Humebrouet le premier,
Et Hapelopin touz ensamble,
Dire vous vueil ce que me scmble
Alez vous en sanz plus d'arrest
En Bethléem et soiez prest,
£t me tuez touz lez cnfans
Pessoubs !'aage de .11. ans.
133 LE GEU DES TEOIS EOYS.
Et gardez bien sanz faire acort
Que il soient touz mift ä mört ;
Et ce l^enfant povez trouver
Que Icz roys aloient aourer
Que tantost et ysnellement
Le m^aportiez haslivement,
Ou que j'en aie ou brås ou elles
Que plus ne regnera soubz mez elles.
Alez y tost sanz faire arrest.
HUMEBHOUET et HAPELOPIN ensambU.
Certes, sire, nous sommes prest
A faire voz commandement :
Tantost yrons apperrement.
DiEu le pére.
Raphael, vien sä tost ä moy ;
Va-t-en bien tost sanz nul desnoy
A Joseph et ly va nuncier
Qui s'en voise sanz plus targier
En Égipte^ lui et Marie,
Gar Hérode a grand envie
De faire mon fils mectre k mört ;
Mez je Ii donray bien confort.
Il a commandé lez entans
Dessoubz Taage de .11. ans
A mettre ä mört sanz demorée
Tout contreval celle contrée,
Gar courreciez est duremen t
De ces .111. rovs certainement
Qui retournez ne sont par luy :
Sy en morra a grand esnuy.
LE GEU DES TROIS ROYS. I2l3
Or t'en va tost hastivement.
RAPHAEL.
G'i vois, sire ; appertement
Tantost votre mésaige feray,
A Joseph tout raconteray.
Cy facent semblant d'aler jusques lez diables aient parlé.
BELGIBUS , premier diable.
Bélias, mon beau compaignion,
Entends mon sens et ma raison.
Alons en noz raaisons guestier,
Car il en est trop grand mestier,
Et trop bien nous la defFendrons
Ou aultrement nous la perdrons.
^élias, allons y erraument.
BÉLiASy second diable.
Tu te doubtez trop malement ;
N'i ay qui nous face tortz.
BELGIBUS.
Oil, voir bien m'en recors.
Cil enfés qui devoit venir
Est venuz, bien devons gémir ;
Car certes mört souPFrera
Et puis sy resuscitera,
Puis vuidera nostre maison.
Certes nez est de Marion,
Et Hérode le fait quérir
^^our le tuer et pour murtrir :
Sy ne s^y pas qu'il en sera.
BÉLIAS.
t^y enfez ly eschapera.
I2l4 ^^ Q^^ DBS TROIS ClOYS.
Je le s^ay bien certainement.
A Joseph mande bastivement
Par son angle que ti s'en voise
En Egipte (trop fort m'en poise),
Et qu'il remmainc isnellement
Dame Marion et son en fan t
Et des mains Hérode sera quite.
BELGIBUS.
Sil enlés est de grant mérite
Et son pére le sauvera
Que maintenant pas ne morra.
Devant cé il vendra son point
Et que trestout mettra a point
Ce que son pére a ordené
Que trestout ly est abandonné j
Méz une cliose me desconforte
De quoy souvant il me recorde
Que nostre enfer.il vuidera
Quant de mört ressuscitera.
Sy en suis trestout forsonncz
BCLIAS.
Nous serons trop bien assinez,
Et assez arons conpaignie.
Hérode fait une mesnie
De petiz enfans décoler
Qu'en enter ferons droit aler.
Sy iez tourmenterons apprement ;
Jä n'y aront aligement
Puisqu il seront en nostre garde.
LB GEU DES TROIS ROYS. ia5
BELGIBUS.
Bélias förment me tärde;
Assez leur feray de mescbief
Que bien en venrons ä bon chief.
RAPHAEL.
Joseph, amis, entens ä moy,
De riens ne soiez en effrov.
Diex ly j>éres å toy m'envoie
Et veult que de riens ne l'esmoie
Sy pren ta fame et ton enfant,
En Egipte t'en va fuiant,
Gar Hérode sy läit quérir
Touz lez enfans et fait morir
Dessoubz i'aage de .11. ans
Qui sont vrais, purs et ignocens;
Quar ii est plain de grant desroy
Et cuide tuer le vray roy.
Sy t'en va tost isneliement
Et plus n'y fay arrestement :
De par Dieu le t'ai-je conté.
JOSEPH.
J'ay tout mon cuer espoventé
De ce que j'ay cy entendu ;
Certes j'en suis touz esperdu.
Entendez qa ä moy, Marie^
Et ne soiez point esbahie.
De cy nous en convient aler,
Gar Hérode fait décoler
Sy aval lez petiz enfans
Dessoubz Taage de .11. ans :
136 LE GEU DES TROIS BOTS.
Nulz n'en demeure en ce pais.
Touz cez sergens y a cominis
Et Diex le in'a mendé ainssy.
Sy nous fault tost partir de cy
Et en Égipte nous en yrons.
NOSTRB-DAME.
Puis qu'il l'y plaist^ nous le ferons ;
Sy nous mettons tost en la Toie.
Le vray Jhesus sy nous convoie
Et nous doint venir ä bon port
Que nul ne nous puist faire tort;.
Devant moy mon enfant porteray.
JOSEPH.
Mon troucelet tantost feray
Et vous monteray sus ia mule
Qui pas Yolontiers ne recuteé
Sy nous metrons tost au chemuiy
Tantost avant huy que demain.
Gy voisent Joseph et Marie töat belleiMBt.
BiÉTRiSy iamme*
J'ay .1. enfant de bel a&ire,
Biaus est de corps et de yiaire^
De tous enfés est ly plus biaus ;
Bien iy feray touz cez aniauz.
Cest tout mon soulas et ma joie :
Certes moult bien son temps enplo
Qui ainssy fait telle porture*
YSABEL.
Bien ay fait noble noriture,
Touz jour tenir je le vouldroie.
LE GBU DES TROIS ROYS. 12
Certainement miex ameroic
A morir que il fut mort ;
Cest ma joie et mon confort :
Besier le vueil trestout en l'eure.
BIÉTRIS.
Je prie å Dieu que la bonne heure.
Soit au mien donné maintenant :
Besier le vueil incontinant,
Cest tout mon soulas et m'amour.
YSABEL.
Du mien ne s^ay faire clamour;
Regardez con belle toilette !
Besier le vueil en la bouchete.
Hé Diex! bélasi qui se téndroit
De le amer n'en ne pourroit,
En luv n'aroit sanz ne raison :
Chanter ly vueil de Marion.
JOSEPH.
Dame je vueil .i. pou aier
A se semeur å luy parler ;
Demander luy vueil nostre voie.
NOSTWa-DAME.
Alez, Joseph; Diex vous doint joie!
Cy voise Joseph parler au semenr et die :
JOSEPH.
Amis prodoms, en tens a moy
Et point ne soiez en desnoy ;
Parie a nous .i. pou sy te plaist.
LE SEMEUR.
Certes pas ne me desplaist :
/
iSifV»
*' *^ „'aft >cO *«" .
LE GEU DES TROIS ROYS. lag
Tous lez enfans que trouveroos
Que ja nulz n'en cspargnerons
Tant qu'arons tué le hardel
Qui tant de paine et de duel
Nous fait : avant, ne lessons rien.
HUMEBROUET.
Avant, compainSi vecy le mien ;
De moy sera tost décolez.
BIÉTRI8.
Ha! hay! faulz murtiicrs^ que volez?
Voulez vous tuer mon enfant?
Sanglans truans, larrons puant,
Je vous estrangleray en Teure
HAPELOPIN.
Certez, maintenant sanz demeure
Je descoleray cestuy cy :
James ne partira de cy.
S'ara la teste copée ;
Je ly donrrai telle acolée.
Avant, putain, laissiez aler ^
Tantost vous seray si baler^
Or 9a bientost en male estraine.
YSABEL.
Diex vous met en male sepmaine
Larrons murtriers ; las 1 mon enfant
A faulz malvaiz tristes puant.
Hay! vrais Diex! las! que feray?
Jamais au cuer joie n'auray.
A mon enfant, las! que ferai -ge?
Bien doy avoir au cuer la raige :
l3o LE GEU'DE5 TROIS ROTS.
Merveilles est que ne me toe.
BfÉTRIS.
Lasse ! le mien förment m^ai^e
Lasse meschante mal aheurée !
De quelle heure Ai-ge oncques née?
A! murtriersy on vouspuist pendre!
Or ne sai-^e quel conseil prendre
Puisqu'enssy voy mon entant morf .
De laide et angoisseuse mört
Morir m'en fault certainoment.
YSABEL.
Je ne puis vivre longuement
En tel cmujy en tel tristesse ;
Jamais au cuer n'arav léesse
Quant j'ay perdue toute ma joie.
Certes plus vivre ne pourroie :
Il me faut morir tout en Teure.
HUMEBROUET.
Sans faire ycy plus de demeure,
Hapelopin, mon compaignon,
Je te prie que riens n'espargnon
Tant que nous aiens mis ä'mort
Ce garsson qui nous fait grant tort.
Tant yrons que le trouverons
Et la teste ly osterons,
Anssy qu'au aultres avons fait,
Sans y faire noiae ne plait :
Or en a lons hastivement
HAt»ELOPm.
Je le Vueil bien certainement,
LE GKU DES TROIS ROYS. l3l
%
Car certes j'ay grant désir
Que puisse ce hardel tcnir :
M'espée ou corps ly bouteray :
Autre vengence n'en prendray
Que plus ne vivra, sanz doubtence.
LE SEMEUR.
Vray Diex que tu as grant puissance !
Semé ay ce blé, maintenant,
Cuillir le fault incontinant,
Car je voy bien qu'il en est temps.
HUMEBROUET.
Sk beau prodoms, å nous entens
Et ne Yueilliez de riens mentir :
Tu t'en pourroies bien repentir.
Passa-il hui par cy nul åme
Homme n'cnfant, varlet ne dame
Qui portassent petiz enfans?
LE SEMEUR.
Cerlez, seigneurs, je vous convant
Conques puis que mon blé semay
Personne vu venir n'aler n'ay,
Ne créature petit ne grant.
Or vueil saier mon bié errant,
Certainement plus n'atendray.
HAPELOPfN.
Certes arriére retonmeray,
Humebrouety mon compaignon ;
Faisons bien, tost sy retoumon,
Car plus ne savons ou aler.
Piessa ne finåsmes d'aler :
9
1 33 LE GEU DES TKOIS ROYS.
Le hardel trouver ne povons.
HUMEBROUET
Hapelopin, nous ne savons
Ce tuez est certainement.
Alons nous en hastivement
Et å Hérode conterons
Tout ce que fatt nous arons.
HÉRODE
Entendez a moy, maistrez Hermés;
Je voy retourner noz gens d'armes.
Bien croy qu'il ont fait leur devoir :
Tout maintenant le vueil savoir.
Devant moy venir lez feray
Et puis sy leur demenderay
Ce tué ont ce ribaudel.
HERMÉS.
Se trouvé ont le baltardel ,
N'en doubtezy il ont mis k mort :
A lui n'aront point fait d'acort.
Huchier les vueil incontinant;
Så, gens d'armes, venez avant :
Dictez au roy ce qu'avez feit.
HAPELOPIN.
Certes, sire, sans plus de plait
Le vous dironsysnellement.
Tué avons certainement
Dez enfans assez å planté,
Que bien aviens la volenté.
Cent et .xliiii. milliers
Avons occis de noz aciers.
LE GEU DES TROIS ROYS. 1 33
Esse blen fait ^ qu'GQ dictes-vous ?
HÉRODE.
^i. beau fait avez fait pour nous:
Mez que vous aiez tué l'enfant
Que cez .lu. roysalient quérant
Dictez-moy ce riens en savez.
HUMEBR013ET.
Nanil, Sire ; savoir devez
Que point trouvé nous ne Tavons
Et grant paine mis y avons.
Jå du pais estoit partis
Quant de vous fusmes déparlis
Tres donc que lez blez on semoit.
Bons ä soier sont orendroit y
Je vous en dy tout mon avis.
HÉRODE.
Hay! je doiz bien enragier vis,
Du sans yssir et forsonner
Et mon corps tout abandonncr.
Fuiez de cy, touz vous lueray,
Ne point ne vous espargneray ;
Car yriez suis durcment
De cez .111. roys certainennent
Qui ainssy me sont eschapés,
Que ne lez ay point atrapés.
Morir m'en fault ä grant tristresse
Du grant courroux et de détrece
De Tenfant que n'avez tué.
Certes förment suis argué ,
Morir m'en fault sanz plus atcndre.
l34 ^^ <^EU DES TROIS R0Y8.
HERMÉS.
Vueilliez en vous bon confort prendre ,
De riens ne vous desconfortez.
Solaciez-vous et déportez
Puisqu'il ne puet estre autrement.
HÉRODE.
Mestres Hermés, certainement
Mez biens sont trestouz passez ,
Gar je ne fiis oncques lassez
De mal faire toute ma vie.
Sy ne s^ay méz que je die :
Morir me fault å grant doulour.
RELGIBUS.
Béliasi buy nous croist honour ,
Nous arons noble compaignie.
A Hérode ne fauldrons mie
Que j'ay tant fait pour mon angin
Qu'il vendra tantost ä sa fin.
Il ce veult touz viz enragier.
BBLIAS.
A luy alons sans estargier,
Et faisons tost^ sy nous bastons.
De ce tuer fort Tenortons ,
Sy l'enporterons tout en l'eure.
RELGIBUS.
Or y alons en la bonne heure.
Cy Toisent parler å H^^de, et die :
RELGIBUS.
Hérode , en tens tost a moy
Que diables suis qui viens ä toy.
LE GEU DBS TEOIS ROYS. 1 35
Bien s^ay qu'ä nous tu ez rendus
Et en noz lieux est atenduz
Fay hardiementy et sy te tue.
Gar tu seras en nostre mue.
D'un bon coustel te fier tantost :
Je t'aideray ; or fay bien tost,
Gar vivre ne puez longuement.
Murtrir me fault tout maintenant ,
Ha hay 1 aias ! que feray ?
.1. coutel vueil, sy me tueray :
plus ne vivray certainement.
BÉLIAS.
Nulz ne te voit, fier hardiement ,
Boute fort car je ly ay mis.
UÉRODE.
Certez plus ne vueil estre vis ;
Droit en mon cuer en senz la pointe.
Or est ma vie toute estainte :
Ha bay ! ha hay ! le cuer me (ault.
BELGIB13S.
Béiias, sa vien a Tasault;
Vien tost, Béliaz^ compains,
Cilz c'est tuez ä cez .n. mains.
Voy-le te; cy il est tous mors,
Prenons son åme et son corps :
Oncques ne fut plus malvaiz hons.
Portons le tost en noz maisons ,
Car il tid sa famme murtrir
Et ccz .111. tilz aussv morir j
36 LE GEU DES THOIS ROYS.
£t son pére trcstout vivant
Fist-il boulir en pion boullant.
II cuida lez .iii. roys tuer,
Mais contre eulz ne pot arguer.
Puis sy a fait par sa malice
Dez eiifans une grant justice ,
.xLiii. mille ä grant tort
Décoler et tout mectre ä mört.
Or l'enportons ysnellement
Sanz luy faire aligement
Que certez bien l'a deservy.
RÉLIAS.
Avec nous sera servi
D'entremés de gros bätons ,
Et la sauce d'escorpions,
De coleuvres et de serpens :
Ly ferons-nous touz cez despens.
En .1. beau feu Ven metrons :
Autre aligence ne ly ferons,
Or I'enportons sanz faire arest.
BELGIBUS.
Or 9a, certez , je suis tout prest
Sy pren de 9a et moy de lä.
Or ^a, de par le diable, qh.
Cy FemporleBt en enfer.
DIEU LE PÉRE.
Raphaely amis, entens a moy ,
A Joseph va, dy ly par moy
Qui s'en revoit, sanz faire arrcst,
En la cité de Nazareth ,
LE GEU DES TR0I5 ROYS. 187
Et que de riens ne s'ébaie ;
Qui s'en revoit iui et Marie,
Que de Hérode pas ne se doubte ,
Car il est niort sanz nulle doubte :
Or t'en va tost isnellement.
RAPHAEL.
Sire, g'i vois certainement
Et plus d*arrest je n'y feray :
Å Joseph bien tost m'en yray.
Gy voise å Joseph, et die :
En tens ä moy, Joseph , beau-frére,
A toy m'envoie Dieu le pére ;
Son angle suis qui viens ä toy
Et sy te mande de par moy
Que t'en voise sanz faire arrest
En la cité de Nazareth,
Et pren ta femme et ton enlant,
Sy t'en va tost incontinant ,
Et prens en toy bon reconfort
Que le rov Hérode sy est mört.
Je m'en vois, plus ne t'en diray.
JOSEPH.
Amis, tantost je m'en yray
Puis qu'enssy Diex le me mande;
Je teray ce qui me commande
Que c^est raison certainement.
Alons-en tost hastivement ,
Marie^ ma trés-doulce aniie ;
De Hérode ne doubtoos mie.
Sy retournons en Nazarelh
38 LE GEU DES TROIS ROYS.
Et n'y faisoDs séjour n'arrest.
Or montés, tréz-doulce Marie ;
Ly trés-doulz Diex sy nous conduie ,
Car en sa garde nous metons!
NOSTRE-DAME.
Cest bien dit, Joseph; or montons.
De nous aler förment désire :
Loons haultement nostre Sire ;
Devant moy mestray mon enGatnt.
JOSEPH .
Loer devons le Roy puissant ;
Marie, demenons grant joie.
Or, alons bien tost nostre voie
Que Diex, qui touz nous a formé,
Qui doulcement nous a amé,
Nous vueille donner par sa grace
Qu'en paradis nous aions place.
Sy chantons tant bécus que camus,
Chascun TeDeum laudamus.
EXPLICIT.
GY S'ENSUIT
LA PASSION
NOSTRE SEIGNEUR.
Deus in adjutorium :
Entré nous tuit déprion
S'il ly plaist qu*il me doint 8a grace
Que tel chose je die et (ace
Qui nous soit pourBtable a l'åme.
Sy prierons la doulce Da me
De Paradis qui est sa mére,
Qui ot au cuer douleur amére
Quand elle vit son Blz ofTrir
Aus fauls Juifz pour mört souffrir.
Ly Juifz sans nuUe déserte
Firent k Dieu grant honte aperte.
Cil qui la bonne créance a
Gy die le j^ve Maria.
/Jeus in adjutorium meum :
l40 LX PASSION
Aicz tretuit dévocion
Vers Dieu le Roy de tout le monde,
De qui tout bien partout habonde;
Priez-ly que gärder nous vueille
Que 1'anemy ne nous acueille.
Le sage a propos nous amaine
Une parole bien certaine :
Qui bon maistre sers bon loier atcnt.
Le doulz Jliésucrist ama tant
Son puepie qu'il se mist k mört,
Pour nous en crois souffrit la mört.
Le souverain roy de pitié
Moult nous mönstra grant amitié
Quant pour nous voult char et sanc prendrc
En la pucelie Vierge tendre,
Et ly pieut å nestre de fame
Sainte Marie Nostre-Dame;
Et sachiez tuit communement
Diex n'ot oncques commencement
Ne jamais ne déBnera.
Diex est et tousjours Diex sera,
Més en ce temps que vint en terrc
Par tout avoir douieur etguerre,
Et tristesce et mortalité.
Savez pourquoy ce mot dit é :
Ou temps de lors cil qui oiouroient,
En enfer tout droit avalloient ;
Tuit y alloient, c'en est ia somme,
Et ii mauvaiset ii prcud'ommc.
Cy ol glorieusc ncssancc
DE NOTRE SEIGNEUR. l4l
Quant cil qui a toutc-puissance
Vint entrc nous par sa francbise,
Puis soufTrit que sa char fust mise
Pour nous au plus cruel martire
Que nulz puisse conter ne dire.
Or veul venir å naa mémoire :
Du hault seigneur pére de gloire^
S'il vous plesoit .i. pou entendre,
S'il vous pleist je vous veul aprehdre
Comment Dieu fut mal demencz ,
Vendu, batu, en croispenez.
Les Juifz premier, le menérent
Chiez Anne ou il le liérent ;
Puis chiez Caiphas sanz demeure
Le menérent en icelle heure.
Ly Juifz félon plain d'oultrage
Lä ly crachérent ou visage ,
En le détranchant se déduirent,
Puis chiez Pilatc le conduirent^
Car tuit vouloienti communement
Que Pilate feist jugement
De Jhésucrist le débonnaire,
Mes Pilate neV vouloit faire,
Car pas n'estoit de sa contrée.
A Hérodes de Galilce
Le fist Pilate droit mener^ ^
Mez Herodes tost ramener
Le fist , car il ne treve mie
Que il doie perdre la vie ;
Et Ii vestit Ten robbes blanches ,
1^2 LA PASSION
Grant mauvestié larges par manches.
Chiez Pilatc fut ramenez :
La fut son corps moult malmenez.
Quant lez Juifz yllec le tiendrent;
De leurs mauvez gens Ii aprindrent.
Tantost tout nu le despouUiérent,
A une estache le liérent ,
Couronne d'aubespine firent
Qu'amis sus son chief Ii niirent^
D'escourgées tranchans et dures
Firent sur lui maintes romptures ,
Tant le batirent sanz refraindre
De son sanc font la terre taindre
Que contreval son corps couUoit,
Des grans cous sa char se douUoit.
Apres droit ou mont de Calvaire
Le menérent ly desputaire.
De clous tranchans gros et quarrez ,
Fut Diex pour nous en crois barrez ;
Quant il Tören t bien ^ttacbié
Ou visage Ii ont crachié;
D'une lance trancbant ague
Fut sa char ou costé rompue ;
Tant d^angoisse soufTrir ii firent
Que toutes ses vaines ronpirent.
Pou^nousJbesucrist trop de honte
Ot plus assez que je ne conte.
Ce devcz-vous trestuit bien croire
En crois ot-il venim ä boire.
Ly faulz Juifz tant le menérent
DE NOTRE SEIGNEUR. 1 43
Qu'en la crois tout mort le lessérent.
La Vierge pucelle sa mére
Au cuer en ot angoisse amére.
Pour son filz qu'elle tant aofioit^
Par grant angoisse se pasmoit
En Ii humblement regarder.
Lors la commanda å gärder
Diex k saint Jeban en tel maniérc :
(( Jeban, garde-la com ta mére.»
Et quant il fut a mort livré,
És mains Joseph fu délivré,
Car Dieu ou cuer Ii enorta.
Ou sépulcre Dieu enporta
En une digne sépulture;
Lä fut de Dieu mis la figure.
D'cnfer ses bons amis jetta
Et au tiers jour résuscita ,
Et se mönstra , cbose est certaine ,
Premier a Marie-Magdelaine ,
Et puis a\jls autres tuit ensamble.
Pour ce je vous dy qu'il me samble
Que tel Seigneur fait bon servir.
Qui sy bien le scet desei^vir,
Qui a le servir veult entendre,
Il Ii scet bien bon loier rendre.
Or 1 y prions tous sanz Faintize
Qu'il nous doint faire tel servize,
Par confesse et par pénitance,
Et par vraie répantence ,
Par quov nous puissions trestuit estre
1 44 ^^ PASSION
T^ SUS en la gloire celestre
Fidelium defunctorum
Per secula seculorunij
Ameji.
DIEU.
Je Yucil aler en Béthanie.
Judas, vien en ma compaignie.
Jehan, Jacque, je vous ensaigne
Que chascun de vous en veigne
Avecques nous isnellement.^
S. JEHAN.
Sire, a vostre commandement
Tout maintenant obairons ;
Avec vous volentiers yrons
Et ferons vostre volenté.
JACQUES.
Sire, se Dieu me doint santé
Je ne seray ja traveilliez
De vous servir, mez esveilliez.
Aions-y, car bien m'y acorde.
JUDAS.
Maistre plain de miséricorde ,
Trestout vostre vouloir feray,
Car je vous aime de cuer vray,
Sire, car je y suis bien tenu.
SYMON.
Sire, vous soiez bien venu !
DE NOTRE SEIGNEUR. 1 45
Mesiau ay esté , se savez ;
Vostre mercy guéry m'avez.
Cbascun vous Joit de cuer servir,
Gar bien le sevez deservir
Que vous estes piain de pitié.
Je vous pry par grant amitié ,
Et de tout mon cuer vous supplie,
Que vous et vostre compaignie
Veigniez reposer en nia maison.
DIBU.
Symon ^ tu dis bonne raison ,
Et je y voiz sanz plus demourer,
MAGDALAINB. .
Las, mescbante, bien doy plorer
Coinme pécherresse chétive
La plus qui en ce monde vive.
Plaine suis de péchié d'ordure ;
En punézie de luxure
J'ay vescu toute ma jouvente;
De péchier ne fu oncques lente
Mais en ay esté tousjours preste.
Vilain , bourgois^ cierc ou prestre ,
Las, trop ay esté fole fame ,
Dont j'ay moult enconbrée in'åiiie.
Je ay deservy paine et hontage ,
Lasse chétive, que feray-je ?
Dés or est ma vie eunuieuse :
Lasse, tropt suis malheureuse.
Se aincy péusse venir
Je voulsisse bien defTenir,
II. 10
1 46 LA PASSION
Mais que je bien cODfessée feusse
Et pardon de mes péchiez eusse,
Dieu sy le me vueil ottroier.
Vers Jhesus vois pour Ven prier ,
De péchié me vueille getter
Et par pénitance aquitter
De mes péchiez, dont j'ay grant somroe.
En Tostel Symon le preudomme
Lä est Jhesu , je n^en dout mie ,
Etavec luy sa conpaignie;
Pardon requerray doulcement ,
Et de cest tres digne oignement
Le corps, lez piez ly en oindray :
Certes, jamais ne me faindray
De servir le doulz debonnaire.
Dy, Malquin, pourroies*tu faire
Que .1. peu parlasse ä ton maistre.
MALQUIN.
Par le grant Dieu qui me fist nestre
Je y vois tout maintenant savoir.
Cil Dieu qui fail tout bien savoir
Vous sauve gar t et bénéie,
Doulz Maistre y et vostve conpaigiiie!
Lä bort vous demande une fame.
SYMON.
Je voiså lui tantost par m'åme
Pour savoir ce qu'elle veult dii*e.
MAGDALAINB.
Symon, bien veignies-vous, (leau sire;
A vous demander je vouloie
DB NOTAl SEIGNEUR. 1 47
Se ver vous tant £iire pQurroie •
Que je peusse Jbésu véotr.
SYMON.
Cil que vous véez lä séoir,
Dame , c'e9t cil que demandez.
MLAGPALålNB» .
Beau doulz pére^ cara)'«nteiides,
Je vien ä vous mercy crier
De mez pécbiez , et déprier
Donnez m'eD. veilliez pénitence,
Car j'ay bien bonne repen tanee.
Le fez de mez pécbiez m'esmaie ,
Sire y combieu que mefiiat aie>y
Pardon demant dévotement
De cest précieux oignement ,
Le cbef , le corpeje.voua veil oindrc.
De bonne volanté^ sans faindre ,
De moy toute vous faiz hommaige.
Sjmon, véez-Youfi cy grant outraige
De cet oignenpent respaodu :
Miex le vaulsiat avoir vendu
Et pris de Fai^nt pour repestre
Lez povres que oindre le maistre.
Il valoit bien^ se Diex me voie,
.ccc. .D. de lamODnoie,
Et jamais riens ne puet valoir.
DIEU.
Qui lez povres en noncbaloir
Laissera pas bien ne lera
lO
1 48 LA PASSION
Et cil qui bien lez amera
Il ne perdra mie sa paine :
Pour vérité le vous tesmoigne.
Touzjours en nostre conpaignie
Seront, mez ycy ne seray mie,
Sachiez le tout certainement.
Symon, enten-moy sagement ,
Je t'ay aucune chose ä dire.
SYMON.
Dictes vostre volenté, Sire,
Et je bien vous escouteray.
DIEU.
Et tantost le te conteray.
Qui ambeduy deniei*s devoient
A .1. fort usurier riche homme,
Et .1. en devoit en sa somme
.v. cens deniers pour sa partie.
Ly autre quitte n'estoit mie.
I. denier en devoit
Mez ensensons trop Ics grevoit
Et lez faisoit moult esmaier,
Car il n'avoient de quoy paier.
Ly usurier lez clamaquicte
Celle somme que je t'ay dicte ;
Quant se virent quitte damer ,
Lequel dut celuy plus amer,
Respon-nioy a ceste demande.
SYMON.
Se Dieu de grant mal me defTcnde
DE NOTRE SEIGNEUR. l49
Cil å qui donna plu8 grant somnne.
' DIEU.
G'est droit jugemcnt de preudomme.
Symon, vois-tu cy ceste feme
Qui est triste de cuer pour s'äme?
Ei a droit et sy a.raison.
Entré sui en* ceste maison ,
Les piez lavez tu ne m'as mie»
Ceste de dueil remplie
N'ez fina de laverdéz Teure
Que vint cy de l'eau qu'el pleure
Et de sez cheveux lez essuie.
Son service point qe nf^'eunuie
Car je sul c^rtain qu'elle m'aime
Et qu'en son cuer pitié réclaime :
En moy ferinement elie croit,
De mez piez baisier ne recroit,
Maint mal pas a pour moy passc\
Or en droit me si iassé ,
De son préciex oignement
M*a oing le corps dévotement.
La meilleur part a esleue
Qui ne Ii sera pas tolue.
Fame, je te truis vers moy bonne :
Xouz^tez péchiez je tepardonne ;
Ta foi te fait pardon avoir.
MAGOALAINE.
fieau sire, sy a grant avoir
Que vout ni'avcz ycy don ne,
Quant me/, pcchicz sont pardonoé
l5o LA PASSION
Jc vous rend graces humblement
Que autre richesse ne demant.
Lots chante chonis vaium.
Dieu le tout puissans,
De tout bien cognoissans
M'a pour .i. petit don
Rendu grant guerredon
Bien me doy louer de luy.
Doublement desert ii celluy
Qui le sert et qui Tonneure :
Je me levay huy de bonne heure.
Quant j'ay tout mon peiché conté
Au prophéte plain de bonté,
Quant ma confesse ly o dicte
De mez péchiez me ctama quicte :
Je n'ay pas perdue ma paine.
MARTHE.
Tu as bien faite ta besotgne
Méz une chose trop me grieve :
Ladre mon frére point ne lieve.
Par maladie est si grieve
Trois jours a qu'il ne lut leve ;
Je n'y scay quel consel mectre.
MAGDALAINE.
Sy mandons par bouche ou par iettre
Quérir Jbesu ou je tant é
Trouvé de bien ; s'aura sancté.
Aussy peut it santté donner
Comme il sait péchiez pardonnor ,
Car plain est de miséricorde.
DE iNOTRB SEIGNEUR. l5l
MARTHB.
Ma suer ä ton dit bien m^acorde.
Vallet, Diex te gart depérir !
Va-t'en tantost Jbesu quérir ;
Di Ii je Ii pry séens veigne
Je cuide estre toute certatne.
M4LQU1N.
Dame, se diex me veult conduirc
Bien ferav ce coromaiidement.
Martbe vous sakie bien douloenaent,
De par moy, et sa suer Marie.
Chascune des .ii. sy vous prie
Que le ladre véoir Tenez
Qui de grief mal est sy pene%
Qu'elles cuident qo^il se muire.
DIEU.
Vallety Diex te veille conduire :
Va-t'en, car je yray sans mentir
Pour le gärder et garentir,
Car du ladre bien me souvient.
Seigneurs, aler il nous convient
Véoir le ladre que tant aime :
Marthe pour hii moult me réclaiuie;
II dort, or Talons esveiller.
S. JA8QUE.
De ce ne vous fault conseiUier :
Alez devcint et nous apres.
MALQUIN-
Marlhe, Jbesu, sy est ja préz
De cy; va Ii ton meschief dire.
iSa LA PASSION
MARTHE.
Bien veignez vous, Jhesu, beau sire !
Se eussiez sy esté beau-pére,
Pas ne fut mört ladre mon firére :
Pour iy vous envoiaie querre.
Or^ est-il mört et mis en terre :
Jamez nul bien ne vous fera.
DIEU.
Marthe, suefTre toy qu'il sera
Encor tout vif , dont tu äras
Grant joie quant tu le säras.
Tu le verras prochainement
MARTHE.
Voire au jour du jugement :
Jusqu'ä lors ne puet-ce pas eslre.
DIEU.
Marthe, j'ay la vertu célestre ,
De ce ne soiez en doubtance.
Touz ceulx qui mourront en ma créance
En pou de beure se je vouloie
Resusciter je lez feroie ,
Et ceulx qui en moy croient et vivent
Et le mal pour m'amour eschivent,
Ils aront joie pardurable :
Hors seront de la main au déable.
Marthe, crois-tu ce que je conpte ?
BtARTUE.
Oil , se Diex me gart de honte ,
Je croy et suis toute certainc
Qu'en vous est vertu souveraine. •
i
DE NOTRE SEIGNELR. 1 53
Marie, ma suer, doulce amie,
Vien véoir Jhesu, le (ilz Marie,
Qui nous est venus conforter.
MAGDALAINE.
Jhesu, je ne me puis porter,
Trop me destraint courroux et ire.
Se eusses sy esté, beau sire^
Encore fust le ladre en sancté.
DIEU.
Faitez tantost ma volenté
Et allons ä la sépulture.
MARTHE.
Beau sire, sy gist la figure
Du ladre qui tant \ous amoit,
Qui tous jours, seigneur, vous clainoit.
En vous s^espéranoe estoit toute.
DIEU.
Martbe, sueflfre toy , sy escoute
Sa sépulture me descuevre
Et je te monsterray hel euvre :
Resusciter je veil ton frére.
MARTHB.
Lessez ester, Jhesu beau pére :
Quatre jours a trestous passez
Que mez fréres est trespassez.
II put trop fort certainement.
DIEU.
Marthe, se tu crois termement
Tu verras miracle divine.
Pére, qui vcrlu enlumine ,
1 54 LA PASSION
Je te doy bien mercy prier
Servir, louer et grader,
Gar tu faiz tout ce que je commande.
Ladre, vien hors : je te commande
Que tu monstres k tous ta face.
LADRE.
Jbesu, beau pére plain de grace,
Fous sont tous ceulx et toutez celles
Qui ne croient voz yertuz belles :
En vous croist vertu et babonde,
Povoir avez suz tout le monde,
Vertus faites en petit de heure,
Sire, quel chiére.
DIEU.
Je pkure,
Par ce que je scay bien de voir
Qu'encor te convient recevoir
La mört que tu as jä soufferte ;
Sy äras peine sanz déserte.
De soufFrir mört c'e8t dure cbose.
LABRE.
Pére, en qui vertu repose,
Puisque m'avez resusdté
Je vous prie par bumilité,
Du déable me veilliez deffendre.
DIEU.
Pierre, Jasque, sanz plus attendrc,
Alez ou chastel contre vous
Qui est en la voie contre nwis.
La une ancssc Irouverez
L4
k^
DE NOTRE SEIGNEUR. 1 55
Liée, vous la desUerez
Et la m'amarrez maintenant.
Se nul la vous treuve amenant,
Qui de riens b vous destorbesse y
Dictes ly que il la vous lesse,
Car le maistre veult sus monter.
S. JASQUE.
Bien sarons cé dire et conter,
Sire, se Diex nous gart d'essoigne,
Tout ä vostre commandement.
S. PÉRE.
Nostre maistre, mie, ne mänt :
Vcci Tånesse que quérons.
Jasque, savez que nous ferons ,
Ceste ånesse deslierous.
S. JASQUE.
Bien dictes; je l'enmeneray
Saqz arrester a nostre maistre.
S. PÉRE.
Et je vueil avecques vous estre,
Conpaignie je vous feray.
DIEU.
Bien veigniez, dessus monteray,
En Jherusalem en venrez.
A moy conpaignie tenrrez
Que tendis que je suis en vie,
Je accompliray la prophécie :
Venez en trestoussanz plus dire.
S. JEHAN.
Volenliers vous suivron, beau sirc,
l56 LA PASSION
Puisque la besoigne est sy prestc.
Dessus le dos de ceste anesse
Å mettre nos robes i vous plaise,
Gar plus en cheminerez aise.
Aussy point de celle n'avons.
Le premier enfant de Ysrael chante sus : Gloria laus.
Tu viens cy en nom de Dieu , se savons :
Tu soiez le bien venuz.
Nul ne puet estre maintenus
Sanz loy, sire; sauve nous.
LE SECONT.
Jhesu, tu dois bien de nous
Estre servis et honnourez.
Seigneurs, touz Dicu adorez,
C'est-il sus ceste anesse lä.
LE TIERS.
Frére, esten ce mantel de lä,
Pour Jhesu, par dessus monter,
Gar il vient paier et conpter
Pour trestout le mondc.
LE QUART.
Sire ou bien abonde,
Filz David, toy servent les angles ;
Å toy soit bonneur et louenges,
Roy d'Israel, tu nous sauvcras.
LE QUINT.
Jhesu^ tu nous racheteras, ^
Ge nous recipte l'escripture ;
De mal, de pechié ne d'ordure
]N'eus oncqucs curc en ton vivanl.
DE NOTRE SEIGNEUR. I $7
MALQUIN.
Dieu sauve et gart sire Vivant
Et en bien le vueille tenir.
VI VANT.
Marquin, bien puissez tu venir!
Que te fault ? me veulz tu riens dire !
MALQUIN.
Jc viens parler ä vous^ beau sire :
Nostre (ioy) sera partans morte, ^
Jbesu novelle Ioy aporte
Et va preschant par ceste terre
Pour nos gens a sa Ioy conquerre :
Converty en a grant partie.
VIVANT.
Ceste cbose ne me plaist mie :
J'en vourroie conseil avoir.
MALQUIN.
Sire, faites .i. grant savoir.
A Anne maintenant vrez
Et å Caiphesy et leur direz
Qu'en ceste chose mettent peine^
VIVANT.
Se le grant Dieu me gart d^essoine
Je leur voiz compter ceste aflaire.
MALQUIN.
Et je ne me vueil pas retraire ;
Alons, je vous y vueil conduire.
VIVANT.
Seigneurs, de nostre Ioy destruire
Ne cesse Jbesu le trahistez
i58 LA rjksoooi
Poor Ukmnkx qoe il a dides
Et du dire potnt ne recroit.
Da pueple en loi assex se croi!,
Deoevoir dous venit et trahir.
De TOs gens tous fen hair;
Cecj ne doit-on pas eder
Qoe filz Dieu se &it apeler.
A nostre grant il falt entendre
Qnll Tolt de sa gloire descendre
Poar prendre et cbar et sanc en fame
A Dostre k>T fett grant difl&iiie.
Arec Iny ra .xii. gaignOns
Qae il tient pour sez conpaignons ;
Tonz jours conpaignie ly tiennent,
Avec luy psrtout vont et viennent.
Ly fol croient et ly meschant
La &ulce loy qu^il va preschant.
Par son enchantement getter
Fist le ladre et resusciter;
Ce prescbérres que je toqs conpte
Ne se saint de Vous faire lionte
Et sus nostre loy met defTence
Poor feire tenir sa créance ;
Vous qui devez la loy gärder,
Faictez le prendre sanz tarder.
Sy le faictez tenir de rire.
ANNES.
Vivant, je vous ose bien dire
Se longuement regne
Tout convertira nostre regne.
DE NOTRB SEIGNEUR. iSg
Se le poons ä mains tenir
A mercy le ferons venir :
Je m'acorde bien que on le preigné.
CAIPHAS.
Seigneurs, male bonte ly veigiie
Par qui la cbose demourra,
Et qui Jbesu tenir pourra,
Qui ne ly fera bonte apperte,
Car contre nous l'a bien deserCc.
Il est escript pour vérité
Qu'il convient de nescessité
Que uns boms muire pour la gent toute ,
Jä de ce ne soiez en doubte :
Mez parlons bas ; ne véez vous mie
Judas qu'est de sa compaignie ?
Il nous vient je croy escouter.
judås.
Jä ne vous fault de moy doubter;
Vers vous ne veil estre trabistes ^
Méz tout seurement me diotes
Dont est ce parlement tenu.
Puisque je sais sus seurvenus,
Je vous ose bien fiancer
Se la chose puis avancer
Jä ne me voirrez arrier traire.
VIVANT.
Judas, de ce que Tolons faire
Åvons .1. pou en toy de doubte.
JUDAS.
Par ma créance vous jur toute
l60 LA PAS6I0N
Que courroucié sui ä mon sire,
Par quoy vous me povcz bien dire
Vostre conseil seurement.
Diclez le moy appertement,
Tantost vostre vouloir ferav.
CAIPHAS.
Judas, plus ne te celeray^
Cest de Jbesu qui tout fausse
Nostre loy et la seue eseauce
Et fait k nostre pueple croire
Qu'il est filz au pére de gloire :
A le bonnir voulons entendre.
JUDAS.
Seigneurs , se vous me voulez rendre
Argent de ly, je le vendré
A vous et plus n'y attendré :
Achetez le et me paiez.
VIVANT.
Judas ne soiez esmaiez :
Se ceste cbose puet faire
Que nous aiens le depputaire
De 1'argent auras bonne somme.
JUDAS.
Je croy que vous estez prodomme,
A vostre gré m'en paierez ;
Méz escoutez que vous ferez.
De voz meillieurs sergens mandez
Et asprement leur commandez,
Que chascun ait espée bonne :
Cil venoit aucunc personne
DB NOTRR SEIGNEUR. l6l
Qui Jhesu voulsist revancbier
Que on le puist tout detranchier :
De loing me Quivez sanz mot diré
Et je yray droit baisier mon Mre^
Voians touz eulz en aon viaäge.
VIVANt.
Judas, sy a parole sage.
Je te pry que vueillöz entendre
A ton maistre en noz mains rendre.
.xxx« piéces d'argentpar conpte
Te don, pren lez, n'en aiez hön te
Judas, beau frére, or lez estuie.
JUDAS.
Et je lez prenz point ne m'enni]ie :
Sy lez pendray ä ma couroie.
Seigneurs sachiez que je vourfoie
Que voz sergens ycy fusseiit
Et leurs armeures eusses :
Sy entendroie ä cecy faire.
La monnoie me doit bieo plaire,
De quoy mon maistre est venduz;
Or m'est le disme bien renduz
De Toignement dont on Pongny.
Trop grant dueil au cuer mWpoigny
Quan 1 1'oignement je vy respandre
Sur ly, qui l'eut porté vendre.
Trois cens deniers monlt bien valoit)
Bien savoie que mal alloit
Quant MagdaUine le dprnia. •
U. II
l63 LA PASSION
VI VANT. '^
Judas, en toy vallet bon a :
Chevaliers envoieray querre
Touz Icz plus fors de ceste terre.
Valiet va dire appertemcnt
Pinceguerre que le dement
Pour son profit et pour s'onneur.
MALQUIN.
Se Dieu me gart de deshonneur,
Volentiers feray ceste voie.
Pinceguerre, Vivant vous prie
Qu'k ly vegniez méz qu'il vous plaise.
PINCEGUERRE.
Commant ? est-il dont ä malaise ?
Je y voiz ; se nul Ta deffié,
Je le rendray pris et lie;
Commant qu'il aille en sa maison
Vous a nulz bons fait trahison,
Quel qui soit ou monde vivant,
Dictez le moy, sire Vivant j
Maintenant vencbiez en serez.
VIVANT.
Or y parra que vous ferez
Åppertement ce que vous dictez :
Jhesus le maulvaiz faulz trabistez
A, foy que je doy ma santé,
Trestout ce pais enchanté.
Qui plus vivre le le8sera<
Nostre loy pardue sera, \ i >
Gar je vous dy pour véritéi
• I
Il ^.-
DE NOTRE SEIGNEUR. 1 63
Que le ladre a resusctté.
Il a trop fait de mauvestiez,
Je vueil que pris soit et gucstiez.
Sy vous dy que riens ne me pris
Se .II. bons chevaliers de pris
Avecques vous ne me bailliez.
PINCEGI3ERRE.
Je ne doubte pas qu'i failliez.
Je m'en voiz; quant je revenrrai
Bons chevaliers vous amerray.
Or, auz armez, Baudin, Mosse,
Chascun de vous ait endossé
Son habert et s'espéo pregne ;
Chascun de vous avec moy vegne :
Gardez que plus n'y attendez.
BAUDIN.
Cest fait; puisque le commandcz,
Nous .II. ferons vostrc plabir.
MOSSÉ.
Je vueil ce bon boucler cesir
Qui pour coups ne puet desmentir.
PINCBGUERRB.
Jä Dieu ne vueillc consentir
Que nous reveignons sanz bataille.
VI VANT.
Pinceguerre, Dieu ne te faille
De chose que tu ly requicres,
Ains te doint toutes tez priéres.
Tu me faiz au cuer grant léesse
Quant je voy apres toy la presset
v •
1 1
1 64 L^ PASSION
Qui te suit de chevalerie.
PINGEGUERRE.
Par ma loy vous ne boudez mie ;
Or povez bien commant qu'il aiile
Hardiment hive bataille,
Tuit en sommes entalenté.
ANNE.
Je pry Dieu qu'il vous doint santé
Et vous doint grant honneur avoir.
PINGEGUERRE.
Beau sire, nous voulons savoir
Que nous ferons puisque cy sonames.
VIVANT.
Droit esty bien resanblez prodomme
Et je vous vueil la chose dire :
Judas nous a vendu son sire.
Avecquez lui vous menera ;
A celly que il baisera
Tout maintenant sy ly prenez.
Quant pris sera sy le menez
Droit sus Anne, car moult ly tärde
Qu'on le pende, ou tut, ou arde,
Ou chiez Caiphes nostre maistre
Allez ; Dieu doint que prist puis estre
Et que se soit prochainement !
BAUDIN.
Nous le ferons bardiement
Et maintenant sanz délaier :
De ce ne vous fault esmaier ;
Mais, Judas, fay sy ta besoigne
k
DE NOTRS SEIGNEUR. 1 65
Que pour toy n'aion poiot d'esaoigoey
Car se nul !e veult revencher
Je le vourav tout detrancher :
Or en alons, Judas, beau frére.
JUD4S.
Foy que je doy Tarme mon pére,
Bien feray la chose sanz doubte :
Vous me suivrez de loin par route.
Par trahison le beseray
Et .1. faulz ris ly getteray,
Et puis tantdst le venes prendre
Et au maistres de la Idy rendre.
Quant pris Taurez je seray quitte»
* MOSSE.
Tu as bonnes parolles dictez,
Judas, sachez que c 'est aflaire
Car plus fort vour^ion bien &ire,
Et nous deust on dévorer.
Malquin veulz tu demourer?
Vien-t-en veoir .prendre le glouton.
MALQUIN.
Je voiz ne le prise un bouton
Et de moult puts jeus ly feray, . ,
Et cesle cqrde porteray^
Et ma lance en ma«main tenray ;
Gar se je puis je l'amenrray
A noz maistres pour le destruire.
Sachez qui nous y venrroit nuire
Ne qui requerre le vourroit
De la mört venter se pourroit :
1 66 LA PASSION
\
Couper ly vourroie la teste
JUDAS.
Encore n'est pas la cbose preste
De le maintenant aler penrre. /
CA\PHAS.
Quant dont?
JUDAS.
Ce vous veil apenre :
Pour la cbose estre plus seure
Yous le penrrez par nuit obscure
Quant gent seront k se grisé.
Ét pour estre miex avisé
De lanternez garniz serez
Qu^avecquez vous aporterez
Par quoy pourrez miex aviser
Celui que voulez justiser.
^ Il est bien temps que je m'en aille,
Pour ce que son juger ne faille.
Sy m'atendrez quant revendréj .
Avecquez moy vouz amenrray :
Je ne teray pas grant demeure.
CAVPHAS.
Or va, Judas, en la bonne heure
£t garde bien qu'il ne s'en Aiie,
Gar s^ vie förment m'ennuie.
A^ez vous bien Judas oy ?
Vous devrcz bien estre esjoy,
Se assener povez ccste prise
Que la char du glouton soit prise.
Attendez le sy quMI vous Iruisse
DE NOTRE SEIGNEUR. 167
Par quoy excufter ne se puisse
De rien qu'il soit en nuile guise.
Et sacbez que vostre servise.
Chascun de deniers tout ara,
Que tous jours bon gré m'en sära,
Je le vous promet et convence.
PINCEGUERRE.
Sire évesques, et jé me vente
De quelque heure que. Judas veigne,
Ne trouverons riens qui nous teigne
Que n'y ailliens san^plus.atendre
Penrre son maistre pour vous rendre :
Ce vous promet -je tout de voir.
SYMONv' ..:■.' ":
Malquin ! . /
MALQUXN* )
Sire?
SYMOli.
Dy me voir
A-il point d\yaue ou pot de terre?
MALQUIN..
Ncnuy, voir.
SYMON.
Or en va querre
£1 garde que tantost revcgne'4
Que de Umies putes estrain^z ,
Soiez tu au jour qui estrenez. ' *
MALQUIN. •
Sire, trop mal me demencz.
.( r
Se avez ä .1. pou d'yaue failiy
l68 LA PASSION
M^avez ore sy mal bailly.
Certes oncquez méz n^ failiistez :
Je croy que her soir la respandistez
Quant vous vous allastes couchier,
Car je vous vy aupot touchier !
Dictez, voulez-vous que je y voise?
SYMON.
011 va et lesse ta noise :
Je vourroie ja qu en eusse.
MALQUIN.
Et jc vourroie jk que j'eo feusse^
Foy que je tous doy , revenu .
DIEU.
Mcz disciplezy je suis tenu
A vous gärder et garantir :
Or sacbiez trestous sauz mentir
La samte Pasque aproche mout (i),
Vous devez estre tous semons
A ma céne n'y failliez mie
Que ne m'y teignez coupaignie.
En Jherusalem vostre voye
Sera ; allez, que Dieu vous voye
i
(1) Mont pour moui ou nundt (maitam). On trouve un exemple
de cette modification faite pour la rime dans ccs yere de ia Chansan
des ordres^ salire tré»-piquante contre les rdigieux, doe au trou-
vére Rulebeuf .*
Béguines a on moni; (poi|r on a mouli)
Qai larges robés ont ;
Desious les robes font
Ce que pas ne vous di , elc
DE NOTRB SEIGNEUR. 1^9
Entré vous .11. Jehac et Pierre ,
Mez la maison n'e8t pas de Pierre
Ou vousverrcz entrer .i.Jiomme
Qui pourte d'yaue une somme.
Apréz yrez; quant lä serez,
Le seigneur me salurez :
Dictez que tost sus ly venrré
Et que ma Pasque je y penrré,
Et vous m'y ferez conpaignie.
S. PÉRE.
Beau maislre, nous n'y faudrons m\e
A faire ce que devisez.
Jehan, .1. pouYOUs avisez
Se vous savez cognoistre fonanie
Que nostre maistre nous dit comme
Nous nous parlismes de luy.
S. JEUAN.
Foy que doy , vous vela celuy
Que nous quérons Ijiuy toute jour.
Ne faisons mie lonc sejour
Allons apréz ly sanz Lirder.
S. PÉRE.
Allons, Dieu noys vueille gärder!
Celuy qui nous Hst du limon
De la terre, vous gart, Simon !
Enlendez ä nous, beau doulz sire ;
Nous vous somes cy venuz dire :
Le maistre veult cy reciner
Et nous avec sanz deviner
Somes trcstous de luy scmons.
170 LA PASSIOX
k
SYMOX.
Beaus seignears, oe prisé^je moult
Se Diex me doint bonne santé :
De le vcoir grant talent é,
Car je sui tout en son servise.
S. PÉBE.
Faictes que la table 5oit mise,
Aportcz le pain et le vin.
SYMOX.
Vollentiers, parle roydivin
Et avec ce bonne viande.
DIEU.
Symon, Dieu de péril defTende
Ton corps , et ton åme veille amer.
SYMON.
Sire, ou il n'a ne sel n'amer
Yous soiez bien venuz soiens :
Yous ralumez lez non voiens
Et lez målades garissez.
Se souvent seans venissiez^
.ren éusse joie amiable.
DIEU.
Mez disciples, misc est la table,
Séez-vous tuit, sy mcngerons.
Apréa^ autre chosc ferons,
Car la viande est belle et bonne
Que nostre hoste Symon nous don ne.
SYMON.
Se Diex te doint en bien uscr
Ladre, car nous conpte la peine
DE NOTRB SEIGNEUR. I7I
D'enfer et commant on domåine
Lez åmes et quel douleur sentent.
LADRE.
-Lez diables d^enfer lez tourmentent :
On n'y treuve nully doroiant;
Ainz seuftrent trop cruel tourmant;
Elles ne sont point asséjour
Mais seuflfrent de uuit et de jour
Les åmcs painez angoisseuses
Qui n'en sont nulles foys oyseuses.
Et sont, se piez me doint saucté,
De .IX. ! tourmens tuil tournrientc.
Le premier est de feu ardant
Qui tout le corps leur va lardanC,
Et tuitcil demennent ce vise
Qui Qnt pechié par convoitise.
Ou secont n'a-il point de grace :
Il sont en feu et puis en glace.
Lä sont cil qui ont fait le vice
Ou péchié de froide mallice.
Le tiers tourmant esl de vermine ;
Cil qui ont péchié par heine
Ont conpaignie de couleuvres,
Et cil qui ont taites les euvres
D'envie, je vous en convent,
Le dragon lez runge souvent
Les cuers et toutes léz cntrailles;
Le crapout leur pent aus oreilles.
Ou quart il ont trop grand lueur :
11 n'y oiil clarlc ne lucur,
1^2 LA. PASSION
Et cbascun malgrc aoy l'endure :
Cest pour le pechié de luxure.
Ou quint mil dyables lez batent
Et entré ieurs piez lez abatent;
Cil ont passé obédiance.
Lä seufTrent moult grant pénitence.
Ou.sixte n'a poiqt de seurté;
Il sont tous jours eq obscurté.
Cil qui le bien pour le mal laissent
En celle obscurté tuit abnissent.
Ou .VII*, tourment il lisent :
Lez pécbiez Tun Tautre devi^ent ;
Il s'entre dient plusieurs ledengez.
Sachiez ce n'est vie d'engez :
Cest pource qu'il ne confi^sérent
Leurs pécbiez et que Dieu n'aio9ére|it,
Ne oncques en Dieu il ne crurent
Parfaitement sy commc il durent.
En le .viii\ voient lez diables
Et les^dragons espoventables.
Et sacbiez nul ne s\ envoyse
Méz il demainent trop grand npysc.
Ne vont pas au moustier orer
Ain^ois ne cessent de plorer.
Je le dy ä vous qui cy estez^
Le .ix\ n'est mie honestez.
En vérité je le tesmoigne,
Gar tourmenté sont de la poigne
De tous lez maulz qu'en enfer sonl
Ou touz jours en malvaiz bair sont.
DE NOTRB SBIONEUR. Iji
Enccnrejmt-il plus tournieDté
Et de dyabies sont sy tempté.
Jc le tesmoing, car bien in'en membre,
Qu'il n'y a celui qai ait membre
Ne soit lié de feu ardant.
Leur péchié ne Va point tardant :
Le dyable sanz demourance
Leur (ait faire trop laide dance.
Lez piez leur tienten contre mont.
De dur aguillon les semont ^
Souvente foys il fait le prestre,
En lieu de pain feu leur fait pestre.
Icy sont pris ä mal aaiors,
Quanqu'il meinnent c^est la mprs.
Chascun est de (eu tout lécbiez
Pour ce qu'il ont tous lez péchiez.
Encore y a une autre estage
Qui est dessus celui ombrage^
Lä est le feu du purgatoire.
Ceulz qui attendent la Dieu gloire
Font en ce lieu leur pénitance
Dez pécbiez qu'ont fait dés Tenfancc
Dont confession onl eu.
Pour ce ne sont il pas chéu
En la fosse d'enfer paribnde ;
Méz seront tost.de pecbié monde.
En Tautre estage on ne voit goute :
Je y fu^ pour ce le dy sanz doubte.
Et nV a celui qui n'atende
Cely qui paiera 1'amende
174 ^^ PASSION
Pour le péchié du premier homme,
Qa'il fist par le mors de la pomme.
Ou quart ly enfant mört ne sont :
En tel point ycy pose sont
Nul bien ne nul mal ne sentent,
Mez entré eulz de dueil se démentent
De ce que pardu ont la grace
De véoir Dieu en sa doulce face.
D'enfer vous ay le voir conpté :
Je pry Dieu par sa grant bonté
De tel lieu nous veille gärder.
DIEU.
My disciple sanz plus tarder
Levez vous de cy ; sy venez
Séoir de ^a et retenez
Lez commandemens que je conpte.
Du retenir n^aiez pas honte,
Car qui loyalement lez tenra
A bonne fin s'åme venra.
Voz piez maintenant laveray
Et puis sy lez essuiray
De ce ne me devez desdire.
Malquin!
MA.LQUIN.
Que vous plaist, beau sire?
Å vous du tout je m^abandonne.
DIEU.
De Pyaue et un bacin me donne
Et .1. linseul, fait ce poqr moy ;
Car je vueil sceindre entour moy;
DB NOTRE SEIGNEUR. I>j5
Fay maintenant, poiot nV arreste.
MALQUIN.
Sire, ia chose est toute preste.
Vecy Tacin et l'iaue clére :
Foi que je doy 1'åme mon pére,
La ou vous voudrez la mettray.
DIEU.
Met le cy, Judas; 9a te tray.
Laver te vueil lez piez sanz faiUe.
JUDAS.
Or faites donc, vaille que vaille,
Vostre bonne volonté, sire ;
Oncquez de vous mal ne vous dire •
Non fei'ay-je dorénavant.
DIEU.
Jehan, tray 9a tez piez avant;
Laver lez vueill et essuier.
S. JEHAN.
Ce ne me doit pas ennuier,
Mais je le vous deusse faire.
DIEU.
Jasque prés de moy te fault traire,
Car je te vueil laver lez piez.
S. . JASQUE.
Jå ue me laverez lez piez :
Cil vous plaisty lavez moy la teste.
Encore n'est-ce pas chose hoDoeste
Qui ä vous ä faire aparteigne.
DIEU.
Jasque, de ce bien te souveigne, '
176 LA. PA88I0H
.)
Je le vuetl et il fait sera.
S. JASQCB.
Certes moult m'eD enmiira.
Or faites, maiz ce poise moy.
DIBO.
Pierre, tray te qa prés de mor ;
II me plaist tez piez nectoiesse.
S. PÉRE.
Beau doulz pere plain de haultesse,
Yous dictes mez piez laverez :
Se Dieu me doint joye non ferez.
Jä ne me sera reprouchié
Que YOUS aiez mez piez touchié
Souffrez yous en pour Dieu, beau sire.
DlEU.
Pierre, Pierre, ne me desdire.
Tu ne sces pour quoy faiz cecy ;
Mez ains que me parte de cy
Et tu tez piez laYez auras,
Je te proumet tu le sauras
Le la Yemen t point ne me griéYe.
Et se je tez piez ne te laYe
Jk partn'auras aYecquez moy.
S. PBRB.
Puist que ainssy estdont, laYez^moy
Nod fas lez piea tant seullemen^,
Mez mains et cbief entiéremeiit :
Je le YOUS pry en guerredon.
OIBU.
Pierre Symon, en ten moy don ;
^
DE NOTRE SEIGNEUR.* fJJ
Et Yous trestoust, se vous in'aniez^
Se Yostre maistre me clamez,
Yostre maistre suis voirement,
Sy vous dy tout communement*
De rien desciple ne doit est re
Souverain pardessus son maistre.
Je vueil que pais soit entré vous^
Car tantost partiray de vous y
L'eure aproche bien, se me samble :
Pour ce vous amonueste ensamble
Que mez euvres vous essaussez
Et ma créance partout haussez.
A tous vous ay voz piez iavez ;
Pourquoy Tay fait vous ne savez :
Cest .1. example que vous donne.
Yivez ensamble sanz ramponne ;
Ly .1. a l'autre ainssy le face
Se vous voulez avoir ma grace ;
Car vous estes de peché monde
Puisque vous ay lavé de Fonde.
Judas, non pas je vous convent
Tous ceulz qui sont en ce convent :
Ce que je vous dy n'est pas fable.
Or retournons touz å la table :
Mez discipleSy je suis hais ,
De Viin de vous seray träbis ;
Par ly mon corps est ja vendu,
Par ly seray en crois pendu.
Bon ly fust qu^encore fust k nestre ;
Sy ne peust trahir son maistre.
II. 12
178 -LA PASSION
Je V0U8 dy pure vérité.
S. JEHAN.
Je vous pry par humilité
S'il Yous plaist que vous me dictes
Qui pourroit estre le trahistes
Qui vers vous penseroit tel chose.
DIEU.
Jehan, bel amy, bien di re t'ose
Le trahistes n'est pas cachiez
Par qui mon corps est dommachiez
Il est cy en ma conpaignie.
JUDAS.
Sui-je ce ? ne me celez mie ;
Maistre, le dictes vous pour moy ?
DlEU.
Tu le dis certes ; entour moy
Boit et mengue et repaire
Qui a pourpencé cest afTaire.
JudaS) mengue cette soupe
Et boy du vin en ceste coupe :
Establir vous vueil loy nouvelle,
Qui sera aveuant et belle ,
Que ceulz qui bien la garderont
En mon régne avec moy seront ;
Et sy vous vueil touz ordener
A Prestres et vous vueil donner
Le saint Sacrement de l'autely
Et chascun iace ä Dieu autel,
Comme vous voierrez que feray.
DE NOTRE SEIGNEUR. 1 79
S. JEHAN.
Du fére tost apris seray,
Mez que vous le nous enseignez.
DIEU.
Gardez que bien le reteignez,
Lors de tous maulz serez gardez.
Benoist soit ce pain de par Dé,
Mon doulz Pére qui est en gloire!
Mengez-en en bonne mémoire ;
Cest ma char qui est en fort justice.
Sera par tamps pour vous tous mise.
De Dieu soit benoist ce vin cy ;
Pour autre cbose ne vins cy
Que pour vous donner tel viande
Qui contre péchié vous deffende.
Yenez tous que Diex vous ament ;
Ce est du nouvel testament
Mon*sanc qui pour vous tous sera
Espanduy et qui m'aimera *
Sy l'enpeigne seurement :
Cest tout pour vostre sauvement.
Ce vueil-je que sacbiez de voir:
Pour chascun vueil mört recevoir ;
Maiz une cbose pour vous vueil dire :
Yous aurez ennuit honte et ire,
Car ly juifs ont grant envie
De ce que mon corps est en vie ;
Rien plus de moy ne puent faair.
Quant cil venra qui doit trahir
Mon corpS| beau semblant me fera ;
12.
l8o LA PASSION
Par Irabison me baisera
En la bouche, lors me penront
Li faulz juifet m'en menront.
Soufirir me feront grand douleur,
J'en perdré toute ma couleur ;
L^eure approche que je vous conptc.
Tous en aurez paour et honte,
Vous sy espoventez serez,
Que tous ennuit me lesserez,
Quant vous voerrez lez faulz trahistez.
S. PÉRE. '
Beau sire, tel chose ne dictes,
Gar de ceci point ne m'esaiaie
Que jä paour ne honte aie
De rien qui ne puisse avenir.
DIEU.
Pierre, quand tu verras venir
Lez mauvaiz qui m'en maincront *
Paour et bonte te feront,
Et en auras au cuer tristesse ;
Et ain9ois que li coq cbantesse
.II. foys en tel point tu seras
Que ^ III. foys me renieras :
Cest vérilé que j'ay compté.
S. PÉRE.
Beau doulz pére, plain de bonté,
De ce sanz raison me blasmez ;
Gar de moy estez mput amez»
Ge li aultre s'en vouiloient fuire
Sy vueii-je partout conduire.
DE NOTRE SEIGNEUR. l8l
Pour ricn tel lour ne vous feroye,
Pour vous niourir miex ameroie ;
Je vQus suivray partout sanz faille.
DIEU.
Pierre, Simon, comment qu'il aille
Contre raqy ne te dov deffendre ;
Levez sus graces nous fault rendre.
Beau doulz pére toy graclons
Pour tez biens fais et te prions
Qu^en telles euvres nous maintiegnes
Que nos åmes ä la (in preignez
Lassus en ta gloire celestre.
Touz les apostres dieiit :
Amen,
DlEU.
Ainssy puisse-t-il estrel
Séez-vous cy, je vaiz Taourer.
Pierre, vien t'en sanz démorer;
Jasque, Jehan, sus vous levez :
My cousin estez, moy debvez
Suivre et gärder ; in*åme est triste
Jusques ä mört et par mört quitte
Trestuit celles et cil seront
Qui mez commandemens feront.
Plus avant de cy ne venez.
Tuit .111. ycy vous soustenez
Et gardez que ne sommeilliez,
Mez ourez de cuer et veilliez,
Aiez en Dieu dévocion
Que n'entriezen tcmptacion.
l82 LA PASSION
Cy prie Dieu premier ä genous.
Doulz pére, å toy, roy célestrc,
Pour ce c'est chose qui puist estre
Que je n'aie pas ceste mört,
Qui ja ducques au cuer mc mört,
Que toute fait ma char douloir ;
Et non porquant Ic mien vouloir,
Ne facez mie, mez le tien,
Qu'å ton plaisir du tout me tien.
Tout prest est le mien espris
De mört soufTrir pour i'esperis,
Mais ma char sy ce deult förment,
Gar elle actent cruel tourment.
Cy retoume aux apostres et die ä saint Pére :
Pierre, tien toy de sommeillier.
Ne puez-tu une heure veillier?
Avecques moy veilliez proier
Qu'en temptacion ne soiez ;
L'eure de mon tourment aproche.
S. PÉRE.
Grant doulour prés du cuer vous touche ;
Je le voy moplt tréz bien a ce
Que tout contreval vostre face
Le cler sanc de sueur dégoute.
Tainte en est vostre face toute :
Aval chéent lez goutes cléres.
DIEU, å genous.
Encor te prie, beaulz doulz péres,
Se le tourment que sy m'esmaie
DE NOTRB SEIGNEUR. 1 83
Ne puis eschapper que ne l'aie
Que tu faces ta volenté.
Cy retourae aaz apostres et die i
De dormir moult entalenté
Estez quant veillier déussiez.
Se vous en sacion eussiez
Nulle foys ne vous truys levez.
S. JASQUE.
Nous avons tous lez yeulz grevez
De trop veillier ; s'avon mesaise
Se nous dormons ne vous déplaise ;
Car moult grant piécc avons veillié.
DIEU.
Vous n'estez pas trop travaillié.
Veilliez et de Dieu vous souvegne,
Que mauvaise erreur ne vous pregne :
Trop estez endormi förment.
DiEU, arriére å genous, die :
Beau pére, de ce grief lourment
Moult volentiers eschapperoie,
Se ta volenté s'v octroie,
Car la mört förment m'espoente ;
Et s'ainssy est qui t'a talen te
Que muire, je le doie vouloir ;
Conbien que m'en doie doloir,
Le fez de la mört vueil por ter.
Un ange chante sus : Eiernt.
Filz de Dieu, je te vien conforter :
Ton pére dit que par ta mört
1 84 ^^ PASSION
Seront racheté de la mört
D'enfer luit cil qui bien ferpnt.
Pour toy faire mourir seront
Par tant juif en paine grant.
Rien doubte ne petit ne grant,
Va k la mört ton corps souffrir.
DIEU.
Beau pére, je vueil bien souflFrir
Puisqu'il vous plaist ce grief martire.
JUDAS.
Pinceguerre, je vous vien dirc
Alon, car il en est point.
PINGEGUERRE.
Or voy-je bien que il n'a point
Sy voir disant en ceste terrc
Comme est Judas.
BAIJDIS.
Nous vicnt-il querre ?
II nous a bien convent tenu.
MOSSÉ.
Un prophéte mal avenu
Sera se le poons tenir.
Malquin, Haquin, tantost ven ir
Avec nous vous enconvient
MALQUIN.
Alons donc, mais bien me souvientt
Noz lanternes en porleron .
HAQUIN.
Maintenant lez alumeron,
Je vueil aler pour vous aidier.
DB NOTRE SEIGNEUR. 1 85
JUDAS. .
Seigneur, laissiez vostre plaidier.
Tantost avecquez moy venez.
Et gardez qu'autre ne prenez
Que celui que je baiseray.
Ja moull beau semblant Ii feray :
De ce sui-je bien enformez.
DIEU.
Reposez vous et vous dormez :
De mon tourment approche Teure
Que ly pécheurs me courront seure.
L^amour que j*ay vers mez amis
En ceste détresse in'a mis.
En croisme fera estachez
Et ou visage decrachez ;
La mört que foufTrir me faurra
A mez adversaires Vaura
Se il se vuellent repentir.
S. JEHAN.
Beau pére, sanz la mortsentir,
Ceci bien amender sariez
Que nulle paine n*en ariez,
Ce devons nous croire et savoir.
DIEU.
Jehan, bien vueil la mört avoir :
Levez sus que dormi assez
Åvez ; vela ceulz amassez
Qui me quiérent, je lesvous montre.
Ne fuion pas mais å l'encontre
Leur alon ; veci qui m'aproche,
1 86 LA PASSION
Qui me baisera en la bouche
Pour me trahir; lors me penront.
Cil homrae armé et m'cnmarront
Que quérez vous que ne celez?
PINCEG13ERRB.
.1. Homme qui est appelez
Jhesu de Nazareth.
DIEU.
Ce sui-je.
BAUDIN.
Encbanté av estc ; ce puis-je
Bien dire, plu ne fu oncques.
MOSSÉ.
Par ma loy tout ainssy doncques
Ay-je eslc et pis encore.
DIEU.
Biau seigneurs, que querez vous orc
Qu'å ceste heure eslez ensamblé ? .
PINGBGUERRE.
De paour ma la char tramblé
Don t j'ay förment le cuer iré.
Ce que nous quérons te diré :
Jhésu de Nazareth quérons.
DIEU.
Véez me cy.
BAUDIN.
JudaSy que ferons ?
As tu rien oy qui te plaise.
JUDAS.
Dieu te gart, miaistre, car me baise
DE ISOTRE SEIGNEUR. 1 87
Et je toy en foy en la bouche.
DIEU.
Ce baisier prés du cuer me touche ,
Amis, en baisant m'as trahy.
MALQUIN.
Jhésu, moult te voy esbahy :
Pris es, te veulz tu pas deffendre ?
MOUSSÉ.
Meillieur gage que la foy rendre
Lui fault sy veult se délivrer.
HAQUIN.
Je croy qu'i se vient d'enyvrer
Hui toute jour de la taverne.
MALQUIN.
Haquin i lieve hault ta lanterne
Si le verron tuit ou visage.
HAQUIN.
Foy que je doy tout mon lignage
Je sui tout lié de cette proie.
Malquin, beau-frére, je te proie
Que maintenant soit menez.
DIEU.
Beauls seigneurs, pour quoy me tenez
Sy honteusement sanz raison ?
Sy ne sui-je pas mauvais bom
Ne dez gens en bois essautiéres ,
Et sy ne sui murdrier ne lerres.
Oncques je ne fiz mauvestié ,
Et vous m'avez si agaistié
Painuit obscure pris m'avez.
1 88 LA PASSION
Maintez fois de jour bien savez
Vous in'avez oy sermonner
Et de bons exemples donncr
Au lemple Psalmon monté
A vous mains bons sermons conpté ;
Mez vecy sens de inoy tenir
M'avez veu aler et venir
Et de nuit m'avez detenu.
MALQUIN.
Encore tout ä tamps venu
Somes a ta mal le meschance.
Pren, Jhésu; c'est tien a la chancc
As^z de ceulz en soustenras.
S. PERE.
Lcsse-le, point ne Ten menras:
Garde toy (l'ui maiz a toucher ;
Ne te doiz de lui approcher.
De toucher a lui n'ez pas digne
Qui est filz Dieu sur tous le guine.
Tu Tas feru par ton oultrage,
Tien ce cop pour ton vasselage.
Il te vaulsist miex aillicurs estre
Que tu n'a pas t'oreille destre :
Ör te taste c'elle tesaine.
DIEU.
Pierre, s'oreille n'e3t pas saine,
Mais tu Ii as raison faite
> Quant sus luy as l^espée traite.
Remet la tost en sa gaine,
(lar tout pour voir je le doctrinc
DE NOTKE SEIGNEUR. 189
Qui de glaive nully ferra
Par glaive defenir verra
Sa vie, c'est bien chose voire.
Pierre, de ce me dois tu croirre.
Se je vouloie a ceulz nuire
Qui ont grant fain de moy destruire
Et d'eulz vouloir faire omicide,
.XII. legions enaide
D^anges, d'arcanges sanz cesser
Auroie tout pour eulx prisser.
L'oreille que tu ly as roupte
Saine ly refTeray sanz doubte.
Vallet, monstre ta blesseure.
MALQUIN.
Se Diex me doint bonne aventure.
Se tu me donnes garison,
Jamais jour nulle mesprison
Ne pourchaceray conire toy.
DIEU.
Je la te rendray sueffre toy
Telle come elle cstoit devant.
MALQUIN.
Jamais jour ne t'iray grevant
Se tu la me puez rendre entiére.
DIEU.
Or tray sa pfés de moy ta chére.
Oreilles, je vueil que tu soies
Åinsi saine comme tu estoies
Devant ce que tu fusses ronpue.
Or taste se je t'ay rendue
192 hk PASSION
S PÉRE. ,
Par cellui Dieu qui me fist nestre,
Ne cognoiz celuy que me dictes.
JUDAS.
Sire Annez, je ne viens pas tristez,
Gar j'ay bien faite la besongne.
Véez vous cy Jhésu que j'amaine :
Le corps de luy vous ay vendu,
Vivant m'en a 1'argent rendu.
Je le VOUS baiile ce le prenezai
A vostre plaisir Tammenez :
Ce c'est bien fait, dictes le mov.
ANNE.
Foy que je doy Tame de moy
Ton argent as bien deservy.
Judas, tu m'as a gré servy.
Va-t-en, moult bien m'en cheviray.
JUDAS.
Et de vous me départiray.
A Dieu qui vous est en sa garde.
ANNE. .
Jhesu, vien så que trop me tärde
Que tu me dies ton affaire.
Veulz aler contre Césaire :
Dy-le moy puisque tu cs pris.
Tu seras se tu as mespris
De nos tre loy apetisez.
DIEU.
Ains que me faces justiser
Je te diray que tu feras :
DE NOTRE SBIGNEUR. igZ
Ceulz qui m'ont oy manderas.
Quant Venuz seront n'at6i]de;Zy '
Mais aprement l^-daoiazidez»
S'it sevent que je aie conpté . <
Åutre chose fors que bqkité :
Lors par conseil en ouvreras.
MiLQUIN.
Demain en tel jour enterras.
Garde a qui tu diz ces parotes
Qui sont assez niasez et foles.
Par fierté vas respondre trufes :
Cy me garderas ces .11. bufes ^ -i •,■.'
Que t'ay trouvé tant te quéru.
DIBU.
Tu in'as sanz deserte féru
Vilainement en mon Tisage.
S'il te samble que die oultrage
Hardiement sy le teamoigne.
HAQUIN.
Vassaux, se Diex santé te doigne
Sers tu pas Jhesu le glouton ?
8. PERS.
Pour lui ne feroie .1. bouton :
Je ne S9ay que tu me deoiandes.
Se tu aus fourches ne me pendes
One ne le seryy en mon^ aage.
Jhesu tu paieras ton paiage,
Méz se cera moult chéremedt.
Liez ly Uen estroitement
ir. i3
1^ L\ PASSIOIf
Lez mains et puis bien le feeoet
Et chiez Caipbes le menez.
Quant Caipbes Jbesu yerra
De ses euvres ly enquerra :
Or ie menez sanz [^119 cy estre.
BfALQUIN.
Ta main senestre sanz la destre.
Je vueil lier maintenant :
Plus soef t'cn yrons menant,
Je le promet ; Vecy la corde.
Haquin, garde qu'il ne. me morde ;
Tu me veiras jk bien estraindre.
Et sy ne s'en osera plaindré.
Haquin, compains, or me devise
S'il est lié de bonne gnise.
Que te sanble? Eit-il assez ? '
' HAQUIN.
Son cucr est jk trestout quassez,
Sy estroitement Fas lié.
Jhesu, Malquin t^a esjné,
Tu es de belles contenanoes.
Par ma loy je croy que lu penses
Gommen t tu poarras jk respoiidt*e i
Miex te vauleislaToir-rait tondrey
Ne ledypa6'^n'toy'<gabefht.
Je croy que^euli}ȣiipe bohant ^ >n
Et mettre coeffe pflfif- dessure.
Conpains, il ne fut ennoit bec|re ^ >
Que ce paMonmer ne véisae i ; '
Apres nous, cette» bion touIsimc
A
DE NOTRB SEIGNEUR. I gS
Con sceult s'il cognoist ce maistre.
MiLLQUIN.
Trop miex ly vauroit estre a nestre
S*il le cognoist que cy venir
Et sy ne me vueil plus tenir
Que je ne sache qu'il demande.
Vassaux, se Diex ton corps deflende,
N'ez tu pas et qui revanchas
Jhésu et m'oreille tranchas?
C'es-tu bien, levoy k ta face.
S. PÉRE.
Non sui , se Dieu me doint sa gråce 5
De ce vous pui&-je bien respondre.
Se la mört ne me puist confondre
Oncques ne fu en son service.
Las ! moy meschant com je peu prise
Mon bon seigneur et mon bon maistre!
Je vourroie bien estre a nestre.
Las ! moy dolant povre de sen
Moult grant douleur au cuer je sen
•De .III. faussetez que j'ay dictes,
Dont j'ay esté faulz et trahistez.
Or ay-je le cuer desvoié :
Quant je mon seigneur renvoyé. ^^
Certes je m^espris dui*ement.
Sy en requier dévoctement
De tout mon cuer a Dieu lepére
Qui re^oive ma priére.
Je m'en repens et me cohfesse,
Car douleur au cuer me apresse.
i3.
I06 Ll PASSION
Pére, selon ma repcntanoe
Vueillez moy donner pénitance ;
Que J6 soie asoubz moult me tärde
A mon mefTait ne prenez garde>
Car j'ay dit .iii. trop obscurevices
Dont j'ay esté et foI et nices.
Beau sire Diex, plaint d'amistié,
Vueillez avoir de moy pitié,
Car je trop durement mespris.
PINCÉGUERRE.
Jhesu^ bien voy que tu es pris :
Pour te destruire te prenons
Et a Ca^iphes te menens.
Caiphes, vez ci le traitc
Qui toute nostre loy despite,
Et dit qu^elle est fausse et malvaise.
Vous en devez estre plus aise
Quand Jhesu qui riens ne prisoit
Nostre loy mais la despitoit,
Nous ravons pris et amené.
BAUDIN.
Pour vous nous somes bien pené,
Et Judas a fait ceate office.
Véez vous ty Jbesu plain de vice ;
Or en poon faire justice.
Nostre toy ne vous riens ne pnse,
A sa loy nous vouloit tous traire
Et sacliez que de nous mal faire
A estez tou» jours esveilliez...
DE NOTBK 3EIGNEUR. I97
MOSSE.
Gaiphes, tost vous conseiltiez
De Jhcsu ce fault glout deslruire.
Oncques ne vous Bna de nuir^;
Nouvelle loy a commancié
Et sy Ta ja moult aveocié
Pour encbaijter lez gens eocoobre.
Tant le croient que c'cst sans nombro
Et vous vont trestuit délaissant.
Nostre loy va trop abaissant,
Contre nous förment se traveille ,
Or escoutez trestuit grant merveille :
S'il va bien nos gens enchantant
Le mauvais glous se v^ vantant
Le temple Dieu despesera
Et puis apres le refera
Dedans .iii. jours comme devant.
Va-il bien la gent deccvant :
Dieu tout en viz pourroit ce faire.
Nous veult-il seurmonter Césai^e ?
[| est de folie esméus,
De rien ne doit estre créux
II ne scet fors que mal et bonte,
Encore fait pis que je ne cpnptq,
Se c'est voir de ly le sachiez.
CAIPUA^.
Jbesu , dy es-tu entachicz
De ce que os icy conpter
Que nostre loy veulz seurmonter?
Ucspon y il lault que je le sachc
198 L/i PASSION
Seigneurs, Jhesu a pute tache;
De respondre ad ce n'a cure.
Pourras-tu prouvér celle injure
De quoy tu dis qu'il est coulpablez ?
MOSSE.
011 , sire , par gens estables.
Par Malquin et Haquin ensanble.
Bien le scevent , sy com moy sanble ;
Demandez en leur tesmoignage.
CMPHAS
Malquin , Haquin , trop estes sage :
De ce me dictes la vérité.
MALQUIN.
Le Dieu me doint grant dignité,
Cest ce que cil vous a conpté.
HAQUIN.
Par le grant Dieu ptain de bonté ,
Mosse vous a la verité dicte.
De Jhesu le glouton tralte
Oncques il n'ot de nul bien cure.
CAIPHAS.
De par Dieu le grant, te cunjure
Que tu me dies se tu éres
Jhesucrist filz de Dieu vif perel
Se tu Tes , dy le moy beau frére ,
Tout clérement que je t'en proye.
DIEU.
Tu I'as dit , mais se je disoye
Que filz Dieu le puissant je fussc
Et que sa tres grant force eusse ,
DE N0TR9 / ^E^^NEUR. , Ji^
On diroit que diroie folie. . ^ , . ..
Toule voi^,n'en doubtez mie , . , /
Vous xne verrez en jugement ; ^j
A la destre Dieu qui ne ment :
, La paiera chascun sez débitez. ,. ..
, . CAIPHA^.
r- >''
i'ih.'. «.: «il
.'f 't il. r.'\< t *
Tu es donc filz de Dieu I .
DIEU, :
Vpus, le dietez
Et avez dit que je le suy .
c Al PH AS.
Déz que cognoissance ro^ui
Et de viel , de petit , de grant , ^
N'oy despiter Dieu le grant
Sy com se musart le despite.
ANNES.
N'a-il pas grant obscurté dictes /
Le glout eu cuer tres deputaire ,
Quant pareil h Dieu se veult faire ?
Sy ne fault point de tesmoignage :
Il esl jugé par son'oultrage
Quant il se fait ä Dieu sanblable. ' ^'
' PINCEGUERRE.
Seigneurs, hetenez pas ä fabte ,
Mais moult tres bten voils aviser ' '
Comment ce glout soit justisez.
Déz or mais nous départirons ,
En nos hosteiz nous en yrons;
Cy faire venir nous pourrez
Toules beures que vous vourrez,;
!200 LA PASSION
Du vostre rien ne demandons,
Au grant Dieu nous vous comtnandons,
Tuit en vostre voulenté sommes.
ANNES.
Seigneurs, vous me sanblez prendommes y
Vous m^avez Wen en gré servi ;
Bon loier avez deservi
Et bon loier chascun aura
Sy qoe tous jours gré me saura.
Alez , au grant Dieu vous commant.
MALQUIN.
Jhesu enten-tu bien romans ?
Je te vueil cracher en la face.
GAIPHAS.
\ ■ '. •
Haquin , se tu m'aimes pourchaces
Pour ^z yeulz bänder une bände.
HAQUIN.
La male poission festande ,
Vez cy la bände toute preste.
GAfrHAS.
Bandez-Iy lez yeulz de la teste
Et pour le loier de ses truffes
Ly portez de grosses buffes
Et sy en jouez k la cbipe.
MALQCIN.
Bien saura cbiper sy me cfaipe.
Je le tenteray sy par la chape
Que je le rendray s'il meschape.
Haquin , n'est-ii pas bien boucbez ?
DE NOTRE SEIGNEUR. 20I
HAQUIN.
Oil , que Fust-il or oucbiez.
Jhesu qu'es-tu cy venu qoerre ?
De par le diable sié*te ä terre ;
De par moy auras ce présant.
Dy moy, ay-je le poing pesant?
Or ne t'ay'je pas feulx noié ?
MALQUIN.
Haquin, tu ne m'a8 pas proié
^ue de inez yeulz ne ly apreigne.
Roy, male passion te teigne !
Qui t'a féru, car le me devine?
Esgar com il besse Teschine,
Le jeu je croy ly abelit.
HAQUIN.
Oncque^ mais n'ot tant de délit,
Roys qui fust de sy grant poissance.
Jhesu, tien ce cop a la chance ;
Qui t'a féru, car le me compte? '
MALQUIN.
Ha ! faulx roy que tu sces de honte !
Nous te voulons endoctriner,
Mais ii te convient deviner
Qui t'a donné sy gros chopin.
UAQUIN.f
Encor ara-il ce lopio!
Bien ly plaist ce jeu ä aprendre.
Fier fort, il a la cbar trop tendrc.
Qui l'a féiu, roy, car, parolc ?
203 LA. PASSION
MALQUIN.
Il a esté ä bonne escole :
Trop grant plaist ne va pas menant ;
Mais sy ne parle maintenant
Je Ii donrray tel oreillon
Qu'il y aura da vermeiHon.
Tien ce cop ; sui-je mensongiérs ?
Il n'est pas hors de nos dengiers ^
En nostre jeu moult se délite :
Sv a-il chére de trabile.
Roy, ce cop lu me garderas
Et puis apres devineras
Sece sont collces de nopc^s.
MALQUIN.
Haqoin, je voy de grosses bosses
Sus son dos que faites luv as.
IIAQUIN.
Non ay, voir.
MALQUIN. *
Par ma foy, sy as.
Je vueil que de moy ly souveigne :
Ce cop est tien ; par pute estraine
Je ne vueil pas que tu m'eschapes.
HAQOIN.
Malquin, je te pry que tu frapez
Bien fort de 9a et may de la.
Roy, te remues; qu'est-ce lä ?
Garde bien de toy remuer :
Nous le ferons sv fort sucr
DE NOTRE SEIGNEUR. 2oZ
Que toD mal te terminera. •
MALQUm.
Benoist soit qui fort frapera
Tel cop que je Toie sonner.
HAQUIN.
Or, le me regardes donner
.1. beaii cop du poing sanz faintisc.
Roy, qui te fiert, car le devise /
Tu es je croy en lestardie
Ou ta cbar est acouardic,
Ou tu n'es pas batu assez.
Malquin , je croy que tu es lassez :-
.Fier de grans cops sus la servelle.
MALQUIN.
Je ne me pris une cenelle *^
Se par moy n'a Teschine plate.
HAQUIN.
Par la foy que tu doys Pilate,
Or léesse voir que tu feras.
MALQUIN.
Par Dieu, Haquin, tu m'aideras.
Férons lous .11. sur son madre.
HAQUIN.
Tu as resuscité le ladre
Par ton malvais encliantement ;
Mais se Ii évesques ne ment
Encor le conparras tu chier.
Mal osas le ladre huchier
£t å nos gens dire telz fauves.
Roy, meschant roy, que ne te sauves
ao4 ^^ PASSIOH
Ou destruiz aeras sanz rao^oo.
CåYPUAS. .
Seigneurs, laissiez vostre tangon y
Ne batez plus se députaire :
Autre cbose nous convient traire.
Sir Annes, car nous cooseilliez,
Vaus en devez estre esvdUiex,
Comment Jbesu pourroos clestruire ?
ANNES.
Appareillié sui de lui nuire ;
S'il vous plaist mener le feroos
A Pilale et Ii conterons
La grant mauyestic du trahite.
GAYPHAS.
Moult bonne parole avez dicte :
Je vueil bien que il soit meoea^.
Or tost, my sergens, 9a venez
Menez en Jbesu sus Pilate.
MALQUIN.
Ha ha ! com il a la cbar mate
Ce roy et com il est devex.
HAQUIN.
Haa ! qu'il a dessous sez chevex
De mal se je Tosassc dire.
Liéve sus, vien a ton martire :
Malquin, aide-moy å le tenif.
JUOAS.
Ha mört, car me iay delcnir :
Je sui mescbant maleurez
Et trahiste faulx parjuiez;
DE NOTRE SEIGNEUR. !Jo5
Bieu m'ont lez diabies enbahy :
J'ay le sanc du juste tri^y,
Cil Dieu qui a toule puissanoe. -
Je inourré par désespérance :
Des or m'estuet desconforter.
Vivant, je vien raporler
L^argent^ point n'en ay despenéu,
De quoy j'ay raon seigneur vendo.
J'ay péchié trop fort maliement :
Vecy Yostne argent; je dematit
A vDus que me laissiec mon maistre
Qui fait tous biens venir et nestre.
Cest cii de qui tout bien abonde
Et cil qui puet suz tout le monde.
Sire, car le me delivnez.
VIVANT.
Judas, t'c8-tu puis enyvrez
Que ton maistre nous vendis
Et doulcement la maintendis?'
De DOE deniers receuz treivte
Quant ton maistres getas en vente.
De le prendre nous enbortas
Quadt .XXX. deniers enportas.
L'argent preiz et receuz :
Se tu te tiens pour déceuz,
Judas, de ce bieu te souveigne :
Qui ainssy fait, ainssy ie preigne. ^
En ce point ton maistre mis as,
De le pen re nous avisas :
Se tu as ta mauvestié faite
2q6 la passion
Une aultre fois miex sy tegaite. .
Se bien as fait tu le sauras :
Judas de Jbesu poiot n'auras ;
Or lesse ester ton sermonner.
JUDAS.
Au diable je me voisdonner,
Quant xnon maistre av ainssy grevez.
Vivant, yoslre argent recevez,
Véez le la, je n'en ay cure.
Hé gaort félonnesse et obscure
Preo moy^ je suis faulz et trahistes :
A cent diables j6 me rens quites.
Quant j'ay osé mön seigneur vendre
Sanz reméde je me voiz pendre.
Diables, prenez mon espérit.
VIVANT.
Seigneurs, Targent que Judas quit ,
Qu'il a ycy å terre mis,
Je ne vueil pas qui soit remis
Ou temple en lacommune bource :
Pas de bon lieu ne vient-ii ; pour ce
Le dy-je s'en acbeterons
Ung champ ou qu'il souflrir feront
A Jhesu grant douleur amére.
MALQUIN.
Le champ de Mach, de par ma mére,
Est tout caien; je le vous vendré*
VIVANT.
Ges .XXX. deniers t'en rendré :
Voy-Ies ycy, jé te lez baille.
DE NOTRR SEIGNEUR.' 2<yj
^i
< .
MALQU119.
£t je Poctroy comment qu'il aille.
Dés-or le champ yous abandonne.
ANNES.
Pilatc, vecy la personne
Qui sy fort nostre loy touraiente.
Par son sermon no9 gens enchante :
Il est digue de mört avoir.
PILA.TE.
Seigneurs, aultrement vueil savoir
Pourquoy jugez a niort cest bome.
CAIPHAS.
Gar Jbesucrist et roy se nomme^
Cuidez c'il ne flisat mal faiteurs
Et sus nostre )oy enchanteuf s
Que cy le vous amenissons
Ne que ä mört Je jugessons?
Je vous (dy) qu'il a defTendu,
Je Tay oy et enlendu,
Qu^on ne doint point ä Césaire
Ge qu'on ly doit , et pour ce tralre
Gy va-t-on faire grief lourment.
PILATE.
Puisque Taccusez sy forment
Prénez loy et sy 1'ohnateneÅ.
Selon la loy (filife tous tenefe
De son corps Faictes jugenf»ent.
Je vous respon dppertelitoéiit
Bien vourions la mopt*dc lu^;
1 1
« ^ »
f : ».
2oS LA PASSION
Mais ne poons juger nully
Puisqull n'a la mört deservie.
PILATB.
Jhesu, dy-raoy toute ta vie :
Tout mainlenant delivre toy.
kr
Tu es roy des Juifz.
DIEU.
De toy
Seul tu le dis ou tu Tas oy dire ?
PILATE.
Pour te faire souffrir martire
Tous ces Juifz l'ont ä moy livré;
Il vouroient ja que délivré
De ton corps trestous les eusse^
Mais j'ameroie miex que je fusse
Bien endormy que je disse
Faulz jugement ne ne feisse.
Pour Juifz roie ne me tien :
Il ni'est av is que je te tien.
Que leur as-tu fait ? ce me dy.
t)IEl}.
Prevost Pila te, je te dy,
Puisque tu veulz que je reaponde,
Mon royaulme n'efit pas en ce monde.
Se mon royaulme ou moode fust
Tel honte (aite ne me fust.
De moult bon cuer me servissent
Et pour leur roy me tenissent
De paroles, de fais, de dis.«
DE NOTRB SBIGIfEUR. 309
'" ' ' ' ~ -■■— —I ■-—■■I ■ ■ I — — ■■ -■ ,- I ^ ^m^am^a^mmm.m^
PILATE.
Doncques es-tu roy ?
DIEU.
Tu le dis,
Que y sui com fu-je nez ,
Conbien que soie mal menez.
Pour ce m'envoia en ce monde
Mon pére eu qui tout bien aboade
Que verité je tesmoingDasse
Par tous les lieus la ou je allasse,
Ou'en moy n'a point d'iniquité. .
PILATE.
Dy moy quel cbose est v4rité ?
Seigneurs , je veuil que choscufi sache
Que je ne truis en Jhesu tache
Qui ne soit et bone et honneste.
ANN£S-.
Prevost , par lez yeulz de ma teste
II a trop durement moSait
Quant toute nostre Iby defkit.
II scet partout trop bien trischer ;
Trait a a soy par son préscbier
. De Galilée plu» de .xx. m.
De nos gens jusques en cette ville ;
Mallement nous a tribouloz^
PILATB.
Beaulz Seigneurs^ bien voy que voulez
Gest home-cy faire destruire.
Tantost je le ferayconduire,
(Par ma gent hien sera tenu)
11. i4
310 LA PASSION
En Galilée don t est venu
A Hérode tout maintenant.
Quant Hérode verra venant
Jhesu dcvant luy , lors sera
Tout lié , tanto^ le jugera ,
Gar moult ly tärde qui le teigne.
CAIPHAS.
Mandez-Iy tel vengence en preigne
Tost le face pendre ou tuer.
PIL\TE.
Vallez 5 allez moy saluer
Hérode le roy de noblesse,
Plain de valeur et de proes^.
Jhesu vous ly présenterez >
De par moy et ly conterez
Lez beaulx jeuz dont it scet joier.
HAQUIN.
Ge ne vous doit pas ennoier ,
Mais vous doit abetlir ä faire.
Or sa roy au cuer députaire ,
Quant devant Hérode venras
Moult bien de rire te tenras.
La pance ja de paour te sue.
MALQUm.
Sire roy , par nous vous salue
Pilate qui vous aime monit
Plus que prince de tout ie monit
Et vous prie par amitié ^
Que de ce glout n'aieK pitié.
G*est Jhesu que vous amenons :
DE NOTRE SEIGNE13R. 211
Qu'il ne s'eDfuie le tenons.
Pilate vcuit que jugement
Faciez de luy faastivement ,
Gar il vit trop , c'est grand pecbé.
Ly pueples est par luy triché ,
Gar nostre loy leur veult defTendre.
En luy lez fait croire et entendre ,
Tout le monde va enchantant
Et ä chascun se va vantant
Qu'il est filz Dieu le roy de gloire:
Cest .1. fol qu'on ne doit pas croire.
De nos gens a son gré desploie ;
Sa vie au prevost ennoie :
Il vous fait de son corps present.
HÉRODES.
J'aim mielx ce don que nul present
D'or fin qu*on m'cust présenté.
HAQUIN.
Sire y se Diex vous doint sancté ,
Faictes ardoir ou décoler
Ce glout ; trop nous veult défoulcr
Que mescréans nous veult tous faire
Et nous veult tousä sa loy trairc.
Pour Dieu faites le tourmenter :
Il sut bien lez gens enchanter ,
II (hit les aveugles voians ,
Et sv fait lez sours cler oians ,
Et sy fait lez gens mors revivre ,
Lez målades de mört doHvre
Et lez hors du sen rasönage;
i4
:2ia hk PASSION
Il garist lez gens de la råge ,
II fait le contraiz tout drois estre ,
Ii se fait filz au Roy célestre
Et ce fors poar nous trahir,
HÉRODES.
Jhesu^ ne te doiz esbahir ;
De parler ä moy n'aiez honte.
Vien prés de moy et sy me conte
De queiz euvres tu veulz jouer
Et n'aiez paour de m'ennouer:
Respon-moy ce que tu^^ourras.
Malquin , garde se tu pourras
Faire parler a moy cest home.
MALQUIN.
Je ne me pris pas une pome
Se Jhesus a vous ne parole.
Glout a pou je ne t'arole
Que parlez au roi Hérode.
De tes bourdes .i. pou le iobe,
S'en auras plus soef martire.
HÉRODiKS.
Je le feray tenir dessire
Se il parler å moy ne deigne.
Jhesu , a van t que pia te veigoe
De tes ofTences conpte moy
Et sy te tray ^ a prés de snoy.
Don t te yient or ceste Ucence
Que tu fais növelle créance
Et veulz la loy <}e Dieu abatre ?
DE NOTRE SEIGNEUR. 2l3
Tu as faim de te faire batre
Se ne respons appertemeDt ;
Dy ce que te demant
Et je te feray assez grace.
HAQUIN.
Rien ne prise vostre menace :
Se ne le faites tourmenter
II vous pourra bien enchanter.
II en scet toute la maniére.
nÉRODES.
Jhesu, liéve hault celle chére
Parle a moy, je le te commandc
On m^a mande que te demandc
Qui tu es ne dont tu es venu.
Tu veulz bien que soiez lenu,
Pour le filz Dieu en ceste terrc
De par qui yiens-tu cecy querre?
Le pueple t'en va ä Tencontre.
Se tu es filz Dieu sy me monstre
Une partie de ton couvine.
MALQUIN.
II est de moult bone doctrinc^
II ne vous fait mie grant noise.
Jhesu renvoise toy, renvoise,
Parle de par lez vifz maufés.
Se mon toupet fust eschaufez
La bouche sy fort te batisse
Que parlcr sy hault te féisse
Qu'il n'cst sy sourt qu'il ne t^oisl.
2l4 L\ PASSTON
MÉRODES.
S'il parlast .i. pou m^esjoist
£t sy en fusse .i. pou plus aise.
Jhesu je te pry qui te plaise
Que tu me dies qui tu es.
Je croy que f u soies muez,
Je ne t'oy ennuit n^ot dire :
N'aiez paour d'avoir noartire.
Il nn'apartient que bon droit rende :
Conbien que de juifz entende
Que tu soies bien mauvais bom.
Ne te feray-je que rarson.
Or me dy se ta loy nou velie,
Veulz essaucer et laire celle
Finer qu'on croit communement.
Or le me dy seurement :
Tout ce me puez tu bien conter.
Or me dy veulz tu seurmopter
Le roy Césaire que tant aiment
Que leurs gouverneurs le réclaiment ?
Jhesu respon aucune chose.
Tu as moult fort la bouche close :
Par foy je croy que n'oiz goutc.
La leste sy me deult j'Ji toute
Tant me suis a toy débatu.
Respon ou tu seras batu :
Tu ne m'as povoir d'eschaper.
Gomment te es-tu lessé haper?
Se tu point de povoir eusses
Pas lcss6 prendre ne te fusscs :
I
D£ NOTRE 9£I0N£Ua. ai5
Tu es fol et meschaot et nice.
HAQUIN.
Il est plain d'orgueil et de vice ;
En sus de vous le bouteray,
Ou visage Ii cracheray.
Parte, meschant, que mal feu t'arde !
MALQUIN.
'Vu as la langue moult couarde;^
Or ne sces-tu mais sermonner
Ne tes faulz examples donner.
Dy nioi est tu bien pou prisé?
IIÉRODES.
Malquin, je me suis avisc
Ce que je feray de ce glouton.
De ly ne donroie .1. bouton :
Il ne scet riens fors que malico,
II a le visage trop nice.
Arriére tous vous en yre^:
A Pilate et sy Iv direz,
Je le salue sans nulle somme
Et sy Ii renvoie cest homme.
J'ay bien fait ce qu'il m'a mande,
De sez i''aiz Ii ay demandé :
Rien n'en di ne cognéu,
Ne mot dit, vous l'avez véu.
Je n'cn vueil pas jugement rendre
Pour Umt qu'il ne se scet detlendre.
En vostre pais Tcnmenez ;
Que ne s'en luie le tenez,
Mais ain^!ois que partiez de cy •
ai6 LA PA88I(»r
Ceste grant robe btanche cy
En guise de fol ly vestez
Et ceste aumuce ly metez :
Lors sanblera bonne personne.
MALQUIM.
Jhesu, roy Hérode te donnc
Pour vestir ceste blauche robe.
Tu en auras le cuer plus globe,
Bien te yra se la puez user.
UÉRODE.
Menez l'en sanz nul lieu muser
Et sy dictes a vostre maistre
Que lez diables le firent nestre
Et bien le sanble ä sa maniére.
Dictes Pilate qu'il enquiére
De sez taiz et saphe do yoir.
S'il doit par droit mört recevoir
Que tout tantost sanz plus atendre
Au champ le face mener pendre,
Et mon amy tousjours sera :
UAQUIN.
MouU volentiers il le fera
Tout ainssi com vous le mandcz.
A Dieu soiez vouscommandez,
Nous en alon, congté prenon.
Jhesu, je croy nous te menon
Lä ou ton corps bien tourmentez
Sera; bien suis entaleniez
De toy grever sanz trou ver grace.
DE NOTRB SEIGNEUR. 21 7
MALQUIN.
Le grant Dicu qui lez maulx efFace
DoiDt ä Tousy Pila te, grant joye!
Le roy Hérodes vous envoie
Gest home de nulle value
Et plus de cent fois vous salue
Et dit qu'en gré servy Pavez.
A tous jours mais s'amour avez,
Moult vous aime de cuer et prise.
PILATE.
Bien veignez tu ; or me devise
Pour quoi as Jhesu ramené.
MALQUIB(.
Hérodes qui a cuer sene
Le rov moult bien Ii demanda
De sett faiz et ty commanda
Que ly deist qui ii estoit
Et moult souvent l'amonnestoit
Que Ii voulsist dire et conpter
Pour quoy il youloit seurmonter
Le pueple par dessus Césaire ;
Mais le glout au cuer desputaire
Pour rien que Hérodes Ii déist
Ne pour honte qu^on Ii féist
Ne vouft respondre nulie chose.
Lors dist lo roy : « Sire, je n'ose
De cest home jugement rendre.
Par qu'il doie mourir ne peudre. »
Puis apres moult le renpona
El ceste robe Ii donna.
2l8 L\ PASSION
Lors ceste aumuce Ii méismes
Et de Hérode nous departismes.
Arriére l\ivons retouroé ;
Le roy l'a moult bien atourDC
De ceste robe blanche lä.
PILATB.
Or le me menez par de la;
Faites tost^ seigneurs, veuez eii.
HAQUIN.
Tantost le inenrons , alez en
Devant cl nous yrons apres.
PIL\TB.
Ce n'est pas trop loing que ja prés
De ce lieu ou nous alon sommes.
Dieu gart sez seigneurs, cez preudonies
Et doint ä chascun grant honneur.
ANNES.
Et Diex vous gart de deslionneur.
Que derna ndez ne que atendez
Que ce glouton vous ne pendez ?
Trop vit je do.ubt qu*il ne s'en luie.
PILATE.
Beaulx seigneurs, förment vous ennuie
Uien le voy que Jhesu vit tant.
Mallement le alez despitant
Et dictes qu^il ne dit que lobes.
Je vous dy que le roy Hérodes
A qui envoié je Tavoie
Pour or que sus ly ne savoic
Forfait donl jugicr le puisse
DE NOTRB SEIGNEUR. 3 1 9
Quc SUS m'ame ne méféisse,
Hérode ne scet nul nDefait
En ly riont doie estre défait^
Ne je n'y truis cause de mort.
CAYPHAS,
Grant dueil et grant råge me mort
Au cuer quant jo vous oy ce dire.
Faictes le morir ä martirc
Appertement sanz deiaier.
PILATE.
Je suis tenu ä vous paier
Ung hopfie que h Pasques vous doy.
Cestui vous livré por le doy;
Dictes, le voulez retenir?
ANNES.
Nenny, mais faictes tost venir
Barrabam, si nous en paiez.
PILATE.
Jhcsu, se tu es csmaiez
Nul n^en doit estre esbahy :
De ces gens es förment hay.
Malquin, Haquin, Jtiesu prenez
Et apres moy le ramenez :
Lors de nos jeus Ii apenrons.
MALQUIN.
Sire, tantost le remenrons
Pour Ii faire tourment assez.
PILATE.
Roy, je croy que tu es lassez :
Tu le serras en ccllc route.
:120 LA PASSION
HAQUIN.
Roy, tu äras ceste sacoute ;
Te sambly que prés de toy soyc?
PILATE.
Gelle robe rouge de soye
A ce roy maintenant vestcz
Et puis en son chief Ii metez
Une couronne bien pignant
De joncs marins qui sont poignans.
Fay tost, c'est pour le couronner
Et .1. ceslre ly fay donner :
En sa main je vueil qu'il le teigne.
HAQUIN.
Malle meschance ly aveigne!
Bien appareillier le savez.
Cest fait sy tost que dit Tavez.
Roy tu dois bien demener feste,
Riche couronne as en la teste,
Ta personne bien roy resanble.
Malquin, alon moy toy ensanble
A genous ce roy déprier.
MALQUIN.
Je pense que mercy prier.
De tous mez pecbiez je ly voise.
HAQUIN.
n ne fait pas or trop grant noise^
Talan t n'a de soy remuer :
Par foy je le vois saluer;
Se mVil tiait .1. laulx regart.
Le roy des Juifz, Dieu te gart !
DE NOTRE SEIGNEUR. 221
Par ta foy, roy, or nous devise.
Se tu veulz ci tenir t'assise.
Veulz tu lez me&is adresser ?
Se ä mört me puist on blesser,
Tu seras ja trop bien frapé.
Roy tu ne m'es pas eschapé,
Trop miex batre te convenra.
Tien ce cop, sy t'eii souveora
Porce quc es de parter sy baus.
HAQUIN.
Malquin, tu es mauvais ribaus
Quant tu l'as ainssy cboppiné.
Bon roy que u'as tu deviné
Lequel t'a féru sy förment ?
Roy ne te vas pas endorment
Et ne pren pas ce jcu å truHe.
Tu me garderas eeste buffé,
Ce n'est pas pour bien que te vuétlte.,
MALQUIN.
Haquin, pour ce qui ne se dueille,
Je ly donrray .!!• horions.
Bien voy qu'en luy nous nous fuyons,
Moy^ toy, de fine amour entiére.
PILATE.
Lessez ce roy, qu'eo une biére
Fust ore le corps de luy mts.
En male peine m'a huy mis :
Gardez que chascun bieo le teigne.
Encor convirat-ii qu'il 8'en vdgiie
233 LA PASSION
Apres moy sanz plus arester :
Pour ce vueil qu'on le laist ester.
Seigneurs, vecy .i. homme honneste;
Par le grant Dieu ce n'est pas bcste,
II est trop mallement grevez.
Par la foy que vous me devcz
Vueilliez avoir de Ii pitié.
CAYPHAS.
Je vous pry par grant amitié
Que de Jhesu me delivrez.
Maintenant soit å mört livrez,
Ne m'en alez plus k Tencontrc.
PILATE.
Vecy Jhesu, je le vous monstre ;
Prenez lay et crucifiez,
Mieulx que povez le chastiez,
Point ne truis qui soit malvaiz home.
CAYPHAS.
II doit mourir et c'est raison
Et c'est droit selon oostre loy.
II a faicte nouvelle loy
Et filz Dieu se fait appeler.
PILATE,
Vien sä, Jhesu, ne me celer
Don t tu es, tantost le me dy.
N'enten-tu pas ce que je dy ?
Or dy se ä moy tu parleras.
Se tu n'y parles mal feras :
Tu SC68 bien que j'ay sus toy puissance
De delivrer ou de grevance.
DE NOTRE SEIGNEUR. 2^3
Se je vueil, morir te feray,
Se je vueil je te laisseray,
Dont bien parler ä moy déusses.
DIEU.
Sus moy puissance n'éusses,
Mon corps en tes mains pas ne fust
Se povoir donné ne te fust
Du souverain pére de gloirc ;
Et de ce me dois tu bien croire,
Car cil qui en tes las m^a mis
Plus grant pechié sur ly a mis
Que tu n'as å faire ceci.
LA. FAMME PILATE.
Mes cnfans, levez-vous de cy ;
Je vueil que avecques moy vencz
Et simplement vous contenez :
Je vois parler å vostre pére.
LA FILLE.
Or, alez devant, douice mérc,
Car me tärde que je y soie
Et que le bon prophéte voie
A qui on veut le tourment faire.
LE FILZ.
Nous serons partans au repaire
Lk ou nous trouverons celuy
Ou nulz boms n'a pitié de ly,
Mais lehéentde grant Heine.
LA FAMME.
Le Dieu qui ver tus enlumine
Sy gart le seigneur de maison.
224 ^^ PASSION
PILATE.
Bien veignez vous, et quel raisoii
Ne quel bésoing cy vous amaine ?
LA FAMME.
Je sui toute nuit en tel paine
Pour ce prophéte qu'on martire
DoDt j^ay oy tant de bien dire.
Ceulx qui lui font cest ennuy &ire
Ont trop fort cuer et deputaire ;
Il est bons hons plain de bonté.
On m'en a tant de bien coopté.
Tant d'onneur et d^enseignement
Que pour pitié je vous demant
Qu'il ne soit pas crucefiez.
Pour Dieu, sire, ne Tocciez,
Ne ne ly faictes nul tourment.
A tort le héent sy förment
Ly juif plain d'iniquité.
Je vous pry par humilité
Que faciez ce que je demande.
PILATE.
Se Dieu de péril me deffeodc,
Se de ce geter le péusse,
Grant pie^å geté le éusse :
De ce son ennui me poiae moult.
LA FILLB.
Cely Dieu qui forma le monlt
Gart mon pérc et ceulx de la place.
PILATE.
Et Dieu te doint honneur et grAce,
DE NOTRE SEIGNEUR. Ii 25
Ma trés-belle fille jovante.
LA FILLE.
CertcSy Sire, moult suis dolante
Du prophéte que vous avez
Fait tant de mal et vous savez
Nulles gens de luy ne se clament,
Fors ces Juifz qui point ne Tament.
En ly a sy bonne personne ;
Partout de bons examples donne.
Ung chascun le devroit amcr,
Les Juifz en sont ä blåmer.
Délivrez-le par vostre foy ,
Par pitié et par bonne foy.
Sy Ten lessiez aler tout quicte.
PILA.TE.
Fille, quelle parole as-tu dite ?
Gontre leur loy je mefferoic,
Et trop fort le courouceroie
Se je fesoie ta requeste.
Foy que doy lez yeulz de ma teste,
De son courouz förment m'ennuie.
LE FILZ.
Dieuy qui fait le ven t et la pluie.
Sy gar t mon pére d'avoir hon te.
PILATS.
Bicn veignez, beau filz ; or me conpte
Se point do besoing, sy te chace.
LE FlLZ.
Je vous diray que je pourchace
Ge prophéte que vous véez.
II. «5
2^6 LA PASSION
Trop vilainement le menez ;
Ung chascun le bat et le frape ,
Ung le prent, ung autre le frape ,
Ung chascun l'a sy desciré
Que du corps Tönt bicn cnpiré.
Nul encor ne s'en trait arriére,
On le ficrt devant et derriére ;
Chascun le tiert, chascun le blesce,
Chascun pour mal vers luy s'adres8e,
Pour Dieu, car ly donnez congié.
PILATE.
Dy-moy^ beau filz, as-tu songié
Par Dieu de qui tout bien abonde,
Pour tout Tavoir de tout le monde
Pas délivrer ne le pourroye?
Sa délivrance bien vouroie,
Mais je n'oy oncques nuUy
Qui vousist une fois de luy
Ung bon tesmoingnage porter.
LA FAMME PILATS.
Se Diex me vueille conforter,
Je tesmoingne pour vérité
Je ne s^ay ville ne cité
Ou tous biens de luy on ne die,
Forsceulx qui sus lui ont envie.
Il ne fist oncques mesprison
De quoy deust estre en prison.
Qu'il ne s'en fuie miex le gaitiez
Que c'il fust murdrier afaitiez ;
Sanz raison ly faictes despit.
DE NOTRB SEIGNEUR.
237
Sc on puet en ly metre respit
Faitea-Iy metre par vostre åme.
ANNES.
Ne allez pas croiant celle famme :
Tant que vivre le lesserons
Amis Césaire ne serons,
Car moult Césaire contredit
Cil qui Roy du pueple se dit.
Jhésu doit bien mort recevoir,
Car je vous tesmoing tout de voir
Qu'il a dit qu'il est filz de roy.
PILATE.
Beaulx seigneurs, vecy vostre roy
A qui vous faictes trop d'injurcs.
CAIPHAS.
Ostez, ostez, n'en avons cure :
Crucefiez sanz arester.
PILATE.
Puisque ne m'en lessez ester,
Vostre roy crucefiray.
ANNBS.
Vérité je vous conpteray :
Nous n'avons roy fors que Césaire.
PILATB.
Seigneurs, pour Dieu, jugement faire
Sus Jhesu le prophéte, n'o6e.
Je ne truis en luy nulle chose
Dont doie mourir bonteusement.
Haquin, de Tiaue te demant,
Se tu en as point donne in'ent.
i5.
2^8 L\ PASSION
Seigneurs y entendez sainement :
Devant vous mes mains je nettoie ,
Pour ce que tout ygnocent soie
Du sang de cest juste homme cy;
Devant vous je m'en lave cy.
De le juger bien vous souveigne :
Pas ne vueil que Diex mc repreigne
Quant il Ics åmes jugera.
De ce m'åme quitte sera,
Je le vous lesse et m'en départ.
CAIPHAS.
Se Dieu en m'åme preigne part
Nous prenon son sang sus nos ämes ,
Sus nos enfans et sus nos &mmes ,
Et le péchié qui en puet estre.
Malquin, pren-le par la roain destre
Et tu Haquin par celle chape.
Et gardez qu'il ne vous eschape.
Roy, tu sera ja bien vcstu
Que tu soies le mal venu.
Tu as regné trop longuement,
Car desvés tost appertement
La robe rouge que as vestue.
Jhésu, tu es a monthe mue
Ou tu as 1'oreille ainssy sourdec
Bien est rabatue ta bourde.
Roy, devestir tu ne te daignes ;
Malquin, gardez que bien te teignes.
Celle robe du dos ly sache
Et puis tout droit ä^öelle cstache
DE NOTRE SBIGNn:UR. ^TiC)
Le mc va maintenant lier,
Car .1. pou le vueil chastier.
Grans escoiirgées porterez
De quoy sez costez froterez,
Car je vueil qu'il soit bien batu.
MALQUIX.
Roy, ton sennon est ahatu ,
Nul n'aura plus mercy de toy.
Or tost, Jhesu^ despouillie-toy ;
Or en alens, tu puez bien dire,
Que tout droit vas ä ton martirc: .
Sus toy batre nie vous lasser.
DiEU.
Famme que par cy voy passer,
Vueilliez .i. pou vers inoy venir.
ij^ dräp vouldroie .i. pou tenir,
Mon visagc y vueil cssuier.
YÉRO(40E.
Ce ne me doit pas ennuier,
Mais me doit abellir sans faille.
Tenez le dräp, je le vous baillc :
A moult bien emploié le tien.
PIBU.
Véronce, bonne ram9ic, ticn,
Vecy ton dräp, dy qu'il t'en sanblc
VÉRONGB.
Beau trés-douU Sire, il resanble
Trestout proprement vostre fece.
Regardez trestous la grant grace,
Le grant honnQur, la scignorio..
23o L\ PASSION
Que Jhésucrist le filz Marie
Veult que je garde sa figure.
Cest cil qui de nul mal n'a cure ;
Vecy sa glorieuse ymage
De son tres préciex visage.
Sire, moult bien le garderay,
Pour Tamour de vous 1'ameray
£t sy vous met bien o^ convent
Je la regarderay souvent
Pour ce que de vous me souveigne ;^
Mais je prie Dteu que male veigne
Grace k Juifz prochainement.
Trop vous mainent bonteusement
Sans raison par leur cruaulté.
Tous estes plain de loiaullé,
Doul:^ Diex ; ä tort vous vont grevant.
HAQUIN.
A ceste estäcbe ci-devant
Tout mainteoant liez seras.
Malquin , sces-tu que tu feras ?
DespouUe*iay sanz arester
Et je vueil tandis aprester
La corde don t je le lieray.
MALQUIN.
Or fay ce que je te diray,
Fay-li celle estache embrasser ,
Et jc Ii vueil tandis lasser
Ses piez ä ce tref de ma corde.
HAQUIN.
Jc n'ay pas paour qu'il nous cslordc,
DE NOTRE SEIGNEUR. 33
Ne quc de ci puisse eschaper.
Bicn est lié, or du fraper
Honny soit qui bien n'y ferra.
MALQUm.
J^iay sy féru qu'il y parra
A tousjours mais, ce s^ay-je bien.
Dy-moy, meschant roy, di-je bien,
Quant j'ay ta char sy bien sequouse?
HAQUIN.
Tu m'as asséné sus le pouse ,
Sy com ton coup c^est destourné.
Roy, put jour t'est huy adjournc :
Je croy quc jä le cuer Ii fault.
MALQCIN.
Haquin, je te créant il me fault
Trois clous pour le crucefier.
Me oseroi-ge en toy tier
De le gärder tant quc revcigne?
HAQUIN.
Mallc grant hon te Ii aveigne
Qui da iuy gärder point s'csmaie.
MALQUIN.
Dont ne fineray tant quc j'aye
Trois clous bien bons ä mon talant.
Dieu gart le bon févre galant.
Fay .111. clous lons, gros et quarrez,
Desquelz Jhésus sera barrez
En la crois ; puis te paieray,
Et tout ton vouloir je feray.
Fay löst, mct Ic feu en la forgc.
232 L\ PASSION
LE FÉVRK.
J'ay une apostume en la gorge,
Ne je n'ose boire de vin.
Foy que je doy le Roy divin,
Mes mains ne Fussent pas oyseuses»
Mais elles son t toutes roigneuscs.
Autrement ne Icz dresseroye
Pour quenques tu as de monnoye.
Je sui tout plain de goute flestre,
Je me gis chascun jour en Testre^
Car je ne me puis remuer.
LA FÉVRESSB.
S'on ne me puist ennuit tuer,
Ne se Dieu me gart ma sancté,
Le prophétc i'a encbanté.
J'ameroie miez qu'il fust teigneux,
Que tousjours fust sy desdeigneux^
Car jamais rien ne gagneroit,
Et foy que te doy, bien feroit
Ta besoigne sy Ii plaisoit.
Hier main plus grant euvre faisoit,
Car il a les mains toutes saincs ;
Or le reversesse tu daignes^
Lors sai*as-tu se je me bourde.
MALQUm.
Galant, as-tu Toreille sourde?
N 'as-tu pas oy Maragonde?
FÉVRE.
Le mau feu d'enfer la confonde ,
Sv vraiemcnt comme elie mcnt.
DE NOTRE SEIGNEUR. '2^3
Garde ä mes mains; je te demedt'
S'il a ycy point de faintise?
FÉVRESSE.
Atise ce feu-ci, atise,
Malquin ; or pues-lu bien savoir
Soufler te fault se veulz avoir
Tes clous, et je les forgeray.
MALQUIN.
Maragonde, je soufleray
Volentiers, foy que je te doy.
FÉVRESSB.
Ferue me suis sus le doy
A ce clou-ci ; fére la pointe
Qui du sang Jhesu sera oingtc.
Est-il fait de bonne testée?
MALQUIN.
Bien seroit la chose aprestée
S'estoient £ait Ii autre duy.
FÉVRESSE.
Ne voiz-tu com je me déduy
A ci férir sus ceste enclume?
Sy tu n'y voiz bien sy alume.
Est-ce fait de bonne magniére?
MALQUIN. .
Qui meillieur voudra sy le quiére ;
Delivre-toy de i'auti1e fairc.
FÉVRÉSSE.
IVlalquiu, il ne te fault que taire.
Je te créant je ne me sgay faindre :' ^
Jhcsn, se tu veulz pourras poindre.
a34 i-^ PASSION
De cestuy est-il looc assez?
Je suis ja de soufles lassez ,
Ne m'en chault quant j^ay ma besongnc.
FÉVRBSSB.
Malquin^ paiez-moy sans eslongae;
Baille-^moy de tes deniers qualre.
Voy-les te, ci je revois batre
Avcc Haquin moD compaignoD
Dessus Tescbioe å ce gaignon.
Tu as Jhesu moult bieii garde ;
Beau conpains, l'as-tu bien lardé?
J^ay les clou$ que suis allez querre :
Nulz si bons n'a en ceste terre^
Or lez regarde bien, doulz frére.
HAQUIN.
Foy que tu dois i'åme ton pére,
Entent a rouilier cest mastiou
MAI^QUIN.
Jhesu, entens^tu bien latin?
Es-tu encor désennyvré ?
Je te dis tu seras livré
Au jour d'uy ä la tres grant morl.
HAQUIN.
N'ara pour ce respit d^ mört
Qu'il se face des Juifz Roys.
MALQUIN.
Tu ly as fait plus de .x. roys
De couleur rouge sus les longes.
•k
DG NOTRE SEIGNEUR. ^35
UAQUIN.
Par le grant Dieu, ce n^est pas songes,
Encor Ii en feray-je maintes
Don t mes escourgées seront taintes!
Et tu, que Teras? dy-le-moy.
MALQUIN.
Foy que je doy l'åme de moy,
Son corps sera par moy rouillié,
SI que du sang sera broullié.
II n'a ci nul qu'ii en dofTende.
HAQUIN.
Hoy, malle poission t'estende,
Qu'est-oe? as- tu paour? la char te tranbic.
Tu n'as pas n^antei, se me sanble,
Qui soit tburré de penne vairc.
gaIphas.
Menez-le au monit de Calvaire ,
Gar je vueil qu'il soit lä pendu
£n la crois, et fort estendu :
Faictes tost, il est assez oingt.
MALQUIN.
Vous dictes vpir, il est bien point.
£n parfcMit il n'a homme ou ipondc
Qui plaie Ii feist si proibnde
Gom je Ii en ay plusieurs faictes.
UAQUIN.
Malquin, qu^est-pqquc tu agaitcs?
Deslie a val et jp amont.
ANNES.
Seigneurs, car le menez amont
336 LA PASSION
Tout maintenant en la crois pendrc.
MALQUIN.
Nous le menrons sans plus atendre,
Mais sa robe nous demandons
Que Yous la nous donnez en don
Tantost que nous Pärons pendu.
ANNES.
Ce ne vous vert jh defTendu ,
Nous voulons bicn que voiis Påiez.
HAQUIN.
Or dois-tu bien estre esmaicz
Que de mört n*aras plus respit.
Malquin, met-li tout par despit.
Ceste grant crois sus ses espaulcs.
MALQUIN.
Tien, Jhesu, or m'en esbaulles;
Haquin, tnaine devant la dance.
MAGDELAlNE.
J'ay au cuer si grant habondance
De dueily que plorer mc convient.
Beau trés-doulz Dieu, bien me souvicnt
De la paine qu^avez soufTerte
Et que vous soufTrez sans desserte.
Le monde bien rachetissez,
Åulrement, se vous vousissez,
Sans soutlrir mört si angoisseuse.
SECONDE MACiDELAIlte.
Je pleur com la plus doiofeiise
Et la plus mescharit que je saclie.
Jc voiz le döulz aignel sans laichc
DE NOTRE SEIGNEUR. 237
A son col une crois porter ;
Pour ce ne me puis conforter.
Roy des roys, ils n'y voient goute ;
Tel vous descire et vous deboute
Qui sus tous vous deust honnourer.
TIERCE MAGDELMNE.
Lasse dolant bien doy plourer
Quand je vous voy ci tourmenté.
Juifs ont malie volentc
Vers vous, sire de tout le mondc.
Je pri å Dieu qui les confonde
Et qui les mette buy en mal en.
DIEU.
Hé! filics de Jhérusaiem,
Tel dueil sus moy ne dcmenez
Pour tant que je suis mal menez.
Je vueil soufFrir la mört amére,
Car c'est la volenté mon pére.
Ma mört n'est que mört trespassable.
Filics, sus vos eniäns plourez
Et sus vous qui ci demourez.
Yéez ci le temps qui approuche
Chascune dira de sa bouche :
« Braheigniez qui ne conceuptes,
» Fammes qui oncques enfans n'euste$,
)) Ven tres qui oncques ne portastes
)) Et mamelles qui n'alectastes ,
)> Benois et benoistes soiez. »
En ce temps leur vous recoiez
Quant Dieu prendra de mört vengence
1 38 L\ PASSION
Lors recevront tel pénitance
Ceulx qui venront en ce termine
Qui tous seront pris par iamine.
És cavernes se cacheront^,
Et auls montaignes crieront
Qu'ellcs les veigncnt craventer ;
Lors femmes se pourront venter
Qu'elles mengeront par grant råge
Leur enfans n'y ara si sage :
Yci n'ara il point de joye.
HAQUIN.
Jhesu, se le grant Dieu me voye
Il semble que soiez lassez
Ou que tu as les pieds lassez
Ou tu te veulz desconforter :
Ta crois ne pues pas bien porter.
Tu te fains mauvais roy trabistes ;
Ja pour ce n'eschaperas quittez.
La crois dessus toy osteray,
A .1. autre la bailleray
Qui moult tres bien la portera,
Car ton corps pendu y sera.
Dés cy vollentiers te tuasse.
MALQUIN.
Haquin, cel homme qui la paase
Seroble Symon, par vérité :
C'est un boms plainsd*iniquité.
Appellez Tay, si parierons
A Ii et porter Ii ferons
La crois ; bien porter la sära.
DE NOTRE SEIGNEUR. iSq
Quand sus son col mise Tara*
Huche le, fay le ooy tcnir.
Symon, il te fault ci venir.
Vien avant, Symon, beauix amis;
Malquin en ofHcc fa mis.
Ne scay se de cuer le fcras :
Ung pou ceste crois porteras
Jusquesen ce tertre iä-devant.
SYMON.
Seigneurs, ne m^allez ci grevant :
II fait pécbé qui me ataine.
Encor me deult toute Teschine
Et ay le corps si tenpesté
Du labour ou j'ay huy esté.
Celle crois por ter ne saroie :
De repos bon mestier aroye,
De vostre crois por ter n^ay curc.
Vilains bos de pute nature,
Vilain serf et vilain puant,
Naguéres tu estoies truant.
La crois porteras maintenant :
Se plus danger en vas menant
Frapé seras de bonne guise
De mes .11. poins et sans faintize
Tes .11. filz et tuit ti parent
Ne t'en porteront jä garant.
Tez filz servent ce losenger ;
Mieulx les en vausist cslranger.
24 o LA PASSION
Nc S9ay se tu les admonnestes ?
Toy eteulz tous inauvais estes;
Vilaiu ^ CCS tes crois te fault penre.
Pren la, ne la m'en fay reprendre
Que la teste ne te batisse.
SYMON.
Du porter moult bien me soufTrisse
Se je m'en pcuse excuser,
Mais je ne Tose refuser.
UAQUIN.
Jhesu, voiz-tu ci ton tourment ?
Maintenant te vueil deslier
Et puis tantost crucefier.
Ccs clous te feront par raison
Mener trop sanglante saison :
A ma guise te vueil mener.
MALQUIN.
Je vueil de ton corps estrener
Ceste crois qui est toute neuve.
HAQUIN.
Je le tenray qu'il ne se meuve,
Foy que doy, le jour de demain.
MALQUIN.
Je clorai sa scnestre main
Par de 9a, et de lä la destre.
Pardevers lez piez me fiiutt estre.
Jhesu, tu ne puez deffendre
Que tes piez ne te face estandre.
Roy, or m'osé-je bien vanter
Que tu säras bien enchanter
k
DE NOTRB SEIGNEUR. "2^1
Se de ci te pues eschaper.
HAQUIN.
Malquin, il fauit destraper
De ces .11. larroné qui ci aont.
MÅLQUIN.
II pert bien que ti amy soirt,
Tu ne les veulz pas oblier.
Je vueil cestui-ci deslier
Et au senestre le pendray.
HAQUIN.
Et je cestui pendu rendray.
A destre, soustien-toy^ soustien.
Gest est pendu^ pense du tien y
Fay tost. Qu'est-ce? que penses-tu?
MALQUIN.
J'ay aussy tost Fait comme tu.
Seigneurs, vous ne perderez néant.
Tous les larrons je vous créant
De ceste terre sont pendu.
Véez-vous-en .1. ci estendu
Qui estoit le principal Herres.
HAQUIN.
Combien que soies enchanderres,
• Sy t'avons-nous ci ataché,
Que se tu veulz avoir sancté
Ces .III. clous te fault arracher.
malquin.
Roy, yci te convient sacher
Ou getter ton enchantement.
HAQUIN.
Gaigné avons le vcstemcnt
II. 16
242 LA PASSION
Jhesu; je lo que le departc
Avant que je de ci me parte.
Cesle robe que je te monstre
Penray ; pren celle-lå en contre.
Et de ccsle-ci que ferons?
MALQUIN.
Mie ne la dcspesserons ,
Ain^ois la lesscrons entiére
Et en jouerons a la prémiére
Griache h qui elle sera.
HAQUIN.
Et qui le jeu refusera
Malle grant honle Ii aveigne !
Tu as .VII. poins: Dieu bonne estrainc!
Malquin, beau- frére,ne le ennuit,
II a moult bonne chance en .vni.
.VIII., dy .VIII. — Ho! voy ma chance.
MALQUIN.
Ge soit a la malle meschancc
De cely ä qui elle fu.
Roy, par ma lov oncques ne l\\
Que tu ne Fusses malvais horn.
Or as maintenant ta raison.
Tu as dit que despecerons
Le temple et puls le referons
En .111. jours; cs-tu bien bourdenes?
VIVAiNT.
Haa, Jhesu, come tu cs grant Herres!
Se tu es filz Dieu que atens-lu ?
Dy-nioy, pourqupy ne^ desccn-tu
DE NOTRE SEIGNEUR. 243
De celle crois appertement.
Trés-meschant roy, je te demant
Comment osas- tu oncques dire
Que tu fusses roy de Tempirc?
Respoo ; ne deignes-tu respondre ?
ANNES.
Nous ferons ta char en crois fondre.
Tu m^as tant de fois raconté
Qu'en toy avoit tant de bonté
Que tout le monde sauverois.
Par ma loy, bien voy non feroies
Quant tu sauver ne te puez mie ;
Mais se tu puez sauver ta vie
Et de la crois descendre å terre
Nous t^irons de bon cuer requerre.
Or, nous fay ceste démontrance
Et tenrons tous la créance,
Car moult bien sera advenant.
CAIPHAS.
Pilate, escripsez maintenant
Qu'il se faisoit roy tout puissant.
Sa folie miex cognoissant,
Sera quand on verra Fescript.
PILATE.
Volentiers melray en escript
Tout ce que bon me semblera :
Sans toy nul ta crois n^enblera.
Jhesu, n'aiez paour que mal te face.
Seigneurs, se Diex me doint sa grace,
J'ay bien fait ce que dit m'ave^.
i6.
^44 ^^ PASSION
CAIPHAS.
Par ma loy, sire, non avez :
.Ihesu nostre ioy despisoit.
Meltez y que roy se disoit
Des juifz ; atez y ce mettre.
P1LATE.
Je ne m'en quier plus entremeltre,
Foy que doy vous, beaulx doulx amis;
Ce qu'ay en cel escript Ik mis
Y sera, osler ne Ten quier.
CAIPHAS.
Centurion, je te requier
Et te prie tu preignes en garde
Ces larrons que förment me tärde;
Que Jhesu soit tout par tué.
CENTURION.
Se de Dieu soie salué
Sy feray-je nioult volentiers.
Malaquin, bon compains enliers,
Fay tost; par ta loy, va nae,querre
Mosse, Baudin et Pioceguerre;
Dy leur que j'ay d'euU ci afaire.
MALAQUIN.
Foy que je doy \e roy Césaire
Je y vois puis qu'en corrvent te Tay,
Seigneurs cbevaliers, sans déi;»y
Vcnea tous .nr. appertement
PoifT oiiir le commandement
De Centariofi nostre majstre.
DB NOTRB SEIGNEUR. ^4^
PINGEGUERRE.
Par le grant Dieu qui me fist nesire,
Tous .111. ferons sa voleoté.
BAUDIIf.
Se le grant Dieu te doint sancté,
Maiaquin, amis, va devant.
MOSSE.
Dieu qui (ist la pluie et le vent
Gart Centurion mon seigneur.
CENTtRION.
Bien veignez, j'ay joye greigneur
Que n'oy oncques en ma vie.
On in'a commise la baillie
De ci gärder et vous serez
Avecques moy et me ferez
Conpaignie h cy veillier.
Or, nous gardons de sommeillier ,
Gar se on nous enbloit en dorment
Ges larrons, courrouciez förment
Seroie, ce vous fais savoir.
Je ne voudroye pour nul avoir.
Gar tropseroit honteuse chosc.
MAL LARRON.
Guides-tu que moquer ne t'ose,
Dy, Jhesu ? Pour ton beau chapel
Au mains as-tu rouge la pel !
Elle est bonne k penre huas (i ).
Jhesu, or me dis que tu as,
Qui si fort te plains et soupires.
(1) Elle est bonne å prendre un milon, un faueoi (huas).
246 LA PASSlO?(
Par le grant Dieu tu es b pires
Lierrequi soitpar ci aval.
Descen de ceste crois aval,
Or y parra que tu feras.
Lois diray-je que tu seras
Filz de Dieu : se tu Tes sauve tov.
BON LARRON.
Cest grant merveille que de toy.
Encor est-ce de tes paroles?
Gestas, gardes que tu rigoles
Ne a qui tu as dit tes oultrages.
Par Dieu, tu n'es mie bien sages
Mai3 foI musart.
MAL LARRON.
Ge s^ay-je bien.
Oncques toy ne moy ne féismcs bien,
De ce ne m'asqu'un pou apris.
BON LARRON.
G'est voir^ mais qui Jhesu a pris,
Fait penrc ne mettre a tourmenf,
Bien s^ay que peché a formeni,
Gar filz est au pére célestre;
Mais moy, toy devons cy bien estre^
Gar nous Tavons trop bien gaigné.
Maint horn avons nous mescbengné
Et destourbé pour son avoir.
Gestas, ce pues-tu bien savoir,
Xc te lo que mercy Ii cries
Pour tes péchez et Ii dépries
Qu^ii ies te vueille pardonnor.
di: .\otre seigneur. 347
MAL LARRIM.
N'ay cure de tonsermonner.
Dy va, je te dy et par droit
II fcroit trop bien qui Tardroit,
(^ar il est bougre et ypocripte.
BON LARRON.
Tu mens comme Herre trahites.
Dy moy pourquoi tu le lédenges ?
Ii est trestout sire des angles
Et sy veult ceste mört souflrir
Pour tous ceuix d'enfer garantir
Qui ly vouront mercy crier.
Doulz Diex, je vous vueil dépricr
Que j'aio de vous celle grace
Que m'äme vous voie en la face.
Pour mes meflais dont ci je pens
Vous cry merci et m'en repens.
Sire, de cuer pleurant le dy.
DIEU.
Cerles, certes et je te dy
Que cy ne feras lonc séjour.
Avec moy scras en ce jour
En paradis, en ma maison.
MÉRE DIEU.
Bcaulx doulz filz, c'est bien sans raison
Que Juifz vous ont couronné.
(i ränt courrous au cuer m*ont donné
Quant soulFrir vous font tel tourment.
S. TEIIXM.
JNc voui> conplaigncz sy förment,
2^å Lk PASSION
Dame, tel dueil ne demenez,
Mais humblement voub contenea^
Et Icssez vostre dueil ester.
Mon deuil day-^je bien aprester
Quant je voiz que mon filz jc pers«
De dueil mouray se je la per».
Lasset nul ii'a de luy fio^rcy;
lehan^ j'ay trop le cuer oercy.
Moult fornieDt me doy garmenler :
En croia vay mon filz lounuenler
Et sy est toui son corps plaié.
Mon cuer est triste et eamaté
Quant jc voy mon doulz filz mcMirir,
Que tous déusaent aeignourir
Et il Tönt sus crois estendu.
S. JEHAN.
Ceuix qui en la croia Tant pendu
Sont de cuer félon et trahite.
Moult ay le cuer dolent et tristo
Quant en ce point mon nmistre voy.
m|;e£ ucu.
Lasse moy, doleote voy
Mon filz livré å tel justice.
La couronne qui Ii ont miae
Est de jons plus poigoant qu'espiiaie.
Toute léesse en moy décUne :
Ains que mon filz mourir véisse
Mourir avccques luy vousisse.
Mört fay de moy treslout lon plein ^
DB NOTRE SEIGNEUR. ^49
N'en puis més, se je me cooplains
Quant je voy mon filz défenir
Dont joye me souloit venir
Et le cuer m'eo part de douleur :
Beau filz^ je voy vostre couleur
Toute pallir et toute taiodre.
Lasse! moy bieo me doy compbindre.
Certes bien vourpie estre morte ;
Mört viengs å moy et si m'eDporte.
Je n'ay cure que apres luy vive.
Or sui-je bien, mére chétlvei
Certes , ma mört rorment me tärde
Quant mon lilz et mon pére esgarde
En guise de larron deslruire.
Nul ne faint point de luy nuire.
Lasse! comment sa coulcur est mate.
Le forfait des pécbeurs 9cbate
Sy qu'il en est livré a mört.
mcu.
Farame seudVe toy ; pour ma mori
Ne te dois pas desconfortcr.
Je muir pour sanclé aporter
Nez a ceulx qui sont trespasser.
Se tu me vois ore lassez
En cc tourmeot qui sy me trancbe,
Hors en seray dedei^s dimenche.
Lors seroot maintes åmes Uées
Qui sont pie^ ä du corps partics.
Lcs bonnes joye demenronl,
\vecqucs moy lousjours vcrronl;
aSo LA PASSION
Famme, famme, conforte toy.
Jehan, qui est sy prés de loy
Cest ton BIz. Voiz tu ceste famme,
Johan? Cest ta mére; com la dame
La sers de Bn cuer débonnaire.
Je t'ay esléu ad ce faire,
Garde la bien comme ta mére.
S. JEHAN.
Je vous rens graces, beau doulz pére,
Quant de vous suis sy cogneu
Qu'ä ce faire suis esléu.
Je feray débonnatrement
Sii*e, tout son commandement,
Et de bon cuer la garderay.
LA MÉRE DIEU SUS : « Ftni Creator. »>
Triste doiente que feray ?
Bien rae devroit le cuer partir.
Hél mört, car me fay départir;
Gar j'ay vescu trop longuement.
Le cuer m^estraint si asprement,
Je I'ay d'engoisse si amer!
Beau filz, pour vous m^estuet pasmer,
Et pour le mal que soustcnez.
S. JEHAN.
Dame, tel dueil ne demenez;
Souffrez vous et lessez ester.
Vous n'y povez rien conquester :
Ii veult sauver lous sez ami&;
Dame, pour ce son corps a mts
l^n tel painc et en tel durté
DE NOTRE SEIGNEUR. 25l
Pour eulx getter de Pob^urté
D'enfer, qui est tout plain d'ordure,
MÉRE DIEU.
II seufTre angoiesse trop obscure,
Mon doulz filz; son pueple aime moufo
Et si n'a nul en tout le mont
Qui pour luy tel fés soustenist.
Bicn vouroye que nion pére fenist
Sans plus au monde demourer.
De cuer m'estuet plaindre et plourer ;
Quanl je voy mon (iiz justicier,
Je doy bien ma vie peu prisicr.
Jamais joye ne puis avoir
Mais yray dueil toudis menant.
He! mort^ car me prens maintenant ; •
N'en pui» mais se je m'esbahis.
Beau filz, Juifz vous ont träbis,
Honteusement vous ont pendu
Et vostre corps ont estendu
En celle crois et par envie.
Lasse ! comment puis estre cu vie/
Qui jamais me confortcra?
Beau filz, vostre mört me fera
Grant dueil et grant råge mencr.
En chantatit die.
Beau filz je doy bien forcener,
II irest nulz qui me confortast :
Bicn voudroic la mört m'emportasl .
Au cuer granl angoessc mc poiolj
252 LA PASSION
Envis vou$ cuidasse en ce point
Jamais na pourroye voir
Quant je vous fesoie séoir
Par grant dcsir en mon giron
Moy et vous nous dépar tiron .
Vous vous mourez et je demuir
Se poise moy quant je ne muir,
Filz, pour quoy mon cuer lessés?
Or est bien du tout abesaez
Le souias que vous me fesiez
Quant en la bouche me besiez^
Par doulceur plaine d'amitié.
DIBU.
Beau pére, preigne toy pitié
De tous ceuix qui ce mal me font,
Car ne scevent k qui le font.
Leur mef&it leur soit pardonnez.
J'ay soyf.
CAIPUAS.
Beau seigneurs, je vous pry, donnez
A ce roy ce qu'il vous demande.
La male poission Testendel
Tant nous abuy fait de paine.
Je croy que la mört ie demene,
A boire demandé nous a.
HAQUm.
Certes, enfantosmez nous ha.
Boire ly donrray se voulcz
Buvrage qui oncques coulez
Ne fu; ja bien ne Ii fcra.
DE NOTRE SEIGI^EUR. a53
Or escootez qutelx il sera :
Pour ce que Jhesu vay »y maigre
D'amer de beste et de vin aigre
Sera destranpé ce buvrage.
Par ma loy^ Haquin tu es sage ;
DonDcz ly bien je my acorde.
HAQUIN.
Je penray celle escuelle orde;
Dedens vueil mettre la poisOD.
Tien ineschaht roy, boy k foison
Et garde n'en y lesse goute.
DIBU.
Or est acomplie trestoute
La prophécle ; dés or moorai-je
Pour sauver tout Pumain lignage.
Beau tres doulz pére je baille
Entré les mains mon espérit.
LES ANGLES 909 *. ff Feni Chentor. »
Vous estes tous hors du pérti
D*enfer , celle orde vil paeur;
Pour ce je vous aport lueur
Et lumiére de paradis.
Par Adam qui pécha jadis
Tous estoient en enfer mené,
Mais la mört Jbesu rameiié
Vous a trestousa saurement.
CÉKttJRlONS.
Seigneurs, sachez ccrtainemenl
254 *'^ PASSION
Cilz estoit filz Dieu et homs juste.
Yous trestous qui ä sa mortfustes
Se bonnes personnes fuasiee,
Savoir de voir bi^n déussiez.
Les pierres fendre vous veistes,
Et la terre crouler sentistes ;
Le soleil et le jour pardirent
Leur clarté, trestuit si Ic virent
Qui furent å ly justicier;
Filz Dieu est , on le droit prisier,
Chascun le doit croire et savoir*
MALQUIN.
Jc ne voudroie pour tout l'avoir
De Jherusalem la cité
Que vous déissiez vérité.
Ou avez vous ceci songé ?
Pilate, donnez nous congé
D'aler véoir en escalvaire
S'en ses larrons a mais que faire
Que on nous a fait justicier.
Les cuisses leur faudra brisier
Se ainssy est que nulz d'eulz plus vive;
La chose doit estre hastive,
Gar du Sabath approche Teure.
PILATE.
Alez y sans faire demeure
Et Longis avec vous menez.
Longis, ceste lance tenez;
En vostre main la porterez
Er ses conpaignons aiderez :
ém-
DE NOTRE SEIGNEUR. 255
Jc vous en pry par amitié.
LONGIS.
Oncques n*oy du larron pilié ;
II me tärde jå que je y soye;
Mais il n'est goute que je y voye.,
Lequel de vous me y veult mener ?
HAQUIN.
Pener me vueil de vous mener ;
Or en venez toul maintenant.
Au larrons vous voiz droit mennnt.
Or, escoutez que nous ferons
Quantdevant les larrons serons :
Chascun au sicn se couplera
Et Ics cuisses ly brisera.
Longis, savez que vous ferez :
Les cuisses Jhesu briserez.
Par quoy mourir plus tost il puisse
Se ainssy est que vif on truisse.
Malquin, ces .iii. larrons lä vivent.
MALQUm.
La mört ä leur povoir eschivent,
Je croy bien vouroient tous jours vivrc.
Pren ce baston et te délivre ;
Brise les cuisses ä cely.
HAQUIN.
Tu sces bien je ne doubt nully
De bien savoir faire Toffice.
MALQUIN.
Je vueil qu'on me leignc pour nice
Se cesluy tantost ne pnrtue.
256 LA PASSION
Ha! Jhesu, comme has laide veue :
Je croy que il n'est pas en vie.
LONGIS.
D'aulre chose je n'ay envie
Fors que de Jhesu tourixienter.
Haquin, je m'08e bien vanter
Je ly feray mes jeus puir.
HAQIJIN.
Jhesu n'a povoir de fuir,
Car il me semble que mört est.
De vostre lance qui forte est
Ou cousté destre le poignez
Et gardez que ne vous feignez ;
Mais bien en parfont le plaiez.
Nous voulons que vous essaiez
S'il a en ly de vie potnt.
LONGIS.
Lie sui quant il est en ce point,
Car je le hay de tout mon cuer.
Haquin, ma lance en droit le cuer
Apointe Iresloot droitement.
HAQUIr^.
Volentiers, (erez roidement :
En droit le cuer je Pay mise.
LONGIS.
Roy, au cuer te fier sans faintise.
Combien que j'ay perdue la veue
Sentiras-tu ma lance ague.
Bien s^y que je t'ay la char route :
Je sens sang ou yaue qui dégoute
DE NOTRE SEIGNEUR. 257
Sus mes mains contrc val ma lance.
Ne sgay sy m'en vcnra mescbance,
Mals mes yeulz en vueil nettoier.
Doulx DieUy chascun vous doit proier^
Diex estesy ce s^ai-je de voir :
Je m'en doy bien apercevoir,
Vous m'avez fait honneur et grace,
Enluminé avez ma face
Dont je sui moult lié et joians,
Car je estoie non voians.
Fort vous féry, pas ne failly,
Tant que vostre sang en jailly.
Le sang qui en est dessenduz
M'a mes .11. yeulz tous elers renduz.
Je vous féry, se poise moy :
Doulz Diex, aiez mercy de moy
Et ne vous vueilliez courroucier
Quant je vous ay osé blecier.
Les Juifz qui sont de put aire
Le me commendérent ä faire
Et je Fay fait par mon oultrage.
Beau sire Diex qui mon visage
M'avez esclarcy en pou de heure,
Åins que la mört me coure seure
Mon meffait car me pardonnez.
Dieu de qui tout bien es donnez
De cuer humble mercy requier.
Jamais mal faire je ne quier :
Les faulz Juifz sy m'amenérent,
A vous férir me commandérent ;
II. 17
258 LA PASSION
Hors de foy sont et rcnoyé.
SAINTE ÉGLIZB.
Tous cculz qui t'ont ci envoié
Je te promet ne sont pas sage,
Mais ont fait trop fol vasselage.
Cil est filz Dieu, ce puessavoir,
Son sang t'a fait lumiére avoir.
Ceulx qui en la crois Tönt pendu
Se sont bien au diable rendu.
Se de bon cuer ne s'en repentent
II saront que ly diables sentent.
Ce tesmoing k tous sans nientir
Qu'il a voulu la mört sentir
Pour tous les bons d'enfer gecter
Et pour tout le monde aquicter
Ceulx qui bien baptisé seront
Et mes commandemens feront
Et croiront en la, Trinité.
YIELLE LOY.
Tu n'as pas dit la vérilé ;
Qui es-tu ? ton nom me devise.
SAINTE ÉGLIZE.
Je sui nommée Sainte-Églize.
Et tu, qui cs ? car le me compte.
SYNAGOGOE.
Se le grant Dieu me gart de honte
Ne fcray pas lonc prologue :
J^ay pie^a nom Synagogue;
Mais par le grant Dieu, tu es fole
Quant tu as dit telle parole.
DE MOTRE SEIGNEUR. ^Sq
La Trinité que peusse cstre?
Je te creveray ton oiel destre,
Ce s^ay-je bien encor ennuit.
Se tu dis chose qui m'ennuit,
Ou je te turay de ma lance.
Je croy ce te fait dire enfance :
Tés toy que tu ne le compéres.
SAINTE ÉGLIZE.
La Trinité est Dieu ly pére,
Dieu le Filz, ly Sains-Espéris.
Cest .1. Dieu qiii de tous péris
Garde Sainte-Crestienté.
Cest cil qui donne la sancté ;
Ce son t .III. personnes ensanble
Et .1. seul Dieu : dy, qu'il t'en sanble?
Oserois-tu ceci dcsdire?
SYNAGOGUE.
Je ne saroye ce livré lire.
Dy va, tu ne me dis que fables
Mais j^ay la loy Dieu en mes tables
Que enseigne Abraham, Ysays,
Et Moyse par le pais
Moult grant piece les sermonna.
Ceste est la loy que Dieu donna
Quant il ot en ces tables mises
Ou mont Sinay a Moyse.
Cest la loy d'enciennetéj
Et tu veulz or nouvelleté
Tout par toy maintenant ci fairc.
17-
nSo LA PASSION
SAINTE ÉCL1ZB.
Je te feray assez tost taire.
Tu ne fais que sors et charaiez.
Respons-moy que le mal-jour aiez,
Ou Dieu puet tout ou rien ne puet.
Se tout puet, doncques ne le puet
Nulx homs desdire par raison ?
Ås-tu bien perdue ta raison ?
Dieu a voulu nestre de famme
Pucelle, Vierge, sans diflfamme ,
Et a YOiilu sa char humaine
Ait soufFert la mort souveraine ,
Comme bien pert qu'il est pendu
En la crois et tout respandu
Fut son sang, et pour ce voir
Yci suy pour le recevoir ;
Mais au tiers jour sera revis
Åinssy com je le te devis;
Et te dy sentence est rendue
Que ta loy sy est confondue
Arrez de .x. commandemens.
SYNAGOGUE.
Par ma loy, gloute, tu te mens.
Se avoies bien leu nos gioses
Tu n'oseroies dire teiz choses.
Bien puez savoir, se tu n'es yvre,
Mort homme n'a povoir de revivre.
Jhesu est mort, ainssy est-il,
Et comment donc revenroit4l ?
Sy grant povoir n'a pas nature ;
DE NOTRB SEIGNEUR. ^6^
Mais nous avons une (igurc
En nos gloses qui moult m^espoente.
En celle figure se vente
Le prophette que ma court toute
Par .1. seul home sera route.
Celly n'esl pas ä son vouloir.
L'angel chante sus : « Hostis Herodcs.n
Vieille Loy, bien te dois douloir,
Tu dois bien plourer et suter,
Gar perdu as au desputer :
Saincte Église a le champ gaigné.
Or, sont Juifz bien meschaignié ,
Diex a leurs escrips deffaciez.
Crestiens, Dieu veult que faciez
Ge que Saincte Église dira.
SAINTE-ÉGLIZE .
Apelle .1. clerc qui te lira
Geste legon qu'on t*a leue.
Aussy as-tu malvaise veue ;
Fay bientost il te fault deffendre
Ou il te convient ä moy rcndre ;
Or fay lequel que tu vourras.
SYNAGOGUE.
Je me rens vaincue ; or pourras
Désormais régner par tous régne
Ghevauche a bandon et régnes
Partout, plus ne m'ose vanter ;
Le chant que j'ay oy chanler
A toute aveuglée ma face.
262 L\ PASSION
JOSEPH.
Il m'est pris talent que je foce
A Pilate une requeste
Qui ne sera pas deshonncslo.
Ne S9ay s'il la refusera ,
Mais gaires ne ly coustera :
Cest de Jhesu cel home mört.
Juifz Font par envie mört,
En celle crois Tönt estendu
Et entré .11. larrons pendq.
Bien ly ont trestui couru seure
Je n'en voy nul qui pour ly pleuro.
Sy se faisoit-il bien amer ,
Mais pour ce qu'il se fist clamer
Boy des Juifz, quant il le sorent,
Sy grant dueil et courrous en orent
Qu'ilz en ont pris vengence obscure ;
Or n'a mais plus nul de ly cure,
A Pilate tantost savoir
Vpiz se je le pourray avoir
Par requestes ne par priéres;
Et j'ay esté encor nagaires
Nouviau chevalier, pour ce croy-je
Qu'il le ra'octroiera sans ploige ;
Car c'e8t ma premiére demando.
Pilate, sil Dieu vous deflende
De mal, qui (ist le (irmament.
PILATE,
Joseph, le grand Dieu vousamcnt.
Que vousplaist ne que vcncz qucrrc?
DB NOTI^E 31^1GNEUR. ^63
JOSEPH.
Pilate, je vous vien requerre
Et vous vueil cloulcement prier
Que vous me vucillicz octroier
.1. don que vous demanderay.
PILATE.
Demandez et je le feray ;
Fairc le doy sans contredire.
JOSEPU.
Pilate, bien savez, beau sire,
Chcvaliers suis nouvellement.
Le corps de Jhesu vous demant :
Mört est, Sire, donnez-le-moy.
PILATE.
Foy que je doy Tame de moy ,
Pas trop grant don ne demandez.
Joseph, .1. petit attendez
Et tantost sans dilacion
Je manderay Centurion.
S'il est mört par luy le saray,
Puis tost donné le vous arav.
Vallet, va quérir en messago
Centurion au (ler courage ;
Va tost, dy ly qu'il veigne cy^
MALQUIN.
Ge vault fait, levez-vous de cy,
Sire, en qui proucsse surmonle.
Se le grant Dieu vous gartde honte.,
Venez au prévasl inainlcnant.
:264 LA PASSION
CENTURION.
Je y Yois, car c'est bien avenant
Que toute sa volenté face.
Du grant Dieu qui a toute grace,
Soit luy Pilate maintenu.
Mande m'avez, je suis venu,
Dictes-moy vostre volenté.
PILATE.
Se Diex me doint bonne sancté
Je ne vous vueil pas decevoir.
Savoir vueil de Jliesu le voir
S'il est mört ou s'il est en vie.
Joseph a de ly grant envie :
S'il est mört je ly vueil donner.
CENTURION .
Bien ly povez abandonner,
Foy que je doy ma baronnie ;
L'åme ly est du corps partia ;
Ce s^ay-je bien certainement.
' PILATE.
Joseph, vostre commandcment
Du corps Jhesu faire pourrez
Toutes heures que vous vourrez ;
Mais pour ce que vous ne failliez ,
Je vous lo bien que vous ailliez
Auls evesques et sy leur dictes
Que ce corps est vostre tout quictes
Et que nul ne le vous deffende;
Car c'est la premiére demande
Que vous avez ä inoy requise.
DE NOTRE SEIGNEUR. 1265
Lcs Juifz en ont fait justice
Et vous voulez le corps avoir.
Par droit ilz doivent bien savoir
Qui Tara de la crois osté.
JOSEPH.
Je vois tantost ä leur hos tel.
De par Pilate, seigneurs Ponce,
Je vous dy et sy vous anonce,
Que le corps de Jhesu mien est.
ANNES.
Non est voir.
JOSEPH.
Par ma loy sy est ;
Pilate le in'a octroié
Et m'a ä vous .11. envoyé
Pour le vous dire (or le vous dy-je),
Qu'il le m'a donné quitte et lige.
De la crois le vois avaler.
ANNES.
Joseph, ou voulez-vous aler?
Dictes-vous, vous emporterez
Le mört ; par ma loy non ferez,
Estes-vous fol ou enragiez ?
Pour le gärder sui estagiez
De mon avoir, de corps et d'åme,
De mes enfans et de ma fame.
Et avec moy tout mon lignage.
CAYPHAS.
Joseph, vous n'estes pas trop sage
Quant vous nous dictes ces paroles,
266 LA PASSION
Car ellcs sont nices et folies.
Et sy vueil bien que vous sachez,
Jbesu est sy bien atachiez
En celle crois, que bien sarez
Hault faveler quant vous Parez;
Et sy vous fais bien å savoir
Quiconques le vourra avoir
^ Tcis enseignes aportera
Que mieulx créu que vous sera.
Qu'il soit vostre, rien n'cn savon,
Et de vous soupe^on avon
Que ne nous vueilliez decevoir.
Point n'en arez, sachiez de voir :
Aultre que vous y fault venir.
JOSEPH.
Seigneurs, quoi qu'en doie avenir,
II m'est donné et je l'aray
Et ja gré ne vous en saray.
A Pilate sans nulle esloigne
Je vueil compter ceste besoignc ;
Moult mc tärde que le inort teignc.
Pilate, grant bien sy vous veigne
Courrous mc fait le cucr estaindre :
De Caiphas et d'Annes plaindrc
Mc vicng a vous que trop conlraire
Sont vers moy de ce que vueil faire.
Jhesu ne veullent que j'cnporlc
Et sa char est en la crois morle,
Car lous .11. conlredit le ni'onl.
De ce courroucic sui-je niont^
DE NOTRE SEIGNEUR. 267
Nc 8cay se d'eulz estes amé,
De par vous me suis reclamé ;
Il dient que riens n'en feront.
PILATE.
Josephy tout courroucié seront
Quant ilz le vous ont contredit.
Vous I'arez puisque je Tay dit :
Nicodemus tantost y va
Avecques vous et leur dira
Que vostres est entiérement.
Nycodemus, allez briefmcnt
A Annes et Caiphas dire
Que j'ay au cuer courrous et irc.
Quant il ont Joseph tant lassé
Et mon commandement passé
Plus ont mespris quMl ne leur sanble.
Toy et Joseph yrez cnsanble
Et leur dy qui Vy lessent pcnre ;
Sien est, nul ne Pen doit repenre
Et je ne vueil pas qu'il y faille
Ne que nul enconlre luy aille
Ou förment les courrouceray.
NYCHODEMUS.
Le mesage moult bien feray.
Joseph, beau-frére, of en venez :
Droit ä ces maistres mc menez.
Lie suis quant avec vous ni 'a mis.
JOSEPH.
Nychodcmus, beau doulz amis,
Le corps du morl tcnir vourroye.
208 LA PASSION
Certes, dire je ne pourroie
Comme j'ay grant sain de Favoir.
NYGHODEMUS.
Ce veulz-je bien croire et savoir,
£t sui lié de ce vous dictes,
Car pour Jhésu sui förment tristes,
De ce que a mört I'ont méhaigné.
Et sy n'y ont-il riens gaigné
A de cy Foster je m'acort.
JOSGPH.
Nychodemus, bien d'un acort
Sommes moy toy ad ce faire.
Or pry-je Dieu le débonnaire
Que bien fassiens nostre besoignc
Et que nous ne truisson essoigne
Vers les felons hors de créance. '
Nychodemus, j'ay espérance
Que Dieu veult que facien ceste euvre
Pour plus dignement le recoivre.
Or pepse du sagement dire
Le commandement de ton Sire.
Voy-Ies-y, la va, sy leur conpte.
NYCHODEMUS.
Joseph, se Dieu me gar t de honte
Je leur vois dire mon mesage.
Seigneurs, vousn'estes pas trop sage^
Mespris avez vilainement
Encontre le commandement
Que Pilate a commandé,
Que Joseph ly a demandé
DE NOTRB SEIGNEUR. ^69
Le mort, point ne le fist muser.
Il ly donna sans refuser :
Pas trop ne le fist requérir;
Mais quant Joseph le vint quérir
Penre le corps ne ly lessastes,
Mais moult förment le rechinastes,
Et chascun de vous Ten blamoit
Et moult förment se réclamoit.
A vous dis par prévost Pilate
N'y ara cil qui ne Tachate
De vous se plus ly escondites.
Pilate dit qu'il est sien quittes
Et veult que tost ly soit donnez.
ANNES.
Dés or ly est abandonnez,
Je vueil qu'on le ly délivresse.
Or le voit querre et emportesse,
Je n'en yray plus ä l'encontre.
CWPHAS.
Vela le mört, je vous le monstrc
Joseph y or le povez despandre ;
Nul ne le vous veult plus deffendre ;
Dés or nous en lessez ester.
ANNES.
Nous sommes folz de cy ester
Quand somes delivre de ly.
Quant il sera ensevely
Tel pourra veoir sa sépulturc
Qui l'emblera par aventure :
De Faler bien est se me samble.
270
L\ PASSION
CAIPHAS.
Anne, se ainssy est qu'on l'emble,
Honni soitil qui les hostagcs
De quoy nous sommes tous en gages
A Pilate ja paiera !
JOSEPH.
Nychodemus, moult bien sera
Que je voise chevance faire,
Gomman t j'aray . i. bon suaire
Pour ce corps lä ensevelir.
NYCODEMUS.
Joseph, moult me doit enbellir
La parole que vous oy dire.
Je yray avecques vous, beau sire,
Moult volentiers pour vous aidier.
JOSEPH.
Nicodemu"^, sans plus plaidier
Alon moi toy voir sy pourron
Prendre du quel nous vourron.
Ge mercier nous en puet bien vendre.
Sire, car nous vueilliez entendre.
Avez nulz beaulz dräps neufs de soye?
MERCIER.
Je croy moult tres bien que je soye
Garny de ce que demandez.
JOSEPH.
Beau doulz sire, car nous vendez
Des tres plus beaulz que vous aiez,
Et vous en serez bien paiez
En tel argent com vous vourrez.
DE NOTRE SEIGNEUR. 2^]
LE MERCIER.
Dés or iicheter en pourrez :
Ma marchandise vous desqueuvrc.
Ja pourrez acheter bonne euvre :
J'en ay de magniéres diverses.
J'ay soye rouge, Indes et Perscs,
J'ay soie noire, soies fines.
Plus blanche que n'est fleur d'espines;
J'ay beaulz poilles seur argentez
A fellles d'or par my plantez;
Draps vers de soye ä or bendez
Et sy ay de plusieurs sendels,
Soye vermeille et puis morée,
Et ay soye qui est dorée;
J'ay bougueren et estamines,
J'ay bources faites de euvres iines,
J'ay saintures et gibeciéres,
Courroyes de maintes maniéres,
Pourpres samis trcssiers et guindes,
Voilles noirs et rouges et Indes,
Coéffes ä or bonnes et riches,
Queuvrcchiez, crépez et afiches,
Espingles d'argent sororées,
Grosses couroyes d'argent dorées,
Chapiaus apellez et couronnes
Et pierres precieuses et bonnes,
Noires et vers et rouges sarges,
Couvertoers de sendal bien larges ;
J'ai paille de divers ouvrages,
Pourtrait sont ä bestes sauvages
2'J2 LA PASSION
Qui samblent lion et liépart.
Et en av encor d'aultre part.
De riches, fais nouveilement,
Qui sont pourtrait mesmemcnt,
De blanches et de rouges roses
Qui sont parmi le dräpt encloses ;
Poilles roiez, couroyes å perles,
Draps a papegauls et ä merles.
A briefs paroics deviser
Ne vous pourroye deviser
Tout quanque j'ay de marchandise,
Et ay .1- dräpt que förment prise,
.1. sydoine, mais il est vers.
Soiés tout certains qu'il n'est vers
Qui ja le puisse transpercier,
Et sy ne sgay je pas mercier
Qui miex de moy en soit asiez.
JOSEPH.
Beau tres doulz sire, or vous taisiez
Ce sydoine j'acheteray.
Dictes moy que j'en paieray :
Ce corps y enveliopperay
Et de cclle crois Fosteray
Que j'ay tant Pilate proyé
Que il m'a le corps octroié.
Or I'en vueil porter doulcemcni
En .1. serqueu que propremen t
J'ay fait faire pour le couchier ;
Et vous dictes que ver touchier
Ne puet ä ce sydoine digne ?
k
DE NOTRE SEIGNEUR. 2^]^
Pour cc y mcttray ce corps bénignc :
Benoist est et Benoist doit estre
Car filz est au Pére célestre.
A tort ly ont ce fait Juise :
De bon cuer ly faiz ce servise,
Car il n'est nul qui bien le serve
Qu'ä .0. doubles ne le deserve.
Sire, or prenez de moa avoir,
Car le sydoine vueil avoir
Pour le prophecte ensevelir.
MERCIER.
Joseph, moult me doit embellir
La parole que m'avez dicte.
Le sydoine vous arez quitte :
Vostre est et vous Temporterez,
Ne jå deniers n'en paierez.
Marchant sui qui en marchandise
Ay tousjours m'estudie mise.
Le sydoine ly vucil donner,
Bien le me puet guerredonner,
J'en ay bonne dévocion.
JOSEPH.
Ce n'est mie m'entencion ,
Sire, que pour nyent je l'aye.
De la cherlé point ne m'esmaye ;
Vecy assez monnoye bonne.
MERCIER.
Le sydoine quicte vous donne ;
Allez, å Dieu je vous commande.
2'j4 Li^ PASSION
JOSEPH.
Je pry ä Dieu qu'il le vous rende
Et qui vous vueille conforter.
Ce sydoine le fault porter,
Nichodemus ; je le te baille.
MICHODBMUS.
Joseph, je vous dy bien sans failie
Ce sydoine moult m'abellist :
Du corps tenir ay grant délit;
La besoigne point ne m'anuie.
JOS£PH.
Or en alon , Diex nous conduie.
Aujourd'uy beau don gaigné ay
Que Pilate sy m'a donné :
Cest Jhesu que je vois despendre
De celle crois sans plus attendre,
Car je le voy moult tourmenté.
NICHODEMUS.
Joseph, se Diex me doint sancté
Je ly vois le bras desclouer.
JOSEPH.
Tu dis bien, je t'en doy louer :
Au pié de la crois demourray ,
Car recevoir je le vourray
Quant je le verray jus venir.
NICHODEMUS.
Or entendez au soustenir,
Car je voy bien que il se abesse.
JOSEPH.
Seurement aler le lesse
DE NOTRE SEIGNEUR. 2^5
Et vieng avant sy m^aideras.
Et le sydoyne getteras
Sus ly et puis l'enporteras,
Et ou serqueu le coucebras
En ce sydoine diguement.
NICHODEMUS.
Sire, ä vostre commandement
Je suy prés et appareilliez.
De le servir suis esveilliez
Et seray tant com je vivray.
JOSEPU.
Doulz pére, vostre corps livré
Avez pour nous ä grant tourment.
Contre vous ont mespris förment
Ly lelon Juifz de put aire.
Quant ilz vous ont osé ce taire
Hz sont faulz et malvais trahiste.
Doulz Dieu, j'ay pour vous le cuer triste;
Par grant tort vous ont mesbejgné
Et sy ne Tavez pas gaigné.
Vous estes Blz de Dieu le pére
Et naquistes de Vierge mére.
Vous estiez Dieu plain de pitié
Et par vostre grant amitié
Qu'avez eu ä vos amis
Que Adam en enfer tous a mis ,
Avez voulu mört recevoir,
Chascun puet bien apercevoir.
Quant Longis, qui ne voit goute,
Vous ot la char du costé route,
18.
276 LA PASSION
Fort vous poigny, pas ne failly,
Tant que vostre sang en sailly
Sus ses mains; lors les aprocha
De sez yeulz et les antoucba
Du sang, par quoy r'ot sa véue
Qu'il avoit loiiguement partlue.
Longis, qui devant non voians
Estoit, en fut iié et joians.
A celle heure que vous mouristes
De l'angoisse (Jue vous soulTristes,
Ciel et terre toute trambla.
Ce fut pour vous lors bien sambla
Que definenient déust cstre.
Doulz Dieu, fiiz au Pére celestre,
En vous est toute m'espérance,
En vous est trestoute puissance.
Mors ont les chiens envieux :
De cest oignement précieux
Oindray vos plaies sans faintise;
Beau doulz pére de bon servise,
Tousjours mais vous vueil servir.
Or vueilliez que je déservir
Vostre trés-doulce amitié puisse ,
Par quoy avec vous je me truisse
Quant départiray de ce monde.
NICHODEMUS.
Doulz Dieu de qui tout bien abonde ,
Vous dictes, ce s^ay-je de voir,
Que mört vous failloit recevoir ;
Au tiers jour resusciteriés^
DE NOTRE SEIGNEUR. 277
D'cnfer les vostres geteriés.
Cy a moult grant humilité;
Dieu pére plain de vérilé ,
Gar me vueilliez donner la grace
Que je puisse véoir vostre face
Quant la mört me fera fenir.
CMPIIAS.
Malaquin, va sy fay venir
Annes, dy-ly je le demande.
MALQUIN.
Yolentiers. Caipbas vous mande
Qu'å ly tantost parler venez.
ANNES.
Malaquin, bon vallet senez,
Je vois puisquil'a commandc.
Caiphas, vous ro'avez mande.
Je suis venu sans arrester.
CAIPUAS.
Sire, tout ce lessez ester ;
Par lon vous et moy d'autre chose
Que pour vérité dire je ose.
Fol est qui dit que soiops sagc :
Occis avons par grant oultrage
Le prophéte ; s'il resuscite
De sa mört ne seron pas quitte
Pour ce que Tavons justisé.
ANNES.
Qui dyablc vous a avisé
De ce dire? estes-vous yvres?
Caipbas, gardez en vos livrés
2']S LA PASSION
Ou la vostre créance est mise.
Vostre loy point ne vous devise
Que nulz homs en vie reveigne,
De quelque beure que mört le prcingnc;
Grant yvressc vous oy compter.
CAIPHAS.
Cest voir, mais Dieu puet seurmonter
Toute chose et par droicture,
Dieu puet plus que ne fait nature.
S'il est filz-Dieu par vérité
Vous le verrez resuscité
Aincois qu'il soit .nu jours entiefs.
ANNES.
Je ne vous oy pas volentiers
Ces malvaises paroles dire.
Vous estes maistre de fempire
Et avez sy fole créance.
Bien s^ay Dieu a toute puissanco
Et qu'il est sans commancement
Ne jh n'ara de finement.
Quant Dieu voudra il nous touldra
La vie, mais jå ne mourra :
Cest un homs que avons tué.
CAIPHAS.
Sire Anne, bien entendu é
Ge que respondu vous m'ave/,
Mais de vérilé bien savez
Que .1. Dieu puet tout sans nulle some
Et se met bien en guise de home.
Tantost que cest home tenismes
DE NOTRE SEIGNEUR. 2^ g
Jusques ä la mört le batismes :
Sanglant fut devant et derriére.
Se Dieu est, alé est arriére
En paradisen sa maison;
Que ce ne fust pas sans raison
Queain^ois que la mört Testendist
Convint que la pierre fendist
De son sang et en fut quassée,
Et quant s'åme fut trespassée ,
Je vis le ten^ps noir et ennuble
Et plain d'ob8curité moult horrible
Dont je fu moult espoventez.
ANNES.
Par foy, vous estes enchautez
Quant de ly point tous vous doubtez :
Lessez ester, sy me conptez.
J hesu sy est de boos amis ;
Joseph, ou sépulcre l'a mis.
Nulz n'y avons qui le gardoge.
S'il avient chose qu'oo 1'emblege,
Ceste derreniére erreur seroit
Qui trés-bien y regarderoit
Plus malvaise que la premiére.
Or vous diray-je la maniére
Comment nous nous encheviroo. '
A Pilate nous en yron
Vous et moy ceste chose dire.
CAIPHAS.
A lon, ne vous en quier desdire ;
Je m'acort bien a celle chose.
28o LA PASSION
ANNES.
Cil Dieu en qui mercy repose
Gart Pilate qu'il ne ly veigne
Chose de quoy son cuer se pleignc
Gom celly que devons amcr!
PILATE.
Diex qui Bst la terre et la mer
Vous vueille de tous maulz deflendre!
ANNES.
Pilate, vueilliez nous entendre :
Jhesu est ou sépulcre mis.
Nous avons plusieurs anemis
Qui tous de sa mesgnie sont,
Qui pour sa mört courroucié sont.
Il se pourroient bien asambler
Pour le prophéte aler embler.
Pour .c. ma res d'or n'el vourions :
Conseillez-nous se pourrions
Avoir nully pour le gärder.
PILATE.
Seigneurs, vous n'avez que tarder .
Je lo que quérir envoiez
Les chevaliers, et leur proiez
Que å venir cy point ne tardent,
Et que le sépulcre bien garden t ;
Bon est ä faire ä mon avis.
CAIPHAS.
Se on Temble ou s'il est ja vis
Förment courroucié en serav.
Par Malaquin tost manderav
DE NOTRB SEIQNEUR. 28 1
Centurion ; rien ne le teigne
Qu'a mon hostel tantost ne veigne.
Sy Ii requerray sans tarder
Chevaliers pour le corps gärder.
Vallet, raet-toy tost å la voie;
Dy centurion je ly proye
Cy veigne, j'ay mestier de luy.
MALQUIN.
Sire, je ne doubte nully
Que ce mesage bien ne face :
Bien m'en a Dieu donné la grace.
Je y vois donc et de vous me part.
Centurion, cuer de liépart,
Le grant Dieu vous gart de périr.
Par moy vous envoie qucrir
Caiphas; venez-y beau sire.
CENTURION.
Ce ne vueil-je pas contredire :
Je y vois tantost puisqu'il a dit.
Caiphas, Malquin m^a dit
Que mande par ly vous m'avez.
Or mc dictes se vous avez
Mestier de rien que puisse avoir.
De ma gent et de mon avoir
Povez vostre volenté faire,
Car par moy n'y ara contraire,
Ne ja desdit vous n'en screz.
CAIPHAS.
Trois bons chevaliers mandcrez
Qu'ä nioy veigncnt sans délaier,
282 LA PASSION
CENTURION.
De cc nc vous Fault esmaier :
Je feray mouit bien ce message.
Or sus, chcvaliers de bamage ,
Vos bonnes armeures prenez
Et tout maintenant en venez
Aprés moy, car je le commande.
PINGEGUERRE.
Se Diex de péril nous deffende
Aprés vous volentiers yron.
BAUDIN.
A vous tous .III. obéiron
A quanque vourrez deviser.
MOSSÉ.
Maistre, chascun vous d<yt prisier :
Vous avez dessoubz vous .c. homes
D'armes apris comme nous somes.
MouIt estes plain de grant noblesse
Hardement, fierté et proesse
Devez avoir plus que .1. lyon.
ANI^ES.
A bien veigne centurion
Et sa conpaignie qui est bonne.
Chascun semble fiére personne.
Foy que doy ma barbe chanue,
Je suis lié de ceste venue :
Moult semblent avoir vassellage.
CENTURION.
Ce sont chevaliers preus et sage :
Ils sont hardy et courageus
DE NOTRE SEIGNEUR. 283
Et qui leur désert oultrageus.
Fort home son t et bien esleu,
Bien esprouvé, bien cogneu ;
Je les ay moult bien essaiez :
Oncques ne les vy esmaiez
Poiir höst GU chevauchie ou gueri e,
Pour nul qui les envoiast querre.
J'en ay tels .c. en ma baillie :
Chascun porte espée fourbie
Et bon escu et bonne lance^
Qui tous me scrvent dés m'enfance •
Ne nul de eulz ne m'ose desdire.
Se ceulx-ci ne vous plaisent, Sire,
Des autres vous yray quérir.
ANNES.
Centurion, Dieu de périr
Les vous Tueille tous .iii. defiendrc!
Il me semble qu^ilz devroient rendre
Trois coups d'espée sans faintise.
CENTURION.
Je les met en vostre servise
Et leur enjoinget leur commande
Que chascun h bien faire entcnde
Ce que commander leur vourrez.
ANNES.
Et je les prens; dés or pourrez
Seigneurs faire ma volenté.
Or vous teigne Diex en sanclé :
Je vous diray que vous fcrez.
Cc moriiiment-la garderez ;
284 L\ PASSION
Joseph y a Jhesu couohié :
Encor n'y a nully touchié.
Je me doubt trop qu'auqun ne Pembie ;
Sy vueil qu'enlrevou3 .ni. ensanble
Allez au sépulcre veillier
Et vous gardez de sommeillier
Par quoy vous ne soiez deceu.
Soiez tous .III. bien esméu
Pe bien veillier et escouter.
PINCEGUERUE.
De ce ne vous estuet doubter :
Le monument sv bien sera
Garde que nul ne l'emblera ;
Se on Temble nous le vous rendrons.
BAUDIN.
Au gärder trés-bien entendrons ;
Se nul s'en vouloit approcher
De m'espée le vouldroie brocher
Tel coup que jamais ne gariroit.
MOSSÉ.
Moult chérement le conparroit
S'aucun esloit qui y venist.
Il convenroit qu'il defenist
De ceste espée qui est bonne.
GAIPHAS.
Moult est cbascun bonne person ne
De vous .111. hardie et fiére ;
Moult y pert bien h vostre chére.
Alez-vous-cn ; Diex vous conduie!
DE NOTRE SEIGNEUR. 285
PINCEGUERRE.
Ne doubtez jå nul de nous fuie
Pour chose quc avcnir nous puisse,
Et se ainssy est que je y truisse
Nully qui jå y soit venu,
De moy sera-il bien tenu
Que pour riens iniex ne convenra.
BAUDIN.
Qui ver le monument venra
II ly vauroit trop miex assez
Qu'il eut les .11. piez quassez^
Gar la testc ly couperay.
MOSSÉ.
De m'espée tant fraperay,
Se je y voy nully qui y veigne,
Que la teste n^ara pas saine :
Jamais ne sera qui n'i pérc.
PINCEGUERRE.
Foy que je doy Tame mon pére.
Je croy quc somes espié.
.1. pou de soupe^on j'ay
Que sa mesgnie ne nous entende.
BAUDIN. '
S'il y vient nully qui y tende
Le doit par aucune aventure.
Il sära se m^espée est dure :
Fendre ly en feray la leste.
MOSSÉ.
Se je voy nul qui se y arreste
De mon coup ly feray present.
286 LA PASblON
Je ly donrray gros et pes;int
De ceste espée, qui bien trenche.
PIMCEGUERRE.
Et je Je la iiioye qui est blancbc
Ly vourray la teste couper.
Sy ly lourray le goloper :
Ycy tout mört le lesseroye.
BAUDIN.
Je te diray que je feroie :
Qui y vcnroit par son oultrage,
La teste mc lesseroit en gage ,
Ge le dy-je pour vérité.
MOSSE.
Tout I v or de ceste cité
Pas celly ne garentiroit
Qui ver ce monument yroit
Qu^aler s'en péust sans escbaces.
PINCEGUERRE.
Seigneurs, car lessez vos menaces,
Que se je y voy nully venir.
De rire le feray tenir,
Je ly leray veufve sa famme.
BAUDIN.
Conpains, je te jur par ceste åme,
Se nul vient ci pour nul mal dire,
Mourir le feray å martire :
Je te dy voir, quier qui te mente.
MOSSÉ.
Cbascun de vous förment se vante ,
Mais m'espée a telle proesse
DE NOTRE SEIGNEUR. 287
Se nul au monument s'aclresse
Jusques au dens le pourfendray.
PINCEGUERRE.
Las, moy dolent ! qui atendra
Ces gens qui sa venir je voy?
Seigneurs, meilleur confort n'y voy
Fuions-nous-en tout maintenant.
BAUDIN.
Las, chédf ! que voy-je venant?
Que cy a d'ommes amassez !
Ilz sont trop plus que nous assez ;
Fuir vueil pour moy garantir.
MOSSE.
Seigneurs, tost vous voy repentir
De faire ce que disiez.
Vos vantances devisiez
Et maintenant voulez tuit fuire !
Or puissant mal se conduire
Se .1. petit de vent vous a vante,
Sy estes tuit espoventé
Et pour droit nient regardez.
Comment oseriez gärder
Ung grant régne ou une conté?
PINCEGUERRE.
Par le grant Dieu plain de bonté,
J'ay moult trés-grant paour eue.
Or est ma force revcnue,
Je suis tout fort et tout hardy.
BAUDIN.
Se j'ay esté acouardy ,
288 LA PASSION
Bien s^ay que j'ay ma torcc toute.
Se nul au monument sans doubte
Venoit tantost seroit tuez.
MOSSE.
Beaus seigneurs^ ne vous remuez,
Ne vous devez espovanter.
Ccst vent qu'avez oy venter.
Tenez-vous-cy, ne vous doublez,
Mais au monument escoutez
Qu'il n'y veigne nuiiy toucher.
Et les angles sus : Pange lingua.
Seigneurs, je vieng de par celly
Qui a eslé en crois penez.
Crestiens, joye demenez :
Rcsuscité est tout de voir.
Il a voulu mört recevoir
Pour trestoute crestienté.
En bonne église estes renté
Se vous la voulez deservir.
Seigneurs, pensez de Dieu servir ;
Pour vous est perciez ses costez.
Du dyable vous a tous ostez :
Recouvré bon seigneur avez.
PINCEGUERRE.
Or me dictes se vous savez
Dont ce&te vois puet estre yssue?
Je ne l'ay pas bien entendue
Ne je ne s^ay qui dicte l'a ;
Mais je voy .i. blanc home lä
Qui sus son col une crois porte :
DE NOTRE SEIGNEUR. 389
S'cn enfer ne soit in'åme morte,
De paou, le corps me croule tons.
BAUDIN.
Je sui le plus paoreus de tons,
Je n'ay membre qui ne se deuille;
Mon cucr tranbleplus que une (ueille,
De paour le poil me hérice ;
Je me tien pour fol et pour Qice
Quant sui venu en ce service :
Dés or mais ma vie peu prise ;
De dueil mourray en cest place.
MOSSÉ.
Tel paour ay ne S9ay que face :
De paour m'est le poil drcssiez.
Gerles, moult sera courrouciez *
Cayphas quant il le sära.
Moult grant dueil au cucr en ara,
Gar pour ce chant qu'avons oy
Somes trestuit sy csbahy
Je sui devenuz tous lourdes.
PINCEGUERRE.
Bien sont abatues vos bourdes.
Moult trés-bien vanter nous savons ;
Beau seigneurs, mal garde avons
Jhesu qui la loy despisoit.
Bien s^ay qu'ersoir séens gesoit;
Emblé est, s'en seron blasmé.
Or ay le cuer de deuil pasmé :
Je sui de mourir en balance.
II.
»y
ngO LA PASSION
BAUDIN.
Par ma loy, sy a grant meschance:
Véoir vueil se c'est vérité.
Las! comment s'en est-il allez?
Or (levons bien estre esbaby.
Oncques mais ma vie rie bay;
Tel dueil ay que mourir m'estuet.
MOSSÉ.
Nagaires encor y estoit.
Las! comment l'ont péu embler?
La paour qu'ay me fait tranbler.
Certes, bien vourroie défenir :
Je ne me puis mafs soustenir ;
Dormir me convient cy å terre.
SATHAN.
(Tr sommes-nous trestuit en guerre.
Céens nous convient enfermer^
Nos portes et nos huis fermer,
En nostre enfer appareillier,
Car Jbesu nous veult traveillier.
Cest force, se s^ay-je de voir;
Il le nous convient recevoir.
Jbesu est bons qui a doubtée la mört :
Il dist s'åme troublée jusques ä mört
Estoit, et adversaires
M'a esté en tous mes affaires.
Il a esté cruceiiez par moy.
Par moy est glorefiez.
Il vuidera tout cest estage
Sy com je pens en mon courage.
DE NOTRE SEIGNEUR.
391
S'il est filz Dieu pas n'en fauldra ,
Mais assez tost nous assaudra,
Jhesu m^a tousjours decéu,
Gar aucuns mors que j'ay éu
Mis en la cbarte de céens,
Tu le sces, que tes yeulz véens.
Par sa parole les délivre.
BÉELZÉBUS.
Qui est ce Jhesu qui fait vivre
Par sa parole seulemenl
Les mors ? Dy, je ie te demant.
Et non pour quant par aveoture
Cest cil qui de la charte obscure
De séens le ladre getta
Qui jä puoit, et qui dit a
Qu'il briseroit nostre maison ?
SATHAN.
Je te respon et par raison :
Cest cil Jhesu qui nous afolle
Tant seulement par sa parole
Qui nu lie fois ne se parjure.
BÉELZÉBUS.
Par tes vertus je te conjure
Que tu ne m'amenes mie
Tuit cil qui sont de sa mesgnie,
Qui ne scevent amer nuUy.
Quant ilz oient parler de ly,
N'i a sy hardy qui ne trenble.
J'ayme trop miex celluy qui embie,
Ou .1. murtrier ou .1. hérite,
»9
39^ L^ PASSION
.1. parjure ou .i. faulz hermite :
A teiz gens sont de mon convent ;
Mais je te promet et convent
Que (se) tu Jhesu y annenes,
II nous ostera nos deniaines.
Nos richesces, nos seignories -
Et toutes nos grans galeries.
Et sces-tu qui t'en avendra ?
Trestous tes chartriers en menra
Avec le pcre espéritable
Droit en la vie pardurable.
Lors tuit de mal heuré serommes ,
Qu'il sera sires de tous hommes
Et de toutes les åmes mortes.
DI EU.
Princes d'enfer, ouvrez vos porles :
Le roy de gloire le commande.
Gardez que nul ne le defTende,
Gar je vueil aler visiter
Mes amis et les vueil getter
Tous hors de la male prison .
SATHAN.
Par la foy que doy Trayson
Que j'aime, or suis moult esbaliis :
A cestuy coup seray träbis.
Béelzebut, sy te fault venir
A ces por tes fort soustenir.
Fay que cil huis soient verroulé
Ou houssé, batu et roullé
Serons et tuit achetivé.
DE NOTRL SE1GNE13R. 2^3
DAVUO.
A bon port sommes arrivd;
Foy qiic doy moy, par teinps vcrray-jc
Mon droit sauvcur en son visaigc.
Véez-le-vous cy qui nous vient querre :
Des cc que je vivoie en lerre
i\e dy-je pas : a Aiez fiance
(( En Dieu et en sa grant puissance,
« Car il est vray Dieu et sera
(( Et ses amis confortera ? n
Je le prophetizéjadis
Qu'il nous nienrroit en paradis
Et d'enrer tout sire serolt
Et les portes en briseroil.
Certainement je Fay oy.
\SAYAS.
Nous devons bien estrc esjoy ,
Car je vous dy pour vérilé,
Vecy toute la Trinilé
Qui nous vient maintcnant quérir.
Je Fav ov a 1'uis férir :
Mais t rop me tärde que le voye.
& JEHA.IS BAPTISTE^.
Seigneurs, ou tcmps que je vivoie
Ou fleu Jourdain le baplisé.
Le filz Dieu bien l'av avisc
Que c'cst cil qui nous vient secourre.
Ly diable ne saronl tant courrc
Ne Inir i\u\ ne les nquicre.
Ccsl cil de certain qui luniiére
394 ^^ I^ASSION
En soy-meismes nous aporte.
Il a hurté ä la porte
Le trés-doulz aignel préciex.
DIBU.
Ouvrez, jc suis roy gloriex :
A moy tuit obéir devez.
Se vas grans poFtes ne levez
Maintenant elles seront rouptes^
Non pas une seule^ mais toutes;
Malgré vous tous je y enterray.
BÉELZEB13S>
Seigneurs chartrier, et que feray ?
Qui est-ce roy de gloire ? dictes.
ABAC13C.
Ce roy est de tous pécbez quictes ;
Cest le sire puissant et fors,
Qui rien ne prise tes efTbrs.
Je te dy pour voir et sans faille >
Puissant est en tojate bataille,
Et poui! ce a-il nom roy de gloire.
SATHAN.
Las dolent ! je pers ma ménioirc I
Nous somes vatncu, nul n'en doubtc.
Je voy ja nostre porte roupte;
Jhesu vient séens ä sa guise,
Par sa foroe et par sa mestrise.
Ou sépulcre mört a esté,
Mais y n'i a guaires esté.
Jbesu, que vien$*tu séeus querre?
Tous Ics elements et la terrq
DE NOTRU SEIGNEUR. 2^5
Ont esté tuil espoventé
A ta mört ; or es en sancté.
Jhesu, tu es moult amiable ,
.1. fort puissant et amirables.
Lesse-nous entiers dos liens
Et je te promet et fians
Plus ne leray riens contre toy.
DIEU.
Chélif Sathanas, sueffre-toy. i
Tu es des diables ly ainnez;
Pour ce seras-tu enchainnez
Et en celle chartre la mis ,
Gar j'en vueil öster mes ^mis.
Jamais nully ne tenteras ,
Mais en enfer tous jours serasi
Sans jamais nul jour remuer.
BÉELZEBUS.
Tu cuidoies Jhesu tuer,
Mais y t'a mis en prison claudc.
Tu féis pécher par ta fraude
Éve et Adam le premier homruc j^
Tu leur féis mordre en la pQm,me..
Qui crut en Tarbre deffendu...
Cil sans péché t'avoit rendu
Les ricliesces que tu avoie^ .: .
Or me dy que tu te vouloies
Quant tu fcsis Jhesu mourir. ,
Je me cuidoie aseignourir
Par dcssus trcslous ceulz du monde.
ag6 LA PASSION
BÉELZEBUS.
Tu sces que ly juste son t mondc
De tous peichez et de lous vices.
Comment as4u esté sy nices
Que tu as fait Jhesucrist pendre?
Te sces qu'å ly nous convient rendre
Par force tous ses prisonniers.
DIEU.
Sathan, tu seras préconniers
De tous Ics tourmens de séens.
BÉELZEBUS.
Hé^ Satbanas, trés-méchant !
On ne te povoit chastier.
Pour quoy as fait crucefier
Sans causc cc preudomme cy?
DIKU.
En licu d'Adam ce diable cy ,
Béelzebus, je met en ta garde ,
£n ly mon^trftQt ^tban.
Gar je vueii que tousjours mais ardc,
Venez ä moy beneuré ,
Venez h moy ; j'ay enduray
La mört pour vostre délivrancc.
Mes sains qui avez ma sanblance ^
Yssez hors trestuit de cestestre.
Adam, baiHe^moy ta main deslrc:
Venez hors de Tobscurté
D'cnfer ou a tant de durtc:
Sy screz en ma conpaignic.
DE NOTRE SEIGNEUR. 297
ADAM.
Sire, j'avoie grant envie
De véoir vostre doulce face,
Et vous m^avez fait sy grant gråcc
Que vous avez tout essartc.
Enfer pour moy donner clartc
Et ceulz que j'avoie tréchié
Par raon trés-horrible péchic,
Par vostre mört vous les avez
De trestous péchicz sy lavez
Qu'il son t sy clcr que je m'i mire
En les rcgardant, beau doulz sire.
Vous me Faites grant amitié
Quant vous avez de moy pitic ,
Et quant par la tnain me tcnez.
EVE.
Trcs-doulz Dieu qui nous cnmcnez ,
Je péchié trop vilainement
Cöntre vostre commandement
Ou feit de désobéissance.
Souffert en avez pénitance
Jusque a la mört, f:c s^ay-je bicn ;
Vous m'avcz pour mal donne bien :
Jhcsucrist^ je vous en mercic.
DIEU.
Ucgartlez lous se il a ev
Beau lieu; jc le vous abandonne.
Mon perc a chascun de vous donnc
.1. lien loul ponr laiiiour de moy.
298 LA PASSION
MAGDELAINE SUS : Jhesu redemptor omnium,
Lasse dolente, lasse moy!
Tousjours mais duell mener me fault
Quant je voy que cil mc defTault ,
Que je dx)y dessus touz amer.
MARIA JACOBI.
Bien mo doy chetive damer:
Jamais au cuer joie n'aré
Quant Juifz jusque a mprt navrc
Ont celly dout bien nous vcnoit.
MARIA SALOMÉE.
Cil qu*^ toules nous spustenoit
Et qui avoit toute bonté,
Est morl, dont j'ay le cuer monté,
Dolent et mat et courroucié.
MARIA MAGDALAIXE.
En tout plain de lieus l'ont blecir
Juifz par leur forccnerie.
Or alon en l'espicerie
Oignement pour ly oindre prendre.
MARIA JACOBI.
Ma trés-doulce conpaigne tendrc,
Je m'acort k vostrc vouloir.
Juifz félon, Diex vous maudie ;
Sa mört mc fait toute douloir.
MARIA SALOMÉE.
Je m'oltry, bien doulce Marie ,
A ce faire que dit avez.
Assez d'onneur de bien savez :
Pour Dieu bon oignement prenez.
DE NOTRE SEIGNEUR. 299
MAGDALA.INE.
Mes conpaignes, or en venez ,
Car quant cbiez 1'espicier serons,
Tel oignement acbetcrons
Se le trouvons qui bon sera.
En pärlan t å Tespicier.
Dicu qui le monde jugera,
Sire^ sy vous vueille gärder.
L^ESPIGIER.
Et Dieu vous vueille regarder
En pitic toutes .iii. ensemble.
Courrouciées estcs, se me semble^
Et sy me semblez bonnes dames
Toutes .III. et bien preudefames.
Je croy qu'au cuer avez mesaise :
Se j'ay nulle rien qui vous plaisc^
Dictes-le-moy; vous en arez
Sy on marchié que vous vourrez
Ne demander ne requérir.
MAGDELAINE.
Nous venons tel chose quérir
Dont je croy qu'avcz a planlé.
l'espicier.
Dame, se Diex me doint siinclé
Ma marchandise deviser
Vous vueil qui fait a priser;
Et puis apres sy en pourrez
Acheter ce que vous vourrez.
J'ay poivre, gingenbrc et canclle;
ÖOO LA PASSION
Poudre de saffran bien nouvcllc,
Nois mugucttes, pomes garnates,
Giröffle, citonal et dates,
Garingal, folion^ pénites,
Cubebes, rasis, nois confytes ;
J'ay gingenbrant et pignolat,
J'ay trop bon sucre violat,
J'ay grosse et gréle dragic
De girouille et d'anis glagie ,
Poivre lonc, commin, reguelicc,
Amendcs, ris et verdegrice;
.T'ay gruel c'on n'a pas pillc,
Colon batu, coton (illé;
J'ay sire jaune et sire vierge,
J'ay du persin Massidoine;
Je finerove bien d'un shroine :
.ray bon candit gros et brisé,
Et graine de paradis c ,
Sucre dur pour faire claré,
Gingembre blanc, confit parc;
J'ay poudre pour bon pignement tiiire,
Et ay scens bon laictuaire ;
J'ay poudre de sucre ä cassons ,
Et alon plus der quo glassons \
J'ay encens gales baie noire
Quc je achetay en ccstc foirc,
Et ay de bon mugueliel
Qui en ceste boitc ev csl;
J'ny blanc de llour el roigc minp
DE NOTRB SEIGNEUR. 3o
Et aultre arquenetc finc ;
J'av vermeillon ettainturc Inde,
Figues et raistn de Corinde ;
J'ay yaue rose et oille d'olive
Aulant comme cspicier qui vive ;
J'ay brésily miel et errement,
Et de quoy on fait oignement;
Plusieurs herbes, bonnes espices,
Car je mc cognois bien en yces
Qui sont sus ces sachiez escriples.
Se rien voulez sv le me dictes :
J'ay encor moult de bonnes choses
En ces .iii. boestes qui sont closes.
Cest oignement moult précieux
Qui est moult bon et glorieulx
A plaies garir et blessure,
A gens målades et coupures ,
A desdouloir ceulz qui se deulent
Se bien oingdre le corps se veullent :
Fait est de mirre et d'aloé.
.1. oignement bon et loé,
Nul ne s^en oint gari ne soit
De quelque mebain que ce soit ;
Se cil vous plaist sy Tachetez.
MAGDELAINE.
Sire, devant nous nous metez
Ce trés-précieux oignement,
Car c^est quanque je demant.
Trouvé avon ce que quérons :
Vendez-le, sy Temporterons
3o:i LA PASSION
Qiian paié de 1'argent serez.
l'espicier.
Dictes-moy que vous en ferez
Et bon marchié vous en feray.
MAGDELAINE.
Maintenant le vous compteray ;
Quant de vous nous départirons
Droit a ce monument yrons :
Sy oingderon de Jhesu le corps.
l'espicier.
Dame, par l'åme de ce corps,
Se Toignement voulez avoir
Vous me donrez de vostre avoir
De bons petis tournois ,xx. livrés.
MAGDELAINE.
Or faictcs qui nous soit délivres :
Véez-vous ci l'argeut tout compté.
L'oignement ou a tant de bonté,
Voulons avoir tout maintenant.
L^ESPICIER.
Paié suiy bien est avenant
Que 1'oignement vous soit livré,
Dame ; et tantost délivré
Sera, plus ne le retenray.
Ceste grosse boeste penray ;
Dame, vostre main me tendez :
Veci quauque vous atendez.
Je la vous baille^ or la prenez ,
Et vous, damcy ceste tenez.
El le est moult fine et moult bonne ^
I
DE NOTRfr SEIGNEUR. 3o3
Tenez, je la vous abandonne.
Ceste cy, dame, vous arez;
Bien s^ay que bon gré m*en sarez.
Or allcz ä la sépulturc
Ou Joseph a mis la figure
De Jhesu^ et vous conforlez.
Je vous créant vous emportez
Bon oigneinent et précieux.
MAGDEL\irSE SUS: Beata nobis ^audia,
Beau trés-doulz pére glorieux
Qui tout povez et tout savez ,
Pour nous mourir voulu avez:
Las! com ce més me desront.
MARI A. JACOBY.
Le cuer me part, le cuer rae rönt.
Hée, mört! pour quoy a pris celly
Qui onc ne meffit å nully?
Lasse, com cia dure mört.
MARIA SALOMÉE.
Doulz Diex, par grant envie mört
Vous ont Juifz vilainement.
Je vous vy moult crueusement
D'une lapce ou costé férir.
S. MICHEL.
Fammes, que venez-vous quérir?
Toutes .III. grant dueil demenez.
Dictes moy pourquoy ci venez,
Ne qui vous muet ä ci venir?
MAGDELAINE.
De dueil ne me puis soustenir.
Jhesu de Nazareth voulons
3o4 LA. PASSION
Veoir, car pour sa mört nous dolons
Et il doit huy resusciter.
MARIA JACOBI.
Jhesu quérons qui aqiritter
Nous a voulu de Fanemy.
Pour sa mört je pleur et gémy :
Celle pierre car nous levez.
MARIA SALOMÉB.
Lasse , com mes cuers est grevcz !
Beau sire, celle pierre ostez;
Se oingdrons son corps et sez costez.
Moult förment a esté plaiez.
S. MICHEL.
Fammes, bon reconfort aiez.
Jhesu qui hier séens gésoit
N'y est mais et mont bien disoit
Qu'au jour de huy en vie seroit.
Diex dit quMI resusciteroit
En cest jour de huy et il sy est.
Venez-y veoir quc mais n'y est;
N'alez plus tel dueil demenant.
Alez-vous-en tout maintenant
A Pierre et aulz apostres diré :
« Diex est vif et hors de marlire ;
« En Galilée chascun voyse. »
MAGDELAINE. •
En dueil, en tourment et en noisc
Dés or vueil ma vie mener
Quant je ne truis qui assigner
De mon trés-doulz seigneur me puisse.
DE NOTRE SEIGNEUR. 3o5
SECONDE.
Lasse moy ! ne S9ay ou le truisse
Le doulz JhesUy et qui sera
Cil qui le nous enseignera !
Moult me tärde cjuc je le voye.
TIERCE MARIE.
Se séusse sentier ne voye
Ou le trés-doulz Jhcsu trouvasse
Je tout droit celle part allasse.
Grant courtoisie me feroit
Qui bientost le m'enseigneroit ;
De le véoir grant joye aroye.
ÄNGELS.
Le roy du ciel, le roy de joye,
£st tout pour yoir résuscitez.
D'enfer a les bons aquitez
Pour la mört qu'il a soustenue.
Diex est vis, la mört a vaincue :
Par ly estes tuit racheté
De la punaise enfermeté
Ou ly anemis vous menöit.
MAGDELAINE.
Certes, se la mört me prenoit
Au cuer bien Taroie gaigné,
Quant mon maistre ainssy mehaigné
Ose lesser plain pas de terre.
Lasse moy! ou l'yray-je querre?
Pourquoy m'esloignai-ge de luy?
Ne s^ay ou je truisse nuUy
Qui enseigner le me scéust.
II. 20
3o6 L\ PASSION
Doulz Dieu, mon cuer grant joie éust
De vous véoir, c'est vérité.
Vif estes et resuscité :
Vueilliez que vostre fece voye.
DIEU.
Famme qui vas par cdle voie,
Dy-moy se cognoistre pourroies
Cel homme que trouver vourroies
Don t ton cuer id joie feroit ?
MAGDELAINE.
Mon cuer en grant joie seroit.
Plus joieuse ne pourroie estre
Que de véoir le filz Dien celestre ;
Je ly dépry qu'å nioy s'apére.
MABIA JAGOBI.
Suer qui avez doleur amére,
Vous a-on rien dit ne conpté
Du doulz Jhesu plain de bonté ,
En qui nostre espérance est mise?
MAHIA SALOMÉ.
Suer, qui trés-grant douleur justise^
Avcz-vous nouvdlcs oyes
Dont nous doions estre esjoycs?
Dictes-lay, nous vous en prions.
MAGDELAINE.
Courtiller me senble ly horns
A qui j*ay parfé maintcnafnt,
Que jc vy devant rnoy venant ;
Me demanda ^ cognoistroie
Celly dont sy grant joie ardye.
DE NOTRE SEIGNEUR. 807
Ge que j'en scay vous le savez,
Dieu, qui desconbrée m'avez
Des péchez dont je mout avoye;
Gar me vueillez mettre en la vove
Par quoy je vous puisse encontrer.
Doulz Diex, vueiliez-mov démonstrer
Vostre face, vostre beaulté.
Doulz Jhesu plain de loyaulté.
Tel dueil ay ne me puis porter.
DIEU.
Marie, toy vieng conforler;
Laisse ton dueil et sy t'apaise.
MAGDELAINE.
Beau sire Dieux, bien doy estre aise
De ce que je vous voy en vie.
DIEU.
Marie, n'aiez pas telle envie
De toucher k moy ; trai-te arriére.
Sus moy ne devant ne derriére
Tes mains ne dois tu mettre point.
MAGDELAINE.
Doulz Dieu, grant joie me point
De vostre resuscitement.
DIEU.
Marie, je t'aim doulcement
Et sy ne vueil que tu me atoucbes :
Garde tes mains de moy n'aprouches.
Je te monstre cy en présant
Mon corps par le quel represen t
Ma mört, ma résurection.
20
3o8 L\ PASSION
En signe de ma passion,
Je te monstre ci ceste enseigne.
MAGOELAINB.
Beau doulz maistre, yce m^enseigne
Que, gardée virginité,
Prinstes en humanité
Tel char qui est niortifiéc
Qu'en crofs avez déifiée;
Mais Dieu estes et en voiis croy-je.
DIEU.
Marie, tu crois bien, en ce voy-je.
A Pierre et auls aultres yras,
A tous ensemble leur diras
Ma résurreccion t'ay raonsirée,
Qu'ilz voisent tuit en Galiléc
Et yllec on me trouvera.
MAGDCLAINE.
Tousjours liez et joieux sera
Mon cuer quant jc vous ay von.
De joye ay le cuer esmcu
De vostre resuscitement.
Entendez tous communement
Jhesu qui a toute puissance
Par sa trés-saintisme naissance
Et par la mört qu'il a souiTerte
Pour nous en crois sans déserte :
Ly bon d'enfer sont delivré;
En paradis les a menez.
Bonnes gens, joie demenez ,
Loons Dieu, car pour vérité
DE NOTRE SEIGNEUR. 809
.I'ay veu Jhesu resuscité,
J'ay parlé aly maintenant.
S. PÉRE.
Marie, poiirquoy vas menant
Joye? til ne fais que chantcr;
Tu te souloies gcrmenter
Et tu fais joye souverainc !
S. JEHAN.
Douice suer Marie Magdelaine^
Te puez-tu point apercevoir,
Nous sces-tu riens dire de voir
Que Dieu soit en vie venu?
MA.GDELAINE.
Mon <lueil est joic devenu.
J'ay Dieu veu et encontré;
Son préciex corps m'a monstré.
Bien s^y c'est-il cerlainement ;
A moy pärla bien longuemenl.
Seigneurs, quant de cy partire^
Tout droit en Galilée yrez:
Illecqucs Jhesu trouverez
Don t vous trestous joieux sercz.
A son inonumenr ay csté
Ou je grant piéce m'arrcsté
El in'aloye nioutt gernient;int.
Je y trouvay ly ängels cbantant,
Une moult bellc conpaignic ,
Mais Jliesu n'y trouvay-je niie.
Mais je Irouvay sa scpulturc
Kl lo dräp cl sa veslurc.
3 10 LA PASSION
Je vous dy toute vérité :
Ly Juifz de ceste cilé
Qui son précieux corps gardoient,
Ou il le rendent ou il croient
Qu'il soit de mort resuscité.
Doulz pére, doulce déilé,
Ma grant joye me fait plorer.
Bonnos gens, allez aourer
Gelle digne Crois que véiez ;
Bonnes gens^ tous certains soiez
Que Diex est vif, qui souffrit raort :
Ou monument je le vis mort.
Or est venu arrier en vie,
Chascun doit avoir grant cnvie
De le louer et gracier,
Et de cuer humble déprier
Que sa gloire puissons avoir.
S. JEHAN.
Marie puet bien ce savoir
Que elle nous a ci conpté.
Jhesu, le roy plain de bonté,
Est aparu a ly sans doubte.
S. PÉRE.
Nous devons tuit suivre sa roulc ;
Allons tout droit sans demouréc
Parler a luy en Galiiée.
Jaques, y vöulez-vous venir?
S. JAQUES.
Oil, ne ni'en puis plus tenir.
I^a parolc est, je croy, cortaine
DE NOTRE SEIGNEUR. 011
Que dit Marie Magdalaine ,
Car elle a Jhesucrist véu.
Sy devons tuit estre esméu
De ly véoir resuscité.
De ally aler grant delit é
Et v vois droit sans arreslcr.
CENTURION.
Vous devez bien tuit apresler
Vos cuers vers Dieu qui délivrance
Vous a faicte par sa puissanoe.
Nous estion tuit mal bailly :
Diex ne nous a pas défailly.
Par sa niort a d'enfer gette
Ses amis, c'est bien verité.
Prions-Iy tuit que par sa grace
De nos melTais pardon nous face
Et nous doint cuer de ly servir
Par quoy nous puissons déservir
Sa trés-haulte saintisme gloire
Et nous mainteigne en son mémoirev
Sy vous diray que nous ferons :
Tuit a une vois chanterons
De cuer : Te Deum laudamusy
Et puis le Benedicanius.
j4meii.
liXPMCIT.
GY COMMANCE
LA RÉSURRECTION
NOTRE SEIGNEUR.
In principio creavit Deus coeliim et ter ram, etc.
(Genesis, capitulo primo.)
Trés doulces gens, or enlcndcz
Et diligaument regardez.
Noble chose verrez relraire
Qui a Pennemy est conlraire,
Que ce soit voir la vraie mere
Du monde qui sanz tnchc nincrc
Porta le juste crucefix
Et celle de quoy cslre filx
Doit chascun corps de créalurc ;
Gar sur fortune et sur nalnrr
' Est royne et mérc clanioc,
Dcz anglcs scrvio ol nmcV
Comme non pnroil de v;ilur.
LA RÉSURRECTION DB NOTRE SEIGNEUR. 3l3
Sy est droit c'on la salue
Du salut qui nous conforta
Quant Gabriel Ii aporta
Du vouloir Dieu en révelant.
Sy disons en lui appellant
A genous : Ace Maria.
Inprincipio , etc.
Diex premier le monde forma ,
Åinssy qu'en Genesis est dit
Et ou psautier David nous dit :
Ipse dixit etfacta sunty
Mandavit et creata sunt ;
Puis tist Adam d^un pou de terre
Pour ce qui savoit bien qu'en terro
Retourneroit, et puis le mist
En paradis; et puis relist
Éve d'unc dez costes Adam,
Puis ly Hst soufTrir maint aham.
Par le fruit tant Tensosanga ,
Qu'Adam le prist, sy en mänga.
Lors fist inobédiancc
Dont .v. .M. ans souffrit penence
En cnler et maintes personn<£s
Qui en ce nionde furcnt bonncs ,
A qui Diex ly péres monstroit
Que par son filz lez rachelcroit.
3l4 I-A RÉSURRECTIÖN
In morte hujus i^ita mortuoruni inventa est; justas
homo post mortem tertid die de monumento re-
suvget, (Gezemie , viscezimo opitulo.)
De cuer vous prie ä touz et lou
Que chascun vueille de cuer tendre
En ce que vous ay dit entendre
De latin retrairc en fran^ois.
Doulces gens, bien est voir qu'encois
Que le filz Dieu fusl encharnez
En la vierge dont il fut nez,
Il l'eslut pour mére et amie ;
Et le bon prophéle Jezémie
Prophétiza , c'est bien la somme ,
Et dist ainssy qu'en la mört d^omme
Seroit retournée des mors
La vie par piteus remors,
L'omme juste suxitera ,
Dist-il, apres mört et sera
Du monument yssant touz viz.
Trez doulces gens, il m'est aviz
. Que cesle prophecie a vin t
A nous profit quand il s'en vint
Au filz de Dieu de vcnir nestre
De iamme pour humains bons estre
Ge fut noble verluz que lelle
Quant fruit devinl en Iruil morlellc
Naissant d'ente d'aprc racine.
Pour fäire au monde mcdecinc
DE NOTRE SEIGNEUR. 3l5
Cez bras en la croix estaiidi.
En mört soufTrant la mört vainquit,
Et pour Tumain emonument
Ou sépulcre et ou monument
Fut couchié comme mortel corps
Ly filz de Dieu miséricors
Dont la digne char précieuse
Avoit souffert mört sy crueuse
Que rendu ot sueur et sanc
És piez, és mains, au destres flans.
O t precié a tel le destresse
En la croix que la grant apresse
Du sanc qu'å grans ruisseaus ready
La pierre quassa et fendy.
Devole chose est k oir
La résurection qui joir
Fit les plorans qui en langour
SoufTroientd^enfer la grant doulour;
Puis verrez, selonc le mistére.
Du sépulcre en formée matére
Dez sains angles plus doulz que sucre
Commcnt il gardoient le sépulcre •
Quant lez .iii. Maries ilz vindrent
Qui lez dignes oignemcns tindrent.
Or faites paix et veoir pourrcz ,
Et aussy par example verrez ,
Commcnt .111. chevaliers gardércnt
Dieu ou sépulcre et bicn cuidércnt
Sanz le |:)erdre de prez lenir;
Maiz il s'alcrcnl endormir,
3l6 LA UÉSURRECTION
Sy que ne sorent qui devint,
Dont couroux avoir leur convint
Ensamblc quant il s^apargurerit ,
Gar de s'alce riens ne surent.
En enfer droit alez esloit
Ou les prophétes a grant destroit
Estoient, Adam, Éve, S. Jehan,
David , Noel et Abraham ,
Et lä estoient en grant destresse ;
IMés puis furent en grant léesse y
Gar de son sanc lez rachela
Quant en la croix morl il gela,
Puis lez porles d'enfer ronpit
Dont lez déables orent despil.
Les åmes d'enfer en mena
Et la grant joie leur donna
De paradis, puis s'aparut
A Magdelaine ; puis aparut
Ou jardin quant dit h Gerc
Puis tost : Nol/ me tengere ,
Et ainssy d'elle se party
De s'amour sy Ii départy ,
Et sa beneicon sv ly donna :
Touz sez péchiez ti pardonna.
Sy prions Dieu devoslement
Que noz pechiez enticrement
Nous vueilie ä touz pardonncr
Et sa gloire abandonner
A la fin quant delinerons;
Kl tant quVn ce mondc ?erons
DE NOTRE SEIGNEUR. 3 1']
Enlcndre puissions la mémoire
De Jhesucrit , la vraie gloire
A laquelle nous doint venir
La trinité qui sanz fénir
Fut et est et touzjours sera
In seinpiterna secula
Amtii.
Cy apres s^ensuit cemment Dieu fist Adam et Éve, pnis s*en voi«e
.1. tour entour le champ ctdie :
DIEU LE PÉRE.
Or ay-je fait tout a la raonde
Giel, terre et mer tout en une onde,
Lez estoilles, solleil et lune,
Et sy av fait qui est commune
Bestes, oysiaux et tous poissons
Et leur ay a tous donné noms.
Homme et fame ce me fault faire :
Sur toute chose est nécessaire.
Premiéremenl je feray liomnie
A rencommancement , c'est la somme,
Et puis apres incontinant
Feray la fame ä 1'avenant.
Soit Adam couchiez å terre et couvert jusques Diex le face lever et
aussy Éve de costé lui couverte, et le prent par la main.
DIEU.
Adam, Adam, vas sus, beau frére ,
Liéve-toy sus, si qui t'apiére
Que je t'ay fait tout maintenant ,
Et sy tant bien en convenant
3l8 LA RÉSUURECTION
Que ez créez de limon de terre ,
Pour ce que je s^ay bien qu'en terre
Retourneras apres la mört
Qul moult te sera dure et fort.
Sy entens bien que tu feras :
En ce beau paradis demorras
Et feras mon commandement
Du tout en entiérement,
Et tantost auras conpaiguie.
ADAM.
Doulz Diex, qui ta meignie
M'a fait par ta grant doulceur ,
Haultement loue ta grandeur
Qui de néant tu m'as refait.
Or ne vueil plus cy faire plait :
Je ne puis plus cy veillier;
Un pou me fault cy sommeillier.
Cy C€ couche Adam de costé Eve et foce sainblant de dormir, et face
Dieu le signe de la croix et preigne Éve par la main et die :
DIEIJ.
Or sus, Éve, liéve-toy sus ,
Et fait tost; sy entens ä moy :
Sy regarde bien dont tu viens.
Tu n'estoies maintenant riens ;
Je t'ay fäite et crée de la couste
D'Adam, sachez sanz nulle doubte ;
Sy te diray que tu feras :
Honeur et foy ly porteras,
Car ainssy je l'ay ordonné.
DE NOTHE SEIGNEUR. Sip
EVE , en soy letant :
Trés-doalz Diex, qul m'avez donrié
Corps et åme ä voslre plaisir ,
Loer vous doy par grant désir,
Car grant honour m'avez monstrée
Quant de néant m'avez créc
Et formée de la coslc d'Adam.
DIEU.
Adam, amis, ä mov enten
Et sy te liéve ysnellement,
Car dormy as trop longuement.
Pren ceste famme que j'ay faite ,
Car je sgay bien qu'elle te héte.
Sy vous diray que vous ferez :
En ce paradis demorrez
Et ferez mon commandement;
Ainssy le vueil, non aultrement.
En ce beau lieu, en ce bel cstre,
De touz cez fruis qui cy puent estre
Povez mcngier séurenient ,
Fors cestuy, que certainement
Ce en mengiez vous y morrez
Ne plus ycy ne demorrez.
Je vous lesse secy en garde
Et de ce fruit bien je regarde :
Se en mengiez bien le saray.
Je m'en vois, tosl retoumeray :
Mon commandement point ne passez.
ADAM.
Trés-doulz Jhésucrist, qui assez
320 LA RÉSURRECTION
De bicn, (l'onncur lu nous as fait,
Car de néant nous as reflait ,
A ton vouloir abaisson
Que certainement c'est raison.
Dieu voise entour le champ jusques A.dani ait mengié du fniit.
EVE.
Adam, amy et conpaignon,
Entendez .i. pou ma raison.
En ce bcau lleu sy profilable,
Sy graciex, sy délitable,
Ou nous a lessié nostre meslre,
Je ne s^ay pourquoy ce puct estre
Qui nous a ainssv defTendu
Ce bean fruit qui cy est pendu
Plus qui n'a fait nulz dez aultres.
ADAM.
Éve, ne s^ay cestui plus qu'autres.
L'a fait, sachiez certainement ;
Or faisons son commandement
Et a luy du tout abaisson
Que certainement c'esl raison^
Je le vous diz pour veritc.
ÉVE.
Dire vous vueil ma volenté :
De ce fruit volentiers mengasse
Se point désobair ne cuidasse.
Certes, volentiers je céusse
Pourquoy Ta fait, ce je péusse :
Ne s^ay pas sy Pa fait pour moy.
DB NOTRB SEIGNEUR. 321
BELGlBus , premier dyaUe.
Jc te diray raison pourquoy
Il vous a ce fruit deflfendu.
Se \ous l'eu58iez bien entendu
Comment de néant vous a fait,
Vous ne prisissiez riens son fait.
Vous ne savez ne bien ne mal
Et de ce fruit tout sy aval
Veult qu'cn mengiez fors cestui.
Pour la bonté qui est en luy
Se en mengiez ne tant ne quant ,
Comme luy seriez ou plus grant ,
Et sarez tout bien et tout mal
Et vous et luy seriez ygal ^
Et screz aussy comme Diex
Et vous sarrez lassus au cieulx.
Pren de ce fruit ysnellement,
Et en fay tost incontinant
Mengier k Adam, et pas ne doubte
Qu^il en mengera sanz nulle doubte
Par Tenortement que ly feras ;
Et sy de préz tu Tentendras
Qu'il en mengera, vueille ou non,
Sy fort giteray mon pagnon
Que bientost t'eQ aparcevras
Et bon loier tu en auras :
Or le fay tost sans point d'esiioy.
ÉVE.
Adam, amis, entens h moy :
Je te prie, menguc de ce fruit;
II. ai
3a 2 LA. RBSUnnBCTION
Ja pour cc n^eo seron dcstruit;
NcKis en sccous adcz plus aise.
ADAM.
Ceiiesy in^amie, ue te deaplaisc ,
Je ne veul pas désobair .
A nostre maislre , ue le trair,
Car ce fruit deffendu nous a
Et en garde baillic le nous a :
Sy nous iault gärder de mesprcndi'c.
ÉYE.
Adam, lä ue deve^ cntcndre,
Car il j;i^en sära jauiés ricns.
Et SY ne vous doubtez de riens»
Car ce de ri^ns il nous resprent,
Nous n^en feröQs ne tant ne quant^
Car nous scrons grans comme luv.
ÅDAH.
M'amie, grant chose est de celuy :
J'aroie peur qui oe le sétist,
Nous en seriOns trop tbrt deceust^
Et förment nous en resprendroit.
EVE.
Yous vous prenlez.bien au destroit.
Et förment de luy vous doubf^.
Adam, SLtny, or escputei :
Assaiez que c'est hardiemonl;
Riens n*eo sära oertainemienl,
Jc le S9ay bien de. vérité.
ADAM.
Fairc me fäult ta volenlé :
DE NOTRB SEIGNEUR. 333
Puisqu'enssy est je le feray,
Mais je s^ay bien que mesprendray
Vers mon seigneur du tout en tout.
Gar do son retour trop me doubt.
Cy inengue Adam da fruit et puis ce preigne par la görge, et
puis die :
ADAM.
Ha hav! Éve, que ni'as-tu fait?
Ccrtes, bien in'as du tout defTait
Qui m'as donnc d'enrer la mer.
Cest .1. morccl foFtamer,
Gar il me tient trop fort en gorge.
Ålas! bien me tiens en ta forge,
Gar je ne le puisavaler.
Or ne s^ay-je quel part alér,
Gar j'ay oHendu mon seigneur ;
Sy en mourray ä grant iangueur.
Or voy-je bien que j'ay mal fait. .
DIEU.
Adam, Adam, sanz plus de piait
Dy-moy pourquoy tu m'as trahy.
Tu n'as pas ä moy obay.
Gar tu as mengié de ce fruit
Dont tu perdras joie et déduit.
Ainssy as fait inobédiance
Dont .v. .M. ans äras penance.
Geulx qui de ta ligniée ystront
Tout droit en enfer en yront,
Et tant qu'en ce monde seras
En labour tu continurns :
21.
3^4 ^^ RÉSURRBCTION
Va-t-en bien tost de paradis.
ADAM.
Doulz Jhesucristy bien le me dis,.
Mais passé ay ton commendenoent
Du toul en tout cnuéreoient.
Sy aiez, Sire, pitic de moy.
SAINT MIGHIEL.
Va-t-en ile cy : plus ne te voy
Devant ton maistrey ton seigneur!
L'en ne pouroit dire pieur
Que tu cs; va-t-en, fuy de cy,
Car plus ne dcmorras ycy.
Va-t-en en terre de labour,
Et en paine et en tritour ;
Va-t-en tost hors de paradis
Ou tu eusses esté touz dis
Se point ne te feusses meffait.
Éve ta famme t'a scsy fait :
Touz ly mondes Tacbetera ,
En paine et en labour sera,
Et touz ceulx qui de yous ystront.
ADAM*
Doulz Jhcsucrit, las > que feronl.
La ligniée qui de nous ystra? i
Tout droit en enfer en yra ,
Puisqu'cnssy est qu^avons péchié.
DIEU.
Vous avez esté enragié
Quant vous avez désobay
A moy, et sy m'avez trahy.
DE NOTRB SBIGNfiOR. S^S
i.
J'cn souferré la inort nmére,
Et sy in'en fault nestre de mére.
Sy vous diray que vous fcre^ :
En labour vous conlinurcz,
El sy sarez qu^est bicn et mal. '
Cn toute paine, en lout travail
Vcstuz seras de robe honte :
N'i aura roy, ne due, neconptc
Pour le pcchié qu'aront de toy.
ADAM,
A, si re Dicx! cc poise moy ;
Labourcr me Ihuit maintenant
Puis qui ne puet estre autrement.'
Éve m^amie, ce m'a8-lu fail,
Or ne puls aler au deffait;
Ainssy nous fauit parnc avoir.
fe v B.
Adam, amy, rl est lout voir ;
Or mc fauit filer ma qdéloigne
Et me fault faire ma besoignc.
Tel ovraige sy apartient
A iame qui de nouvel vient.
Cv se vestent et faee Adam samLlant de labourer et Éve de filer,
et pub voise en enfer.'
CAIPHAS.
Anne, cntendez, mes amis ;
J'ay maintenant en mon cuer inis
IJnc chosc que vous diray
El te ut cc falt acompliray.
336 L\ RéSUClREGTlON
Vous savez comment ce pro|>héLe
Qui le cuer förment mc dchéte,
£n ce sépulcre est hui mis ;
Or a-il trop de bons amis.
Sy devons avoir peur et doubto
Qu'cmbiez nous soit san/ nuUc duuble.
Sy vous diray que nous fcrons :
A Pilate nous en yrons
£t ly contcray cest aflaire.
ANNE.
A Pilate moult devra piairc
La parole qu'avcz ix^traitc
Quant est de moy förment mehéte.
Or y alonSy je vous en prie,
Et n'y faisons nulle deslrie :
Ccrtainoment bien avez dit,
CAl^QAS.
Or y alons sans contredit
Et sy n'y faisons point d'arrest^
Car de movoir je siiis tout presl :
Bien ly conteray tout le fait.
ANNE.
Hastons-nous löst sanz faire plait^
Quar au pouplc förment pbira,
Et do CO fait grant joic aura.
Cy voiscnt å Pilate
GAIPHAS.
Sirc, Pilate, a vous vcnons,
El enlrc nous sy parlcr vouIoijh
DE NOTRE SEIGNEUR. 327
Dc cc tliulx prophélc qiii Ih
Est en ce sépulcrc par dc lä.
Sy vous prioiis qui iisoit garde,
Cixv dc cc fak, tbrnient nous tärde,
Mal nous en poiirroiL aveoir.
Sy disciple le poienl tenir
Nous n'en [wuriens vcnir h chid' :
Pour nousscroit .i. grant meschicr.
Et vousdiray sanz [Ku*abolc
Dc son fa i t förment mc récolc y
Et dc cela j'ay jj[rant envic
Dc cc qui disoit en sa vic
Quc au ticrs jour rcsnscilcrgjt
Et !c Icmplc Dicu refcroit :
Sy regardez qu'cn sera fait.
PILA^TE.
Bcaus seigneurs, sans plus fairc pliil
Dirc vous vueil m^entmcion
Sanz v fairc narracion.
Vous savez Lien, et c*cst lönt voir,
DeJlicsiiay fait inon dcvoir,
Et sy est vray et tout cerlain •
Du lout en av lavc la main :
Sy n'en vueil plus avoir la paitie.
ANblE.
Pilalc, c'cst chose certainc;
(^c fait cy pas ne demorra
Et aillc ainssy comine il |>ourra,
Car nous avons cc (ait a cuci-
Quo poinl ne lesrons ä nul l"ui*r;
3a8 LA RÉSURRECTION
Mais vous cstes le souverain :
Sy nous aidiez ä ce besoin
Et faites tant qui lisoit garde.
Je considére bien et regarde
S'il est ainssy comme il disoit
Qu'au tiers jour il resusciterott^
Nous n*en pourrons vcnir ä chicf;
PILATE.
Pour noqs deroit .1. grant mcschicf
Se Jhésus ainssy se partoil^
Ne du sépulcre resuscitoit.
Sy faites löst sanz point d'arrest
Que garde y soit, et soicz prest
De le faire hastivement.
CAIPHAS,
Sy ferons-nous certainemcnt
Sanz y faire point de séjour :
Avantquisoit demain le jour,
Tout pour certain garde y aura,
ANNE,
Nous feroDs tant qui Ii parra^
Gaiphas, tost CQngié preaons
De Pilate^ et nous hastons ^
Sy en alons en nostre afeire.
GAIPUAS.
Pilate^ ne vous vueillc desplaire;
Hastivement nous en alons
Et h Dicu SY vous commendons :
Faire voulons nostre dcvoir.
DE NOTRE SEIGNBUtl. SsQ
PILi^TE.
Beaus seigneurs, k vostre votiloir!'
CA1PHAS.
Anne, faisons-en nostre alée
Lä endroit celle contrée ;
A cez gens d'armes parierons:
Noslre affaire leur conterons ;
Hastons-nous sans &ire demeure.
Cy voisent aux gens d^armes.
CAIPHAS.
Seigneurs gens d^armes, nous venon.s
A vous parter y et ce voulons
Que tantost et sanz taire arrest
Yous en ailliez, et soiez prest^
Le tumbel gärder ou tut mis
Ce faux prophéte, car commis
Youlons que soiez pour gärder.
Or y alez sanz plus tarder ;
Gardcz bien qu'emblez ne vous soit,
Car lez gens enorte et decoit ;
Vous en serez Irop bien paiez.
LE PREMIER CUEVALIER.
*
Seigneurs, nous sommes apparailliez
A laire tout vostre vouioir.
LE SECOND CHEVALIER.
J'en vueil bien faire nion devoir,
Et ce ne vous doubtez de riens
Que jc ly donrray de mes bicns
Sy Ii a åmc qui a lui touche.
33o LA RÉSURKECTION
LE TIERS CHEVALIEII.
Il me veodroit å grant reprouchc
Se mon devoir jc n'en faisoie.
A fol quoquart je me teDdroie
Se je ne ly donnoie du mien.
ANNE.
Cerles, seigneurs, vous dictes bien.
Or y alez sanz faire ^rrest:
De Ic bicn gärder soicz prcst..
Cy voisent Caipbas et Anoe ou il voudront et lez chcvaliers parleiit.
LE PREMIER CIIEVALIER.
Puis qu'enssy nous sommes coipmis
A sépulcre gärder et rais,
Je yray bien faire nion devoir.
Seigneurs, je vous dy tout de voir
Nous dcussions ja touz .iii. cstre
A sépulcre pour gärder Testre
Que Jhesus cmbiez ne nous soil.
Tant de gens enorté avoit
De croire cez diz cl cez euvrcs,
Gar j'ay doubte qu^en ne dcsqueuvix^
Le tumbel pour Tcniportcr.
Aloos tous .111. äsoulcr
A l'cntour et a l'cnvirou.
LE SBCOND.
Vous dictes bien et nous vron*
Nous bien vivans par le granl Dicii.
Nous .ni. garderons bicn Iclicu
Oue Jhesus n'cn soil cmporlez.
DE NOTHE SCIGNCUR. 33
Bien armez suis et actintez :
Ricns ne in'y fauit de nul costé.
Alons-y ains c^on I'ait osté,
Ne mis börs d'eiitre lez pierres.
LB TIBRS CHEVALIEIl.
Moult seroU fors et soubtiz lierres
Qui Jhesus nous pourroit etnbler.
Quant entré nous .111. asambler
Nous voulons pour gärder le corps,
Ce nous seroit vilains recofs
Que nulz y osast sy enlrer
Qui pour voir se peust ventcr
Ne de Fa voir osté ne pris.
LE PREMfEn.
Vous parlez comme bien a pris :
Älons-y tost sanz point (Pespssc.
Je vueil prendre ycy ma placc
Ne autre n'iray aillieurs qucrre.
LE SECOND.
Et je me sarray cy ä tcrpe
Et m'acoteray sur le coutc?
AHn que j^entende et escoulc
Se äme oie aucuns venoit.
LE TIERS.
Cy me sarray ; que s^oii vénoit
De ceste part a recelée,
Je ly donrroie tel le acoléc
A quiconques s'y embatroit
Que mon cop loul mört Tabalroit
San/ jamcs a voir garison.
332 LA RÉSl]HRECTIOr<(
LE PREMIER.
Je n^oy onques longue saisoiv
Fors que sy fain de soumellyer.
Seigneurs^ vueilliez .i. pou veillier
Vous .II. tant qu'auray aounpieliic :
Jc seray tantost raveiliié.
.1. bieo pou dormir ii me fauU. *
LE SECONO.
Trop bien veitlasse sanz detfauil,
Mais j*ay .i. pou le chief pesant.
Somilier m^estuet en gisant
Ycy .1. poudessus ma targe.
LE TIERS.
J'ay aussy de someil graut charge
Qu'un bien pou dormir me convieot.
Tantost se nul va ne ne vient
Ysneliement m'esveillcray
Que nul délay je n*y feray.
ADAMy en enfer, die :
Doulz Diex, qui a ta foroiéure
Me feis par ymaginée faiture,
Et äme et vie me donnas
Et puis apres sy me menas
Tout droit en Paradis terrestrc,
Et me veas sy hardy eslre
Du fruit menger ou je mordy
Dont tout a mört nousamordv;
Vrais Diex, veulles nous secourir !
Nous ne faisons que langourir:
En Icl painc, en Icl lourment
DE NOTRE SEIGNEUR. 333
SoiifTrons tuit sv certainement,
A trés cloulz Diex, doulz roys Jhcsus,
Se par toy ne sommes sccourus
Touz sorames k perdicion.
Ce nous (ist la temptacion
De l'ancmy qui nous décout.
Plus mauvais fruit oncques ne fut :
Acheter nous fault le meRail.
EVE.
lic ! trcs-doulz Diex qui m'avez fail
Et formée de la coste Adam,
Ostez-nous dez mains de Sathan.
SoufTrir nous&it tant de martire
Qui n'a langue qui le péust dire;
Met-nous-en hors tost sy te plaist.
Trop y sommes, don t nous desplait.
Adam, mon amy, c'est par moy
Sy en soufTroos peine et esnoy,
Et cez vaillans hommes aussy.
Vrais Diex, aiez de moy mercy,
Quc tout est par ma mauvestic.
S. JBHAN BAPTISTE.
A roys Jhesusl par t'amistié
Secours-nous, Sire, sy te plaist.
Tounnent nouafont, dont nous desplait,
Cez anemys qui ycy sont ;
D'a ligemen t point ne nous font
Et de mal faire tant se painent
De ce faire joic demainent.
Sy vous prions, doulz roys de gloire.
336 hk RESURRECTION
De convoitisc et de desapoir.
Sur ceulz nous a doiiné povoir
De menei' en nostre prison
Ou en est sanzredempcion.
Liicifer ne iist qu'un péchié
Que Diex licnt en enfer fichié.
Coinment cuident donc ciiz séoir
Et noz ciéges doncques ravoir,
Qui en font bien milie le jour,
Et riens ne cresment Icur seignour?
Enclins sont ä lenr pourriture :
Je ciiide que Dtex n^en ait cure
D'eulz avoir en sa compaignie;
Ce sont pécbeur orde mesgnie.
A nous ne seroit point raison
Sy les mcstoit en sa maison :
Regarde, compaing, cil poet estre.
BELOIBUS.
Bélias, je sans Dieu noz maistre
Plains de si grande cruauté
Contre nous por nos mauveslic ;
Et pour nous faire plus despis
D'omme mortel seront remplis
Lez haulz ciéges de Paradis
Don t nous bouta Diex börs jadis; .
Et pour cc que plus nous estnoie
Leur donra la parfaite joie.
Et piecä Ton dit cilz prophétes
Qui ycy sont dedaps nos mecte»,
Que Diex au monde descendra
DE MOTRB SEIGNEUR. 33^]
Et d'uDe fammc vierge naistra
Que il disposa ain^ois que nous ;
Et veul bien que oe sachiez vous
Par .1. Jehan qu^estoit conoeuz
Qui devant Dieu estoit venuz
Et sy entra és désers,
II est sainS| ne puet estre sers.
A péchié en enfer vendra :
Pas tonguement n'y deaiorra ,
Car apres lui vendra son mabtrc
Par qui destruit sera noz estre ^
Et ceulx qui se sont soustenu
Contre péchié ét oflendu
Et qui ä leur povoir ont servi.
BÉLIAS.
Nous a donc Diex sy aservy
Pour le propos que consentisnies.
BELGIBUS.
Oil^ car trop nous mefféismes ;
Abatre volions sa grandeur.
BÉLIAS.
Cest voir, ce fut grant foleur.
Or ne puet aler autrement.
BBLGIBOS.
Or me respons hastivement ;
Cez gloutons et ccz orguilleux,
Cez despérans, cez envieux
Qui remplis sont de convoitise,
Ceulx qui luxure art et atise
Et cez faulx jurés rechiniez;
II. 3a
338 LA RéSURRBCrriOIS
Ne les avoRS-nouft mie gaigniez ?
Puis qui loeiireot eanz rcpentance
Sanz avoir. de Dieu cognoissance.
Ne lez juattcerons^nous piie?
DBL1A8.
Sv ferons-nous, iren doubtez itiic.
Ardant ou plus grant fcu d^enfor
Avec nos maistre Luxifer
Lez mestroDs trestouz cnsainble.
BELGIBUS.
Tu as trop bien dit, ce me sambie;
Ainssy Poctroy certainemcnt.
Or le faisons hastivement.
DIEU LE FILZ , en lerant du tombel di<! :
Sanz ce que de riens soie repris,
Acompliray ce que j'ay empris.
Quant mon pére glorefié
Apres morl iTi'a vivifié
Le corps ou inoti vray cspérit '
Conjointemeol; lo.reaprit
Par la vivification
De la glorification
Divine qui finor ne puet,
Droit en enfer aler m'e5tnct,
Et pour mOD esperit tant Éiire
Au plaisjr du diviD afaire
Que les ånoes qui languissent
Hors de paineet dc.tourmeat yssent.
Bien s^ay que Fåmeide saint Jehan,
Adam, Éve et Abraham^
DE NOTRE SEIGNEUR. 339
Noél, David et Ysaie
Y sont devers unc partie
Qui limbe est appelée et dictc :
Or fault que je le en aquite.
Paié en ay raquitement
Et delivré tout quiteinent,
Et le rachat par le trahu
De mört que j'ay soulTerl et heu,
Et passé par sy dur trespas
Qu'autre de moy ne péust pas
Avoir passc , car divine euvre
Pour moy y a ouvré et euvre
Au profit de Tumanitéy
Sanz entamuer virginité
De mére ne d'enfant aussy.
A la porte d'enfer par cy
Yray, car bien s^ay que mémoire
Font jä lez åmes de ma gloire.
Cy voise Dieu en enfer et lez åmes chantent : Feni Cienfor
spiritus y et S. Jehan commance.
UIEU LE FILZ.
Atolite portas j principes j vestrasy .
Et elevamini portce cettimaUs^
Et intvoibit rex glorice.
LEZ DIARLES.
Qui es iste rex gloria*?
DIEU.
Lcs por tes de ceste maison
Yueil brisicr san/ arrestoison
34 o LA RÉSURRECTION
Qui est orrible et inrernelie;
Vucil par ma vertu supernclle
Quc devant moy chiéenl et froissenl,
Et lez ennemiz qui cngoissent
Lez åmes ne puissent avoir
Sur elles forcc ne povoir,
Car je suis la vraie lumiére
Qui (IMnfernal ardant fnmiére
Ysnellement lez vicns hors traire.
Lez diables yssent hors d^enfer et puis die :
BELGIB13S.
JhésuSy mout nous vint au con traire
Ta aiort et ton trcspassement
Quant pris as resuscitemcnt
Apres morir comme (ilz Dieu
Pour venir rompre nostrc lieu
Dont contre tov n'osons mot dire.
Le cuer nous doit bien fondre d^ire
Quant aux åmes aideras,
Et nostre enfer en vuideras.
Ta venue nous est grevainc
Quant nostre puissance sy vaine
Ainssy la nous fais devenir.
BÉLIAS.
Se je cuidasse qu'avenir
Nous déust tel tribuiacion
Quc cussez resurreccion,
En enfer n'éust ore Ämc
Sy bonne d'omc ne de famme
DE NOTRfi SEIGNEUR. 34 I
Qui nc feust arce et misc en cendre.
Til fais Qutraige de descendrc
Sä jus vuidier noz héritages
Pour reoipiir lez haulz Ojstaiges
f)t le grant lieu de paradis.
DIEU.
Vous en trabucbastez jadis
Hors dcsciéges, par voslre orgueil;
Dez åmes reniplir je Icz vueii
Que avicz de rumanité
Par la desloial vanilé
D'Éve, d'Adani, que vous tentaslea
Du CrMit menger el enortastcs.
Seans sont, cy Icz entrairay ;
Joic cl clarté Icur donrrav :
Plus ne seront en cesl ahani^
Venez å ipoy, cousina Jehan,
Et vous agssy Adam el Éve,
Qul du fruit golastes la sévc.
Abraham, David et Noél,
Wen^z a van t noslre avoel
Qui este cy en ce lieu horr,
Pour vous en ai-ge spufferl niort
Et de vie quité le cliemin !
Resgardez sur quel parchemin
Voslre délivrance est esci^iple.
Cy monstre Dieu cez plaies et die :
Rcgardez k quelle labile
Ma char cl mes piez el mez mains
Ont eslé niis pour lez humains;
342 L\ RÉSURRECTION
Regardez comment vous esmoic
Quant pour vous vic mis la moic.
Racheté voos av quitement,
Sy vueil qu^aprés Paquitement :
Qui voz durtez purge et piirc,
Quc vons soiez en clarlé purc,
En joiex rcpos sanz painc.
Or entrcz cy en cest dcmainc
Et la soiez glorifiez.
S. JEHAN.
Gloriciix rois saintefiez,
Filz Dieii enfés de Viergc mére,
Qui nous traiz de douleur aniére
Et nous a mis de mört ä vip,
Loce e( améc et servie,
Soit la gloire de ta puissanco
Et |p laL;our de ta soufTrance,
Qui tel repos nous as aquis,
Ce ne fut ceque tU nasquis
Filz et horns de vierge hu^nain^,
Touz humains en mortel demaine
Fussent adez tout pour certain.
AD\M.
Pére qui tout tiens en ta main,
Ta résurreccion saintisme
Soit loée, quar hors d'abisme
Ou nous estions par ma déserte
Nous as osté, c'cst chosc appcrte!
Bien per t quc In cs Rois dez Rois
Et piex, quant de mört Ics desrois
DE NOUtK SBIGNB1}R. S^S
i • "
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Entiérement as nuiorty.
•feVE.
Vrais Jliésucrmt, qai coti\otXj -
Avez mört en vic pour liOds
Et radicté lez hiimains tolHy '
Gloire a vous et loenge k cefte
Qui vous porla viérge pucélid i *• '
Soicnten iioz vous luercian^ : ; M
A jointes iiiains et gracianl i ♦ ' *
De voslrc souflVaiice piteusa ' ' -
Qui d'inrernal mal despitéusc ''**
Du tout en tout noz de^livrfes.' '^' *'*'
8. JEHAN. '
Souverains roysqui nous livrc's/ ''.
Clarté, et hors de ihehébrjeur ''^
Nous oslcz et d'&prc doiiletir; '
Solcil de fov et de frahchr^e
Qui loute humanilo hors^mise
Avez de iiiortet vitupei*e';
Vrais filz (ruil pt iWi du devin
Élernel roys puissant et lin
Sanz commencemchtet siinz Urt,
Voslre sainte anrmacion
De joie et de iX5f*feCcion
Merciée et loée fen soit ! '
NoéL. •
Filz de Dieu, lioms do vous estoit
La propliccie afirmative,
Disanl par raison relativc
Quo nno vior^n^ fVnit poi tcroil
344 ^^ RÉSURREGTtON
Qui le moudc rachcteroit.
Vrais Dieux^ tant longuemcnt méris
Qui lez humains avez guéris
Et m'avez, quant bien m'y regardc,
Ce qu^en mon arche tins en garde,
De bumaino généracion
Ceulx qui par préparacion
De pueple réformée fa
Quant le déluge venuz fu
Qu'en la terre venir féistes
Pour le deDauIt que en nous veistes.
De foy estre sa jus åu moodc.
Le préciex sanc pur et monde
Que pour nous rachcter rendiste»
En morant quant la mört rendistes^
Et Teure que vous sucitastes,
Quant en pilié nous regardastes»
Soit sanz inurmuracion querrc
Graciée en ciel et en terre
Que tu Pas falt de vray prpposl
En gloire, en joie^ en repos,
Vous metray cy, car achever
Mestoit mon fa it et å prover
Lä ou je voudray et devray»
Que surexit soie de vray
Le plus droit que je puis y vois.
S. JEUAN.
Or cliantons touz a une voiz,
De cuer devbsl, en chant rassis,
DB NOTnB SEIGNEUR. 34^
Hault : Gloria in excelsis.
LE PREMIER DÉABLE BELGtBUS.
Ha hay! compains^ ahan^ alian!
Bien nous meschéu ouan^
Car Jhesu qui de cy se part
A toutes åmes s'en part
Qui n'eii lesse ne tant ne quant.
S'aperceu ni'en féusse quant
Lez Juifz le crucifiérent,
Celles en qui plus se fiérent
En lui n'en sa résurreccion
Fussent ore a confusion
Et au néant mises du tout.
BÉLIAS.
Comme félon roys y estout
L'a fait, mez aucune defrerice
Déussion contre son ofTcnco
Avoir mise, ce fut raison,
Et apelié de traison.
Ge qu'enfer est vuit trop me gricvc ,
Las ! pour nous est et fort cl briéve,
Ne amender ne le povoii.
R'alon-ni'en, (ouz diz pleuron
Noslre douleur et grant tritressc.
BE^LGIBUS.
Souffrir nous fault nostre destrcssc
En lourment dont le cuer mc font.
R'alon-m'en en bisipc profont
El la scroiis lonz diz en giicrrc.
346 LA hésurrection
BÉLIAS.
Je suis accouru sy grant crre
Ne me povoie plus tarder
Pour le droil d'infernal gardei*.
Or est vuidée uostre maboPi
Harou, quel mortel traison ! ,
Je voy le monde bestouroer (i) ;
Ne plus ne s^ay quel part toufu^i*.
Au monde n'a que descevancei
Dieu va conlre son ordenauce.
i
Son dit ne vault une escorce.
Quant nous a toiu par sa force
Le nostre par sa sentence,
Je ne S9ay mic qu'il en pence :
Je ne m'en vueil plus entrcmcstrc.
A son chevet le puist-il mestre !
Vérité est au siéclc morte ;
N'en puis méz, ce mc desconforte.
I • • •
NOSTRBDAME.
Mcz doulces suers, je vous supplio
Que vous me tiengniez conpalgnic,
Gar aler vueil au monument
Ou gist mört Jhesus mon eniant,
jii
(i) Bestourner, tourner å mal. Oti reucontre ce mot fréquein-
ment dans nos vieux poétcs. Rutebeuf dit dans sa coinplainte de
Sainte-Église :
Covoitise qui fait Ics avocas mentir,
Et lc8 droiz bestorncr et les tors coiisentir.
Le inéme trouvérc a coinposc cgalemenl uiic piecc qu'il a intitu-
Ice : Renart le beséourne.
DE NOTRE SEIGNEUR. 347
Et est gordez par grant desroy
De par Icz iTviistrcs de la loy.
Mon cbicr enfant que tant amoie^
Quant dedens mon corps vous porloio,
Jamcz k nul jour ne cuidasse
Qu'cn crois morir vous regardassc.
Ålas! dolante chétive!
Je demeurcj)ien orphelive :
Jamcz au cuer joio n'auray.
s. JEHAN , euvangélistc.
Cornpaignie je vous tendray,
Ma trés-chiére dame royal.
Mon trés-chicr seigneur loyai
Sanz doubte vous confortera
Eljoic touzjours vousdonrra.
En vostre cuer confort tencz.
NOSTRB DAME.
Pourqnpy tant (iie conlrctencz :
II est mez filz, je suis sa mére ;
Pas ne ly dois est re araérc.
He! faulx Juifz! vous le m'osle;s;
3 c le portay en mez costez "^
.i\. moys, du lait de mez mamelics;
Je Taleslay comme puccllc.
Or me commcnce ma doulour :
Ma joie loume en tritour.
Ii fut ncz cu virginitc
Snnz pcchié de cliarnalitc;
Sa char est de noble nature,
(^ar olle rbl (l<* prcliié \m\c.
\
348 LA RÉSURRECTION
J'an croy rarcbange Gabriel
QuMi est vrais rois célestiel
Et sy eat vrais Diex saoz doubtanco.
MAGDELAINE.
Madame, j'ay grant desplaisance
Que 9y trés-doulcement plorez :
De duel toute vqz acorez.
Quant de vo&tre duel me souvieot
Par raison plorer mc convieiU
Gar je vous voy en lermes fondre.
Lors ne yous puls en riens respondre :
Sy vous plaist å vous dépourter ,
Touz no;^ pourriez réconforter
Et en seriens trestouz plus aise.
S. XEHAN.
Dame^ je vous prie quMI vous plaise
A vous .1. pou réconforter.
Tant vous devez miex desporter,
Gar bieq vous dist que il moroit.
NOSTRB DAME.
Jehan^ qui taire ce porroit ?
J'ay veu mon seigneur et m^amour
Morir vilainement å grant doulour.
Bicn s^ay qu^il csl mört ä grant tort
Et n'avoit pas deservi (i) mört :
Sy veul au monument aler.
(i) Deservir , meriter. J'ai doiiné de ce mot une explication £au
tive dans le Mystére de la Résurrectioii , que fai inibKé en 1^54.
(Paris, Téchcuer, iu-S".)
DB NOTRE SEIGNEUR. 349
JACOBÉB.
Ne V0U8 veullicz hastcr cPaler ,
Car tant plus prés de lui serez ^
Et plus voz deul engoisserez.
Par aniour souflVez vous atant.
NOSTRE DAME.
Las! mon cnfant que j'amoie tant ,
Jamez ne me regarderez
Ne doulz regart ne me ferez.
Vos yeulz vis troublez durcmpnt:
Or sont-il mors certainement
Et or ne parlcrez-vous jamez.
En moy que resjouir jamez,
Perdu eustez toutc couieur,
Quant vous vis pendu å douleur.
Lors custes Irompu ncrfz et vainez }
Jc viz voz plaies de^sanc plaines ;
Par Ics mains vous vis estachié
Et a gros clous bien afichié :
De plorer ne nie puis tenir.
Quant il me convient souvenir
Que par y ver et par esté
En pénitence avez esté
Nus piez touz jours en cestc terre^
He! Magdelaine, le cuer me serre.
Laver lez piez, seur, y alastes;
Par grant amour iez essuiastcs :
Or sont-il perciez d'oultrc en oultre
A gros clous lons comme a. coutre.
Tout le sanc m'esl du cuer oslé
35o LA RÉSURBECTION
Quaiit mc souvient de son costé ;
Or csl navray toiit sanz nicsure.
Doiilz niz et doulcc nourriture,
Bien s^ay tu as le cuer party
Tout oultre en oultre sanz mercy.
Moult me promist Siméon
En ma puritioacion
Que moult los t trespasscroit
Le glave qui te perseroit.
Perce moji cuer, doulz (ilz Jhesum
Le glave de ta passion :
Sy en suis toule forsonnée.
S. JEUAN.
Lessiez ester, dame honorée,
Que tel dueil penre ne devez.
Vostre filz suis, bien le savez;
*
Bien vous serviray sanz doubtance.
De voz dueil ay grant desplaisance
Et en suis au cuer moult destrains.
NOSTRE DAME.
De Gabriel ibrment me plains :
Quant j^estoie jeune pucelle
Et il m'aporta la nouvelle
De la sainte incarnacion.
Me dist par salutacion
A son événement : As^^
Et tramua Eva en i^e;
Mez se bien suis interprétée,
En Éve suis toute muée.
jive sanz dueil et sanz doulour.
DE, NOTBU SEIGNEUR. 35 I
Sanz engoisse et san7 tritour,
Sanz inisore cjoit louz jours cstre ,
Gar A^^e en joie doit estre.
Lasse ! pourquoy Ave me déis :
II appert bien que tor t mc icis,
Gar certes j'ay perdu Ave.
Pour joie ay ducil retrouvé;
Touz jours plorer me convendra
Quant de mon fjlz me souvcndra.
Se yirago m'eus8e nommce
Tu ne m^éussez pas surnomuiée,
Et moult bonne raison y a
Que je voiz in agonia
Mon seigneur^ mon filz, mon amy.
S. JEUAN.
Ghiérc dame, le cuer par my
Me pari de la grant destresse
Et douleur.qui au cuer me bicscc
Que je vous voiz ycy tcnir.
Savoir devez sanz alentir,
Quant Gabriel vous anun^
Le salut et vous pronun^a
Que saintement vous le conceustes
Quant le saint salut vous reccustes
Et puis par grace PenFant astes,
De voz mamelles 1'alestastes.
Puisque de ce estes certainc
N'en devez^ estes sy grevéne,
Gar je vous diz en vcrité,
353 LA EÉSUBRBGTlOlf
Ainssy comme en virginité
II vost de vous vrais bomme naislre
Et avec vous en ce monde cstre;
Car cestc mört surmontera
Et touz viz resuscistera
Sanz avoir point nulle dii&mme.
NOSTRE DAME.
Par droite nature de famme
Je me clame de Gabriel ,
Du droit ange célestiel
Pourquoy nomma-il Marie ,
Que puis que mon filz pert la vie,
Nuly Marit y estoille de mer^
Ne me doit par raison damer ?
Estoille de mer clarté porte
Et grant lumiére qui conforte
Tout bome en grant péril de mer.
Marie est amour sanz amer;
Mez nulle clarté je ne porte.
Ma cbar est toule ostainte et morte^
Mon bel en let, mon solas en doulour ,
Ma vie en mört, mes désirs en langour.
Et qui autrement veult entendre
Bien puet par mon droit nom entendre
Marie sy est cbose amére
Ou mon cuer est, c'est cbose clére ;
Car au cuer ay tel amertume
Que de douleur tout mon cuer fume.
Lasse, commeot durer pourray ?
DE NOTRE SEIGNEUR. 353
SALOMÉE.
Doulce dame , je vous diray
Mon neveu dist, bien m'en souvient ,
Que l'Escripture acomplir convient!
Souveniez-vous de Gérémie :
Le saint prophéte ne ment mie,
Gar il a prové clérement
Qu'un home sera vraiement
Qui toute laogour portera
En son corps et tout sauvera.
Navré sera sy cruelment
Et demenez moult laidement
Et comme .i. aignel se taira^
Gar de son gré occis sera.
Vostrc filz a tout cecy fait :
Aprouvé est en luy de fait ,
Nous 1'avons bien toutes véu.
NOSTRE DAME.
J'ay bien Gérémie créu ,
Mais menée suis par nature
Quant voy morte ma norriture.
Gar mon filz est Enmanuel.
Encoir me plains de Gabriel
Qui dist quant il me salua
Que j 'estoie gracid plena .
Gomment suis-je de grace plaine?
De douleur mon cuer est fontaine.
Se je feusse de grace plaine,
Telle douleur pas ne portasse ;
Je feusse touzjours en iéesse,
11. ^3
354 ^^ RÉSURRBCnOBI
Et je muer eu tré«-grant tristesse
Pour Tamour de mon chier en&nt.
JACOBéB.
Trop vous desconfortez dorement, '
Douice cliiére damo et amie.
N'avez-vous pas veu Ysaie
Qui de voz (ilz propbétiza
La mört telle qu'endurée l'a ?
Quar il dit au nom da prophéte
Par qui gråoe doit estre faite
A toute humaine ligniée ,
De Dieu leur seroit ensaignée
Et soD corps babeodonneroit ,
Ne jä nul mot n'en sonneroit
Au tirans qui le lapideroient ,
Jå tant batre ne le saroient.
Par vostre fiiz est cecy fait;
Par mort confuz estre ly plait.
De grace bion piaine serez
Quant vostre fiU reganderez
De la mort resoudre en vie.
N0S1'RB DAlf£.
Las! que voulez que je roas die?
Je sfay bien tout ce que me dictcs
Et tout iez livrés antiquites.
Gabriel me dist desratson
Qui me dist : Dominus te cum.
Mon filz m'a esté osté,
Je ly viz percier le coslé.
Se avec moy viz" demorast
DB NOTRB SEIGNEUR. 355
Mon cuer de dueil plus ne plorast.
Or in'e8t osté| or Tay perdu ;
Las! sy ne m^est encoir rendu,
Que feray-je^ lasse doiente ?
SALOMÉE.
Madame, je croy en m^entente
Que le tesmoing de Ysaie
Qu'encoir serez toute esjoie.
Il nous deseiére par son escript
En Jhésu est leSaint-Espérit,
Car il a esté oint du cresme
Et sy a annuncié le baptesme.
Au monde a fait redempcion
Par sa mört et passion.
Ceulx qui plorent confortera ,
Lez gens foibles renformera
Et ceulz qui gisent en la cendrc
Fera cncoire coronne prendre.
Et sy donrra l'uille de joie
A ceulz qui pleur et dueil guerroie ;
Et le mentel de révérenee,
Loenge, gråoe et exetlence
A touz ceulz leut* donrra honour
Qui pour lui sont en grant tristour.
Ceste escripture est pour vous faite
Selonc Tentenle du prophéte.
Ainssy geta-il sa sentence.
NOSTBB DAMB.
Je met en Dieu mon espérancc,
Mais j'ay au cuer moult grant douleur
23.
356 L4 EÉSCRRECTIOSI
Que je tiens certes ä grant laideur ,
Que Gabriel me dist trop plus .:
Benedicta tu in mulieribus;
Gar se tant beneurée féusse
Mon enfaut mört pas veu je n'eusse.
Plus que moy beneurez sont
Toutes fammes qui tel dueil n^ont.
Bon eur ne bonne aventure
N'e8t en perdrc sa norrilure.
Se je féusse bien eureuse^
Pas ne fusse sy doulereuse ,
Mez mon cuer se mucrt en doulour.
MAGDELAFNE.
Ma chiére dame, par amour
Ne veulliez plus tel douleur faire,
Mez veulliez-vous .1. pou retraire.
Quant vostre filz verrez en vie
De grace serez tpute remplie.
Quant il resuscita mon frére
Je delessay tout dueil å faire.
Par plus forte raison lerez,
Heur et grace vous poiterez
Et en serez toute esjoie.
NOSTRE DAME.
Magdelaine, ma douice amie,
Je suis de douleur toute plaine :
D'engoisse est mon cuer fontainc.
He! Gabriel, quant tu me deis
Benedictusfructus ventris.
Hélasi héiasi pas ne penssoie
«
DE NOTRE SEIGNEUR. 357
Quc de mon fruit eusse tel joie*
Ilélas! sy hauU le viz pendu
Et trestout son corps pourfendu!
Faulz Juifz de mauvaisc vie,
Je s^ay bien que péchcur n'est niic ;
Pour cc me croist mon desconlbrt
Que vous l'avez occis a tor t,
Et quant encoir plus ä luv pensse
A Gabriel plus ä lui tensse
Qui me dist que mon iilz seroit
Ou lieu David et régneroit
Roys dlsrael toute sa vie.
Sy regnast-il ne morust mie;
Sy corame roys vivant regnast,
Touz lez Juiiz bien gouvcrnast,
Cerlez c'est bien chose seurc.
S. JEHAN.
Madame, c'est vérité pure
Que vostre filz est vrais lei*restrc
Et qu'en ce monde roys dolt estrc,
Ne lez Juifz autre roy n'onl,
Ne jamez apres il n'aront.
Roys aura en plusieurs pais
Trestous h vostre (ilz subgiz.
Scur culz mon seigneur rcgncra
A son plaisir et roys sera
Maugré eulz pardurablemcnt.
Ainssy pensa-il certainemcnt
Le saint ange Gabriel
Quanl vous dibs le saulul novcl ;
— w
358 LA RÉSCBEECnOX
Certainement bien le savez.
NOSTRE D41iE.
Jebaiiy moD amy, bieo dit avez.
Faulz Juifz plains diniquitez,
CouYers et plains de grant durté,
Vous estez bien durs enneniiz
Qui vostre rov avez occis.
Le cuer félon et dur avez,
Car touz ensamble bien savez
Que je suis fille de Joachin
Et du lignaige Eliachin.
Je suis d'Abraham deseendue
Et de l'arbre Jessé venue.
Or avez-vous mon filz pendu
Et en croix viiment estendu ^
Et sy ne (ist oncques injure
Ou monde a nulle créature.
Or est occis par grant envie :
Vous m'avez faite grant vilcnie;
Jamaisau cuer joie n'auray
Quant a sa niort bien pensscray.
Lasse! cbetivedolereusc,
Sur loutcz famme engoisseuse ,
Tout mon esperit sy s*amorlist.
Ma vie du cuer se mortist :
Assez tost scray toute morte.
S. JEIIAN.
Madame , cilz qui touz réconfbrte ,
Vous veulle en pitic rcgardcr.
Or vous vcullicz .1. pou relardcr
DE NOTRB SEIGNEUR. 359
Et pcnrc en vous bon réconfoFt.
Riens ne vous vault le descouroit,
Car mon seigneur vous aidera ,
Quant de morl resuscitera ,
Je le vous dy certainenoenl;.
SALOMEE.
Coruciez sommes durement
De vous, chiére dame bonorée y
Quant ainssy estcz dcmenée;
Mais aidicr ne vous povons,
N^ecpnfort donner pe savons.
Sy voulons de vous copgié prendrc :
Aler nous fault sanz plus atendre
A Tespicier isuellement
Pouracbeter de Toignement.
Sy en oindrons le vray corps
Qui fut doulz et miséricors :
Or faisons tost sy nous bastons.
JAGOBÉE.
Vous dictes bien ; or y alons,
Mez doulces suers, je vous en pric,
Sanz il faire nuUe destrie ,
Et de Toignenient acbeterons.
Au monument le porterons :
Oindre le vueil de nnez .11. niains.
MAGDELAINE.
Roys dez cielx, que mon cuer est plains
De tristesse en douleur conterte
Pour Jhesu lo pitcux prophéte
Qui ou sépulcrc gist et transsis,
36o L4 EÉSURBECTIOH
Et est mört en crobc cruciBs ,
Brås estenduz et flajellez,
De saoc vermeil taiot de tout lez !
Piez, mainSy viaire, costé et cbief , ^
Est tounnentez ä tel mescbief
Que son äpre tourment cruex
Pleur et crv, car de mez chcvex
Souffry qu'assuise h bandon
Cez piez quant il me 6st pardon
De mez pécbiez dont tant avoie.
Moult m'est tärt que son saint corps voie
Sy vous prie, mez doulces sucrs,
Que nous ne lessions a nul fuers
Que tantost et ysnellenient
Aillons querre de Poignemenl
Et le vray Jhésus en oindrons.
SALOMÉE.
Certez, bien faire le devons ,
Car quant de lui il me souvient
Ne s^ay comment corps me soustienl.
Bien nous doit le cucr fendre d'irc
Quant nous véons le grant martire
Qu'il a souflert sy doulcement.
Or en alons bastivernent :
Faire en devons nostredevoir.
JACOBÉE.
Pour lui devons bien paine prendre.
Magdelaine, alez devant,
Ne nous alons pas délaiant.
Cy voUcnt .i respicicr.
DE NOTRE SEIGNEUR. 36 1
MAGDELAINE.
Maistrcs, cilz qui touz biens envoie
Vous doint honour, santé et joye
Et vous sauvc le corps et l'åmc!
L'ESPIGfER.
Bien viengniez-vous, ma douice dame^
Et voz compaignie en$ement!
MAGDELAINE.
Maistre, il nous fault de Poignement.
.111. boistes nous en fault au pois.
Pour chascune voie de nous trois,
Tout le meiliieur que vous aiez :
Vous en serez trop bien paiez.
Or lez pesez, je vous en prie.
l'espicier.
Trest volentiers sans faire estrie ;
Et puis apres sy vous diray
Que ja de riens n'en mentiray
Combien elle peseront;
Puis vous diray que cousteront,
Et vous en feray léaulté.
SALOMÉE.
Maistre, soit ä voz volcnté
Et trcs-bien vous voulons paier
Isnellement sanz délaier,
Que bien tost et ysnellenient
Volons alcr au monument :
Sy en oindrons le vray prophclc.
l'espicier.
Dame, cc que diclcs mc liole
362 LA RBSURREGTION
Et certez tan löst vous diray^
Que plus d'arrest je n'y feray,
.XX. .L. poise Toignement.
.XXX. D. vault loiaulment:
Certez de riens n*en vueil menlir.
JACOBÉE.
Si re, soit ä vostre plaisir.
Tenez véez cy voslre monoie ;
Le vray Jhésus vous cnvoit joie.
Congié voulons penre de vous ,
Et se n'i a nulle de nous
Qui voz plaisir ne vousist faire.
l'espicier.
Le grant Dieu vous vueille parfaire.
Cy 8'en voisent au monument, et en alant dic :
MAGDELAINE.
Douice Marie Saloinée ,
Marie Jacobée amée ,
Je vous diray sy com moy samble :
Aions-nous-en touz .iii. ensemble
Et faisons tost; sy nous liaslons.
Le vray Jhesus sy en oindrons
Pour son corps aromatisicr.
Loer le doil-on et prisier,
Jhésus le bon prophete saint,
Qui dez tourmens a souflers mains,
Qu'antier ny remaint nerfz ne vaines !
Voz boistez sont d^oignemciit plaines :
De cucr dcvosl bcnigncmcnl
'.J.
DE NOTRE SEIGNEUR. 363
Y alons, car moult dignement
Et saintement vivoit en terre.
SALOMÉE.
Moult désir dH aler grant crrc
J'avoie pour visiter
Et pour oindre, car acheter
N'alay oncques cest oignement
Pour nul autre besoignement.
Magdelaine , sy vous depry
Quc nous y aillons sanz destry.
Marie Jacobée, amie^
De haster ne nous feignöns mie
Hastivement tant quH soions.
JACOBÉE.
Bien est droit que nous doions
Haster d'y estre sanz délay ,
Car de bon cuer en pensser l'ay
Pour aromatizer de luy
Les plaies et le corps aussy
Qui tant de douleur a souiTcrt
Par Juifz qui ly ont offert
Fiel et assil en croix pour boirc.
Par regrct de piteur niémoire
]Vl'en souvient, dont souvcnt gémis
Et soupir, car Juifz l'ont mis
A mört et a tort sanz cause.
MAGDELAINE.
Envie qui accuse et cause
Ma in les person nes, ä tort,
Le Icur n liiil livrcr ä niort
364 ^^ HESURRECTION
En croiz tou nu sanz achoison.
Hastons-nous tost, que c'est raison
Que no US appengons d'aprochier
Le saint monument ä touchier.
L'ont fait lez mais tresde la loy ;
Ce devant vois, ne vous esnoy,
Car désir ay de le trouver,
Mez förment m'esmoy qui lever
Nous puist la picrre, n^entrouvrir
Le tumbel pour le descouvrir
Quant arrivées serons lä :
Aler nous iault tout droit par lä.
Cy voisent .i. tour et puis die devant le tumbel en regardant
SALOMÉB.
Gloriex Diex, las! queferay?
Mez doulces seurs, je vous diray
Je voy le tumbel descouvert.
Ne s^ay qui Va ainssy ouvert :
Le peut avoir desasamblé.
Regarder je me dout qu'emblé
N'ait esté le prophéte en Fenrc.
Trop avons faite longue demeurc
Et atendu de ev venir.
JACOBÉE.
Moult me merveil qui cy venir
Y a osé quant my regarde.
Rcgardez comnient on le garde
A gens d^irnics lout cnviron.
DE NOTIVE SEIGNEUR. 365
MAGDELAINE.
Las! ne S5ay ou le trouveron.
Cy chante le premier ange : Agnus redemit oves^ et die tout le ver.
GADUIEL , premier angle.
Vous .III., famnicS) en voir vous dismés.
Le corps du juste cruceBx,
Jhesus de Nazareth, Diex fix
Que vous qucrcz n'est pas ycy.
Partiz sanz est et surreccy :
Diex est vivans, jä n'cn doubtez ;
En Galilée le quérez,
Gar il va vers celles parties,
Et n'en veulliez estre esbaiez.
Véez-cy le lieu ou il fut mis
Mortel, niez Diex et homme vis
Et vraiement s'en est alez.
MAGDELAINE.
Sains anges qui nous revelez
I^ rcsurreccion, pour voire
fiien vous devons seurenrient croire
De cy glorieuse merveille.
Vostre clére coleiir vermeille
Nous donne cause d'cspérer
Que cy estéz pour révéler
La sainte résurreccion.
Regardez Tabitacion
De ce sépulcre : voz .11. fammes
Le sauverrés de toutes åmes :
De ce lumbcl s^en est yssu.
366 L^ RÉSURRECTION
SALOMÉB»
Sy haulte merveiile ne fu
Oncques veuc ne regardée,
Car la place est sy prés gardée
De .III. chcvaliers , ce m'est avis,
Que surrexis est ou ravis ;
Méz je croy le suscitement
Trop miex que le ravissement,
Selon la parole de l'ange
Qui point ne mue ne ne change,
Ne n'a troublée sa coulour.
JACODÉE.
J'ay espoir que toute doulour
Soit en ce monde humaine guéric,
Que le prophéte filz Marie,
Jhésu qui est resuscitez
De mört, et bien nessecitez
Nous estoity car ainssy avenist
Pour la prophécie enteriner.
Or ne cessons de cheminer
Chascune de nous sanz arrester ,
Tant que sachions lä ou il est
Et la Ti rons droit aourer.
RAPHAEL, second ange.
Avenciez-voys de cheminer;
Vers Galilée en alez droit.
Bien vous pourra d'aucun endroit
Venir å vous ä Taudevant.
Alez-vous-en touzjours avant,
Car vous avez commencié bien ;
DE NOTRE SEIGNEUR. 367
Ne vous doubtcz de nulle rien :
Je vous acertaine de voir,
Et sy le vous fais bien asavoir,
Que Jhésus est resuscitez.
MAGDELAINE.
Ha ! sire Diex de grant bontez ,
Veullez sy te plaist par ta grace
Que tu nous donnes temps et espassc
De toy trouver, car grant désir
Avons nous iii.; méz oii quérir
Ne savons, méz tant te querrons
Se je puis que te trouverons.
Nous .111. fames partons de cy :
En nous alant chantons ainssv
De ce qu'ainssy resuscita :
En chantant :
Suvrexit Christus spes nostra ;
Precedet voz in Galileam,
SALOMÉE.
Sepulcrum Christi viventisj
Gloriam \>idjr resurgentis ,
JAGOBÉE.
Angelicos testeZy
Sudarium et i^estes.
Cy se destouraent jusques lez chevaliers aient parlé.
PREMIER CHEVALIER.
J'ay oy ne s^ay ou sy prés
Chanter je ne scay quelle vois
En mon dorment ; pour ce jc vois
368 L\ RÉSURRFXTION
Au monument de cest costé.
En regardant.
Ha hay! qui puet avoir oslc
Du monument et descouvert
Le couvescle et entrouvert?
Je doubt qu^emblez nous soit Jhésus.
A la mört, seigneurs, levez suz !
A la mört! Tuit sommes troublez :
En nous a ce prophéte emblé.
Bien croy que s'ont fait sy traistres
Truans don t il estoit menistres :
Alcz, s'en est droit par de lä.
LE SECOND GHEVALIER.
Or tost, alarme! qu'est-ce lå?
Quel ha hay est-ce que vous failes?
Nous est emblez ce fault prophétes!
Lessiez-moy regarder le lieu.
II est emblez, par le grant Dieu ;
Certainement enchentez sommes.
LE TIERS GHEVALIER.
Sanz doubte s'ont fait ccz faulz honics
Qui Tönt tost adéz poursui.
Mal nous endormismes huy,
Paine et hon te nous en vendra.
Au maistre de la loy faura
Que tantost leur aillons dire.
LE PREMIER.
Vous ne vous povez escondire
Que ce ne soit å vostre tor t :
DE NOTRB SEIGNEUR. SGq
Vous vous endormistessy fort
Touz .111. que point vous n^entendiez
Åu monument que vous gardiez ;
Je le voy bien^ c'est chose apperte.
LE SECOND.
Plus de hon te avez en la per te
Du prophéte que nous grant soriie;
Car tant dormiez ä forte somme
Qu'en vérité ce fut mal fait.
LE TIERS.
Tout .111. somes partant du fait :
Ce mal en vient, je n'en puii3 mez ;
Mez plus ne iseray cy buy mez
Que ysnellement je ne m'en voise.
LE PREMIER.
Se vous faites plus plait ne noise
Au maistres et ne le celez ,
Traistez serez apelez
A touz jours mez et å tous temps.
LE SECOND.
Certez jä pour vostre compens
Au maistres ne le seleray,
Mez vérité leur en diray
Que qu'il en doie avénir.
LB TIERS.
Du dire ne vous doit souvenir, *
Car par le corps vous ferroie
Ceste espée se je véoie
Que m^ ne péril en éusse.
II. ^4
370 I«A EiSURBBCTlOII
LE PIIEMIKE.
Se je peossoie qa'accu9é fusse,
Je vous occiroie touz .11.,
A qut qu'en deust estre Ii deulz ,
Ne le ineschief, ne le oourroux.
LE SECOND.
Ains qu'ocis aiez ni^lz de noas
Vous abatroie cy mört tout coy.
Se plus dites ne ce ne quoy.
Et sy arez ce cob premier,
£a férant.
Et cest autre pour abessier
Vostre jeu et vostre bobance.
LE TIERS.
Pas ne veul que face ventence
Que le premier content méu
Aiez sanz en avoir éu
Ta déserte selon le cas.
Or tienlör tien! et ne di pas
Que Ten te cresme ne ne doubte.
M'espée 00 qorps ly metray Ipuie
Puis qu'il a esmeu ceste festo ,
Ou je Ii pourfendray la teste
Ce m'espée ne ploie ou brise.
Or tien en despit de Pamprise
Que maintenant ycy fait as.
LB pasMiBa.
Fouir m'en fault [^s que le ps!»
Ou tout maintenant. ja satsimoit
^ ■ • j
.* » 4 »-^
k
DE NOTBB SEIGNEUR. 871
LE SEGOND.
SuivoDS-Iey frapoDS ä efort
En quelque lieu ou il aille.
LE TIERS.
Je ferrav dCestoc et de taille
De mespce sur lui tous jours
Sanz y faire plus de séjour.
En frapant Tun sur Tautre et en eulz fniant.
MAGDELAINE.
Mez suersy faisons nostre alée
Sanz plus faire de dcmorée.
Et faire d'entrc uous chascune
Tant cheminer par %^oie aucune
Aux plaisir du vray Dieu le pére
Que le prophéte nous apére.
Par cy m'en yray droite voie
En .1. jardin , c'on ne roe voie
Plorer et regreter en plains
La douleur dont mon cuer est pbäns.
Quant ce prophéte n'ay trouvé
Ou sépulcre ou il fut pose,
Vraiement moult m'en est grief.
SÅLOMÉB.
Magdelaine, le terme est brief
Qu'en Galilée le devons quarre ;
Yeulliez en voz pleurs Dieu requerre
Que trouver le vous doiot par gr^.
Cy vous atendrons bonne espasae
Jusquezä tant que vous venrefls.
a4.
373 LA RÉSURRBOTION
JACOBÉE. •
Tout au plus test que vous pourrez,
Magdelaine^ venez k nous
Cy endroil; car estre sanz vous
Pour certain ne voulon» mte. ...
magdelainé; ^
Marie Jacobée, amic,
Ne vous esnoy de ma demeure :
Talant n'ay que sanz vous demeure*
Longuement, de voir, ce sacbiez :
Cilz qui guérir puet tout péchiez
Ay sy au cuer par souvenance,
Qu'en pleurs convient ma contenance
Et en regrez qu'en aore, estre.
Ou jardin ou a secret estre
M'en voiz plorer sanz plus attendre y
En lui regretant de cuer tendre ,
Piteusement, sanz vanité.
Cy Yoise pa jardin plorer, pöis die å genoax :
Hé! vrais Diex, qui d^umehité
Vous vestistfes en corps de famme
Pour le mbnde öster de diffammé,
Dont en la croix fustés transsis
Sy vraiement que surreccis"
Este, sy ('angle tesrttoigne,
Par gråQc^ vculliez öån? esloigne
M'diiieqistrer réfeccion ' '
De vostfe résurreccion • '
Qui coniefte et resjoiss^ ,* i. 'j^
DE NOTBB SEIGNEUR. Z']?^
Car rien ne.véisse ne D'oiss6.
Cy viegiie Dieu å elle et entré Tarbre die
DIEU.
Famme qui par cy vas, que quiers,
Nulle chose sy volentiers,
Ne pourquoy pleure ne lamentes ?
Soubz cest arbre cy te garmente :
Je ay bieii ton pleur cntendu.
Et tu voiz pour quoy pleure tu j
Et sy trez förment et gémiz ?*
MAGDELAINE.
Sire, quar je ne scay ou roifi^
Est le corps de^ mon vray seigneur
Qui pitié ot de.moy greigneur,
Que déservy je ne Tavoie
De pechié me véa la voie
Et deffendy que n'y rentrassc,
Et ä ly quar me monstrasse
De sy préz qu'& sez piez ploray,
Et de mez lermes Tcssuav,
Et essuay de mez cheveux;
Sy te prie, sire, se tu véulz-,
Se tu scez par nulle ensaignes
Lä ou il soit, sy le m'ensaigh6s :
Certainement querre l'iray.
DIEU.
Famme, tout le voir t'en diray :
Raboni soiez et séure,
C'est-a-dire que je t'aseure
Le meslrc suis qui agere '
t >
374 ^^ RÉSURRBCTION
Puis tost ; noljr me tangere^
Jusques a mon pére esté aie ;
Mez point ne pleure ne t'esmoiey
Et vas a mez fréres nunder
Et å chascun qu^en ce vergier
Me suis devant toy aparu.
Åu monument a bien paru
Que surrexit soie et levé,
Quant tu ne m'y as pas trouvé :
Tout maintenant ainssy m'en vois^
MAGDELiklNE.
Jhésus, vrais filz de Dieu, g'i vois
A chascun nuncier lez recors
Que touz viz. est d^åme et de corps,
Car c'est chose créable et ferme.
Cy voise å sez conpaigues et lenr die :
Fammcs, je vous diz et aferme
Le vray prophéte crucifix
Est tout vivant et surrexis ;
Aparu c'est en cest jardin
A moy qui trouva sulz .i. pin
Pour luy ploranty et sy m'a dit
Que je voise sanz contredit
Anuncer sa résurreccion
Par certaine afirmacion :
Je le vous diz en vérité.
SiLLOMÉE.
Lasse rooy I que j'ay de pitié
De ce qu'avec vous u'alasmes
Ou jardin quant cy demorasmes!
DE NOTEE SEIGNEUfi. 3^5
Sy Teussions veu nous .11. aussy.
Jacobée partons de cy ;
Sans nul délay, sy le quérons
Et faisons que le trouverons :
Je vous dy que nous ferons sanx.
JACOBÉE.
Magdelaine, qui lez a sanz,
Savez lä ou k vous pärla :
Se vous penssez oä il ala ,
Mains jointes^ de cuer vous en pry,
Que nous y menez sans destry;
Appertement sy le verrons.
MAGDELAINE.
Suivez-moy, et tant le querrons
Que trouvé Pärons sy ly plaist.
Cy voisent entour le champ, et quant ilz serönt de coslé k pin, dit :
MAGDELAINE.
Véez cy le pin, mez point n'y est ;
Je croy qu'ä son pére alez soit :
Bien Tentendi qui le disoit
Quant me dist qu*å luy n'atouchasse.
Je m'en tins que ne 1'aprochasse
Sy tost qu'il m'en ot fait deflfence;
Méz je croy bien que sanz offence
Le povons quérir loing et préz,
Sanz mesprendrCy tant que plus préz
Tant cheminer qu'å lui solons.
8ALOMÉE.
Du désir ay que le vcons
Suis moult csprise.
376 LA RÉSURRECTION
JACOBÉE.
De querre avons falt emprise;
Sy VOU8 prie n'arrestons pas.
DIEU.
Cez .111. fames pas tout de ce pas
Alez ensamble moy quérant :
D'elles me yueil faire apparant ;
Vers moy ont cuor piteus et doulz.
Cy Yoise ä eulx et die :
V0U8 .III. fames, quc quérez vous?
Dictez le moy y suis-je celui ?
MAGDBLAINE.
Joignons lez mains toutes å lui,
Que c'est celui certainement
Qui pärla h moi doulcement.
Saluer le vueil la prcmiére.
A genoDg :
MAGDELAINE.
Filz de Dieu et vraie lumiére,
Loée soit ta sainte gloire!
Tu ez celui qui sanz recoire
Et nuit et jour partout quérons.
SALOMÉE.
Roys Jhésus, nous te requcron^i
Pardon et grace et mercy
Quant a nous t^es aparuz cy.
Ta resurreccion tres sainte
Fait bien ä exaucier sanz fainte.
Loée soit et aourée
Ta puissance bien éurée ,
DE NOTRB SEIGNEUR. 877
Sanz point de définement !
JAGOBÉE.
Vrais péres, qui divinement,::
As la prophécic acomplie,
Jointes mains^ de cuer te supplie^
Sy voir com je te croy Diex estre,
Que pour nous sauver daignas estre,
Que tu nous veulles pardonner
Nos pécbiez et mercy donner,
Car je voy bien que tu ez cilz
Qui apres raort est surrexis
Et joie as au monde aportée.
De ta grace reconfortée,
Je te prie or nous reconforte.
DIEU.
Fame, ja ne te desconforte,
Car je vous doins ä toutes .iii..
Pardon et veul de niez ottrois .
Que de moy soiez absolues,
Et de mez graces estandues
Soient en voz cuers fermement.
Or alez par afermement
Revéler de cuer provéu
Partout, quar vous m'avez véu.
Ce de mez apostres trouvez,
Séurement lez aprouvez
Qu'en Galilée orront nouvellcs
De moy qui moult leur seront belles,
Et je vous doint ma benéicon
Et sy voiz hors de soppe^on
378 LA. RÉSURRECTION
Oster Pierre qui pour moy pleure
En une fosse ou il demeure ;
Mais ma mére conforteray
Ain^ois et revisiteray
En penssée et en espérance.
Plus ne feray cy demorance :
Partez vous en que je m'en part
Et m^en vois tout droit celle part
La ou conté et dit vous ay.
MAGDBLAINB.
Sire, jamez ne cesseray
De vostre nom certefier,
Exaucier, glorifier,
Certainement tant com pourray.
SALOMÉE.
Tout ainssy faire le vouray
De cuer, de voiz et d'espérance
Et garie m'as mon espérance ,
Et mise hors de grant destresse.
JACOBÉE.
Sa poissance, saintisme haultesse,
Exauceray de cuer dévost
Et ce qu^a nous monstrer ce vost
Et pardon de noz péchiez faire;
Car en plus gloriex afaire
Pour vérité aler ne puis.
MAGDBfiElNE.
Toutes .111. sanz faindre depuis
Qu'il le nous a ainssy chargié
YronSy quant c'est par son congié ,
DE NOTRE SEIGNEUR. 879
Sa résurreccion anunssant
En general et exaussant;
Et vous prie que pour Texellaqce
De sa loenge , sanz cillance,
Nous esmovons sanz tarder plus,
Chantant : « Tt Deum laudamus. )>
EXPLICIT, EXPLIXIT.
AMEN!
amen!
*• .- v
. I
NOTES.
Page 14^ vers 17, 18 et 19 :
Hélie I sus Tauctorité
DevoDs entendre SébiU
Qui fut royne moult nobile.
lAs prophéties de la rojnt SybilU oa Scbäle^ oa simplement des
Sibilies, furent celebres au moyen-åge. On les trouve en prose ét
en poésie latine, en prose et en poésie frangaise, dåns un assez
grand nombre de manuscrits. Elles ctaient autrefois chäntées. å
Noel dans les églises, et le concile de Narbonne filt QbJfigé de
lesproscrire par un article formel. Malgré son arrét , il cöntinUa
cependant å étre question des Sybilles å la messe des mörts, dans la
prose du Vies irce^ au troisiéme vers. qui était ainsi con^u :
Teste David cum Sybäia, .
Åujourd^bui on Ta remplacé par ces möts :
Crucis expahdens vexilla.
Les Sybilles n'appartiennent donc plus dorénavant qu'au domaine
382 NOTES.
légendaire. M. de la Rue attribue ä Guillaome Hermann , troaTére
du XII* siécle ,;in roman des Sybilles , de plus de 2000 ven, en Ten
anglo-normands, lequel commencerait ainsi :
n furent dis Sibiles,
GentiU dames aobiles,
Ki ore6t en lear vie
Esprit de prophécie, etc.
(Voyez p. 280 et suivantes -. Essais historiques sur les bardcs^
les jongleurs et Its trouvéres Anglo-Nornumds . )
La Bibliothéque du roi contient^ dans le Mst. 7656, Mst. qui re-
monte au xiv* siécle , apres le Tttsor de Brunetto Latini, des Ora-
cles sybillins. Elle renferme également, dans le Mst. coté 6987
(xiii* siécle), apres une Apocalypse, un traité des dix Sybilles, et
en particulier de la dixiéme appelée Tibumica , en latin Alburnea^
fiUe de Cassandre de Troie , laguelU prtdit de Jesus-Christ ei du
royaume des cieux. Le traité commence ainsi : « Les Sébiles.géiié-
raument sont appelées les fames « prophétianes, etc.»
EnåOy le Mst. 8649, ancien n^ 1415 (Bibi. roy.)» Mst de format
in-4*, en papier et avec miniatures , nous offre les Prophéiies des
Sjrbilles^ soos forme de mystére ou de morialité ; cette oeuyre cu-
rieuse est dédiée å la duchesse Louise de Savoie , mére de Fran-
{oisl*'. Qn trouve encore quelques détails sur les Sybilles å la page
i5S äu Catalo^e des manuscrits de la bibliothéque de. Aenne», po-
blié récemment par M. Dominique Mallet, bibliothécaire de la TiUe
de Reonen. Cc M*^ me ifait Thonneur, ä la page 118 de son livré, de
cvitiqaec ftö^^z vertement Tédition que j^ai donnée de la leende d«
S, Branoaines. Ilaurait peut-étre été plus å propos de m'eii re-
mercier, car il est probable que, sans ma publication , M. Blallet
ii*etkt point soDgé a parler, dans la sienne, de cette légende, qoi était
tout-ä-fait inédite avant que jeTeusse imprimée propras impensis ei
curis, M. Mallet ed t dil remarquer ensoite que ses reprocbes tom-
bent ä faux pourla plupart, car en donnant une edition entiérement
eonforme, mime dans ses Jautes ^ au manuscrit de Paris le plus
ancien de oeux qui contiennent la légende deS. Br^ndaines, je ii'ai
pas ea le moins du [roonde la pretention de reproduire le texte
. I
NOTES. 383
qui appartieot å U bibliothéque de Rennes, et qai n^éUit pro-
bablement coonu qae de son conservatenr. Da reste, 1m critiques
beaucoup trop affirmatiTes de M. Mallet ne m^empécheront pas de
reconnattre qu*il y a dans son livré de fort bonnea ehosea, et de le
remercier, au nom des bibliophiles qui ne defraient pas 8*entre*
mänger, d'avoir, le premier, publié le catalogne dea manuscrits
quHl était chargé de gärder , et dont probablement avant lai Ton
pouTait dire :
Sacrés ils sent, car personne n'y touche.
Page 369 vers 4 et 5 :
De moi se devraient bien moquier
Et moi appeler Danoi Richier.
Dam Richier (dominus^ domnas Richitr, d^oA [le Don des Espa-
gnols), est un pwsonnage qui figure dans les romans du cycle car-
lovingien. On lit dans celui d^Auberi-le-Boorguignon (Mst. 7227 ,
bib. roy. , f. f 4) :
Or chanterai pour vos eabanoier :
Je sai de geste les chansons commencier
Que nus jongléres ne m'en poet engingnier.
Je sai assez dou bon roi Qoevier
De Floevent eC dou vaasal Richier !
Page 45, vers 19 :
Cest Bélias qui parle :
Ils sont oro bien atrapez
Geulz que tenons en doz priaoDs \
De crapaux avons Tenoisons ,
Rost de serpens et de conleuTres:
On lez sert touz selonc leurs euvres ;
Puls entrenoietz d'escorpion8, etc.
Nos ayeux aimaient ä Texcés ces descriptions fantastiques de TEn-
fer. On les rencontre å chaque instant dans leorsMystéreset lears
poemes. Elles prouvent que la fobulation réalisée par Dante était, å
384 NOTES.
son^époqoe, plus oommone qa^on le suppose. Qaelquefoisamielles
fouroMsaieiit nn texte å des satirs assez originales et assez spiri*
tueltes, témoin, par exemple, celle qui snit, de Raoul de Houdaing,
satire quI est intitalée le Songe dEnfer. Gette piéee se tTmnre
dant le MsC. 7318, fol. 85 (Bib. royale), d^aprés leqnel je la domie;
tootefob, je Tai revne sur la le^n du Mst. 7615, fol. cxyi.
LE SONGE d'eNFER.
.£n songes doit fabler avoir,
Se songes puet devenir voir;
Dont sai-je bien que il m'avint
Qu'en sonjant .i. songe, me yint
Talent que pélerins seroie.
Je m'atornai et pris ma voie
Töat droit vers la cité d*£nfer.
Errai tant quaresme et y ver ,
Qu'a droite eure i fui venuz,
Més de ceus que g'i ai connuz
Ne vous ferai ci nul aconte
Devant que j'aie rendu conte
De ce qu'il m'avint en la voie.
Plesant chemin et bele voie
Tiruévent cil qui enfer vont querre.
Quant je me parti de ma terre,
Porce que Ii contes n'anuit,
Je m'en ving la premiére nuit
A Ciovoitise la cité.
En terre de Desleauté
Est la cité que je vous di.
Ge i ving par .i. mercredi;
Si me herbregai chiéSk Envie.
Plesant ostel et béle vie
Eumes, et sachiez sans guile,
Que c'est la dame de la vile.
Envie bien me herberja ;
En Tostel avoec nous menja
Tricherie, }a suer Rapine ,
NOTES. 385
Et Avarisce, sa cousine,
Vint avoec Ii, si comme moi samble.
Por moi véoir toutes ensamble
Et vindrent et grant joie firent
De ce qu'en lor pais me virent.
Tantost, sanz contremander.
Vint Avarisce demander
Que je novéles Ii déisse
Des avcrs, et Ii apréisse
Lor fez et lor contenemenz^
Si com chascuns de ses parenz
Se demaine ma demandé ;
Et je ly ai tantost conté
.1. conte qu'ele tint å buen,
Quar je Ii contai que Ii suen
Avoient du pais chacié
Larguéce, et tant s*est porchacié
Sa gent, que Larguéce n'avoit
Tor ne recet, ne ne savoit
Quel part ele puet durer ;
Ne le pot més plus endurer
Larguéce, ainz est en si mal point,
Que chiés les riches n^'en a point.
Ce Ii contai : grant joie en ot,
Et Tricherie a .1. seul mot
Me redemanda esraument
Que je Ii déisse comment
Li tricheor se maintenoient
Icil qui å li se tenoient,
Se le voir li savoie espondre,
Et je que tost si voii respondre.
\Å dis de son voloir .1. pou,
Que Tricherie ert en Poitou
Justice dame et vis contesse,
Et a por prendre sa promesse.
En Poitou, si com nous dison,
Ferme cbastei de trahison,
II. 25
386 NOTES.
Trop haut le plus diven (I) du monde
Dont Poitou siet h la roonde ,
Toz enclos et ^ahispar gprant forcc.
Tricheric qui 8*en efibrce
I/a si garni de fausseté,
Qu*en aus n'a foi ne léautö.
Ce respondi-je Tricherie ,
Més quique tiegnc å vilonie ,
Je dis tout voir, n*en doutcz rien ,
Quar des Poitevins sai-je bien
Ceus qui connoissent leur couvine,
Que de leur roiaume est roTne ,
Tricherie, si com moi samblc ,
Qu*eiitre els et Ii trestout ensamblc
Sont de conseil k parlcment.
Adont s*en rist mult durement
Tricherie et grant joie en fist ,
£t puis tout en riant me dist :
« J'ai toz les Poitevins norris :
« Se il 8*acordent å mes dis,
« Biaus amis, n'est mie mcrveille.)'
A tant departi nostre veillc
Chascun å son ostel ala ,
Et je qui toz seus remez U
Avoec m'oste8se juftfu^au jor.
Et lendemain sanz nul séjor .
Levai matin et pris congié.
Et me mis au chemin com gié
Estoie fez le jor de devant.
Hors de la cité lå avant
Tomai å senestre partie.
Tant que je ving å jf oi-M^Ue ,
La corte, la mal compassée,
Qui en poi d*eure est trespasiée.
Wi a c*un petitet de voie . .
■^^"
(I) Mst. 7615 : le plus plesant.
NOTES. 387
De ce quc dire vous devoie.
El primier chief, non pas en coste ;
Trouvai Tolir (1) .1. divers oitc.
De mentir ot le maistire :
De Foi-Mentie est mestre et sire.
Cortois estoit et debonére ;
Durement me plot son afére.
O lui me retint au disoer :
Apres sans lon^es demorcr,
Vint mes östes a moi enqnerre ,
Comment Tolirs en ceste terre,
Uns siens filletis se maintenoit,
£t comment il se contenoit
Contre Doner ; itänt m'enqaist
Et de ce que il me reqnist
Respondi voir, quar je Ii dis
Que Doners ert las et mendis,
Povres et nus et en destrecc
Qui soloit avoir Tainsnéece.
Or est mainsnez, or est du mains :
Doners n'ose monstrer ses mains ,
Doners languist, ce est la somme.
James Doners chiés nul haut homme
Ne fera .11. biaus cops ensamble.
A hautes cors de Doner samble
Que il n'ait mle le cuer sain,
Qu'en son sain tient adés sa main,
Lais chétis hais et blasmez.
Tolirs est biaus et renommez ;
N'est pas chétis ne recréus,
Ainz est et gi'anz et parcréus.
De cuer, de cors, de brås, de mains
Est grans assez : Doners est nains (2).
Quant mes östes ceste novele
Oi', mult par le tint å bele,
.♦ I.
♦•"
Odm
(1) Enleverj de tollere, L'auteur en fait un personnagé ållegönq[iie.
(2) Mst. 7615: Yab. : Donner b ose montrar 9fs mains.
25.
388 NOTES.
Et mult ii plot, dont m*enpftrti.
D'aler mon chemin m'aati
Oii je vous dis qu'aier devoie.
Por eschacier la male voie,
M'en issi par une posterne ;
Droitement ä Vile-Tavernc
M'cn commen^ai ä ampasser;
Mes ain^ois me covint passer
.1. fl un ou mains vilains se nie«
Que Ten apele Gloutonie.
Iluec ving, outre m'en passai;
Més tant est viex, de voir le sa i ,
Qu'ainc més si vil passé n*avoie.
Si qu'en Vile-Taverne entroie ,
Trovai de mult piesant raaniére
Roberie (1 ) la taverniöre ,
Qui me herbrega volentiers :
La nuit fu mes osteus cntier&.
De jouer o'i mult bel atret ;
Hasart et Mescont et Mestret
Furen t la nuit k mon ostel.
Qu'en diroie ? Je Toi itcl
Con ne le pot plus piesant fére.
Mult m'enqui$trent de mon afére,
Li compaignon qui iéenz érent ;
Tuit ensamble me demandérent
Mestrais (2), Mescontes et Hasars ,
Que lor déisse isnelle pas (sic)
Noveles qu'å Chartres fesoient
Dui lor ami qu'il mult amoient ,
Cbarles et Mainsens, de la loge (3)
(1) Le vol, de rober^ dérober. Cest un trait de satire contre let
hAteiiers.
(2) Mst. 7615; Yab. : Mesdiz.
(3) Le Mst. 7615 supprime les deux noms propres et donne la le-
9Pii saivaate :
Car les mesdisans de la loge,
Oii Papelardie se loge,
De ces .ii. m'eoqaistrent les faiz.
J
NOTS8. 38g
Oii Papelardie se loge.
De ces .11. m'enquislrent les fez,
Et je respondi sanz meffes :
(T II vous aiment mult durement.
rr Si vous dind rezon comment :
« Sovent lar fetes gaaignier;
« Si vous vuclent acompaignier
« A eus tout par droit héritage.»
Et il me tindrent mult å sage;
Por ce que le voir lor en dis,
Qu*en cest mont a*a pas de gen t .x.
Qui d'el8 la vérité relret,
Miex aiment Mescont et Mestret
Que fet cil Charles et Mainsens (1 ) :
U les atraient en toz sens.
Et Ii tavemier de Paris ,
Cil ne les servent mie enuis ,
Ainz vous di, foi que doi S. Piére,
Que il aiment de grant maniére
Mestrait et Mescont et Hasarts
Qu'å lor gaaing ont sovent part.
Gautiers Moriaus, n'en dout de riens,
Jehans Bocus et artistens,
Hermers (2), Guiars Ii fardoilliez,
Qui maint briqons ont despoilliez ,
^'auroie ouan tout aconté
Ce conte Mestret et Mesconte.
Ce dis; lor vi venir Hasart
Qui me demanda d*autre part,
^'o^eles de Michiel de Treilles.
Apres me raconta merveilles
De dant Sauvage et de sa gent,
Comme il fesoient sanz argent
Estre sovent Girart de Troies;
(1) Mst. 7615; Yar. : Que fait cil que les mesdiians.
''•>) Ibid.; Vår.: riemars.
Sgo xoTEs.
Et je lor dis que toutes voies
Eftoit Girars en lor merci.
U^ne se muet oncques deci,
Més adés avoec aos séjome.
So ven t le voi penssai et mome ;
Chascuns i prent, chascnns le plnme:
Cest lor béance (1) et lor constome.
Ce lor djs-je tant seulement,
Et Hasars qui bien sot commcnt
Si desciple le sévent fére,
Fu liez et esbaudi Tafére,
Et tuit et tuit Arent joie.
Ne cuit que jamés si grant voie,
Qoar Qncques mei téle n'avint,
Avoec cele grant joie vint
Yvréce la mére Versez,
Et ses filz o Ii lés alcz.
Versez est granz et parcréuz,
£t mult est amez et créux
En son pais et en sa terre,
Et dist qu'il est nez d'£ngleterre.
Cousin se fet Gautiers-l*EDfant :
En niile terrc n'a cnfant,
Jc croi, qui si bien le rcsamble.
n puéent bien aler ensamble ;
Andui soDt si graut et si fort,
Que nus n'auroit vers aus csfort.
Ne nus vers aus ne s*apareille.
Yersez est si fors å merveille ,
Et si membruz et si divers
Qu'il géte les plus granz envers.
Par moi le sai, oiez comment :
11 avint trestout esraument
Que Yersez vint léenz ä cort.
Tout pié estant mc tint si cort,
(i) Mst. 7615 ; Var. : Balance.
^
NOTES. 391
Qu*il ine covint k iui jouer.
Onques ne m'en poi eschiver,
Quar dcffendre ne m'en séusse,
Més tout aussi com je fusse
A Guinelant et å Vuitier,
M'estut escremir et luitier
A Iui par le conseil mon öste.
Yvrece qui son mantel öste,
Par grant joie et par grant solas
Nous aporta .11. talcvas (Ij,
Comme å tel guerre coovenoit;
Et chascuns en sa main tenoit
Par grant ire et par grant efforl,
Baston de cler aucoirre fort.
Si vous di que chascun avoit
D'ariDes qu'anqu'il Ti covenoit.
Jc Ii vois et il me revient,
Et je le sacbe et il mc tient,
Et je sus hauce et il retrait.
Je Ii retrai d'iin autre trait,
Et il esrant k trait me \ient ,
Et si tres durement me tient
Que je ne ii puis eschaper.
Si durement me seut taper
Et si fort, ne 1' m'escréez mie,
Qu'au8 colées de l'escremie
Me iist si chauceler k destre
Qu'ä poi ne chéi å senestre.
Et lués que remest cele chaude ;
Por tenir la bataille chaude,
Yersez reliéve, si m'assaut.
(1) Le ialevas, ou tavelas, ainsi qu*on Ht au mst. 7615, était une
espéce de bouclier, de targe courbée des deux c6tés et formant une
espéce de toit. On lit dans le Tornoiement de VAnte-crist :
Li escu
Qui resembloit un takvas.
393 NOTES.
Je Ii resail, il me renat,
Et je tresgéte et il sormonte.
Si me fiert que el chief me monte
Oii Testordre m'ert montée.
Ge fu Ii cops de sormontée,
Quar il me monte en la teste.
Et cil qui trestos les enteste
Me prent aus braz et si me tome,
Et en cel tor si mal m*atome
Que il m'abat encontre terrc
A .1. des jambes d^Engleterre,
Si que ne 1* porent esgarder
Cil qui le champ durent gärder.
A toz fui moustrez esraument
' Et iluec sus le pavement
Fusse remez a grant meschief ;
Mes Yvréce me tint le cbief
Par compaignie en son devant (i).
A cbief de pose vint avant
Yersez et dist, isnelle pas :
fc Compains, ne vous merveilliez pas ;
ft Maint se sont \ moi combatu
« Qui au luitier sont abatu
<c Et au combatre en la taverne ;
« Neis Guilliaumc de Salerne
« Con tient å preu et \ bardi
« Ai batu, bien le vous di,
« Jambes levées å .1. tor.»
De plusors autres cl entor
Se vänta qu'abatuz avoit,
De teus que se on le savoit
Dont mult se riroient la gent ;
Més ne seroit no bel ne gent
Que toz recordaissejses dis :
Je remez qui fui estordis.
(1) Ce vers et les dix-sept suivants sont sautés au Mst. 761 5.
NOTES. 393
Il s'en ala; més ainc Yvréce
For angoisse ne por destréce
Ne me volt cele nuit lessier,
Ne je ne Ii voil rclessier
D'obéir å sa volenté.
Quant j*oi l^enz grant piéce esté,
Com cil qui blcciez me sentoie,
Yvréce, en qui conseil j'estoie,
Me prist et si me convoia.
Hors du chastel bien m'avoia,
Et toutc i mist 8*entencion ;
Par devant Fomication
Me mena droit en .1. chastel
Qu'on appele Ghastiau-Bordel,
Oii maint aulrc sont hcrbrcgié.
O-Honte la fille a pcchié
Me vint véoir ä (jrant déduit,
Larrecins, Ii iilz Miennit
Qui reperoit en la mcson.
Cele nuit me mist k rcson
Larrecins, et m*enquist comment
Li desciple de son couvent
Le fesoient en cest pais.
Tantost 11 respondi et dis
Sanz atargicr et Sanz faintise ,
Que li Rois en fet tel juslice
Et qu*il les maine si apoint
Que larron sont en mauvéspoint (1).
Celi dis, et bien Ic savoie;
Et lors si demandai la voie
A enfer la grant forlerece.
Entré Larrecins et Yvréce
Mult volentiers m'ont convoié.
A lor pooir m*ont avoié
(1) N'est-ce pas ici, en quelque sortc, pour laflatterie comme pour
le sens méme de Texprcssion, le fameux vers de Moliére :
Nooft vivoDB sous un princc eonemi de la fraude.
3^4 NOTES.
Et dient : « Plus n*i atcndras ;
K Par devant Cruauté tcndras
» Droit å Cope-Gorge ta voic ,
« Et d'ilueques, si te ravoic
<t Avant et saches sanz abet.
« S'a Murlre-Vile le gibet,
» Pues venir, bien auras crré ( I ).
«r James le grant chemin ferré
<t Jusqu'cn cnfer ne lesseras ;
« Més si droit avant fen iras
« Quc més venras en enfer droit.»
Mult me conseilliérent a droit
Yvréce et Larrecins ensambie :
A tant Ii parlemcns dessamblc.
Je m*en alai : ma voie pris.
Au chemin qu'ii m^orent apris
Me ting et alai toutes voies.
Les liues, les vilcs, Ics voies,
Ne vous auroie hui acontées ;
Més tant trespassai de contrées
Quc je ving a Désespérance
Oii la grcignor joie de Fraucc
Oi; ne cuit mes si grant oic,
Quar Désespérance est monjoie
D*enfer; por ce est å droit dite
fl
Que d*Jluec jusquå Mort-Soubitc
N*a c'une liue de travers.
Jouste Mort-Soubite est cnCers :
N'i a c*un souflc å trespasser,
De cele monjoie passer
Penssai, et tant qu'en enfer ving,
De tant ii bien venu me ting
Que quant gl ving que il metoienl
Les tables, mult s*entremetoient
De r mengier léenz atorner.
Onques portiers por retorner
(i) Ce versctlesdijL-ucufsuivanlsmanqueulauMst. 7616.
NOTES. 395
Ne me prist, et itänt vous'di
Cune coustumc en enfcr vi
Quc je ne tinfj mie k pdverte,
Qu'ii mcnjuent ä porte ouTerte.
Quiconques vcut en enfcr vait :
Nus en nul tenz léenz ne trait
Que jå portc ii soit fermée.
Iceste coustumc est faussée :
En France, chascuns ciot sa porte :
Nus n*entre léenz s'il n'aporte,
Cc véons-nous, toul en apert ;
Més en enfcr k huis onvert
Mcnjuent cii qui léenz sont.
De la coustume que il ont,
Me lo; en enfer ving tout droit :
Onques més si grant joie k droit
Ne fu föte commc il me firent,
Quar de si loing que il me virent
Chascuns por moi véoir acort.
Cel jor tint Ii Rois d'enfer cort
^Plus grant quc je ne vous sai dire.
Cel jor furent k grant concire
Tuit cil qui de V Roi d'enfer tiudrent.
Li mestrc principal i vindrent,
Cil qui sont de plus grant renon.
Quant ils passérent k Ycrnon
Bien parut a lor chevauchic,
Quar dusqu'au cliief de la chaucie
Péri toutc réglise aval ;
Més s*il esloicnt å cheval,
Ce ne fet pas k demander.
Li rois qui Ics ot fet mander
Les fist entor lui asséir,
Por ce qu'il les voloit véir.
Je m'en montai isnélement
Sus el palab fet k ciment.
Adouc fui-je bien saluez
De elers, d^ét^esques et d'abez.
Pylatcs dist et Bcizcbus :
396 NOTES.
« Raoul (1), bien soies-tu venuz !
<« Dont viens-tu ? — Jc vieng de Saasoigne,
<r Et de Champaingrie et de Bourgoingne,
t De Lombardie et d'£Dgleterre :
« Bien ai cerchié toute terre.
n — Tu es bien a eure venuz;
« Més ja n*i fusses atenduz
« S'uns petit fusses atargiez,
<c Quar aprestez est Ii meogiers.»
Ainsi dist ^ moi Belzébus ;
Més ains mengiers ne fu véus
Si riches qui léenz estoit
Appareilliez, c'on ne pooit
Teus viandes trover el nionde
Tant comme il dure ii la roonde.
Je en fui mult joianz et liez;
Et tout esrant ii paneticrs,
Sauz demorance et sanzatentc (2),
Ne cuidiez pas que je vous mente,
Napes qui sont faites de piaus
De ces useriers desioiaus
A estendues sus les dois.
A tant s'assist Ii mestres Rois,
Et Ii autre communaument,
Com se il fussent d'un couvent.
Mon siége fu aine, ni ot autre,
Dui popélican T un sor Tautre.
Malable fu d'un toisserant,
Et Ii séneschaus tout avant
Me mist une nape en la main
De r cuir d'une vieille putain.
Et jeTestendi devant moi.
A une toise sis de V Roi ,
A .1. petit prés, non pas en coste;
Cele nuit oi'-je mult bon öste
Et en mult grant chierté me tint.
(1) Nom du trouvére.
(2) Ce vers et le suivant sont sautés au Mst. 7615.
NOTES. 397
Au premier més ainsi avint :
No US apor ta Ten de vant nous
.1. més qui fu g^nz et estous.
Champions vaincus å TaiUie.
Chascuns (pränt piéce mal taillie
En ot; bien en furent péu.
Aprés^champions ont éu
Useriers eras å desmesure,
Qui bien avoient lor droiture.
Cuit estoient et 8'érent tel ,
Qu'il estoient d'autrui chatel
Lardé si eras desus la coste ,
Devant et derriér^t encoste,
Ot chacun .11. doie de lärt.
Jå n*ert si eras c*on ne le lärt.
En enfer, to ut communaument;
Més cil d*enfer enz el couvent,
Itant vous di bien sanz faintie,
Qu'il ne V tienent inie ä daintie
Tel més selonc ce que je vi ;
Quar il sont d'useriers servi
Toz tens et esté et y ver :
Cest Ii généraus més d^enfer.
Uns autres més fu aportez (1):
De larons, murtriers k plentez
Qui furent destrempré as aus.
Si estoit chascuns tos vermaus
De sanc de marcheans mordris,
Dont il avoient Tavoir pris.
Apres orent .1. autre més
Qu'il tindrent ä bon et k frés :
Yielles putains aplaqueresses.
Qui ont teus crevaces qu^esnesses,
Mengiés å verde saveur.
Mult s*en loérent Ii pluseur,
Si que lor dois en délechoient
Por les putains qui Ii puoient,
(1) Toutcetalinéa est sauté dans le Mst. 7615.
SgS NOTES.
Dont il amoient mult le flair :
Encor en sent-je puir 1'aLr.
Devant le Roi apres cel més,
Aporta Ten .1. entremés
Qui durement fu déparle^
Con apéle bougres ullez,
A la grande sausse Parisée (1),
Qui de lor fez fu devisée.
Comment on lor fist ce me samble
Par jugement ^ toz ensamble
Sausse de fcu finalement
Destemprée de dampnement (2).
£a tel sausse que j'ai nomméc,
Toz chaus k toutc la fumée,
Furent å la table d'eiifer
Aportez en broches de fer
Devant le Roi k cui mult plol,
Qui entor lui ot grant complot
Des siens et fu liez durement,
Et présenta mult largement
Lez més et tant en donna-il.
Et 9^ et la, que cil et cil
S*en loérent sanz nule fable,
Tant qu'il disoient sus la table
Conques teus més ne fu véus.
Autre bougres ont-il éus;
Més si plésanz véus n'avoient,
Que por lulleis qu*ils savoient
Disoient que c'érent espisse^.
Si en fesoient granz délices
Partout que ce sembloit poison :
Tuit en ayoient ai f«iso«.
T»''--* -
(i) Ceci est une allusion au supplice du feU fa'oii faisait subir aux
hérétiques, k Paris. Les Bougres ou Bulgar es étaiept des esp^es de
Manichéens.
(2) Le Mst. 761 5 saute de lå å ce vers de la page 1 99 :
Adréa cel mös noa» tiat en Iiasie, etCi . . '^
NOTES. 399
Més il cstoicnt en doutance
Quc il n*éussent més pitancc»
Desi \k quc GoriiiODsd*argcnt
Yenist o toute sa ffrant gcnt
En enfer ou Ten le semont.
Et aprés mc dist de Gormont,
Uns d'autf qui tére ne se pot,
C*on en fcpoit .1. hochcpot (1),
Aprés les Loug^res qui fleroient
Larsis, et puis si farsiroilftnt.
Faus plcdeors å grant revel.
Mult en mcnoient grant gaudel
Entr*els, por le faus jugement
Qu'il font cntr'atts commonemeut
Por le loier qu'il en atendent,
Et por les deniers qu*il en prendeut,
Dont il acbntcnt les viandes
De qoi il font lor pances grandes :
Son t en enfer mengiéå joie
Greignorque dire ne porroie.
r)'aus font Ii queu .1. entremés
Tel que parler n*oistesmés
De nule tel viande å cort ;
Quar c'est uns més qui pasne cort
Aus cors, ne pas n*en sont aprises ;
Quar Ii queu ont les langues prises
Des plédeors et trétes fors
Des gueules, et si les ont lors
Frites el tort qu'il font de 1* droit.
La ont les langues del' tort droit
Et de lor faussetez mérites,
Quar aincois qii*eles soient frites
Ne trainées par le feu,
.1. maistire en font likeu;
Quar de ce que furent loés,
Des granz loiers sont or loées.
(1) Hochepot, potpourri, oiia podrida, mets composé de plusieurs
viaddes.
4oO NOTES.
En burre, au metre en la fritare ,
En cel feu et en céle ardure
Ou^li'keu si les demenoient,
Tout le malice avocc hocoient
C*on puct'enj)ledeor puisier
Por la savoir bien aguisier,
Tant que ce n*ert pas geus de veille.
De tels langues n^est pas merveille ,
Se cil d'enfers ont les fri9ons
De plain panier de lAåudi^ons
Droit sor ces langues embroies ,
Entré deux menqonges bocies.
Devant le Rois el dois amont
Les porten t; c*est Ii més el mont
Conques Ii Rois plus desirnnt
Que ces langues ; quant il les voit
Mult les loa : tuit les looient.
Qui véist com langues aloient
Et cå et lä^communement,
Manderpéust toutvraiement
Aus parjurez, aus menteors,
Que langues de faus pledeors
Ne son t pas en enfer blasmées,
Més chier tenues et amées.
Apres cel més revint mult biaus :
De vielles putains desloiaus
Firent pastez a nos confréres.
Mult déléchoient lor lévres
Tuit cil qui en enfer estoient ,
Por ce que les putains puoient.
£n leude frommage rostis
Nous donérent enfanz murtris
Qui furent gros comme sain ;
Més nu frommages de gain
A cel mengier ne se puet prendre,
Con en trueve petit k vendre.
Apres cel més nous vint en baste
NOTB8. • 4^^
Bedel, bete (1) bien cuit en paste,
Papelars å Typocrisie,
Noin moines å la tanoiaie,
Yielles prestresses au civé,
Noires nonnains ati cretonné»
Sodomites bien cuis en honte.
Tant més que je ne sai le conte
Ont cil d'enfer léenz éu :
De char furent trop bien péu,
Et burent, si com devin,
Yilonies en leu de vin.
Bien sai, més ne in'en puet de^oivrc,
Trop å mengier et poi å boivre
Ont en enfer ; tele est lor vie ,
£t lués que la cort fu partic,
Li Rois d*enfer tout maintenant
Pärla å moi en demandant
Gomment g'ére venuz h cort
Des noveles me tint mult cort
Que li déisse , et je, sanz doute ,
Li contai la vérité toute,
Comme ä sa cort venuz estoie :
Bien sot que de rien n'i mentoie.
Li Rois qui por lui deporter
Me fist .1. sien livré aporter
Qu'en enfer ot léenz escrit
Uns mestre^qui mist en escrit
Les droiz le roi et les forfcz,
Les föls vices et les folsfez
Con fet et tout le mal afére
Dontli rois doit jiistice fére (3).
En cel livré me rouva dire ;
Tantost i commen^i å lire.
Qu'en diroie ? en cel livré lui,
(1) Mst. 7615; Yar. : Bediaus brulez.
(2) Ceci est probablement une allusion å quelqu'ouvrage de 1'é-
poque; mals elle est trop vague pour qu'on puisse prdciser le livré qui
en est Tobjet.
II. 26
4oa KOTKS.
El tant que en liaint connni
En cel livré qui estoit tels
Les vies det foli ménesterels
En un quaier toutes escrites.
Et Ii rois dist : « Ice me dites,
« Qaar ^i me plest mult k oir,
a Si pnitse-il d^enfer joir,
0 Que c*estde 1' plus plemnt eiidnHt>
Et g'i commen^ai tout å droit ,
Et tout au miez que je "soi lire.
Des föls ménesterels pris k dire
Les fais trestout a point en rime>
Si bel, si bien, si léonime,
Que je le soi k raconter.
Il ni remest riens k conter,
Péchiez ne honte ne reprouche
Que nus hom puist dire de bouche>
Que touft ne fust en cel escrit
Ck>mment que chascuns s'en aquit,
Que de 6hascun la plus vile téche,
Le plus vil pechié dont il péchc
1 est escrit, je V sai de voir,
Oublié ne voudroie avoir
Ce que je vi enz a nul fuer.
Je f eting du livré par cuer
Les nons et les fais et les dis
Dont je cuit encore biaus dis
Dire sanz espargnier nului.
Qu*en diroie? En cel livré lui
Si lougement com le roi plot,
Et qoant assez escouté m'ot,
Tant com lui plot ne mie mains,
Doner me fist dedens mes m8iiis>
.XL. sols de déablies»
Dont j*achetai byffes j olies.
0
Apres ce que je vous ai dit
Ne demora c* un seul petit
É.
NOTES. 4o3
Que cil d'enfer trestuit s'armérent
Et puis sor lor chevaux montérent.
Si s'eii alérent proie querre
Por le pais et por la terre ;
Mes je vous di sanz mespresure
Conques ne vi si grant murmurc
Comme il iirent å lor monter,
Trop seroit grief å raconter ;
Més je ne sai qu*en mentiroie.
Au partir me iirent tel joie
Que ce fu uuc grant merveille.
Congié prent Baouls, si s'esveille ,
£t cis iontes feut si apoint
Qu*apré8 ce n'en diroie point.
Por aventure qui aviegne,
Devant que de songier reviegne.
Raouls de Boudaingy sanz men^onge,
Qui cest fablel fist de son songe,
C i fine Ii songes d'enfer :
Diez m'en gart esté et yver!
Apres orrez de Faradis (t);
Diex nous i maint«t noz amis.
ExpUcit le Songt d^tnftr.
Page 258, vers 23 :
Et tu, qui es ? car ce me compte.
STlfAGOGUB.
Se le grant Dieu me gart de honte
Ne feray pas lonc prologue :
J'ay pie^å nom Synagogue , etc.
Un dialogue ou tencon entré Sainte Égltse et Synagogue, entré !c
Juif et le Chrétien, n^était pas chose nouvelle au xui*siécle. LUdée
(1) On trouvera cet autre dit dans les notes 6nales du ii* volume des
ceuvres de Rutebeuf, qui a traité égalemeot ce sujet.
26.
4o4 XDTES.
t eo retfomre loo^-temps arant fette époqoe . dan un dialogne b-
tin de PeCros Alfonsias fuf* siécle), édité dans b BiMiothéqiie des
Péres , tome xxi. Cest peot-étre celte prodoctioD qni a domié nåäs-
tjoee 9a peCit poéme fran^is soir^nt. qni se troure da» le naDos-
cnt7%iS, Biblioth. roy.,f 541, x:
DE LA DESF0TOISO5 DE LA SI^AGOGUE ET DB »AIXTB ÉGLISF.
I
De br men^oiiges vuelent vivre Ii mencoogier ;
Plnsor par lor menconges font br vie abngier.
Clopiru ftai« uns songiéres qui soojai .1. lODgc ier :
Ilom mortex ne porroit plus biaa songe soogier.
Une gent son I qui dient que trestout est mencoiige ,
Et niceté et fable et faus quanque fen songe;
Mis Joseph qui fu fils Jacob, sonja .1. songe
Qni fu biaus oä si frére mistrent moult gr»it chalonge.
J'ai .1. songe songié merveillex å devise ;
Volex-vous que raon songe vous esclérc, et devise ?
Jesonjai que .11. dames ont contencon eroprise :
L^ane est la Synagogoe et l'autre ert Sainte Yglise.*
Or oiez de ces .11. 8'il vous plcst la rancune :
Ja n'en dirai mencongc ne fausseté nis une;
Mis aincois vous dirai le semblant de chascune :
Sainte Yglise est vermeille et Synagogue brune.
Aincois que des .n. dames plus parole fa^on,
Vous dirai de chascune la forme et la facon.
Sainte Yglise ert vermeille, blanchc comme .1. glacoii
Toutes autres figurcs vers la seue cffacon.
Que fesoit Sainte Yglise, seignor, or escontez.
.1. chalice tenoit, de ce point ne doutez,
Ok Ii sans Jbésucrist vermaus ert degoutea .
Du costé oii ii glaive Ii fu mis et boutez.
D'autre.part tint .1, glaive et une blanche enseigne :
.111. clos agus y ot, mon s<Aige le m^enseigne,
NOTES. 4^^
Et une croiz vermeille plus que plaie qui saingne :
En mémoire de ceie est drois que Ten se saingne.
Quel corone ot ma dame de quoi fu coronée ?
De jonc marin, d'e8pine8 förment heri^onée,
Tcle comme ele fu h Jhésucrist donée
Quant sa char fu k mört por nos abandonée.
Or ai de Sainte Yglise conté en quelle maniére
Ele t in t son chalice com dame droituriére.
Or vous dirai de Tautre qui fu gonfanoniére ;
Mult lonc tens mhs or est brisie la baniére.
Quaut IVIoyses estoit des Juyfs connestables,
La SynagOQ^ue ert dame, c'est .1. mot véritables;
Més des or més ne sont ses paroles estables :
Sa baniére ert brisie, quassées sont ses tables.
Ses tables sont quassées, dont aus Juyfs moult poisc ;
Sainte Yglise en Galice se déduit et envoisc.
Des .11. 01 le plet, le content et la noise :
La vilaine pärla ain9ois que la courtoisc.
Synagoguc se drcce, qui premiére parole,
Et dist ä Sainte Yglise : « Garce, ententma parole;
n Tu me dois obéir, tu issis de m'escole.
(( — Tais-toi, dist sainte Yglise, vieille ribaude fole.»
Et quant la Synagogue s'oi clamer ribaude
Dire devint plus påle el plus jaune que gaude.
u Tais-toi, dist-ellc, garce ; trop es de parler baude :
« Li ticns Diex ne vaut pas plain bacin d'eve chaude.
« — Tais-toi, dist Sainte Yglise, fole vieille froncie ;
«( N'es-tu ce qu'Isayes dist j^ sa prophecie
<( Et li autre propbéte David et Jérémie
« Dont je suis essaucie et tu désavancie?
'( — Tais-toi, cbétive fole, ce dist la Synagoguc;
n Pour quoi te fez si baude et si ficrc cl si roguc?
4o6 NOTES.
« Por ton Dieu qui ne vautle maz d*une viez cogne?
<c Por quoy n'as des prophétes avant tret cest prolo^e?
« Por quoi? je i* te dirai; bien le te saurai dire.
« De rien ne m'en porras, se tu ne mens, desdire:
« Se Toir dire voloies bien en as la matire;
M Més ton cuer qui faus est ä fausseté te tire.
« Ysayes fu plains de la g^ce célestre,
« Qui dist ce sevcnt cil qui de ta loi sont mestre ,
« De la raiz Gessé (f ) doit une verge nestre,
« De la verge une flor ; autrement ne puet estre.
(C Bien sez que ce trouvon escrit en Ysaye
u Et sachez que la flor est la Yirge Marie;
« Jhésucrist fu la flor dont ele fu florie,
«< Par quoi je sui sauvée et tu por ce périe.»
Lors.respont Synagogue oii Faussetes repose
Et dist å Saintc Yglise : « Tais-toi, chétive chose.
« Tu n'entens pas a droit de ccste riens la glose :
<c La verge fa David et Salomon la rose.
« — Tais-toi, dist Sainte Yglise; que ta langue soil arse !
<c Trop as le cuer farsi et plain de fausse farse.
M N'aorérent Ten&nt Ii riche roi de Tharse,
« Si com David ic dist qui asprement vous jarse.
n — • Il nous jarse comment et en quelle maniére ?
« — Ne Tentens-tu pas bien? la male mört te fiére !
«t I^avez-vous le sautier, toute la Bibie entiére?
JK En enfer en cbarrez oii point n'a de iumiére.
«■ En toi et és Juyfs a tant de trahison,
« Qu'entendre ne daigniez ce que nous voiu dison,
(C Ne lisiez les propbétes aussi com nous lisoa;
M Par votre orgueil cbarrez en Tinfemal prisoD.
(1) Dela race dfi Jessé.
NOTES. 4^7
« — Li prophétc toub jarsent, més n'e8t pas de lancetc,
n Mös d*une lance ague qui n*est saine ne nete.
« Ccst de la mört d'enfcr ; cele est votre de dMc ;
n Nul ne muert sans baptesme qa'cn enfer ne se mete. »
Lors repond Syuagog^ue dolente et plaine d*ire,
Et dist h Sainte Yg^lise : » Yeus mc tu donc desdire
n Quc cil en qui tu crois ne morut h martire ?
tt Por rien se il fust Diex ne se laissast ocirrc.
'C Dcjå ne se Icssast h Testache attacnier ,
m Ne bättre de corgies, ne V visage cracbier,
« Et trop as fole penssée quant tu tel Dieu tiens chier:
«> Jä s*il fust Diex issi ne se Icssast toucbier.
« Li Juyfs 11 donnérent mainte bufi^ en la joe,
<r A qui feri jocrcnt de lui tout å la roe.
•< Ja ce ne lor souffrist se la force fu soe :
n One si fole créance ne vi come la toe.
•« — Tais-toi, maleurcus.c; quanques tu m'as conté
« Fist-il por nostre amor; moult nos fist grant bont<$.
n De son sanc nous reant de la {^rant obscurté ^
» Oii tu scras toz jors par ta maleurté.
« Cbétive mcscrcant, fausse vieillc et vilaine,
H fiien connoi et bien sai de verité certaine,
<• Que la cbar Dieu prist mört, quar elc estoit humaine ;
M Més la déité pure remest entiére et sainc.
<c Par le pécbic d'Ädam, voir dit que je le nomme ,
X Qui mordi sus deffensse commc glous en la pomme,
« Fu dampnez toz li siéclcs; nul ne sauroient la somme
«f De cels qui dampnez furent ; por ce devint Diex bomme.
« Li filz nasqui en terre par le piesir du pérc
« Et nasqui sanz péchié de sa trés-douce mére ;
ff Puls ocist par sa mört la notre mört amére :
" Qui issi ce ne croil droiz ert qu'il le compérc,
4o8 NOTES.
« Fole vieille mauvése et dolente chétive,
n Sarraun ne paicn, ne juyf ne juyve,
<« Ne puéent estre sauf par nule rien qui vive ,
« Ainz charront en enfer oii il n'a fons ne rive.
n Trop es fole et avuegle quant contre moi paroles :
(C Je te metrai voir toutes au-dessous tes paroles.
n Tu destruis les juyfs et confont et afoles
« Qui lor commande quirre les maules aus roinssoles ( I }
'• Les maules aus roinssoles, c*esl légier a entendre :
« Messies est venuz, tu le lor fcz entendre ;
« Cest cil qui en la croiz se lessa pour nous pendre :
« Bien fen saurai reson et solucion rendrc.
« En tens selonc les livrés bone solucion :
a Quand Messies vendra perdrcz votre elcction :
« 11 est venu, c'est cil qui soufri passion;
ii Puis qu'il nasqui ne fustes fors en subjection.
« Quant Jhésucrisz nasqui en terrc dignemént ,
a Votre onction pardistes; dl-je voir ou je mcnt?
(C Dés lors déussestu savoir certainemcnt
'C Venuz est Messies; si est-il voircment !«
Et quant Sainte Yglise ot cestc reson fenie,
Maintenant m'esvcillai ; ou nom Sainte Marie
Mon songe mis en rime; la rime avez oie :
Diex vous doins bonne fin et pardurable vie!
Explicit de la Synagoguc,
(1) Gette locutiou pourrait se traduire en quelqae sortc par celle-
c'i : meltrt la chatrue avantles hoeufs. Tu leur commandes de cniit
les maules aux roinssoles signifie : Tu leur ordonnes de c^irt Its
moules aux gauffres , au lieu de : Tu leur ordonnes ile cuire la
gaujffres au moule. Ccst, corame on voit, un coq-i-råne par iofcr-
ston.
NOTES. 4^9
Fage 271 , vers 3 et suivanU :
LE MERCIER.
Jä poiirrez acbeter bonne oeuvre;
J'en ai de maniéres diverscs:
J'ay soye rougc, indes et perses;
J'ay soies noires, soies fines
Plus blancbe que n'est flour d'espineSy etc.
II est curicux de comparcr l*énuméralion que le mercier de notrc
Mystére fait de ses marchandises, avcc celle qu*a Iracéc, de Tappro-
visionnement d'un de ces commergants au moyen-äge, un poéte du
xiii^ siécic. Voici quelques-uns de ces vers [Dit des Merciers ; voy.
les proverbcs et dietens du moyen-Age éditéspar M. Crapelet) :
J'ai les mignotes cciniurctcs,
J'ai beax gants a damoisclctes,
J'ai ganz forrez, doubles et sangles ;
J'aidc boncs boucleså cengles ;
J'ai chainetcs de fer bclos,
J'ai bones cordcs å vielcs,
J'ai les guimpes ensaffrcnces,
J'ai aiguilles encharnelécs.
J'ai escrifis å metrc joiax,
.Cai borsesdc cuir a noiax
J'ai de boii loutreå pelicons^
J'ai bermines et siglafons (1),
El orle de porpois (?) de mer.
J*ai polain (3) å seeors orler
J'ai sonetes de trop beau tor,
J'ai de bons flageus å pastor,
J'ai cuiUers de bois et de trenblc....
J'ai le poivre, j'ai le comin.
J'ai fil d'argent ä Mazelin, etc.
Voyez aussi la Dissertatioti sur Petat de Tindustric et du com-
(1) Sorte d'étofifes.
(2) Bordure de Marsouin.
(3) Polain, sorte de poisson de mer.
4lO PIOTES.
merce de Paris au xiir siécle, par M. Depping. On peut coosul-
ter également pour des énumérations semblables et non moios tu-
rieuses, le Dit des Feutcs (orfcvres) et le Dit des Boulangiers,
que j*ai insérés dans mon recueil intitulé : Jongleurs et Trouvéresj
page 128 et suivantes.
FIN DES NOTES.
TABLE DES MATIERES.
Préface Pag. v
La Nativité de Jhésucrist J . 1
LeGeu des Trois Rois ' 79
La Passion de notre Seigneur 159
La Résurrection de notre Seigneur 512
Notes 581
. FIN DU DEUXIEME VOLUME.
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